‹ Des crises générales et périodiques de surproductionChapitre 11 sur 100 · ANGLETERRE FRANCE ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ANGLETERRE FRANCE ÉTATS-UNIS

(tonnes). (tonnes). (tonnes).

L'essor était donc complet dans l'industrie des moyens de production par excellence, c'est-à-dire dans l'industrie minière et métallurgique.

Il n'était pas moindre dans les industries d'objets de consommation.

L'Angleterre bâtit avec fièvre de nouvelles usines textiles dans le Lancashire; pendant la seule année 1851, 81 nouvelles fabriques surgissent, dont 73 filatures de coton avec 2.866 che vaux- vapeur (9 'i). Dans l'ensemble du Royaume-Uni le nombre des établissements textiles passe de 4.600 en 1850, à 5.117 en 1856; celui des broches de 25.638.716 à 33.503.510; celui des métiers de 298.916 à 369.205; celui des ouvriers employés enfin de 596.082 à 692.497 (95). Dans l'industrie de la soie, le nombre des broches s'accroît de 36 %.

En Fiance, l'évolution est la même; la consommation de coton augmente; les soieries de Lyon et de Saint-Etienne sont très demandées, et à des prix très rémunérateurs.

Cette prospérité des textiles résulte du reste autant de la demande extérieure que de la. consommation intérieure et l'exportation, tant anglaise que française, se développe rapidement. En Angleterre, l'exportation de soieries passe de 24.958.000 francs, en 1849, à 74.051.080 en 1856, et

(93) Pour l'Angleterre, Cf. Dict. de Conrad, mot : Eisen; pour, la France : Anri. stat.; pour les Etals-Unis, Ann, Black 1876, p. 3S8 s.

(94) Wirth, op. rit., p. 240.

(9!i) Ann. Block, 1859, p. 403-407.

72.246.00 en 1857 (96); en France, de 1.799.000 kg. et 240 mill. l'r. en 1851 à 2.649.000 kg. et 350 mil], fr. en J855 (97).

Le bâtiment participe lui aussi à la prospérité générale, non seulement on construit de nouvelles usines et des travaux d art pour les chemins de fer, mais les villes ellesmêmes se développent et s'embellissent. A Paris et en France, en général dans toutes les grandes villes, ce sont de nouvelles avenues largement percées et bâties (9S). Aux Etats-Unis, d'immenses cités surgissent de tous côtés, d'autres s'agrandissent avec une rapidité vertigineuse; une spéculation s'ensuit sur les terrains. A New-Orléans, on vend 1 mill. $ d'emplacements; à Chicago, 300.000; à Tolèdo, sur les bords du lac d'Erié, l'acre qui valait 1 $ 1/2 en 1834, se négociait à 100 S en 1857, avant la crise de 1857 (90). Ce n'est pas, du reste, seulement sur les terrains à bâtir que porte la spéculation, mais encore sur ces immenses terres vierges que l'Etat concède aux immigrants ou aux nationaux moyennant finance, et que le chemin de fer a nouvellement rendues accessibles et exploitables. En 1852-1853, l'Etat américain en vendait pour 1,66 mill. $; en 1853-1854, 8,47; en 1855-1856, 8,91, et en 1856, 11.49.

En résumé, la période d'essor 1852-1857 rappelle les périodes d'essor antérieures, mais la découverte des champs d'or de Californie et d'Australie vient ajouter encore à l'optimisme renaissant lu monde industriel et commercial.

Dans ce nouvel afflux du capital vers l'industrie, des banques d'un genre particulier jouèrent un rôle essentiel. Les opérations de la première grande banque de cette espèce, le « Crédit Mobilier » (99 bis), firent même tant de bruit que

(90) Afin. Block, 1861, p. 335.

(97) Rabaud, Des ouvriers qui vivent du travail de la soie, Journal des Economistes, 1860, t. XIX, p. 221.

(98) A. Clément, Des crises commerciales, Journal des Ecoriomistes, 1S5S, t. XXVII, p. 185-187.

