IV. France
Nous pourrions répéter pour la France ce que nous avons dit pour l'Angleterre. Nous n'assistons plus à ces essors fiévreux suivis de dépressions subites. Le champ d'entreprise s'est rétréci. La concentration du crédit est complète, celle de la production et du commerce est suffisamment avancée; l'équilibre économique est mieux assuré.
(544) The Economist, 10 avril 1909, p. 767.
(545) Labour Gazette, janvier 1909, p. 4. (5-46) Times, janvier et février 1909.
La France a participé cependant à la dépression. La production de la fonte est de 3.391.150 tonnes en 1908 contre 3.588.949 en 1907. La production du minerai de fer s'est abaissée de 10.981.000 en 1907 à 9.000.000 en 1908.
La production d'acier diminuait en 1908 de 19.156 tonnes ou de 1,4 p. 100 par rapport à 1907 (5*7).
Lyon, Si-Etienne, Limoges (porcelaine), subissaient la répercussion de la crise américaine. A Limoges, patrons et ouvriers, d'un commun accord, réduisaient à 3 heures la journée de travail, de façon à éviter le renvoi de 14.000 ouvriers.
De même notre industrie automobile, dont les exportations avaient passé de 50.000 qx en 1903 à 144.000 en 1907, touchait en 1908 le chiffre de 127.000.
Aussi, notre commerce extérieur fléchissait, quoique légèrement. Les importations s'abaissaient de 6.223 (millions de francs), en 1907 à 6.091 en 1908 et les exportations de 5.596 à 5.272.
« La création des effets de commerce, dit le rapport du Crédit Lyonnais pour 1908, a porté sur des sommes réduites, et la matière escomptable s'est trouvée diminuée dans une forte proportion, ce qui a rendu plus difficile le recrutement de notre portefeuille commercial; le taux de l'intérêt des reports et des escomptes est demeuré peu élevé; toutes ces circonstances étaient défavorables pour un établissement... qui doit rechercher dans les emplois d'une grande liquidité l'utilisation de ressources importantes ». La Uanque de France qui, pendant la crise monétaire, s'était révélée le soutien du crédit mondial, accusait en 1908 une réduction de son portefeuille. De 4 %, l'escompte baissait à 3 %. L'encaisse augmentait.
Avec la crise, commença la baisse des valeurs industrielles et la hausse des valeurs à revenu fixe. Mais cette baisse ne fut pas très forte. Le phénomène le plus intéressant fut le relèvement du cours du 3 %. Malgré le vote par la Chambre de l'impôt sur la rente, malgré le succès des projets d'impôts
(547) Comité des Forges de France, 1909, Bull. n° 2.838, 2.839, 2.846.
sur le revenu, le 3 % français n'a cessé de hausser à partir de 1907.
Les dividendes diminuaient, le chômage se développait. A Saint-Etienne, en 1908, il y avait 70 % de chômeurs parmi les passementiers; Calais manquait de débouchés pour ses tulles. Certains hôtels de Paris attendaient en vain la clientèle traditionnelle de riches absentéistes (5/"8).
§ 13. Crise de 1913-1914.
La dépression qui succède à la crise de 1907 n'est pas de longue durée. Dès 1909, la courbe générale des prix se relève pour les marchandises autres que les matières minérales et métallurgiques. Mais nous n'enregistrerons de véritable essor qu'en 1911-1912. D'autre part, l'essor surgira au moment de troubles politiques graves (Agadir, 191:1, guerre des Balkans, prodromes de la guerre de 1914), et dès 1913, les courbes se renversent. La période de prospérité fut très courte, et la transition entre les deux périodes d'essor et de dépression dépourvue de tout incident grave.
a) Essor.
Dès 1910, le capital reflue vers l'industrie. Les émissions d'actions industrielles en France, réduites à 983 (millions) en 1907, passent à 2.274 en 1910, 1.658 en 1911, 2.847 en
1912, 2.314 en 1913.
