‹ Des cris dans la mêlée, 1914-1916Chapitre 41 sur 55 · PAR LA VICTOIRE · texte numérisé non relu

PAR LA VICTOIRE

—r Le renaissance par la victoire, j'y crois, dit Jean d'Auriol, je veux dire que je la crois possible.

— Le seul fait d'être vainqueur n'assure donc pas, selon vous, le progrès moral d'un peuple?

— Assurément non, dit Jean d'Auriol. Le succès de ses armes inspire toujours au vainqueur un grand orgueil, mais ce sentiment-là, dont il faut se méfier, peut l'enivrer et lui faire oublier les sagesses nécessaires. Savoir user de la victoire est autrement difficile que vaincre. Voyez ce que fut la vie de Napoléon. Pour ce génie des batailles, la guerre était un jeu où il paraissait gagner à coup sur. La nation française, incarnée en lui, se croyait devenue la maîtresse du monde. Ni lui ni elle ne surent s'arrêter à temps dans la victoire : ils [)réparaient contre eux, comme à plaisir, des

haines et des revanches. Et, malgré cette leçon, l'Allemagne, victorieuse en 1870, s'est perdue par la conquête. Sans doute elle a paru devenir grande par l'unité, mais elle n'a songé qu'à se constituer une grandeur matérielle, à devenir une incarnation de la force brutale et de la guerre sans merci. C'était là une nécessité imposée par la qualité de sa victoire qui était une victoire de conquête, puisqu'elle lui donnait notre Alsace et notre Lorraine. Sa renaissance, son progrès politique entraînaient des germes de mort, la vouaient aux œuvres de guerre, — et mettaient l'Europe sur l'éternel qui-vive. — Toute autre sera notre situation au lendemain de notre triomphe : nous et nos alliés, — vous le savez, n'est-ce pas ? — nous ne songeons dés aujourd'hui qu'à établir la paix sur des bases durables, c'est-à-dire à écarter des conditions de la paix tout ce qui paraîtra devoir contenir des germes de représailles légitimes. Tout va tendre à réaliser de la justice, à établir des droits, à mettre les traités et la foi jurée hors de L'atteinte des bandits....

— Gela est facile à dire !

— Sans doute, mon cher ami. Et comme je ne suis pas un utopiste aveugle, je sais bien que l'humanité de demain ne va point devenir

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