(99) Sehœfflel, art. cit.. p. 444.

(99 bis) Fondé en novembre 1852. — Vergeot, Le crédit comme stimulant et régulateur de l'industrie. La conception saint-simonieyne. Ses réalisations. Thèse, Paris. 1918. p. 118 et suiv.

le mot de crédit mobilier est désormais devenu une expression courante, non seulement en France, mais en Allemagne et en Angleterre, pour désigner les banques d'affaires. Nofre « Crédit Mobilier », sous la direction des frères Péreire, dans la seule année 1854. entreprenait la fusion de la Société du Gaz et des Omnibus de Paris, la formation de la Société de Saint-Rambert-Grenoble (chemin de fer), un prêt à la Société de Chemin de fer des Ardennes, le prolongement de la ligne Paris-Soissons jusqu'à la frontière belge, en vue d'exploiter les riches gisements de houille du Nord, la participation au réseau de Chemin de fer pyrénéen et au Chemin de fer ouest central, la canalisation de l'Ebre, de Saragosse à son embouchure, la création d'une Société de Navigation, la création de la Société de Chemins de fer autrichiens. En 1855, son activité n'était pas moindre : il constituait la Société des Hôtels et des Immeubles de la rue de Rivoli, à Paris, se chargeait du patronage du Chemin Ouest-Sud et du Chemin François-Joseph, fondait la Société de Crédit espagnol, prêtait 780 millions à l'Etat français, consentait des prêts aux sociétés de chemins de fer, des avances sur actions et obligations de ces diverses sociétés. Bref, le Crédit Mobilier est à la tête de toutes les entreprises nouvelles. Grisé lui-même, il grise les autres. L'Allemagne, en présence des brillants résultats de notre Crédit Mobilier, nous imite : elle fonde la Bank fiir Handel und Industrie et la "Wiener Creditanstalt, qui, elles aussi, se livrent à des opérations de crédit à la production. M. Wirth évalue à 200 mill. thalers le capital action réuni grâce à l'entremise de ces banques allemandes : sur ces 200 mill. les chemins de fer, à eux seuls, absorbèrent 140 mill. (I0°).

En présence d'un essor aussi général de l'économie mondiale et d'une pareille augmentation du stock monétaire, les prix haussent.

Toutefois, la hausse des prix de 1852-1857, tout comme l'évolution industrielle de ces mêmes années, présente un ca-

(I00;Cauwès, Cours d'Economie Politique . 4 vol. 3e édit., 1893. Paris, Larose, t. II, p. 387, note 1.

ractère original. Au lieu d'une élévation lente et graduelle des prix, nous assistons à un bond brusque de l'index de Sauerbeck. De 74 en 1849, il s'élève à 95 en 1853, 102 en 1854. Ce phénomène, étrange au premier abord, s'explique cependant et il constitue même l'une des applications les plus curieuses et les plus typiques de la théorie quantitative : en 1850-1853, la production des marchandises n'a pas encore eu le temps de se développer et elle est l'objet d'une demande pressante et subite de la part des producteurs d'or; il est donc tout naturel que les prix augmentent. Par contre, à la fin de la période d'essor, ce facteur n'influant pour ainsi dire plus et un équilibre nouveau s'étant établi sur la base d'une augmentation du stock monétaire, la hausse des prix est plus lente; l'essor industriel est désormais seul à" exercer une influence dans le sens de la hausse des prix. Comme toujours, la demande portait particulièrement sur les produits de l'industrie minière et métallurgique, sur l'industrie des machines; la hausse des prix profitait tout particulièrement à ce genre de marchandises. Toutefois, les objets de consommation, eux aussi très demandés, participaient largement à l'essor.

Parallèlement à ce développement des échanges en quantité et en valeur, l'escompte s'accroissait et aussi le taux de l'escompte. La moyenne du portefeuille de la Banque de France passait de 115,6 mill. de fr., en 1851, à 565,9 en 1857. De même celui de la Banque d'Angleterre. Les banques de New- York, qui accusaient à l'article prêt et escompte de leur bilan 95.863 (000 S), le 5 janvier 1856, enregistraient le 6 décembre de la même année le chiffre de 106.898, et, le 22 août 1857, 120.139.

