‹ Des crises générales et périodiques de surproductionChapitre 17 sur 100 · DE BERLIN · texte numérisé non relu

DE BERLIN

15 avril.

15 juillet.

4 octobre,

Disc-Commandit

Prov. Disconlo

lierliner Bankverein

A Berlin, et généralement en Allemagne et en Autriche (l88), toutes ces Maklerbanken et ces Raten-und Rentenbanken, qui s'étaient fait une spécialité des opérations de Bourse ou d'opérations étroitement connexes, succombaient les unes après les autres. La crise avait éclaté, le 9 mai, à Vienne; on avait créé sur-le-champ un comité de secours destiné à faire crédit sur le papier de spéculation, refusé par la National Bank et les autres établissements de crédit sérieux; les plus grosses maisons fondaient dans ce but

(187) Wirth. op. cit., p. 374-576.

(188) Hubener, op. cit., p. 87,101.

un fonds de garantie de 20 mill. de FI. On accordait un délai pour la liquidation des opérations sur différences et l'on fixait pour les valeurs un cours de compensation. Le 15 mai, le délai expirait. Les suspensions, un instant éludées, se produisirent, notamment celle de la célèbre maison Placht et Fels, qui avait su capter la confiance de la petite épargne. Puis c'est la série des scandales : l'écroulement des actions de sociétés de crédit présidées par de hautes personnalités, qui succombent devant la baisse du papier qu'elles ont en portefeuille. C'est le Bankverein Boden-Kreditanstalt dont le directeur est M. de Hopfen. ancien président de la Chambre des députés, lTnion Yereins-und Frankobank, présidée par l'ancien ministre Giskra, l'Anglo- Bank à la tète de laquelle se trouvait le comte Eugène Kinski, etc., etc. (l8o). La panique atteignait son point culminant le 9 juin, avec la faillite de la Wechslerbank, fortement engagée dans les entreprises de chemins de fer, elle perdait tout son capital, entraînait à sa suite d'autres institutions de crédit et faisait des victimes jusqu'à Berlin et à Breslau (ïqo).

Le 13 juin se formait alors un nouveau Comité de secours à Vienne, qui trouva en province et en Hongrie de nombreux et heureux imitateurs. La crise entra, à partir de cette époque, dans sa phase de liquidation. En décembre, la situation s'était sérieusement améliorée à Vienne; à Berlin,-dès août et septembre, les cours avaient retrouvé une certaine stabilité.

M. Wirth évalue les pertes à la Bourse de Berlin, sur les 90 principales valeurs cotées à cette époque, à 131.138.000 Mk. (191); à Vienne, les pertes atteignaient 4.903.106 FI. sur les chemins de fer et les sociétés de transport, 2.030.400 sur les actions industrielles, 3.307.000 sur les banques (J9^). Elles étaient particulièrement fortes sur les actions des nou-

(189) Schaefflle, art cit.. p. 8 1

(190) Wirth, op. cit., p. 582.

(191) Wirth, op. cit., p. 599.

(192) Pour plus de détail Cf. Wirth. op. cit., p. 600-601.

velles sociétés, incapables de distribuer un dividende raisonnable (J93).

A New- York, la crise à la Bourse, comme dans la production et le crédit, avait éclaté un peu plus tard, en août 1873. La panique fut telle qu'on dut fermer la Bourse le 20 septembre et elle resta fermée dix jours. A la séance de réouverture la baisse fut énorme, la liquidation portait sur des sommes colossales. Elle s'effectua cependant assez vite et. lorsqu'elle fut achevée, la Bourse reprit peu à peu son assiette normale dès décembre 1873. (jQfy.