De même en Angleterre; mais ces chiffres donnent à penser que l'Angleterre ne participe plus que d'assez loin à ce phénomène d'extension et de contraction. Valeurs industrielles : 1910, 111 (millions); 1911, 77; 1912, 107;
En Allemagne, les progrès restent rapides. Actions industrielles : 1910, 284 (millions Mks.); 1911, 315; 1912, 457; 1913, 286.
Nous disposons pour les industries électriques d'une statistique intéressante; regrettons qu'elle concerne seule-
(548) Germain Martin, op. cit., p. 211.
ment le premier semestre de chaque année; elle montre que les appels à l'épargne dans l'industrie électrique augmentent de 1910 à 1912; en 1913, le chiffre passe à 10 millions Mks contre 32 millions en 1912.
Ce qui est vrai en Europe l'est aussi aux Etats-Unis, avec une restriction : les Etats-Uris eurent un faux départ en 1909-1910; la prospérité ne reparaît vraiment qu'en 1911 et surtout 1912 et 1913.
La France développe ses chemins de fer d'intérêt local et ses tramways. A Paris, on substitue la traction électrique à la traction à vapeur ou animale. On équipe le Nord-Sud, on achève le Métropolitain. La statistique relative aux tramways marque nettement cet allongement, justifié d'ailleurspar le rendement net kilométrique.
Dans cette période, la France aussi développe son industrie automobile. Le nombre des véhicules en France passe de 45.000 en 1909 à 91.000 en 1913. Les exportations reprennent dès 1909 et s'élèvent à 202.000 quintaux en 1913 (contre 127.000 en 1908).
Enfin dans l'Est une industrie métallurgique puissante se développe. La production de la fonte augmente de 3.574.000 tonnes en 1909 à 5.200.000 en 1913.
La Grande-Bretagne suit de loin le mouvement. Cependant les chantiers maritimes connaissent une période de prospérité en 1912. En Angleterre, au 1er octobre 1912, *>il y a 500 navires de commerce d'un tonnage de 1.850.000 tonnes (Registre), soit 400.000 de plus que l'année précédente à la même date. La production et les prix de la fonte haussaient. Un produit ancien, le pétrole, dont l'utilisation s'amplifie grâce à la découverte de l'automobile et du moteur Diesel, joue un rôle dans cet essor. Sa production passe de 44 millions de tonnes (FJats-Unis, 29 millions) à 53 millions en 1913 (Etats-Unis, 33,7). Et c'est pour le transport du pétrole principalement qu'on construit de nouveaux navires en Grande-Bretagne. Sur 108 navires en construction au 30 décembre 1912, 40 sont des « tankers » (55°). Le
(550) Robertson, op. cit., p. io8.
pétrole, coté 6 d. le gallon en 1910 (mai), vaut 9 d. en mars
En Allemagne, au contraire, l'essor fut beaucoup plus net. L: industrie électrique a traversé la crise de 1907 sans trop souffrir. De nouveaux débouchés s'offrent à elle : si les tramways sont construits, le domaine de la force électrique s'élargit chaque jour et gagne les chantiers maritimes, les mines, les aciéries. L'ère des grandes centrales d'énergie est ouverte. En 1910, la situation prépondérante du grand consortium : A. E.G., Siemens-Schuckert, Felken-Guilleaume-Lahme\er s'affirme. L'exportation de produits électriques progresse. En 1910, l'A. E. G. élève son capital de 100 à 130 mill. Mk pour s'affilier la firme Felten-Guilleaume-Lahmeyer. En 1912, ce sera le tour des Bergmanr- Eïektrizitatswerke absorbées par Siemens et Halske.
En 1911, le carnet de commandes de l'A. E. G. au 30 septembre atteint 362 mill. Mk contre 270 mill. l'année précédente.
L'industrie des machines, si puissante outre-Rhin, est aussi largement pourvue de commandes (à l'exception des usines de construction de matériel de chemin de fer, qui manquent de main-d'œuvre et des usines fabriquant l'outillage de l'industrie textile). L'industrie automobile, toute récente, est très prospère; le nombre des véhicules passe en Allemagne de 27.000 en 1907 à 78.000 en 1913 (56»).