En Allemagne et en Autriche, la circulation papier s'était beaucoup développée; en Prusse, elle passait, de 1855 à 1856. de 23 mill. thalers à 51 mill.; dans le reste de l'Allemagne, de 13 à 30 mill. thalers.

La richesse générale s'étant accrue, la part de chacun s'élevait. Les capitalistes voyaient leurs intérêts, leurs dividendes hausser rapidement; le Crédit Mobilier, dont les lividendes peuvent nous servir de baromètre, donne succès-

sivement 13 % en 1853, 12 % en 1854, 40 % en 1855, puis déjà seulement 23 % en 1856. En France, le mineur dans les mines de combustible minéral gagne 700 francs par an en 1857, contre 600 en 1853; le mineur des mines de fer, 440 contre 361; l'ouvrier métallurgiste, 504 contre 364. Mais, d'après Levasseur, les salaires n'auraient pas suivi une marche ascendante aussi rapide que les prix; il évalue de 14 ;i 10 % la hausse du salaire des hommes et à 7,97 % celle du salaire des femmes, tandis que la hausse du prix des produits agricoles aurait été de 25 % (I01).

b) Crise et dépression.

La crise éclata en 1857. Les mines d'or avaient trompé bien des. espérances, causé bien des désillusions, et les chemins de fer récemment construits ne donnaient pas les résultats attendus. Comme toujours, on s'était montré trop optimiste, on avait estimé les coûts de production à un taux inférieur à ce qu ils devaient être dans la réalité.

Pour l'or, le taux élevé des salaires, les coûts élevés du transport de la main-d'œuvre vers les lieux de production, l'achat d'un outillage cependant sommaire, grevaient lourdement les chances de réussite des nouvelles entreprises. Parmi celles-ci, les unes gagnèrent, beaucoup rentrèrent tout juste dans leurs déboursés, d'autres furent en perte (I02). L'on ralentit la production de For.

L'on modéra aussi la construction des chemins de fer; on avait encore construit des lignes sur des devis trop optimistes ou rendus tels par suite de la hausse des prix. Les lignes les plus récentes étaient celles qui donnaient le plus faible rendement kilométrique et, par suite, la recette kilométrique fléchissait sur le réseau français : de 45.259 fr. en 1857, elle passait à 41.398 en 1858, et, sur les lignes nouvelles, les résultats étaient incroyables : la ligne récente de Carmaux à Albi accusait un rendement kilométrique de

(101) Levasseur, Influence il:' l'or sur la condition des personnes. Journal des Economistes, 1859, t. XXYII p. 210-238, et spécialement tableaux détaillés, p. 230-233.

(102) Wirth, op. cit., p. 241.

13.846 fr.; celle de Graissessac à Béziers, une recette kilométrique dérisoire de 1.740 fr. (lo3) Aussi, le nombre de kilomètres construits passait-il brusquement de 1.263 kilomètres en 1857 à 1.199 en 1858. En 1859, l'Etat dut venir au secours des Compagnies pour leur permettre de continuer leurs constructions. (Conventions de 1859 établissant la garantie d'intérêt.)

De même aux Etats-Unis : de 1856 à 1857 le réseau passait de 21.440 milles à 24.500 milles, soit un allongement de 3.060 milles; en 1858 il est de 26.210 milles, soit un allongement de 2.020 milles seulement; en 1859 l'accroissement est encore plus faible : 1.647 milles. De même en 1860.