La crise de Bourse amenait un bouleversement complet de la répartition des valeurs mobilières : les vendeurs de la panique se ruinèrent, les acheteurs s'enrichirent. Eu

1873, la petite épargne vendait en masse son papier de Bourse, aussitôt après l'explosion de la crise. La baisse du dividende justifiait du reste cette panique. Le dividende moyen des Sociétés de chemins de fer passait de 5,38 en 1873 à 4,76 en 1874; celui des Banques de 10,75 en 1872 à 7,15 en 1873 et 6,83 en 1874. Mais la baisse était surtout énorme pour les nouvelles sociétés, 10,46 et 2,52, 2,89. Une foule de sociétés ne distribuaient même plus aucun dividende en 1874; d'après OEkelhrcuser, en 1874, sur 389 actions nouvelles introduites à la Bourse de Berlin, 210, soit 55 % ne donnaient plus aucun dividende. On enregistra quelques faits typiques et parfois amusants : tel spéculateur heureux, qui occupait un hôtel pendant l'essor, se contentait d'un modeste appartement après l'arrivée de la crise; tel millionnaire de la veille circulait, pendant l'hiver de

1874, vêtu de ses habits d'été; tel domestique, enrichi par d'heureuses spéculations et devenu à son tour maître et propriétaire d'équipages magnifiques, se voyait réduit à reprendre son ancienne condition. Certains ne résistaient pas aux coups que leur portait la fortune : les suicides se multipliaient. Il y en eut même de fictifs; tel spéculateur insolvable feignait de se donner la mort, laissant de vieux

(193) A. Œkelhœuser, op. cil., p. 39-45, tiO.

(194) Pour plus de détail, Cf. Wirth. op. cit., p. 635-G33.

habits sur le parapet d'un pont, pour prendre ensuite ia clef des champs.

La classe ouvrière n'était du reste pas davantage épargnée par la crise. Non seulement les salaires baissèrent (à Pittsburg les hauts fourneaux les réduisaient de 10 % en 4873, à New- York les maçons gagnaient 4 $ de moins par jour), mais le nombre des chômeurs, le nombre des jours chômés dans la semaine s'accroissaient dans des proportions énormes. A Vienne et dans les faubourgs, au début de février, il y avait 18.830 chômeurs et, cependant, s'il faut en croire le Wiener Tageblatt, 14.000 ouvriers avaient déjà quitté la ville à cette époque. Les manufactures comptaient 5.600 chômeurs, les ouvriers du fer 4.200, le bâtiment 3.400. En Allemagne, d'après le Times, le nombre des ouvriers employés par les 22 principales usines métallurgiques de l'Allemagne, à l'exception de Krupp, avait passé d'avril 1873 à avril 1877 de 27.700 à 14.600.

Il n'est pas toutefois jusqu'aux branches les plus inattendues de production qui ne fussent au moins effleurées par la crise : et il y avait à Vienne 860 ouvriers boulangers sans travail, 280 cordonniers, etc. (r9&).

Avec l'arrivée de la dépression et du chômage, nous avions cependant à enregistrer un phénomène inverse d3 celui de la période d'essor : la productivité de l'ouvrier s'accroissait. Le chômage permettait, en effet, de trier les ouvriers, de ne conserver que les plus habiles et les plus expérimentés; d'un autre côté, la diminution des heures de travail par jour, des jours de travail par semaine avait pour effet d'augmenter l'intensité de l'effort et, par suite, son effet utile. D'après Neumann-Spallart, la productivité du mineur de houille s'accroît de 248 t. en 1873 à 270 en 1878 ('o0'), et M. H. Denis arrive à la même conclusion qu'il généralise (w). « L'examen du diagrame révèle que l'effet utile tend toujours à varier en raison inverse du prix de la houille » et, prenant pour champ d'expérience les

(195) Wirth. op. cit., p. 679.

(196) Neumann-Spallart, op. cit., partie II, p. 329.

