‹ Des crises générales et périodiques de surproductionChapitre 16 sur 100 · DF. BERLIN · texte numérisé non relu

DF. BERLIN

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Schœffle prétend qu'il faut remonter au système de Lavv ou à la spéculation sur les tulipes en Hollande pour trouver dans l'histoire un vertige d'agiotage approchant de celui dont la Bourse de Vienne fut le témoin en 1872-1873 (i6a). Les personnalités les plus en vue se livraient aux manœuvres les moins délicates, prêtaient leur nom à des sociétés par actions pour capter la confiance du public. Des banques s'étaient créées qui avaient en vue uniquement le jeu de Bourse et l'exploitation de la petite épargne : les Raten-und

(161) Cf. Wirth, op. cit., p. 604-006.

(162) Schœffle, arrt. cit., p. 7 s.

Rentenbanken; on y vendait à crédit et payables tant par mois des actions, des obligations que souvent le vendeur n'avait pas, n'aurait même jamais en portefeuille. Les Makler-Banken avaient pour but unique de faciliter au public les paris sur différence et s'occupaient surtout d'opérations de report sur les valeurs des sociétés industrielles nouvellement créées.

Mais cette spéculation reposait aussi sur une base sérieuse : la hausse des dividendes (l63).

I IVIDE.NDE MOYEN

Banques et institutions

de crédit Mines et usines

de Chemins Créées avant Créées après Créées avant Créées après defer('«). 1870 ('«>). 1870 ('»«]. 1870 ('";. 1870 (>«).

Les salaires augmentaient; d'après Wirth, de 25 à 30 %. Les ouvriers en profitaient pour chômer le samedi et le dimanche. Ils travaillaient souvent plus mal : l'exemple des maçons donné par OEkelhœuser est vraiment typique : à Berlin, le salaire des maçons avait doublé; parallèlement, le nombre de pierres posées par jour et par maçon avait diminué de moitié (l69).

Aux Etats-Unis, en Angleterre, même phénomène, même élévation des salaires : aux Etats-Unis, d'après Block, ils auraient doublé; en Ecosse, où le salaire est fixé d'après

(163) OEkelheeuser, op. cit., p. 70 s., nous fait part d'un travail statistique très intéressant portant sur le dividende des différentes sociétés allemandes.

(164) Elles sont au nombre de 383.

(165) 48 Sociétés avec capital versé de 847 mill. Mk.

(166) 95 Sociétés avec un capital de 570 mill. Mk.

(167) 26 Sociétés avec 187 mill. \k. de capital.

(i OS) 58 Sociétés avec un capital de 344 mill. Mk. (169) OEkelhaeuser, op. cit., p. 71 s.

le prix de la fonte brute, son taux passait de 7 sh. 3 en 1872 à 8 sh. en 1873.

L'immigration européenne s'accentuait aux Etats-Unis, passant de 346.938 en 1871, à 404.800 en 1872, et 422.545 en 1873.

b) Crise et dépression.

Au début de 1873, l'Allemagne, l'Autriche, les Etats- Unis présentaient tous les symptômes d'une crise générale de surproduction. La crise éclata en mai 1873, en Allemagne et en Autriche, en septembre aux Etats-Unis. Les deux épisodes sensationnels turent, en Europe, le krach de la Bourse de Vienne de mai 1873, en Amérique, la faillite de la grande maison Jay Cooke and C° ; mais gardons-nous de prendre ces simples épisodes pour la cause profonde de la crise.

Dès le début de 1873, arrivaient de mauvaises nouvelles. Les entreprises les plus récentes ne donnaient pas les résultats attendus; l'exercice 1872, dont le bilan n'était dressé qu'en mars-avril 1873, apportait des mécomptes. Les nouvelles lignes de chemins de fer, au lieu d'un dividende moyen de 11,28, comme en 1871, ne servaient plus que 10,42 à leurs actionnaires dès 1872. Le chemin de fer le dernier entrepris accusait les plus mauvais résultats. 37 sociétés récentes de chemins de fer, au capital de 159 mill. mk., tombaient en faillite ou en liquidation. Les devis avaient été dépassés de 50, parfois 100 %, par suite de la hausse des prix, de l'emploi de mauvais ouvriers, de l'emploi de matériaux défectueux. Le kilomètre de chemin de fer coûtait 208.000 mk. en 1865 et 237.000 en 1873 (îto).