Aussi l'industrie métallurgique, qui a procédé à sa réorganisation par voie d'intégration, par une généralisation de l'utilisation des gaz des hauts fourneaux, par le renouvellement des cartels (le cartel de la fonte a été réorganisé), ou la consolidation des cartels existants (le cartel de l'acier survit aux difficultés qui le menacent en 1912; le fisc adhère au cartel du coke et de la houille en 1912), connaît-elle en 1910-1913 une ère de véritable prospérité. Dès 1910 et 1911 les grandes entreprises réalisent de gros bénéfices : Hcesch (forge intégrée) donne pour \ 909- 19 10 : 18 % de dividende (contre 14 l'année d'avant), ruis 20 % (1910-11); 22 % (1911-
(5ol) Franklurter Zeitg, 1914. n° 120.
12); 24 % (1912-13). Phonix, de même, distribue 15 % (au lieu de 9 %); puis 15 %; 18 %; 18 %.
Harpen (mine de houille) donne 7 % en 1909-10, puis S %; 9 %; 11 % les années suivantes.
La production de fonte augmente : de 12,9 (millions tonnes) en 1909, elle passe à 19,2 en 1913.
Les expéditions du cartel de l'acier accusent :
Acier demi-ouvré : 1910, 1.554 (000 tonnes); 1913, 1.680.
Matériel de chemins de fer : 1910, 1.887 (000 tonnes), 1913, 2.879.
Fers profilés : 1909, 1.614 (000 tonnes); 1912, 2.181.
Mais les prix ne haussent vraiment qu'en 1911; la hausse est forte.
M. Schmitz a calculé un index des prix pour l'Allemagne (Base 1879-1898 : 100) et il donne un index général et un index pour le prix des métaux (55a). Voici ces 2 index ■„
Index général : 1909, 111; 1910, 113; 1911, 118; 1912, 130; 1913, 127.
Index métaux : 1909, 121; 1910, 127; 1911, 140; 1912, 154; 1913, 152.
Ecart des deux index : 1909, 10; 1910, 14; 1911, 22; 1912, 24; 1913, 35.
Par contre l'industrie textile n'a participé que de très loin à cet essor. Pour le tissage et la filature de coton, 1910 est l'une des années les plus mauvaises de leur existence. L'année est mauvaise pour l'industrie du jute. L'année est satisfaisante pour la laine et le lin (553).
Tandis que la métallurgie et l'électricité sont en pleine prospérité, en 1911 la situation reste décevante pour les filatures et les tissages de coton. Pendant le 1er semestre de 1911 règne la surproduction; les acheteurs se réservent attendant une baisse des prix; on limite la production. En juillet, la nouvelle d'une bonne récolte aux Etats-Unis amène la baisse du coton. Dans le 4e trimestre de 1911 filatures et tissages reçoivent de grosse commandes. Mais
(552) Feiler, op. cit., p. 186 et 187. <553) Feiler, op. cit., p. 84 et 85.
pour l'année 1911, 27 des principales sociétés par actions de filature et de tissage, sur 49 observées par la Gazette de Francfort, accusent une perte.
Pour l'industrie linière, l'année est peu favorable par suite du prix élevé de la matière première. Meilleure pour l'industrie lainière, la situation est loin d'être bonne : les débouchés n'augmentent pas suffisamment : au début de 1911, l'industrie silésienne se plaint de ce que les prix élevés, de la vie empêchent les classes ouvrières de consacrer davantage à leur vêlement. A l'automne c'est de la consommation des classes rurales qu'on se plaint (r,5/').
