‹ Des crises générales et périodiques de surproductionChapitre 82 sur 100 · LA CRISE EST-ELLE UN MAL · texte numérisé non relu

LA CRISE EST-ELLE UN MAL

Avant de passer à l'examen des remèdes à apporter aux crises générales de surproduction, nous nous poserons une question préjudicielle : la crise est-elle un mal et pourquoi ?

1° Au point de vue économique. — L'activité économique est dominée par le principe de l'économie des forces. Le développement de nos sociétés modernes par alternatives d'essor et de dépression aboutit à une violation permanente de cette loi.

a) Pendant la période d'essor, l'accroissement de la demande et la hausse des prix permettent l'emploi d'un outillage démodé, le recours à une main-d'œuvre inexpérimentée, surmenée par des heures supplémentaires et partant moins productive : le coût de production s'élève progressivement. Pendant la période d'essor, on consacre à la production plus de travail que l'état actuel de la technique, l'efficacité moyenne de la force de travail, la production de la main-d'œuvre l'eussent normalement exigé.

b) La période de dépression est une période d'abaissement progressif du coût de production, de perfectionnements techniques, d'élimination des producteurs mal outillés, et elle semble, au premier abord, -une période d'application du.

moindre effort; mais, en réalité, toute une partie de l'outillage, même de l'outillage doté des derniers perfectionnements, est vouée à l'inertie. Des forces de travail d'une productivité normale sont condamnées au chômage. Ce chômage d'outillage, de force de travail équivaut à une perte de richesse.

Donc, au point de vue économique, ce développement de nos sociétés modernes par alternatives d'essor et de dépression équivaut à une grosse déperdition d'énergie. Spe conséquences regrettables au point de vue économique le sont surtout au point de vue social.

2° Au point de vue social. — La crise, origine d'une modification brusque des revenus, a sa répercussion sur tous les phénomènes d'ordre collectif : phénomènes moraux, politiques ou juridiques.

La période de hausse suscite une spéculation malhonnête Des fortunes sont rapidement édifiées. De pareils exemples atteignent le régime lui-même. Le commerçant, l'industriel honnêtes, seront souvent victimes des spéculations d'autres négociants moins scupuleux. Le riche d'hier devient le pauvre de demain; la crise se joue à rejeter violemment le gros capitaliste de la veille dans les rangs de la classe moyenne. L'ouvrier est condamné au chômage ou son salaire est réduit. Une fermentation générale en résulte. Peu à peu cibouleversement d'origine purement économique se trans^ forme en un malaise social. La criminalité s'accroît. Non seulement l'immoralité se développe, mais l'ordre juridique politique et économique est lui-même mis en question.

Au point.de vue des rapports du capital et du travail, cette alternative d'essor et de dépression est fâcheuse. La grève s'en trouve multipliée; la période d'essor est l'origine d'un mouvement ascendant des salaires, d'une amélioration du sort des classes ouvrières, la période de dépression, le point d.^ départ de phénomènes inverses. Ces modifications, soit dans un sens, soit dans l'autre, sont la source de conflits incessants entre patrons et ouvriers.

Aussi nombre de problèmes intéressant les classes ouvrières ne doivent-ils pas être envisagés uniquement comme

des problèmes de répartition. Le chômage et la grève trouveraient presque un remède dans la suppression de ces alternatives d'essor et de dépression. Le chômage surtout : car l'assurance intégrale contre le chômage ne pourra devenir une réalité que du jour où le chômage cessera de se présenter à nous sous la forme d'un phénomène massif ayant son origine dans un déséquilibre de la production. Les grèves diminueraient avec la disparition de ces périodes d'essor et de dépression. La question des remèdes aux crises est plus large qu'il le semblerait au premier abord.

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