CIRCULATION' LETTRES DE CH\.\GE POUR TOUTE L'ALLEMAGNE
1890 20.937 mill Mk.
Nous retrouvons aussi un phénomène fréquent en temps de crise : le retrait subit des dépôts. Inutile d'insister. Arrivons à des particularités beaucoup plus intéressantes : l'inégalité de résistance à la crise des grandes banques et des banques petites ou moyennes.
Si nous prenons les grandes banques berlinoises, par exemple, nous constatons que les banques les plus récentes, notamment la Berliner Bank et la Breslauer Bank, ne faisaient pas aussi heureusement face à la crise que d'autres plus anciennes et plus riches en capitaux, la Deutsche Bank ou la Diskonto-Gesellschaft par exemple. Tandis que l'ensem-
(419) Voïksw. Chronik de la Revue de Conrad, 1900 (Bilan mensuel de la Reichsbank). Eodem, 1904, p. 947.
ble des affaires de ces deux dernières sociétés s'accroissait encore en 1901, celui des autres diminuait. L'accroissement des dépôts notamment affluant des banques moyennes était particulièrement significatif.
Le terrain était donc tout préparé pour une large concentration des affaires de Banques au profit des très grandes banques (421). Les grandes banques saisirent avec empressement l'occasion. Dans certains cas la petite banque implorait pour sortir de difficulté, l'aide de la grande banque et cette dernière faisait payer à la petite banque son appui d'une aliénation plus ou moins complète de sa liberté. — Dans d'autres cas, c'était une banque jadis prospère qui chutait, et la grande Banque se contentait d'installer une succursale, là où jadis le crédit local ou provincial régnait encore en maître (422). C'est ainsi que les banques provinciales du Rhin et de la Westphalie furent absorbées progressivement par les grandes banques de Berlin. Tantôt il s'agissait d'une absorption pure et simple, tantôt d'une association d'intérêt. La crise dont les banques allemandes eurent à souffrir à partir de 1900 résultait des liens étroits qui les unissaient à l'industrie. La Leipsiger Bank chutait, entraînée par une société industrielle : la Trebertrock nunggesellschaft (société pour le dessèchement des drêches). Dans les autres banques, les radiations sur compte courant passaient de 3.085.000 Mk en 1900 à 4.765.000 Mk en 1902, les radiations sur participations et commandites de 4.477.000 Mk à 5.214.000. Les dividendes baissaient considérablement de 116.277.000 Mk en 1900 à 97.256.000 en
Mais les banques allemandes n'étaient pas seulement touchées par la diminution de leur portefeuille et de leurs opérations d'escompte, par leurs pertes sur prêts industriels; elles l'étaient aussi par la crise de Bourse qui venait dépré-
(420) Lœb, op. cit., p. 305.
(421) Cf. Depitre, Le mouvement de concentration dans les Banques allemandes, Paris, Rousseau (thèse), 1905, p. 104-115. Schumacher, Die Ursachem und Wirkungen der Konzentration im deutschen Bankicesen Revue de Schmoller, 1906, Heft. 3, p. 3G s. (918 s.).
(422) Ce fut le cas pour la Leipsiger Bank. Cf. Hecht. Die Katastrophc der Leipsiger Bank. Publications du Verein fur Sozialpolitik, t. CX, p. 373-390.
cier les valeurs mobilières qu'elles avaient en portefeuille. Les radiations sur titres atteignaient, en 1900 et 1902, l,o million et 3,5 millions.
Une crise de Bourse avait, en effet, annoncé la crise industrielle. La baisse des valeurs mobilières commença en avril 1900. Elle atteignit tout d'abord le marché des actions d'électricité. Fin 1900, le cours des actions, à l'exception •de celles d'industries privilégiées (produits chimiques), était plus bas qu'au début ou au milieu de 1900.