C'est seulement en 1912 que l'industrie textile accuse une réelle amélioration : l'industrie des cotonnades est prospère; celle du lin a du travail. Et encore l'industrie lainière, au début de 1912, laisse-t-elle entendre des plaintes (555). Les dividendes confirment. Pour les années 1908 à 1913, ils sont pour la Concordia Spinnerei de 0, 7 1/2, 8, 7 1/2, 7 1/2, 4 1/2; pour la Gladbacher Spinnerei u. Weberei (tissage et filature) 9, 8, 0, 0, 0, 0; pour la Norddeutsche Wollkammerei (laine cardée) 8, 12, 10, 10, 10, 10 (&56);
Le bâtiment repart avec la baisse de l'intérêt et îa plus grande facilité de placement des obligations hypothécaires. Après la crise de 1907 l'arrêt avait été complet ou a peu près. A l'automne de 1909 une reprise marquée se fait jour : dès 1908 les banques hypothécaires ont pu reprendre leurs émissions d'obligations. En 1909, le prix des matériaux a baissé sensiblement. Les maisons dont les fondations sortent de terre ou qu'on a laissé inachevées au 1er étage sont achevées.
Aux Etats-Unis, grâce aux statistiques mensuelles de la production, des commandes, des recettes brutes et des recettes nettes des chemins de fer, il est possible de serrer de plus près ces alternatives d'essor et de dépression. Dans la
(554) Feiler, op. cit., p. 91.
(555) Feiler, op. cit., p. 105.
(556) Feiler, p. 191.
LE PEMÉINOMÈNE 243
période 1909-1913 nous allons retrouver identiques, mais atténués, les phénomènes annonçant la crise de 1907. Les relations étroites existant entre le chemin de fer, ses recettes nettes, les commandes passées à la métallurgie, les prix de l'acier, la production, vont nous apparaître à nouveau avec une netteté remarquable.
Le trust de l'acier, après avoir tenté de résister à la baisse des prix, se décide à céder en 1909. La baisse lui ramena les commandes. En janvier 1908, ses usines marchaient à 13 0/0 de leur puissance de production; en juin 1909, elles produisaient 80 %■; en septembre 1909, 95 % des hauts fourneaux étaient rallumés. En novembre on annonçait des agrandissements.
ORDRES INEXÉCUlÉS DU TRUST DE l'aOIER EN" FIN DE TRIMESTRE
(1.000 tonnes) 1908 1909 1910 1911 1912 1913
1er trimestre. .
2e trimestre.. .
3e trimestre. . .
4e trimestre.. .
Les chemins de fer, qui avaient réduit au minimum leurs commandes à la suite de la crise de 1907 les reprenaient, en effet, en présence de l'accroissement de leurs recettes nettes qui progressaient à nouveau dès 1909 grâce à la diminution des frais d'exploitation.
Dépenses Produit net
Longueur Recettes brutes d'exploitation d'exploitation
(milles). (millions #). (raillions $). (millions $).
La recette brute par mille diminue, tandis que le produit net par mille augmente grâce à la diminution des frais d'exploitation globaux et par mille d'exploitation.
(557) Mitchell, Business cycles, op. cit., p. 419 et p. 424.
L'activité se développait aussi dans le bâtiment, 1 industrie électrique, le textile (558). Dans le bâtiment, pour 45 villes des Etats-Unis, le coût des constructions ayant fait l'objet de permis de bâtir est de 535 (mill. $) en 1908, 733 en 1909, 675 en 1910 (559).
Cette reprise ne fut pas de longue durée : en 1910, le Gouvernement procède à des instructions contre les trusts. Les augmentations de salaires obtenues par les employés de chemins de fer à la suite de conflits nombreux et graves amenèrent une baisse des recettes nettes malgré la progression des recettes brutes. Les capitaux étaient rares et chers : les Etats-Unis devaient émettre des obligations de chemins de fer en Europe (en Grande-Bretagne, France, Allemagne), opérations fort onéreuses. Les commandes du chemin de fer à la métallurgie fléchirent; les prix baissent à nouveau. La production de fonte, d'acier, diminue. Les recettes brutes des chemins de fer baissent. En 1911, cette baisse de recettes des chemins de fer, les arrêts de dissolution rendus contre les trusts, consolident la dépression. Toutefois, fin 1911, une reprise se dessine. Elle dure jusqu'à la fin de 1912 : commandes, prix, production, augmentent alors de façon ininterrompue.
