PAQUEBOTS DE COMMERCE CONSTRUITS
Pour l'Allemagne Nombre. Tonnage (R I. j
Pour l'étranger Vaissraui de guerre
Tonnage t R. T.)- Nombre. ToDoage(R.T.)
Total . . .
à vapeur
Total . . .
à vapeur
Total . . .
à vapeur
L'industrie des machines à vapeur et des chaudières, celle des moteurs à gaz, celle des machines-outils souffrent très sérieusement de la crise à partir de 1900. La fabrique de moteurs à gaz Benz de Mannheim donne 4 % de dividende en 1901-1902 contre 8 % en 1900-1901. La fabrique de machines - outils Berliner Werkzeug, après avoir distribué 12 1/2 % de 1895 à 1900, donne seulement 4 1/2 en 1900- 1901 et 0 en 1901-1902.
Même phénomène dans l'industrie de la locomotive et dans celle des wagons. On est mal renseigné sur l'évolution de la crise dans l'industrie de la locomotive, car les usines appartiennent à des particuliers. Mais dans celle des wagons, la réduction des bénéfices entraîne la réduction du capital social de plusieurs sociétés par actions. (Sanierung) (37o).
L'industrie minière et métallurgique n'eut à souffrir ni aussi tôt, ni aussi profondément que les industries précitées de la crise de 1900.
(377) Schachner, Schiffsbavgewerbe, op. cit., p. 184.
(378) Schachner, eodem loco, p. 165. Cparer, p. 185
(379) Steller, op. cit., p. 26, 34, 48, 68-70.
L'année 1900 n'était même pas, à proprement parler, une année de crise pour la mine de houille : jamais la demande n'avait été si pressante, ni les prix si rémunérateurs. C'est l'année de la Kohlemiot (disette de houille). La houille présente, en effet, la particularité d'être une matière nécesr saire à la construction des machines et de l'être aussi à leur fonctionnement. Or, l'année de crise qui marque le point culminant de la période de prospérité est aussi celle où l'on produit le plus de machines et où le plus grand nombre de machines entre en activité. Ajoutons à cela, qu'en 1900 des circonstances particulières agissaient dans le même sens. Le manque de wagons et l'insuffisante navigabilité du Rhin, fin 1899, s'opposaient à une exploitation satisfaisante et complète de mines de la Ruhr; les cartels assez souvent ^ouverts par des marchés à long terme conclus pendant la période d'essor, refusaient catégoriquement de résoudre ces contrats et d'abaisser les prix.
Mais, en 1901, et surtout 1902, la crise intervint (38°).
a) Bassin de la Ruhr. — Dans le bassin de la Ruhr la dépression sévit dès le début de 1901. Le Rheinisch-Westfœlische Kohlensyndikat réduisit la production de ses membres d'abord de 10 %, en juillet de 15 % et en octobre de 20 %. Au début de 1902, il maintenait encore la limitation de la production à 20 %. Malgré ces mesures radicales, les stocks des producteurs syndiqués étaient cependant de 270.371 tonnes fin 1901, contre 79.056 au 31 décembre 1900; ils augmentaient à 346.817 tonnes en janvier 1902, pour commencer à diminuer et s'abaisser lentement à 304.530 dans le courant de 1902.
Ce qui est vrai de la houille l'est encore plus du coke et des briquettes organisés en deux cartels distincts. Le syndicat du coke de Bochum réduisait coup sur coup la part de production de ses membres de 5 % en janvier et en février, de 10 % en mars, de 10, puis de 16 en avril, de 20 % en mai, de 25, en juin et à partir de juillet, de 31 1/2 %. Les
(380) Le minerai de fer était atteint plus tôt et plus durement; car il ne présentait pas le même don d'ubiquité que la houille.
Lr scure 1 [
Mk.
Mk. •
envois furent inférieurs de 952.780 tonnes à ceux de 1900 avec un chiffre total de 6,883.567 tonnes.
En 1902, la situation empirait; on réduisait le chiffre de participation de 35 %. Les stocks grossissaient néanmoins. La classe ouvrière avait à souffrir du chômage, de la diminution des jours de travail dans la semaine, de la réduction de la durée de la journée de travail, qui s'abaissa jusqu'à 6 heures (38 1).
Mais les cartels endiguèrent la baisse des prix.
