LISTE DES BANQUES AYANT SUSPENDU
Capital {$}. Dépôts ($).
United States Exchange Bank 100.000 641.548
Borough Bank of Brooklyn 200.000 4.000.000
YYilliamsburgh Trust Cy 700.000 8.000.000
First National Bauk of Brooklyn 300.000 3.500.000
Fenkins Trust by 500.000 4.391.000'
Union Trust Cy of Providence 500.000 25.000.000
Induslrial Trust Cy (Providence) 3.000.000 43.000.000
Iron City Trust Cy (Pitlsburg) 2.000.000 2.033.000
Bath Trust Cy (Maine) , 100.000 500.000
La semaine du 21 au 26 octobre 1907 avait été une de ces semaines néfastes, comme l'histoire des crises antérieures nous avait déjà offert des exemples.
Ces suspensions répétées et successives de paiement tenaient d'abord à la 'politique des banques et notamment des trust companies. Aux Etats-Unis, la solidarité entre les banques et la spéculation de bourse est beaucoup plus étroite qu'en Europe. La plupart des banques sont inféodées à des entreprises industrielles, dont elles soutiennent non seulement le cours des actions, mais celui des produits. La chute de Heinze constitue la meilleure illustration de cette dangereuse politique des banques. Mais les suspensions répétées tenaient encore à d'autres causes. Elles tenaient à l'organisation même du système bancaire américain; la crise monétaire consiste en effet dans un besoin anormal de moyens de paiement issu d'un arrêt dans les échanges. L'organisation des banques américaines ne permettrait pas de satisfaire ce besoin anormal, qu'il consiste en un besoin de métal pour l'étranger ou en un besoin de moyens de paiements intérieurs, billets de banque ou métal.
Aujourd'hui, le système bancaire américain a été réorganisé. Il est superflu d'insister sur ses faiblesses de jadis (5o5 bis). Mais à New- York, en octobre 1907, l'argent vaut 22 %; 75 % et 125 % au plus fort de la crise. Moyennant un inté-
(505 bis) Voir notre 2« édition, p. 358-361.
rêt très modéré, 2 %, parfois moins, le secrétaire du Trésor des Etats-Unis met à la disposition des banques» les recettes du Trésor américain. Le jeudi 24 octobre 1907, le Trésor plaçait ainsi 25 millions de dollars dans les banques, et au 11 novembre, le total des avances aux banques avait atteint 226.836.237 dollars (5o6). L*aide vint aussi des particuliers; le même jour où le secrétaire Cortelyou prêtait 25.000.000 de dollars aux banques, le groupe P. Morgan formait un pool monétaire, qui avançait la même somme; enfin, le même jour encore, John Rockfeller plaçait 10.000.000 de dollars à la disposition de l'Union Trust C° dans le but d'aider les Trust Companies, et il déclarait être prêt à faire de nouvelles avances si la situation l'exigeait; la veille, l'argent avait valu 100 et 125 % (5o?)! L'Europe était, elle aussi, mise à contribution.
Sous l'action d'un taux de l'intérêt de 125 %, les capitaux européens affluèrent en effet aux Etats-Unis, quoique les cours du change fussent défavorables. La Banque de France acceptait de procéder au réescompte d'un portefeuille d'effets anglais de premier ordre, et de délivrer en échange 75.000.000 de francs de monnaies américaines à la Banque d'Angleterre. En cette occasion, la Banque de France s'affirmait, à cette époque, la première banque d'émission du monde.
Telles furent les mesures extraordinaires prises aux Etats- Unis pour satisfaire le besoin de métal. Les Etats-Unis eurent recours au Clearing-House Certificate, dont le rôle économique est très voisin de celui de notre billet de banque. A cette époque, les Etats-Unis n'ont pas encore leurs grandes banques d'émission actuelles, les Fédéral Reserve Banks. Ils usent encore du certificate.
Le 26 octobre, un groupe de banquiers en décidait l'émission à New- York. L'exemple de New- York fut suivi par Boston, Philadelphie, Baltimore, Louisville, Pittsburg, Cleveland, Cincinnati, Détroit, Indianapolis, Chicago, Mil
(506) Schumacher, op. cit., p. 76.
(o07) Commercial and Financial Chronicle, 26 octobre 1907.
LE PHÉNOMÈNE 22t
vvaukee, Kansas City, Topeka, St-Louis, San-Fransisco, New-Orléans, etc..
Maigre toutes ces mesures prises, l'intensité de la crise était telle qu'on introduisit des légal holidays, c'est-à-dire des jours fériés, pendant lesquels les paiements cessaient d'être exigibles. Les banques réduisirent de 4 et 5 % le montant des chèques présentés à leurs guichets. Enfin, certaines banques limitaient les sommes d'argent qu'elles étaient prêtes à rembourser chaque jour sur les dépôts (5oS).
Peu à peu la crise monétaire se calma. On put songer à réorganiser les banques éprouvées par la crise; nombre d'entre elles purent rouvrir leurs portes et parmi elles, celle dont la chute avait été la plus retentissante, la Knikerboker Trust C° (&>?).
Il existe en Amérique une solidarité plus étroite qu'en tout autre pays entre les banques de dépôts et la Bourse. En Europe, en France surtout, nos banques emploient leurs dépôts en opérations d'escompte; aux Etats-Unis, les dépôts trouvent un emploi rémunérateur à la Bourse en opérations de report. Wall Street ne connaît pas le marché à terme,, ou plus exactement on n'y connaît que des opérations à échéance du jour suivant; c'est donc dans une même séance de Bourse que les spéculateurs achètent, vendent, rachètent, etc. Le lendemain, ils paient les différences ou se font reporter. C'est dans ces opérations de report au lendemain que les Banques emploient leurs dépôts; et pour connaître l'état du marché du crédit aux Etats-Unis, ce n'est pas le taux d'escompte d'une banque d'émission ou celui de quelque grande société de crédit, mais le taux d'escompte du call money de Wallstreet, c'est-à-dire des reports qu'il faut observer. On comprend dès lors quelle répercussion considérable tout retrait en masse des dépôts doit avoir sur le call money market de Wallstreet et par suite sur la spéculation de bourse, sur la spéculation à la hausse surtout,
(508) Schumacher, op. cit., p. 45, G. Martin, art. cit. p. 208. (500) Sur l'amélioration de la situation des trust corn panies, voir Commercial and Financial Chronicle Supplément).
222 CRISES GÉiNÉRALES ET PÉRIODIQUES DE SURPRODUCTION
puisque le report est l'auxiliaire indispensable de cette spéculation.
La crise monétaire déchaîna à ïa bourse une crise violente. Non seulement on vendait des titres pour se procurer de la monnaie, mais la cherté de l'argent rendait difficile toute spéculation à la hausse. Les cours s'effondrèrent, des agents de change (brokkers) durent fermer leurs portes.