De même dans la mine, l'industrie des machines, l'aciérie, le haut fourneau; c'est la société récente qui est sérieusement atteinte. Même constatation dans l'industrie textile, le bâtiment, la brasserie i1'1).

Tandis qu'en Prusse, en 1872, 500 sociétés nouvelles au

ITOj Hûbener op. cit., û. '■'<'.

(171) QEkelhseuser, pp. cit., 38-50, met nettement on lumière ce fait que les jeunes entreprises étaient les premières à être atteintes par la crise.

capital de 1.495,7 mill. mk. avaientété successivement créées, en 1873 on n'en comptait déjà plus que 72 au capital de 538,23 et, en 1874, 19 au capital de 77,59. La Prusse dépen sait 273,75 mill. mk. en construction de chemins de fer en 1873; en 1874, elle n'en dépensait que 47,82 mill. Le chemin de fer entraînait à sa suite toute l'industrie du fer et de la mine; de 2.241 mill. kg. en 1873, la production de la fonte dans le Zollverein (Allemagne et Luxembourg) tombait à 1.90b en 1874 et 1.846 en 1876.

Aux Etats-Unis, même processus de la crise. Les lignes récentes ont donné à leurs entrepreneurs les plus cruelles désillusions. Dans son ensemble, en effet, le réseau américain ne présente nullement les traits d'une branche dr entreprise en détresse, soit en 1873, soit en 1874; en 1874. les recette brutes des chemins de fer ont diminué, mais elles ont passé seulement de 526 mill. S a 520 mill. $. Certaines lignes accusaient encore, en 1874, des résultats favorables (le Central-Pacific, Chicago and North-Western, l'Erié); mais les lignes nouvelles donnaient des moins-values, que les plus-values des lignes anciennes ne réussissaient même pas à compenser dans la statistique d'ensemble i1"-). La crise avait commencé par la mise sous séquestre du New- York Oswego and Midland Railroad (x73). Puis, au début de septembre, le Northern-Pacific avait chuté, entraînant à sa suite la maison Jaij Cooke and C°, qui avait en portefeuille 500.000 $ d'actions de ce chemin de fer. C'est ainsi que, de septembre à novembre, nous assistions à une véritable hécatombe de railways : le 15 novembre, les chemins de fer ayant suspendu leurs paiements étaient déjà au nombre de 15 (x74). Les autres n'en valaient du reste guère mieux, et ce n'est qu'à force d'économies, soit sur leurs frais d'exploitation, soit sur les traitements et salaires de leurs employés, qu'ils réussirent à échapper à l'extrémité de la faillite. Le.

(172) Les recettes des chemins de fer pendant la crise des Etats-Unis. Economiste Français, 10 décembre 1873, p. 1.012.

(173) Hyndmann, op. cit., p. 116.

(174) Wirth, op. cit., p. M3-646, donne des détails circonstanciés sur les différentes obligations des chemins de fer américains en souffrance.

Harlew New- York Central, par exemple, le New-York Ha- \ery Hatford réduisent de 20 % les salaires de leurs ouvriers; l' Atlantic Pacific Saint-Leuis, le Kansas City et le Northern, de 10 % {*&)-.

Inutile d'ajouter que, dans ces conditions, le capital se détournait de plus en plus du railway.

Aussi l'industrie du fer, de la fonte, des rails, ne tarda pas à entrer dans une phase de dépression accentuée. La production de la fonte s'effondrait de 2.561.000 tonnes en 1873 à 1.869.000 en 1876. L'importation de rails à New- York s'abaissait de moitié de 1873 à 1874, passant de 307.413.233 £ à 159.649.112 (k&). La détresse était extrême : des manufactures de fer de Pensylvanie, jusque-là très prospères, étaient obligées de restreindre leur production : elles congédiaient 25.000 ouvriers. Dans les districts de l'Est, les trois quarts des fabriques se voyaient obligées de renvoyer leur personnel : coup sur coup, la Stillmann Manufacturing Company du comté de Westerly, les usines métallurgiques de Troy New- York, les fabriques de l' Atlantic Delanic Company, suspendaient complètement leur fabrication. Même note dans les Etats du Centre et de l'Ouest. A Jersey City et Hoboken on renvoyait 5.000 ouvriers. Dans 1© seul Etat de New- York, 182.000 membres des syndicats se trouvaient sans travail.