Charbon gras
Charbon à coke
Charbon inaigre
Quant au coke il atteignait en 1901 des prix plus élevés encore qu'en 1900, mais pour une raison spéciale, que nous verrons bientôt.
b) Bassin de Haute-Silésie. — Dans le bassin de Haute- Silésie, la crise ne se fit à vrai dire et franchement sentir qu'en 1902. Encore exerça-t-elle surtout son influence sur la houille à coke et le coke. Par suite de circonstances particulières la houille elle-même eut assez peu à souffrir.
La mine Silésienne, a, en effet, pour principal client le chemin de fer prussien; or, c'est là un acheteur dont la consommation varie peu et avec lequel des contrats à long terme assurent aux prix une assez grande stabilité. D'autre part, comme nous l'avons remarqué, l'industrie silésienne soit lutter en général contre la concurrence extérieure. Après l'arrivée de la crise, la diminution de la demande se traduisit par une diminution de l'importation; l'industrie bohémienne notamment ressentait vivement la répercussion de la crise allemande; en 1901 elle occupe 33.000 mineurs contre 37.000 en 1900 et elle limite sa production de 20 %; en 1902, elle n'occupe plus que 30.000 ouvriers (38*). Dans ces
(381) Der Arbeitsmarkt, 15 avril 1902.
(384) Bœhrnische Braunkohlenindustrie. Publications du Vcrein fur Sozialpoîitik, t. CXII, p. 9, s.
LE rilÉNOMÈNE 163
conditions, fortifiée par un froid très vif, par une campagne de sucre très favorable, l'exploitation silésienne, au lieu de diminuer, peut subir un léger accroissement en 1901 contre 1900, passant de 24.815.041 tonnes en 1900 à 25.251.625 t.
En 1902, par contre, un hiver plus que doux, la crise toujours plus intense .dans l'industrie métallurgique obligeaient l'industrie silésienne à limiter sa production et à abaisser ses prix; mais dans l'ensemble la situation restait en somme favorable, surtout si on la comparait à celle du bassin de la Ruhr (3S5) ,ou à celle des producteurs de coke (386).
Peu à peu la crise gagnait l'industrie métallurgique où elle frappait d'abord le produit fabriqué (laminé), puis l'acier et la fonte.
a) Lorraine. — Dès 1899, les laminoirs étaient obligés d'avoir recours à l'exportation pour écouler leur production et sous l'influence d'un accroissement de la concurrence les prix n'avaient pas tardé à baisser sur le marché extérieur. Le commerce et l'acheteur en général, s'étaient dès lors montrés plus réservés et, à l'automne 1900, on limitait la production de la fonte, un peu plus tard, celle des aciéries. En 1901, la production diminuait de 10 %, par rapport à 1900; les prix de la fonte baissaient de 30 à 40 %.
Toutefois l'industrie lorraine était, dans une certaine mesure, garantie contre une baisse trop brusque par la politique habile de ses cartels; le Syndicat de la fonte notamment avait conclu des contrats à long terme avec les producteurs de produits semi-ouvrés et ces derniers avec les fabricants d'objets manufacturés. Aussi était- il loisible aux uns de rejeter le poids de la crise sur les autres. Cependant les cartels lorrains consentirent des réductions de prix à leurs acheteurs.
b) Provinces rhénanes-ivestjjhaliennes (Ruhr). — Il n'en fut pas de même dans le bassin de la Ruhr.
Encore au début de 1900 la situation était favorable et
(385) Kuh, op. cit., p. 159-172.
(386) A la Kœnigin Louise-Grube, le prix du coke passe de 8 Mk au 1er juillet 1900 à 6,50 au 1er janvier 1902. Kuh, op. cit., p. 175-180.
l'optimisme dominait. Mais, dès avril, les laminoirs commençaient à manquer de commandes. Les entreprises indépendantes de tout cartel consentaient des baisses de prix; l'argent était cher. En mai ces symptômes de crise se précisèrent; les matières premières, les objets semi-ouvrés sont encore bien tenus, tandis que le fer en barre est très peu demandé, le fer-blanc même baisse de prix. Néanmoins en juillet, les limitations de la production, le chômage sont encore la rare exception et il faut examiner les choses d'un peu plus près pour arriver à des constatations inquiétantes. Si le marché du fer notamment était toujours, et de plus en plus, défavorable pour certains produits, le minerai de fer était bien tenu, la fonte d'un écoulement facile à des prix élevés; mais le marché des produits semi-ouvrés était seulement satisfaisant et le laminoir accusait déjà une crise; d'autre part, là où la prospérité régnait encore, on manquait de nouvelles commandes; dès le mois d'août la situation s'aggravait et à l'automne la présence d'une crise ne faisait plus aucun doute; de 220 Mk. quelque temps avant, le fer en barre tombait à 170-180 Mk (387) et le périodique Stahl und Eisen écrivait : « Quoique les commandes en cours soient suffisantes pour longtemps encore, beaucoup d'entreprises manquent de nouvelles commandes ».