(197) Hector Denis, op. cit., p. 84.

mines de Liège, il montre comment la productivité des mineurs décroît de 1359 à 1872, pour s'accroître de 1873 h

La crise agissait également sur certains phénomènes sociaux : mariages, suicides, criminalité (r9s). Les mariages devenaient moins fréquents, les suicides augmentaient ou, plus exactement, accéléraient leur marche en avant. Ce genre particulier de criminalité, essentiellement solidaire de l'état économique : vol, vagabondage, se développait rapidement, aux Etats-Unis notamment, où le vagabondage prenait la forme originale de bandes organisées réquisitionnant et rançonnant les populations rurales (r99). Aussi l'immigration européenne aux Etats-Unis diminuait; elle passait de 422.545 en 1873 à 373.339 en 1874 et 191.231 en 1875.

§ 9. — Crises de 1882 et de 1884

En 1877, la dépression a déjà atteint son point culminant aux Etats-Unis. En Europe, la reprise ne se dessine qu'en 1878-1879. Néanmoins, la période prospérité, en retard, ne sera pas de longue durée. La crise interviendra dès l'année 1882. Elle reste cependant intéressante pour nous, car l'essor de cette époque est essentiellement français.

C'est le moment du vote et de la mise à exécution du plan de Freycinet (20°); c'est l'époque également de l'entrée «n vigueur de la loi du 11 juin 1880 sur les chemins de fer d'intérêt local (201).

(198) Nous ne parlons pas des naissances, car si la misère peut restreindre leur nombre, il en est de même des salaires élevés. La misère aurait même une tendance à multiplier les enfants, d'après certains économistes, plus que la prospérité.

(199) Block, art. cit. p. 411 et 412.

(200) Le projet prévoyait une dépense d'environ o milliards dont 3 milliards 1/2 pour les chemins de fer — I milliard pour les voies navigables et J500 millions pour les ports; la dépense devait se répartir entre les budgets des années 1878 à 1890. L'extension du réseau de chemins de fer d'intérêt général devait être de 18.000 kilomètres; — on devait construire ou améliorer 10.000 kilomètres de voies navigables — agrandir

ou transformer la presque totalité des ports mariUmes. Economiste Français,

10 janvier 1880, p. 42. — Hyndman, op. cit., p. 130.

(201) H. Vergé, Des chemins de fer d'intérêt local et des chemins de fer à voie étroite. Ecoriomiste Français, 10 juin 1883.

Les autres grands pays d'Europe : l'Angleterre, l'Allemagne, accusent un progrès assez lent. L'Allemagne manque de capitaux; l'Angleterre cherche un emploi rémunérateur pour les siens et se tourne de plus en plus vers les placements extérieurs, notamment américains.

a) Essor.

En France, l'essor est caractérisé par la progression du chiffre des émissions industrielles; de 350 mill. fr. pour Je premier semestre de 1879, il quintuplait à 1.748,4 mill. fr. pour le premier semestre de 1880 et dans l'année 1879-1880, atteignait un total énorme de 4.000 mill. fr. sans compter les emprunts belges, austro-hongrois et russes, qui n'étaient pas émis directement sur le marché de Paris; en 1881, on créait à Paris 430 sociétés nouvelles au canital de 1:929 mill. fr. (*»).

Toutefois, l'essor prend une physionomie originale du fait de l'exécution des grands travaux publics et, à côté des émissions, les commandes industrielles proviennent des dépenses de l'Etat en entreprises d'utilité publique. L'Etat français dépensait, en exécution du plan Freycinet, en 1878, 60 mill. fr.; en 1879, 130 mill. fr.; en 1880, 200 mill. fr.. Au 11 novembre 1882, les travaux publics avaient absorbé 1 milliard 367 mill. fr. Conformément aux prévisions du projet, ces fonds avaient été employés en constructions et améliorations de lignes de chemins de fer; l'accroissement du réseau français d'intérêt général atteignait :

1879 1.814kilom. 1881 1.169 kilom.

1 880 810 kilom. 1882 1.327 kilom.

Soit au total : 5.141 kilomètres.

Sous l'influence de la loi du 11 juin 1880, le réseau d'intérêt local prenait, lui aussi, un développement rapide : en 1879, on n'avait construit que 69 kilom.; en 1880 on en construisait déjà 219 kilom. et, en 1881, 2.716.