Les autres industries : industries textiles, bâtiment, subissaient la répercusiosn de cette crise.

L'industrie de la laine était particulièrement atteinte. Les importations de laine brute à New- York diminuaient en 1874 de 1.105.655 Ibs par rapport h 1873. Certaines filatures de coton, les Hanory de Cohoes, suspendaient complètement leur fabrication.

Dans le bâtiment « les énormes coûts d'entreprise, écrit Wirth (177), limitent beaucoup l'esprit de construction et dirigent le capital vers d'autres branches ». Mais c'est en Allemagne et en Autriche que la crise du bâtiment lut la

(175) Wirth, op. cit., p. 646.

(fi6) Anti. Èloèk, 1877, p. 444.

(177) Wirth. op. cit., p. 647.

plus nette Avec la crise, les ouvriers quittaient la ville; les revenus diminuaient; on avait besoin de moins de maisons et surtout de maisons moins luxueuses. Le riche capitaliste, que la période d'essor avait attiré à Berlin ou à Vienne, retournait à son « rittergut ». Joignons à cette diminution de la demande la hausse énorme des coûts de construction (i?8). Les sociétés de construction ou les crédits hypothécaires étaient gravement atteints.

L'appauvrissement était général; le luxe diminuait, la consommation aussi. Le commerce de détail souffrait cruellement de cette crise de la consommation (i:o).

Lts failli! es fuient nombreuses : aux Etats-Unis, de 2.915 avec un passif de 80. 252.000 $ en 1871, leur nombre passait à 5.183 avec un passif de 228.199.000 en 1873 (180). En Autriche-Hongrie, au début de mars 1874, les sociétés par action en faillite représentaient 26,7 Mill. fr. de capital et les sociétés en liquidation un capital de 29,5. Et, au lieu de création de sociétés, d'émissions d'actions nouvelles, il n'était plus question que de réductions de capital ou de fusions de sociétés. C'est ainsi qu'en Autriche neuf banques fusionnèrent.

La baisse des prix fut énorme. En vain cherchait-on en 4847, 1857, 1866, un pareil effondrement du marché de la houille, de la fonte et du fer surtout. La hausse avait été colossale, la baisse ne l'était pas moins. (Cf., Annexes).

Dès mai-juin, la baisse s'était nettement dessinée sur toute la ligne en Allemagne (lSl); les usines se plaignaient du manque de commandes et devaient consentir à leurs acheteurs des réductions de prix de plus en plus considérables.

En Amérique, elle tardait un peu plus; elle ne commençait qu'en octobre et se répercutait en Angleterre en no-

(178) < Mais la disette de maisons d'habitation avait été telle que les salaires, les matériaux de construction avaient subi une hausse considérable. Aussi les coûts de construction étaient-ils beaucoup plus élevés qu'en temps normal. » Wirth, op. cit. p. 533.

(179) OEkelhaeuser, op. et., p. 88.

(180) Wirth, op. cit., p. 6K3.

(181) Economiste Français, 24 mai 1873, p. 158.

vembre (l82). Cette baisse de prix, dont l'année 1873 marque le point de départ, devait être extrêmement longue et durer jusqu'en 1879 (l83).

La circulation fut influencée, mais nous ne constatons aucune crise de change; nous enregistrons une crise de crédit à l'intérieur seulement. Tandis que l'encaisse des grandes banques d'émission ne diminue pas, leur portefeuille et leur circulation billet augmentent dans des proportions énormes.

En Autriche, l'encaisse de la National Bank ne varie à peu près pas : de 142,6 mill. fl. le 31 mars, elle touche son minimum le 23 avril à 142,5, et le 7 mai elle gagnait déjà près de 1 mill. à 143,1. Le portefeuille, par contre, gonflait rapidement. De 153,8, le 31 mars, il atteignait 187,71e 28 mai 1873; les avances suivaient aussi : 26,3 le 31 mars et 46,1 le 30 juin. A Vienne, 22 banques succombèrent, dont 17 de création récente (l8^).