Les cartels donnèrent à ce processus de baisse qui allait se prolonger jusqu'en 1903 un aspect original.
Dans l'industrie des objets fabriqués le cartel se montra très large : soit que la crise y fût plus intense, soit que sa situation fût moins forte, soit qu'il s'inspirât de principes différents, il consentit dès l'arrivée de la crise des baisses de prix à ses acheteurs. Il fit mieux : il revisa même en leur faveur les contrats conclus pendant la période de hausse; il leur accordait des délais; il réduisait leurs commandes (388V. Dans l'industrie des matières premières (coke, fonte), on se montra intraitable; c'est même là que nous enregistrons une politique extrêmement rigoureuse pour l'acheteur et depuis
(387) Von Wiese, art, cit., p. 308 s.
(388) Enquête ail. sur le cartel, t. III. Déposit. Moser, p. o9o. Déposit. Weil, p. 063.
célèbre sous le nom de politique de fusion. Pratiquée d'abord par le cartel du coke, elle fut ensuite adoptée et suivie par les acheteurs de coke, c'est-à-dire les producteurs de fonte (3So). Voici brièvement en quoi elle consistait : au début de 1900, parfois môme dès 1899, les cartels de matières premières proposèrent, et par proposer il faut entendre imposer (39°), à leurs acheteurs de contracter pour 1901 et de fusionner les contrats déjà conclus pour 1900 avec ceux à conclure pour 1901; on élevait les prix de 1901; on les additionnait avec les prix stipulés pour 1900 et on obtenait, en divisant le total par 2, les prix de fusion valables pour 1900 et 1901. Grâce à ce procédé le cartel était assuré d'un débouché pour deux ans à des prix extrêmement rémunérateurs.
Les acheteurs avaient, paraît-il, consenti un peu malgré eux; toutefois, la prospérité régnait encore. Ils avaient accepté. La crise éclata presque aussitôt après la signature des contrats; les acheteurs demandèrent la résiliation des contrats. Ils intentèrent des procès, ils les perdirent; ils avaient signé, ils étaient tenus. Et le cartel se montra inflexible dans l'exigence de l'exécution des engagements pris. Une véritable débâcle s'ensuivit dans l'industrie des produits fabriqués; c'était elle qui était la première et la plus atteinte par la crise; c'était elle qui subissait les plus fortes réductions de prix; c'était elle qui devait payer sa matière première à des prix aussi élevés qu'au temps de sa plus complète prospérité ! Le laminoir, notamment, eut beaucoup à souffrir. Obligé, d'une part, de payer sa matière première à des prix exorbi-
(389) Toutefois, on est loin d'être d'accord sur ce point. Le cartel du coke prétend que les prix de la fonte haussèrent avant ceux du coke. Cf. les deux thèses dans le Rapport Vœlker. Enquête allemande sur le cartel t. I, p. 640 et 641. Dépos. Kirdoff, p. 664 et 665. Dépos. Schleifenbaum, t. III, p. 276. D'après la déposition très précise de M. Bertram le cartel de la fonte aurait élevé ses prix dès mai 1899 et le cartel du coke n'aurait eu Tecours à la politique de fusion qu'en octobre 1899, t. III, p. 278 dans le même sens. Dépos. Springmann, p. 278, 279, 284, 287. Dépos. Menne, p. 315 et 317.
(390) Le cartel du coke, tout en proposant cette combinaison, avertissait sa clientèle qu'en cas de refus, il ne pourrait garantir la fourniture de •coke en 1901. Enquête ail. op. cit., t. III. Rapport Vœlker, p. 640-641. Déposition Gothein, p. 653-654. Déposition Plehn, p. 660.
tants, concurrencé de l'autre à l'intérieur et à l'extérieur par l'entreprise intégrée assurant par elle-même la production de sa matière première, le laminoir connut l'une des périodes les plus difficiles et les plus troublées de son histoire. L'enquête allemande sur le cartel est pleine de revendications. de ces petits laminoirs.
Toutefois les prix de fusion n'étaient valables qu'en 1900 et 1901. En 1902, la baisse se précipite. La fonte n° 1 de 102 Mk en 1900 passait à 63 Mk en 1902, la fonte Thomas de 90,20 à 58. En 1903 et 1904, la baisse continuait sans cependant affecter les allures brusques qu'elle avait revêtues en 1902.