Gomme en France, en effet, les recettes ont donné des mécomptes sérieux : le New- York Central Rail Road voit ses recettes passer d'un maximum de 8.027.000 $ en 1857 à 6.528.000 S en 1858, et 6.201.000 S en 1859. Le New- York and Erie Rail Road de 5.743.000 $ en 1857 à 4.395.000 $ en 1859; le Baltimore Ohio d'un maximum de 4.617.000 $ en 1857 à 3.618.000 $ en 1859, etc., etc.. Ainsi, dès 1858, la chute est profonde et elle se prolonge en 1859, atteignant jusqu'à 25 et 30 %. S'il faut en croire l'Annuaire de Bîock, le New- York Central Rail Road aurait même été, en 1859, le seul chemin de fer en état de distribuer un dividende (l°4).

En Angleterre, la fièvre de construction s'est également ralentie. En 1857, il reste encore 4.808 milles à construire; mais, sur ce total, plus de la moitié, 2.590 milles, ne seront pas construits. On a laissé périmer les autorisations d'expropriation (lo5). Leurs recettes baissaient, en effet, tout comme celles des chemins de fer français et américains, et passaient de 24.100.000 en 1857 à 23.300.000 £ en 1858 (™6). L'industrie du fer et de la houille ressentait naturellement et très durement le contre-coup de cette crise universelle du chemin de fer. En France, notamment, la production baissait beaucoup dès 1858.

(103) Systermans, Des chemins de fer en France et à l'étranger. Ann Block. 1859, p. 205.

(104) Ann. Block, 1802, p. 329 s.

(105) .4 mi. Block, 1859, p. 102.

(106) Juglar, op. cit., p. 383.

Mines

de combustib

!es minéraux

Production

Nombre

Mines de fer

Fonte

Furctacier

(tonnes).

des ouvrier- .

(tonnes).

(tonnes).

(tonnes).

Ot. 3 36

L'industrie américaine et anglaise n'était, au reste; pas moins touchée. Aux Etats-Unis, 120 hauts fourneaux étaient mis hors de feu et 40.000 ouvriers jetés, de ce fait, sur îe pavé. A Manchester, à Birmingham, on ne travaillait qu'à short time, c'est-à-dire 36 heures par semaine, en novembre 1857. Des fabriques de produits demi-ouvrés occupant 30.000 ouvriers étaient obligées de suspendre le travail. Le 31 décembre, d'après le Straddjordshire Advertiser, on éteignait 68 hauts fourneaux occupant 18.000 ouvriers. Le même jour, en Ecosse, on en éteignait 41 et on renvoyait 16.000 travailleurs. Dans le sud du Pays de Galles, 1/4 des hauts fourneaux chômait complètement; les salaires baissaient de 20 %. Dans le Yorkshire et le comté de Durham, on distribuait 5.000 £ de moins de salaires par jour (iot).

L'industrie des objets de consommation effectuait dans ces conditions une évolution analogue. La consommation du coton, en Grande-Bretagne, tombait de 403.777.000 kg. en 1856 à 374.170.000 en 1857, et le stock disponible passait parallèlement de 88.778 kg. au 31 décembre 1856 à 95.900 au 31 décembre 1857, et à 104.306 au 31 décembre 1859. Cette diminution de l'activité de l'industrie textile anglaise était due, au reste, non seulement à la diminution de la consommation intérieure, mais aussi à celle de l'exportation; l'exportation baissait pour les tissus de coton (calicots, mousselines et étoffes mêlées) de 2.035.274.969 kilos en 1856 à 1.784.459.137 en 1857. Il en était de même, mais dans une moindre proportion cependant, pour le fil à coudre, le coton filé, les toiles et fils de lin.

En France, même phénomène : la consommation de coton

(107) Wirth, op. cit., p. 356.

passe de 84.231.000 kg. en 1856 à 73.062.000 kg. en 1857. En valeur, elle était encore de 148.400.000 fr. en 1857; en 1858, elle n'est plus que de 145.500.000 fr. (IoS). La soierie n'était pas moins touchée à Lyon et Saint-Etienne.

Cette décadence générale de l'industrie et du commerce se traduisait par l'augmentation du nombre des faillites : en France, il passait de 3.983 en 1857 à 4.430 en 1858. Au v Etats-Unis, en 1857, les faillites atteignaient le chiffre respectable de 4.937, représentant un passif énorme de 291.750.000 $.

