‹ Des crises générales et périodiques de surproductionChapitre 81 sur 100 · P rt · texte numérisé non relu

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fiscales, le dividende est sans doute un meilleur indice des profits des mines de houille. Et la courbe du dividende des mines françaises rappelle celle du profit dans les mines britanniques. En France comme en Grande-Bretagne l'accroissement des profits est énorme à dater de 1896. Et les variations du prix du charbon exercent une grosse influence sur les réparations. Mais les variations des profits présentent une amplitude beaucoup plus grande que celle des prix.

Le capital social de nos charbonnages par rapport aux installations et au domaine minier de l'entreprise étant assez faible, une augmentation des profits se traduit par un accroissement très substantiel des dividendes. Aussi à dater de 1897 nos principaux charbonnages sont-ils amenés à fractionner leurs titres : ici on divise par 30, là par oO, ailleurs par 20. Il va de soi que dans l'établissement de nos courbes nous avons tenu compte de ce fractionnement.

Par contre, s'il y a des industries où le profit fléchit d'abord (industries à tarif principalement), il en est d'autres où la baisse du profit retarde. Ainsi en est-il des mines de charbon (nous venons de le voir) et des filatures de coton en Angleterre. L'Econcmist anglais publie dans ses précieuses revues annuelles (Commercial History and Review) la statistique des profits nets, des pertes et des dividendes pour 80 à 100 filatures par actions depuis 1884. Le nombre de filatures variant chaque année c'est le profit (ou la perte) par compagnie qu'il faut considérer ou mieux encore le pourcentage du dividende moyen par rapport au capital.

Nous donnons la série de ces pourcentages de 1884 à 1908 (année se terminant le 30 novembre : 5 %; 2 %; 3 %; 4 3/4 %; b %; 5 %; 7 1; 5 1/4 % (1891); 1 1/4 %'; 1 %; 1 1/2 %; 1 5/8 %; 1 3/4 %; 3 %; 4 1/3 %; 6 1/6 %: 7 1/4 •/.; 7 1/6 % (1901); 4 2/3 °/„; 3 %; 2 1/2 %; 7 %; 9 2/3 %; 15 7/8%; 11 3/4 % (1908).

Mais il est des industries où les lois du profit sont inverses de la loi générale : les sociétés de gaz. Vendant à tarif leurs produits et subissant les conséquences des variations du prix du charbon, c'est en période de dépression qu'elles

réalisent les profits les plus élevés, en période d'essor les profits les plus réduits.

Et au total il est des branches de la production où la baisse des profits annonce la crise, d'autres où la baisse coïncide avec la crise, d'autres où la baisse est postérieure à la crise.

Mais pourquoi le prix de la houille, des métaux, hausset-il et baisse-t-il plus que celui des autres marchandises?

Dès que la production des capitaux s'accélère, les usines métallurgiques doivent procéder à leur extension. Or, pour créer forges, aciéries, laminoirs, pour les actionner ensuite, il faut de l'acier, du charbon. La demande de minerai et de métaux à la fin d'une période d'essor est donc exceptionnellement intense, plus intense que celle des autres marchandises. Voilà pourquoi malgré le temps de galop accusé par la production, leur prix hausse néanmoins considérable*ment. Et il y a peut-être là la clef du déséquilibre. Nous comparerons les industries à une troupe qui défile. L'allure du défilé reste bonne, même en s'accélérant, si tous les participants accélèrent de même leur marche. Que l'un d'eux prenne de l'avance, l'harmonie est rompue. Ainsi en est-il à la fin d'une période de dépression. La crise rétablira l'alignement. Mais il faudra du temps pour que l'alignement soit retrouvé. La rupture aura amené un flottement général. L'industrie qui a devancé les autres devra marquer le pas. Ha production, ses prix diminueront. Les graphiques de la production de la houille, de la fonte, de l'acier, des prix le démontrent. Des années seront nécessaires. Combien? Tout dépend de l'allure de ce rétablissement. Il semblait avant guerre que le nouvel alignement fût plus vite retrouvé, mais que la rupture fût aussi plus fréquente.

Mais, dira-t-on, pourquoi l'alignement n'est-il pas obtenu plus rapidement. Pourquoi la dépression n'atteint-elle pas son maximum aussitôt après la crise? On nous dira : dès la baisse du coût, la reprise devrait se dessiner. Non. Car la baisse du coût est insuffisante tout d'abord. Notre graphique des prix le montre. La statistique des dividendes et du produit net aussi.

La résistance à la baisse dans la mine et dans la métallurgie après la crise est bien naturelle. On est monté très haut; on ne peut sans catastrophe descendre trop bas. Les cartels parfois accentuent cette résistance. Mais plus la baisse est rapide, plus tôt la reprise surgit. La période 1903- 1914 a été particulièrement intéressante à cet égard aux Etats-Unis. De même la reprise de 1922. Au surplus, après la crise, on exécute des commandes passées avant la crise. Par là, la période de prospérité déborde sur la période de dépression. Mais dès la crise le mécanisme de baisse est remonté. Avec les prix en baisse, les capitaux s'éloignent de l'industrie. Et la baisse ici, engendre la baisse là. La baisse gagne de proche en proche.