Le commerce extérieur, les recettes des chemins de fer, accompagnent par leur développement cet essor de la production mondiale. Parfois même, en Allemagne, pour les industries électriques le développement des exportations est à la base de l'essor lui-même. De même en France pour l'industrie automobile.
Le portefeuille «les banques gonfle. Le cours des actions à la Bourse monte Encore aucun excès regrettable n'est-il à enregistrer nulle part. La baisse des valeurs à revenu fixe et la hausse des valeurs à revenus variables ne s'accompagnent d'aucun incident.
Et de tous ces chiffres une conclusion se dégage : avant guerre le monde paraissait entrer dans une période de pro-
(538) Feiler, op. cit., p. 59.
(559) Mitchell. op. cit., p. 421.
grès moins rapides, que ceux ayant porté de 1890 à 1913, les Etats-Unis au premier rang des nations industrielles et l'Allemagne au premier rang en Europe.
Les leçons de la crise de 1907 aussi n'avaient pas été inutiles. La presse allemande, dès le début de 1913, ne ménagea pas ses avertissements à l'industrie allemande. Enfin la situation politique internationale en Europe, l'état des budgets, l'augmentation des armements ne pouvaient laisser indifférent le monde économique. Les emprunts d'Etat font une concurrence redoutable aux émissions industrielles.
b) Crise et dépression.
Aussi la conversion de l'essor en dépression fut-elle assez lente dès 1913 pour que d'aucuns aient douté de la présence d'une véritable crise périodique. Tous les symptômes caractéristiques se manifestaient cependant.
L'Allemagne donnait le signal dès le début de 1913. L'industrie du bâtiment, concurrencée sur le marché des capitaux par les emprunts nationaux et étrangers, ne trouvait plus l'argent nécessaire à. son expansion (5Co). Les émissions d'obligations hypothécaires passaient de 515 mill. en 1911 à 204 en 1912 et 44 en 1913. D'ailleurs les émissions industrielles suivaient la même courbe avec 694 mill. Mk en 1912 et 367 en 1913. Les emprunts d'Etat à eux seuls prennent 810 mill. Mk (sur 2.494 mill. Mk de titres émis), c'est d'ailleurs moins le chiffre global des émissions qui fléchit que le chiffre des émissions productives, des émissions industrielles. Aussi est-ce sur les expéditions de fers profilés par le cartel de l'acier que nous trouvons l'une des premières traces de la crise : dès le mois de mars 19 J 3, le chiffre de 1913 est inférieur à celui de 1912 et sensiblement (245.000 et 178.000 T.). Les demi-produits sont aussi moins demandés, tandis que le matériel de chemin de fer conserve pendant toute l'année 1913 un bon débouché.
L'industrie des machines est aussi victime de la crise; mais elle est victime après l'industrie du fer et de l'acier.
(560) Feiler, op. cit., p. 162.
En bonne situation encore au début de 1913, elle ne tarde pas à subir le même sort . « Les grosses commandes sont exécutées; les nouvelles sont lentes, toujours plus lentes à venir, les troubles politiques, la cherté des capitaux, effraient les. acheteurs .... quelques branches de l'industrie des machines (locomotives, wagons) résistent mieux : les chemins de fer ont de gros besoins, et elles ont créé un cartel des wagons. » Mais ailleurs la réduction des dividendes est énorme : la fabrique Koppel, de Chemnitz, diminue de 28 % à 10 % le sien (&6i).
L'industrie automobile voit les débouchés se restreindre : les revenus ont diminué et les dépenses d'armement pèsent sur les classes riches assujetties à un prélèvement extraordinaire sur le capital.
Les industries annexes du bâtiment : briqueteries, verreries, menuiseries, fabriques de papiers peints, sont gravement atteintes. 11 s'en va de même des fabriques de meubles, de faïence (56a).
L'industrie, électrique, au contraire, jusqu'à l'automne de 1913 résiste assez bien. L'A. E. G. publie un rapport annuel (1er juillet 1912-30 juin 1913) plus favorable que le précédent. Un record (•563). Le 3 décembre 1912 elle a porté son capital de 130 à 155 mill. Mk, et elle n'en distribue pas moins le même dividende de 14 % que l'année précédente. Toutefois la statistique des émissions de valeurs d'électricité laisse une impression peu favorable (voir suprà) et le chiffre des commandes accusé par l'A. E. G. à l'assemblée générale d'octobre : 318 mill. Mk est inférieur à celui de 1911 : 362 millions.