La Preussische Bank (qui va devenir bientôt la Reichsbank) nous offre un spectacle analogue : augmentation du portefeuille, de la circulation billet, augmentation de l'encaisse, due peut-être à l'affluence de l'or français.

Même phénomène 'aux Etats-Unis : point de crise de change, malgré une crise de crédit et une crise de surproduction. Le change de Londres et Paris sur New- York subit des variations insignifiantes. La spéculation avait été intérieure; la crise était intérieure; le commerçant gêné s'acquittait aussi bien en billet qu'en métal : la circulation billet, le portefeuille s'accroissaient, l'encaisse restait à peu près constante (l85). La crise de crédit fut cependant intense. La maison Jay, Cooke and C° avait succombé le 18 septembre. Elle était bientôt suivie par la maison Fisk and flatch

(182) Economiste Français, 8 novembre 1873 et 15 novembre 1873, p. 861.

(183) L'année 1873 est, en effet, l'année d'origine du phénomène connu sous le nom de dépression des prix, c'est-à-dire d'une baisse lente des prix qui aurait duré de 1873 à 1893-1894 environ. Nous verrons un peu plus loin comment la baisse des prix a cependant été interrompue en 1879-1882, 1883 et 1888-1890, Cf. H. Denis, La dépression économique et sociale et l'histoire des prix. Ixelles-Bruxelles, Huysmans, 1895.

(184) Wirth, op. cit., p. 600.

(185) Economiste Français, 2e semestre 1873, p. 952. Cours des changes

entraînée, elle aussi, par des chemins de fer : le Central Pacific et le Chesepeake and Ohio. Et ainsi commençait la longue série des victimes de la crise. Venaient ensuite : la Bank of Commonwealth, l'Union Trust Company, etc., etc. La panique était telle qu'on dut fermer la Bourse. L'escompte atteignit jusqu'à 25 %. Devant cette disette de moyens de paiement on imagina un remède, depuis classique et traditionnel aux Etats-Unis : l'émission de certificats de Clearing-House. Le Clearing-House émettait des certificats de dépôt par coupure de 5 à 12.000 $ admis en compensation au Clearing-House. Il avançait ces certificats aux commerçants et industriels jusqu'à concurrence de 70 % des nantissements fournis en titres ou en marchandises. On émit ainsi, pendant la crise de 1873, 26.565.000 $ de certificats.

Parallèlement à cette émission de certificats, on enregistrait aussi le retrait classique des dépôts; les dépôts des banques de New- York tombaient de 240.206.400 £ le 19 juillet 1873, à 167.967.200 £ le 22 novembre.

La panique passée et la liquidation achevée, la crise entre dans la phase de dépression lente. Elle fut caractérisée en Autriche et en Allemagne, comme aux Etats-Unis, par une diminution du portefeuille, traduisant le ralentissement des échanges. Le portefeuille de la Preussische Bank descend de 207,44 mill. Mk. en 1873 à 127,43 en 1874; la circulation billet diminue de 293,49 à 277,47. Parallèlement, l'encaisse s'accroît.

Aux Etats-Unis, de même, et le portefeuille des banques de New- York est déjà tombé à 248.067.300 $ le 22 décembre 1873, accusant une diminution brusque de près de 30 mill. $ par rapport à celui du 20 novembre (l86).

(186) Le crédit anglais fut infiniment moins touché que dans les crises précédentes et, si la Banque d'Angleterre accusait dans son bilan une crise de crédit caractérisée par une augmentation subite du portefeuille, bientôt suivie de sa diminution, le mouvement était lent et modéré. Le portefeuille moyen, par exemple, de 27,0 mill. £ en 1872, passe h 28,8 en 1873 pour s'abaisser à 26,4 en 1874 et 25.1 en 1875. Au fort de la crise américaine, son escompte est à 9 p. 100 le 10 novembre et 8 p. 100 le 20 novembre; mais son encaisse et sa réserve subissent des variations insignifiantes.

Mais, ce qui caractérise la crise de 1873, c'est l'intensité présentée par la crise de Bourse, à Berlin, à Vienne, à New- York. Les actions baissent. Les fonds d'Etat résistent.

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