D'autre part, toutes les banques entretenant de près ou de loin des rapports avec la production industrielle, la construction des chemins de fer, la création d'usines nouvelles, voyaient leur situation rapidement péricliter; notre Crédit Mobilier voyait son dividende tomber de 23 % en 1856, à 5 % en 1857. Les banques d'Ecosse, qui s'étaient laissé tenter par ce genre d'opération, éprouvaient de grosses pertes. La Darmstœter Kreditbank, fondée sur le modèle de notre Crédit Mobilier, voyait ses actions baisser de 50 % (IQ9).

Cet arrêt brusque, de l'essor industriel et commercial fut suivi de la baisse traditionnelle des prix. Le compartiment houiller et métallurgique prit sa large part de la baisse; mais les textiles furent cette fois, eux aussi, sérieusement touchés. Comme nous l'avons vu, l'exploitation des gisements d'or avait provoqué une demande supplémentaire d'objets de consommation; la crise, en tarissant, ou tout au moins en restreignant beaucoup ce débouché, avait déterminé une baisse sensible des prix. Et, de même que l'augmentation du stock de métal précieux avait amené une aggravation de la hausse, la disparition de ce facteur de hausse entraînait une .aggravation de la baisse.

La baisse des prix, qui commença en mai-août 1857 suivant les pays, ne tarda pas à avoir sa répercussion sur la circulation, tant internationale que nationale. Une crise de change et une crise de crédit intérieure d'une rare intensité et d'une étendue peu commune ébranlèrent tout à coup les

(108) Ann. Block, 1861, p. 172 s.

«(109) Wirth, op. cit., p. 265.

grands centres industriels et commerciaux du monde entier. New-York, Londres, Paris, Hambourg, Brème, Leipzig, Copenhague, furent atteints successivement.

Sous l'influence d'une forte demande de crédit et de la baisse des actions de chemins de fer à la Bourse, dès juillet 1857, la banque américaine Ohio Life and Insurance Company suspendait ses paiements avec un passif de 5 mill. $; elle était bientôt suivie par la Mechanic Banking Association : c'étaient les prodromes d'une tempête effroyable.

Le 22 août 1857, jour de l'explosion de la crise à New- York, la somme des prêts consentis par les banques excédait de 12 mill. $ l'ensemble des ressources (encaisse, circulation billet, dépôts) et, pour une large part, le portefeuille se composait de cavalerie, c'est-à-dire de papiers irréalisables. La situation finit par devenir si critique que les banques en arrivèrent, de concert avec les commerçants, à suspendre momentanément leurs opérations.

Malgré le recours à cette mesure extrême, la crise sévissait encore au début de septembre. Une nouvelle inattendue vint tout à coup porter la panique à son comble : un navire chargé d'or à destination des Etats-Unis, le Central- America, avait fait naufrage. Aussitôt les banques de Maryland et do Pensylvanie cessaient leurs opérations, entraînant avec elles 109 maisons des plus importantes de Baltimore, de Boston et de Philadelphie.

La demande de crédit était si intense et l'offre si limitée que le taux de l'escompte atteignait 30 et 40 % même, d'après de Laveleye. Mais les capitaux européens, attirés par ce taux élevé d'intérêts, ne tardèrent pas à prendre la route du Nouveau-Monde et l'or commença à retourner à son pays d'origine. Du 3 au 24 octobre, 68.00Q souverains sortent des caisses de la Banque d'Angleterre à destination des Etats- Unis.

La crise de New-York se répercutait sur le continent. La réserve de la Banque d'Angleterre baisse de 6,1 mill. £ le 5 septembre, à 3,2 le 17 octobre; l'encaisse, de 11,5 à 9,*i. A la Banque de France, même phénomène : son encaisse, de 291 mill. fr. le 20 juin 1857, tombe à 212 mill. fr. le

20 octobre; le portefeuille enfle et atteint 622 mill. le 20 octobre, contre 569 mill. le 20 juin. A la banque d'Angleterre, il passe de 7,7 mill. £ le 5 septembre à 9,7 le 17 octobre.