Les chantiers maritimes (guerre et commerce) ont un tonnage en construction supérieur à tous les chiffres antérieurs.
Par contre Y industrie textile est d'autant plus atteinte qu'elle a à peine profité de l'essor. Sa résistance est affaiblie. Au début de 1913, les filatures de coton ont du travail;
(561) Feiler, op. cit., p. 145.
(562) Feiler, op. cit., p. 146.
563) Volksw-Cronik de la Revue de Conrad, 1914, p. 680-6S2.
mais bientôt on se plaint de la concurrence des filatures autrichiennes ayant perdu leurs débouchés des Balkans. A l'été le débouché intérieur se restreint; on limite la production. Fin 1913 les tissages du Sud décident à dater du YT janvier 1914 de chômer un jour par semaine.
Pendant les premiers mois de 1914 la situation s'aggrave. La métallurgie restreint encore sa production.
Seules les mines de houille, fortes de leur monopole, en profitent pour refuser de réduire leurs prix de vente. Et cependant, dès le mois de juillet 1913 pour la houille, le mois d'août pour le coke, le cartel de la houille a freiné; et les quantités à produire (pourcentage de la participation) «ont en recul sur le mois correspondant de 1912, et sur le mois précédent de 1913 (56^).
Les recettes des chemins de fer, d'abord indifférentes à la situation de quelques industries, fléchissent à leur tour avec la généralisation de la crise. En novembre 1913, la recette kilométrique des transports marchandises est inférieure à celle de novembre 1912 et inférieure à ceile d'octobre
En Allemagne, grâce à des statistiques nous renseignant mois par mois, nous pouvons suivre pas à pas le processus de la crise de 1913. Les aciers demi-ouvrés et les profilés sont d'abord atteints à la suite de la crise du bâtiment. Tiennent ensuite le haut fourneau, l'industrie des machines, l'industrie automobile, et enfin l'industrie textile.
En France les statistiques mensuelles du Comité des Forges permettent de saisir dès le mois d'août-septembre la répercussion de la crise allemande sur la métallurgie française. Le lingot est en crise en Allemagne dès le début de 1913 : en France il y entre en août. La production d'août 1913 (342.000 T.) est inférieure à celle d'août 1912 (351.000 T.) et à celle de juillet 1913 (368.000 T.). Il en va de même pour les poutrelles et profilés dès août 1913, pour les rails et matériel de voie dès juin 1913, pour les tôles et larges plats dès août 1913. La fonte suit en septembre 1913.
(564) Voir les statistiques mois par mois dans Feiler, op. cit., p. 182 et 183.
(565) Voir cette statistique mois par mois dans Feiler, op. cit., p. 186.
Et désormais les usines métallurgiques se plaignent du manque de commandes. Les prix sont en baisse.
Le fléchissement des émissions d'actions industrielles explique aussi ce ralentissement des commandes passées à la métallurgie. Mais nous accordons une influence prépondérante à la crise allemande et à sa répercussion sur nosmarchés sidérurgiques. La sidérurgie allemande jouit d'une situation prépondérante avant 1914.
De même en Angleterre : en juin 1913, une débâcle se produit à Glasgow sur le marché de la fonte entraînant la faillite d'une très vieille maison, la maison James Watson. Le prix des warrants de fonte s'abaissait de 70,6 $ fin mai à 54,6 $ le 13 juin. Sur le marché belge la fonte Thomas passait de 85-86 francs fin mai à 74-76 francs le 20 juillet 1913.
La crise, amorcée dès le début de 1913 en Allemagne, gagne peu à peu l'ensemble de l'Europe.
Aux Etats-Unis, la situation est analogue. Dès le prin-
Recettes brutes et produit net (par mille) (SM6ï*).
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