Prenons le chemin de fer : il a ralenti ses commandes. La métallurgie, la mine réduisent leur production. Les quantités transportées par chemin de fer diminuent. Les recettes brutes diminuent; avec elles les recettes nettes. Le chemin de fer réduit encore ses commandes. Les prix du charbon, de l'acier baissent.

Vient un moment où la baisse du coût est telle que la recette nette augmente. C'est un fait. La reprise est redevenue possible.

Les autres industries, solidaires de ces industries essentielles, sont atteintes elles aussi : la marine marchande manque de fret. Les industries textiles manquent de commandes, encore qu'ici différents facteurs (crédit, bonne ou mauvaise récolte dans l'Inde, bonne ou mauvaise récolte de coton) (78) puissent neutraliser l'action des industries essentielles.

Il est donc naturel que la baisse du coût exige un eerraui temps, surtout sa baisse au niveau des prix des autres marchandises ou des recettes brutes des chemins de fer.

Mais même au moment où le coût est redevenu inférieur au prix de vente, on conçoit qu'il faille un certain temps pour que de nouvelles initiatives voient le jour. Des projets sont à mettre sur pied. S'agit-il de chemins de fer. de tram-

(78) V. sur ce point les développements très intéressants de Robertsoa, op. cit., p. 106 et suiv.

ways, d'usines d'électricité, des devis devront être établis; des plans devront être élaborés pour les maisons.

En tout cas, après chaque crise, la contraction de la production de la fonte, de l'acier, du charbon, la baisse exceptionnelle de leur prix, nous paraissent caractéristiques. Et malgré la diminution progressive de la production, les prix baissent. La baisse n'est pas due à l'accroissement de la production. C'est la demande qui fait défaut. Il vient un moment où l'harmonie est rétablie entre les coûts d'établissement, les prix de revient et les prix de vente. Les capitaux sont abondants et à bon marché. L'épargne afflue à nouveau vers l'industrie. La reprise est là.

Et pour conclure, nous admettrons volontiers avec M. Robertson que la crise surgit au moment où une nouvelle dépense de capitaux (investment) implique un sacrifice actuel supérieur à la jouissance que procurera le bien de consommation qu'il servira à créer (79). Mais le déséquilibre provient de ce que le sacrifice s'est exagérément accru pendant l'essor. Le besoin subsiste. On le satisfera plus tard, lorsque le sacrifice nécessaire sera moindre.

Telle sera notre conclusion. Si nous avons tenté une longue démonstration de cette thèse, ce n'est pas dans un but simplement théorique. C'est aussi pour conserver à l'observation du marché des métaux son rôle essentiel dans la prévision des crises. Nous croyons que l'un des progrès obtenus récemment en notre matière a consisté dans les alternances rigoureusement périodiques constatées dans la métallurgie, dans le lien existant entre les crises et ces alternances-là. La théorie des crises doit permettre d'expliquer cette .coïncidence régulière (la seule vraiment régulière). Nous y joindrons désormais le produit net des chemins de fer, les dividendes des entreprises récemment créées. Mais dans ce dernier cas l'observation statistique est tout entière à orga-

(70) Robrrlson. p. 253; voir aussi p. 180.

niser. Aux Etat-Unis, les recettes nettes des chemins Je for nous paraissent déjà avoir donné des résultats comme indices de prévisions des crises ou des reprises.

Au total, au terme d'une période d'essor, le profit dans certaines industries se trouve comme pris dans un étau, dont l'une des branches serait la croissance considérable du coût et l'autre la constance ou l'augmentation insuffisante du prix de vente. Nous insistons plus particulièrement sur la hausse du coût. Car dans les industries essentielles le prix est fixe (tarif) ou demi-fixe (loyer). Les industries dont le prix de vente est moins stable (textiles et autres) occupent une place secondaire en comparaison des premières. Mais pour ces dernières, nous admettrions que la hausse est paralysée par l'augmentation de la production. Mais l'augmentation de la production pour ces industries ne nous paraît pas le phénomène essentiel. Car la production s'y développe pendant l'essor sans que les prix baissent. Parfois même la prospérité s'y maintient après la crise,' alors que dans les industries essentielles (chemins de fer, industries électriques, mines, métallurgie, constructions mécaniques), la production se contracte, les bénéfices bruts et nets diminuent, les prix baissent, les profits également. Et pendant la dépression et dès la crise, l'excès de l'offre sur la demande tient à ce que la demande se contracte. Dans les industries essentielles la production diminue. Malgré cette diminution, les prix fléchissent.

Dans les industries essentielles un notable ralentissement de la production se manifeste dès l'arrivée de la crise. Il s'accentue pendant la dépression. La baisse des prix ne saurait donc s'expliquer par une production croissante et une surproduction croissant avec elle. C'est la demande qui se contracte. L'élévation du coût est ici l'élément principal, l'augmentation de la production et son action sur les prix, l'élément secondaire. Mais ainsi présentée la théorie des crises opère une synthèse entre les explications basées sur la hausse du coût et les explications invoquant la surproduction exclusivement. Au terme d'une période d'essor, le coût a progressé plus rapidement que le prix de vente. Car

le prix de vente progresse plus difficilement avec l'accroissesement des quantités offertes. La marge laissée au profit fléchit. L'esprit d'entreprise est paralysé. Dans les industries produisant les moyens de production, on exécute les commandes déjà reçues. On n'en obtient plus de nouvelles. D'où la baisse des prix, la contraction de la production. La crise en un mot est déclanchée.

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