Malgré une élévation du taux de l'escompte à la Banque d'Angleterre, le 8 octobre à 6, le 10 à 7 %, à laquelle répond à peu d'intervalle une augmentation à 6 1/2 et à 7 1/2 à la Banque de France, l'or continuait à fuir. La crise de change se compliquait, en effet, bientôt d'une crise de crédit intérieure; la baisse des prix avait brusquement interrompu la circulation des marchandises et le négociant devait avoir recours au crédit. Or, la crise a précipité la ruine dun assez grand nombre de banques imprudentes, dont on ne peut plus, par conséquent, attendre aucun service. C'est ainsi que chutaient, le 27 octobre la Borough Bank, le 7 novembre la maison Deniston and G0. Le 9 novembre, c'était le tour de la Western Bank d'Ecosse, qui, avec un capital de 1.500.000 £, avait trouvé le moyen d'avancer 1.604.000 £ à quatre maisons tombées depuis en faillite; la City Bank, de Glasgow, les suivait peu après et, le 11 novembre, la puissante maison de change Sanderson cessait ses opérations. Du 5 au 11 novembre, en l'espace d'une semaine, il passait d'Angleterre en Ecosse 1.060.000 £ d'or.

Le 11 novembre, l'encaisse de la Banque d'Angleterre était descendue à 7,2 mill. £, la réserve à 0,96 et, le 12, à 0,3. Le 12 novembre, une lettre du Chancelier de l'Echiquier au Gouverneur de la Banque promettait à la Banque un bill d'indemnité au cas où elle serait obligée d'enfreindre les prescriptions de l'Act de 1844. Aussitôt, ce fut un véritable assaut aux guichets de la Banque, d'abord et jusqu'au 18 novembre, pour avoir de l'or et solder les importations auxquelles les exportations ne correspondaient plus par suite de la baisse des prix: (l'encaisse touchait son minimum le 18 novembre à 6,5); ensuite, pour avoir des billets, et, dès le 20 novembre, l'excès de l'émission sur le chiffre fixé par l'Act de 1844 est de 928.000 £; après être descendu à 84.000 £ le 25 novembre, il remonte brusquement à 243.000 et 342.000 £ les 26 et 27 novembre, traduisant ainsi l'acuité de la crise. Fin novembre, la situation s'est déjà améliorée : le 30 novembre,

la circulation billet extra-légale n'atteint plus que 15.000 £. Antérieurement au 18 novembre, c'est surtout de métal qu'on avait besoin, car il s'agissait d'une crise de change exigeant de la monnaie internationale. A partir du 19 novembre, il s'agit de la liquidation d'une crise intérieure de crédit; le billet y suffit. Ces recours au crédit avaient lieu, le plus souvent, sous la forme d'escompte (IID) et le portefeuille de la Banque d'Angleterre enflait rapidement; le taux de l'escompte atteignait, pour la première fois, le chiffre de 10 %. En France, la crise suivait une marche analogue et l'encaisse de la Banque de France touchait son point le plus bas au 20 novembre, avec 181 mill. fr. pour une circulation billet de 575 mill. fr. Le crédit intérieur était toutefois plus sain qu'en Angleterre et, la crise de change terminée, ses bilans accusèrent une convalescence immédiate. En Angleterre, par contre, la fuite du métal or cessait dès le 25 novembre; mais la demande de crédit n'eu persistait pas moins plus pressante que jamais et ce n'est que le 2 décembre que son portefeuille touchait son chiffre maximum, à 17,8 mill. £ (m).

(110) Ces lettres de change étaient loin de correspondre toujours à un échange préalahle; mais les sûretés exigées par la Banque d'Angleterre pour admettre une lettre de change à l'escompte lui sont une garantie de son remboursement postérieur, alors même qu'il s'agit de papier de complaisance.