(202) Cf. Neumann-Spaïlart, op. cit., partie I, p. 57. d'après la Revue des Banques, 1885, p. 345.

Les recettes, du reste, justifiaient ces extensions successives de nos voies ferrées; le revenu net kilométrique de notre réseau d'intérêt général s'élevait de 20.362 fr. en 1879 à 22.687 en 1881.

L'industrie minière et métallurgique profitait largement de ce développement de nos chemins de fer : la production des mines, des hauts fourneaux, des aciéries s'accroissait rapidement. Le. nombre des usines augmentait; il s'en créait de nouvelles près de Rayonne (Boucau), de St-Nazaire, dans le Pas-de-Calais, où les charbons anglais et le minerai d'Espagne arrivaient à très bon compte, ou bien encore: dans l'Est, grâce au bon marché du charbon de la Ruhr et du minerai lorrain, rendu utilisable par la découverte de Thomas. Les commandes, qui, il y a quelques années, étaient réparties entre neuf usines, le sont entre seize en 1882. Cet afflux du capital vers l'industrie se poursuivait en France à la suite de la constitution de toute une série de banques plaçant des actions dans le public moyennant libération d'un quart au plus et faisant appel à la petite épargne (paysanne et petite bourgeoise). Assez souvent elles salariaient des agents chargés d'aller dans la campagne placer ce papier de troisième ou quatrième ordre; ces agents donnaient, moyennant le versement de 125 francs, un titre luxueusement imprimé, où figuraient en gros caractères 500 francs. L'une d'entre elles et la plus importante, l'Union Générale, devait rester à jamais célèbre dans l'histoire économique à la suite d'événements que nous aurons bientôt à préciser. Mais il s'en fallait qu'elle fût la seule à se livrer à ce genre d'opérations : le Crédit de France, le Crédit de Paris, la Banque Nationale, la Société Nouvelle de Banque et de Crédit, le Crédit Provincial, la Caisse Industrielle, etc., etc., constituèrent eux aussi, pendant un certain temps, les soutiens et les stimulants de notre commerce et de notre industrie nationale. C'est sous leur patronage que voyaient le jour la Compagnie départementale d'eau et de gaz, celles des Omnibus de Marseille, les Entrepôts Libres de Paris- Lyon-Méditerranée, la Compagnie générale du gaz, la Société générale de navigation à vapeur, l'Entreprise générale

de construction de travaux publics, l'usine électro-métallurgique d'Auteuil, les Hauts Fourneaux de Balaruc, !a Compagnie Houillère du Yernet, les Houillères d'Au-

gitS (*»«!)-.

Même phénomène aux Etats-Unis; les constructions de chemins de fer atteignaient en milles :

Les émissions suivaient tout naturellement une évolution parallèle. Dans l'Etat de l'Ohio notamment, le chiffre d'émission de valeurs de chemins de fer suivait la progression suivante :

1880 25,58 mil!. ■$ 1883 36,12 mill.'f

1881 40,46 » 1884 4,56 » (ini)

Les simples tramways jouissaient eux aussi de la faveur des capitalistes : les émissions de valeurs de tramways croissaient rapidement, touchant elles aussi leur maximum en

Parallèlement, l'industrie minière et métallurgique, particulièrement la production de rails, prenait une extension considérable : de 780.000 t. en 1878, la production de rails s'élevait à 1.305.000 en 1880, 1.647.000 en 1881, 1.508.000 en 1882. Malgré cette progression vertigineuse de la production nationale, l'importation s'accroissait cependant, passant de 153.000 t. en 1878 à 302.000 en 1881 et 29b\000 en 1882 (™5).

La production de la fonte, du fer et de l'acier suivaient naturellement celle du rail.

(202 bis) Cf. Paul Leroy-Beaulieu. La liquidation de la crise de 1882 et l'état présent du marché financier. Economiste Français, 20 septembre 1884, p. 345 s.