La politique de limitation de la production des cartels n'est pas moins intéressante que leur politique des prix. Elle mit en danger l'existence de certains cartels, elle agit sur la concentration des entreprises.
En présence de la restriction des débouchés et de la baisse des prix chacun était tenté de reprendre sa liberté. D'autre part, le cartel ne jouissait pas d'un monopole absolu, et comme le remarquait M. Gothein, député au Reichstag, celui qui faisait le mieux ses affaires, c'était encore l'outsider; en vendant un peu moins cher que le cartel, un large débouché s'ouvrait à lui. Enfin l'entreprise intégrée, par suite soit de ses exigences, soit d'avantages particuliers, rendait très difficile dans le cartel la situation des entreprises incomplètes (39i).
On put craindre un moment une débâcle générale du cartel da~s le bassin de la Ruhr. Il n'en fut rien. A part quelques petits cartels de produits fabriqués, les autres survécurent.
Rs furent renouvelés : le cartel de la fonte (Roheisensyndikat) en 1902, le cartel de la houille (Kohlensyndikat) en 1904, le cartel de l'acier (Stahlwerksverband) en 1904. Mais de leur renouvellement ces deux derniers sortaient agrandis. Le cartel de la houille absorbait le cartel du coke et des bri-
(391) Cf. notre article l'Evolution du cartel dans la grande industrie allemande de la houille et du fer. Revue d'économie politique, 1906.
quettes. Le cartel de l'acier résultait de la fusion des cartels des produits semi-ouvrés, des poutrelles, des rails, de la tôle et d'autres encore.
La concentration progressait sous forme d'intégration (Hn), et de fusion. Par fusion, nous entendons le rachat de la petite entreprise syndiquée par la grande usine en vue de profiter du chiffre de participation dans le cartel de la petite usine : on ferme la petite usine et on laisse produire à la grande tout à la fois la part attribuée à la petite et la part de la grande usine; les frais généraux de la grande diminuent grâce à une utilisation plus parfaite de son outillage. Dans la fabrication des ponts, M. Weil évalue à dix le nombre des petites usines ainsi rachetées (3o3). Mais le rôle du cartel n'est pas seulement de réglementer la production et les prix à l'intérieur; il encourage l'exportation par le dumping.
Le Roheisensyndikat et le Halbzeugsverband écoulèrent à des prix dérisoires toute une partie de leur production, si bien que l'exportation de fonte et de semi-produits excéda, en 1900-1903 les chiffres de la période d'essor 1895-1900 (W). Une partie de cette exportation à perte prenait le chemin de l'Angleterre : de là, le moment choisi, à tort ou à raison, par M. Chamberlain pour commencer sa campagne protectionniste (395).
Mais l'industrie allemande armait aussi des concurrents étrangers, et notamment les chantiers maritimes hollandais et anglais contre les chantiers du Rhin (396).
(302) Heymann, op. cit., p. 155 s.
(393) Enquête allemande sur le cartel, t. III, p. 686.
(394) Cf. Vogelstein, Die Rheinisch-Westfœlische..., op. cit., p. 126.
(395) D'après le Iron and Steel Trades Journal du 14 nov. 1903, l'importation de produits semi-ouvrés allemands par le seul port de Newport aurait atteint, en 1902, 200.000 t. La différence de prix entre le produit allemand et le produit anglais aurait atteint sur le lieu de consommation 10 à 12 1/2 sh. par tonne.
(396) Le Directeur d'une société de construction navale, la Palmers Shipbuilding and Iron Company, de Newcastle, déclarait qu'en 1900-1903, achetant sa matière première 30 0/0 meilleur marché en Allemagne il avait la possibilité de passer des contrats qu'il n'aurait pu consentir sans cela. Cf. Enquête ail. sur le cartel, t. III, Déposit. Schmeiding, p. 515 s. Gothein. Débats de l'Assemblée générale du Verein fur Sozialpolitih. Publications du Verein fur Sozialpolitik. t. CXIII, p. 193 et 194.
On ne diminuait pas le taux des salaires, mais on réduisait le nombre des ouvriers, le nombre des journées de travail, le nombre des heures de travail par jour; au total on pouvait estimer à 17 % la diminution du salaire annuel. Cependant, grâce à cette réduction du temps de travail, le nombre des chômeurs, sans être négligeable, était modéré. Les ouvriers étrangers ou venus des provinces orientales de la Prusse regagnaient leur pays d'origine (39:). Les dividendes baissaient plus fortement que les salaires.
DIVIDENDES
Années.
Bochumer Verein.