‹ Des cris dans la mêlée, 1914-1916Chapitre 9 sur 55 · LES DEUX SOUS DE JEAN D'AURIOL · texte numérisé non relu

LES DEUX SOUS DE JEAN D'AURIOL

idées, de quelque source qu'elles proviennent, vous devriez m aider, par votre plume, à en faire triompher une qui est excellente; je n'oublie pas que vous vous êtes donné une mission, dés le début de la guerre, le jour où vous avez publié votre « Allemagne au-dessous de tout » ; n'allez pas l'oublier vous-même.

— Yous êtes bien aimable, mais vous êtes, grâce à moi, plus connu que moi des lecteurs de La France; et si vous écriviez vous-même un article aujourd'hui, à ma place, je crois....

— Non, fit-il, j'aime mieux parler. Voici mon idée : il y a en ce moment une crise formidable de la monnaie de billon.... Eh bien, je propose de faire frapper pour 100 millions de pièces de 10 centimes par vingt séries....

Je regardai mon Jean d'Auriol d'un air ahuri. 11 ne s'en formalisa point et poursuivit, toujours fumant :

— ...Par vingt séries, c'est-à-dire que les pièces de 10 centimes, au lieu d'être toutes semblables, seraient frappées au moyen de vingt matrices représentant chacune....

— Quoi?

— ... L'un des crimes allemands les plus sensationnels. Ça n'a l'air de rien..., attendez la suite; vous verrez que cela est gros de consé-

quences.... On choisirait donc 15, 20 ou '25 des crimes les plus connus parmi les actes divers de la barbarie allemande... Exemple : crimes en Angleterre : Lusitatiia, miss Gavell, zeppelins sur Londres^ etc. ; — crimes en France : destruction de la cathédrale de Reims; zeppelins sur Paris; assassinats de civils; hôpitaux bombardés; civils chassés de Lille en troupeaux ; — crimes en Belgique : Louvain, Malines, populations emmenées en esclavage^ femmes et enfants; soldats^ officiers crucifiés; mains d'enfants coupées (hélas ! on a le choix entre tant d'horreurs); — crimes en Russie : Russes brûlés vifs; hôpitaux^ pleins de malades^ incendiés^ et encore ceci, écoutez : les Allemands ont affamé pendant vingt-quatre heures des prisonniers russes nombreux; puis ils leur apportèrent une cuve énorme pleine de nourriture, qu'ils déposèrent au milieu du camp; et au moment où les malheiu'eux captifs s'élançaient vers ce repas inattendu, les Allemands lâchèrent contre eux plusieurs molosses qu'ils avaient pris soin d'affamer, et s'égayèrent en sauvages au spectacle de la lutte épouvantable qui s'ensuivit....

— Et vous voulez perpétuer le soin- "i' <!»' pareilles abominations?

— Oui, répliqua gravement Jean d'Auriol,

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