(203) Neumann-Spallart, op. cit. partie II, p. 502.

(20i) Dict. de Conrad. Mot : Akliengesellschaft.

(205) Dict. de Conrad. Mot : Eisen.

L'industrie des moyens de production connaissait donc, soit en France, soit aux Etats-Unis, une phase de grande prospérité (2o6). Par solidarité, l'industrie d'objets de consommation se développait.

En France, le nombre des broches en activité augmente de 4.383.140 à 4.716.897, en 1882. Au lieu de 50.028 en 1876, il y a 71.977 métiers en mouvement en 1882 (2°:).

De même en Amérique : l'industrie textile nationale ne développe rapidement, l'importation étrangère augmente; son importation de lainage notamment s'accroît de 24.350.000 S en 1878-1879 à 44.275.000 $ en 1882-1883 (2°s).

Le luxe se répand avec l'augmentation des revenus, et la consommation de la soie, en France, passe de 3.717.000 kilogr. en 1879 à 4.413.539 en 1881 (2°o). Aux Etats-Unis, l'importation de soie brute progresse de 1.889.776 Ibs. en 1878-1879 à 3.253.270 en 1882-1883 («<>).

Le chemin de fer enfin ouvre aux capitaux et à la culture de nouveaux territoires restés inexploités. Les émigrants, notamment, affluent aux Etats-Unis. Les ventes effectuées par la Direction des Domaines de Washington (Land Office) aux émigrants passent de 8.950.219 acres en 1879 à 9.166.916 en 1880 et 10.579.107 en 1881.

Le commerce mondial reflétait cette prospérité générale, soit à l'exportation, soit à l'importation (2I1).

Les prix, devant une demande progressive, effectuaient un mouvement de hausse. (Cf. Annexes.)

Avec l'augmentation des quantités de marchandises pro-

(206) L'industrie anglaise et même l'industrie allemande profitent bien de l'essor français et américain, mais par ricochet seulement et, si l'on compare la statistique des émissions anglaises, et surtout prussiennes ou allemandes, avant la crise de 1873, et avant celle de 1882, on aboutit au même résultat : l'afflux du capital vers l'industrie y est très faible. Tandis que le maximum des émissions prussiennes pendant la période d'essor précédant la crise de 1873 est de 1.4'.)o,8 millions Mk., il est pendant la période d'essor précédant la crise de 1882, de 199,2 millions .Mk Cf. lr* édit. p. 1(12, note 2. Cf. Dict. de Conrad. Mot : Aktiengcselkchnft.

(207) Neumann-Spallart, op. cit., partie II, p. 358.

(208) Neumann-Spallart, op. cit., partie II, p. 369. (200) Neumann-Spallart, op. cit.. partie II, p. 379.

(210) Neumann-Spallaxt, op. cit.. partie II. p. 383:

(211) Neumann-Spallart, op. cit., partie IT, p. 546.

duites et échangées et 1 élévation de leurs prix, le portefeuille des grandes banques, et particulièrement en France de la Banque de France, s'accrut. Le tau* de l'escompte s'éleva.

La Bourse connaissait une de ces périodes de hausse où la spéculation est portée aux exagérations. L'action de l'Union Générale, de 1.280 francs en mai 1881, s'élevait à 2.880 francs en décembre 1881.

Enfin, la répartition des richesses accuse elle aussi un progrès.

En France, la demande de main-d'œuvre était même telle qu'on devait avoir recours à de mauvais ouvriers, quoique payés très chers. L'exécution du plan Frevcinet s'en ressentit et les prévisions des devis furent dépassées. Aux Etats- Unis, dans les Etats situés à l'est du Mississipi, le salaire moyen par mois des ouvriers agricoles augmentait de 3 $ de 1879 à 1882; dans les Etats industriels du nord-est, l'élévation atteignait jusqu'à 6,4 $ (2i2). Elle était encore supérieure pour les ouvriers des mines et des fabriques (2l3).