(111) Cette crise de crédit essentiellement mondiale avait eu sa répercussion en Allemagne, et notamment à Hambourg, point de concentration des échanges entre l'Allemagne et la Russie d'une part, le Nouveau-Monde, l'Angleterre, les Pays-Scandinaves, et la France d'autre part. De Laveleye y évalue le nombre des faillites à 145 avec un passif de 1/2 milliard fr.

Le 23 novembre, les négociants hambourgeois avaient décidé de former un fonds de garantie de 10 milliards marks banco destiné à acquitter tous les effets réguliers. On devait verser aussitôt 10 %. Une heure après l'ouverture de la souscription, elle atteignait déjà 22 millions, dont 1/10 était versé sur-le-champ. Mais les fonds ainsi réunis furent vite épuisés. On dut recourir à l'intervention de l'Etat. Ce dernier prit trois mesures essentielles :

1° Le 27 novembre était créée la Wahren-Vorschuss-Casse; le département des finances était autorisé à émettre des mandats contre dépôts de marchandises, sortes de récépissés-warrants, ou contre dépôts d'effets de commerce solides jusqu'à concurrence des 2/3 des dépôts. Mais les besoins de crédit étaient tels que les 1S mill. marks banco, ainsi émis furent vite absorbés.

2° Aussi, le G décembre, on décidait la création d'une caisse d'Escompte

Mais, dès cette époque, en Angleterre comme en France, la plus grande fièvre était passée : le portefeuille dégonflait, le métal affluait rapide clans l'encaisse des banques et. dès 4858-1859, les grands dispensateurs de crédit de l'Europe : la Banque de France et la Banque d'Angleterre, étaient pre tes à seconder l'industrie dans un nouvel essor.

La crise n'avait pas moins sévi à la Bourse que sur les banques et, assez souvent, les banques avaient dans leur faillite supporté les justes conséquences de leurs spéculations à la Bourse. Les crédits mobiliers de tous genres et de tous pays, français, allemands ou autrichiens, subissaient, du fait de la baisse des valeurs mobilières, des pertes considérable.;, quelques chiffres empruntés aux différentes Bourses du monde nous donneront une idée de l'intensité de la crise.

Si nous commençons par notre pays, nous remarquons que la baisse est surtout considérable sur les valeurs de chemins de fer, comme le montre le tableau statistique suivant. Les fonds d'Etat, par contre, accusent une très bonne tenue; ils deviennent le port de refuge de l'épargne effrayée et du capitaliste soucieux xle rétablir la fixité de ses revenus.

(Diskontocasse), au capital de 1S mill., dont 1/3 du capital était fourni par l'Etat en actions de chemins de fer.

3° Enfin, on instaure une procédure spéciale en matière de .faillite, l'Administrationsverfahren. Voici en quoi elle consistait : un débiteur commerçant, obligé de suspendre ses paiements, mais espérant être en mesure de désintéresser tous ses créanciers au bout d'un temps plus ou moins long, pouvait demander à bénéficier de l'Administrationsverfahren. L'Administration de ses biens passait alors à des administrateurs chargés de liquider sa situation. Et son honneur était sauf jusqu'à ce qu'il ait été déclaré insolvable. Sur 13S maisons qui suspendirent jusqu'au 5 décembre, 65 furent soumises à l'administrationsverfahren. Cf. E. Horn. Le commerce extérieur et la crise à Hambourg. Journal des Economistes, 1858, t. XVII, p. 245-253. YVirth, op. cit., p. 384-389. Grâce à tous ces expédients, la crise fut liquidée sans trop de peine. Dès le mois de décembre 1857, la situation était redevenue calme.

A côté de Hambourg, de nombreuses villes allemandes furent visitées par la crise : Leipzig, Stettin, Berlin, Magdebourg, Stuttgard, Cologne, enregistrèrent de nombreuses faillites.

En Suède, le gouvernement emprunta 15 mill. thalers à l'effet de créer une caisse de prêt faisant des avances aux négociants sur marchandises ou sur hypothèque. Cf. Ann. Block, 1858, p. 579.

Juin 1857

Scr.t. 1857

Dec. 1857

4 haut.

Page 1