Les capitalistes n'étaient, au reste, pas plus mal partagés et les dividendes suivaient une courbe ascendante; l'Union Générale, par exemple, qui distribuait 16 fr. 25 en 1879, soit sur 125 francs payés par action de 500 francs 13 %, donnait 40 francs en 1880, soit 32 %. En 1881, avec un capital versé de 12 1/2 mill. fr., le bénéfice net atteignaU, 11 1/2 mill. fr. (2i4).

Les autres sociétés commerciales annonçaient, elles aussi, des dividendes très satisfaisants.

DIVIDENDES

Banque de Fiance il

Société de crédit industr. et comra.

Creusot 11,1

(212) Neumann-Spallart, op. cit., partie I, p. 49.

(213) Economiste Français, 20 avril 1882, p. 49.

(214) E. Struck, Zur Geschichte der Pariser Bœrsenkrisis von Januar 1882, Revue de Schmoller, 1882, p. 241-272 (241-272). Cf. p. 255.

Aux Etats-Unis, les dividendes suivent également uno courbe ascendante, particulièrement ceux des sociétés de chemins de fer. Toutefois, si les dividendes s'accroissent, il est à remarquer que les recettes nettes n'augmentent pas aussi vite que les recettes brutes; les frais de construction s'élèvent, avec la hausse des prix des rails et des wagons, des salaires, de l'intérêt... et la recette nette s'en ressent (2l5).

b) Crise et dépression.

En France, le krach de l'Union Générale — l'interruption ou, tout au moins, le ralentissement des travaux publics, donnent le signal de la crise.

Dès 1882, le capital commence à cesser d'affluer vers l'industrie; toutes ces banques, dont nous avons décrit l'activité souvent risquée pendant la période d'essor : Crédit de France, Crédit de Paris, Banque Nationale... chutent les unes après les autres, entraînées par la faillite de ces multiples sociétés industrielles et commerciales auxquelles elles avaient contribué à donner le jour. Tandis qu'à Paris on avait créé, en 1881, 430 sociétés au capital de 1.929 mill. fr., en 1882 on n'en créait déjà plus que 338 au capital de 798 mill. fr.; en 1883, 230 avec 251,3 mill. fr. de capital et en 1884, nous descendions à 143 sociétés et 91,9 mill. fr. de capital (2l6). Le Crédit Lyonnais perdit 62 millions sur son portefeuille-titres. Le public retira près de la moitié des dépôts confiés à cet établissement. De là, l'abandon par son directeur, Germain, des opérations financières, l'extension des succursales et la transformation de nos sociétés de Crédit en Banques de dépôt et d'escompte exclusivement.

Elles abandonnent aux banques d'affaires les participations, les avances à long terme, la souscription ferme d'actions et d'obligations industrielles.

Comme les crises antérieures, celle de 1882 était marquée par la chute retentissante d'une grande banque : l'Overend

(215) Cf. Economiste Français, 12 août 1882, p. 104 et Raihviy-Age, cité par Economiste Français, 11 février 18S2, p. 165. (210) Neumann-Spalkirt, op. cit., partie I, p. 57.

Gurney de 1866, la Jay-Cooke de 1873, fut, en 1882, l'Union Générale. Toutefois, l'Etat, après avoir par ses nombreuses commandes à l'industrie stimulé beaucoup la production, arrêtait subitement les travaux des chemins de fer; et l'embarras des finances françaises, les dépenses imprévues excédant les devis, nécessitaient un ralentissement des travaux des Ponts et Chaussées et de la Guerre.

La première cause de la crise, d'après Fougerousse, qui s'est livré à une enquête auprès des industries, c'est « la surproduction de nos usines coïncidant avec un brusque arrêt des travaux publics et des travaux de bâtiment » (2I:). Un second élément : « le remplacement presque subit du fer par l'acier pour les rails », s'y ajoute (2,s). Aussi « la métallurgie semble... la partie de notre travail national la plus frappée en ce moment ».

Fonte fui 'le lafonte Feret acier

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