‹ Des Crises Viscérales Du Tabès Simulant Des Affections Justiciables De La Cure De VichyChapitre 19 sur 37 · NP ES · texte numérisé non relu

NP ES

crises prétabétiques (Schultze), alors que le malade ne présente pas d’ataxie ni d'autre symptôme apparent de tabès.

Charcot avait signalé ces crises et leur confusion possible avec les coliques hépatiques.

La crise à forme hépatique, comme les autres crises viscéralgiques tabétiques — et c’est un de leurs caractères communs — débute brusquement sans prodrome. Chez le malade de notre obs. IT, la crise pseudo-hépatique était précédée, 48 heures auparavant, d’une crise laryngée, puis d’anorexie avec nausées. La douleur est d’abord localisée à la région épigastro- hépatique, d’où elle s’irradie à droite, le long du thorax, jusqu’à la région dorsale et remonte vers la région scapulaire droite. La douleur est violente, térébrante; elle donne parfois la sensation d’un étau comprimant la moitié droite et inférieure du thorax, avec souvent des exacerbations simulant les contractions douloureuses de la vésicule au cours des coliques hépatiques; la violence et l’intensité des phénomènes douloureux — avec de courtes périodes d’accalmie, suivies d’exacerbation — sont assez analogues à celles de la crise gastrique. Parfois se produisent des nausées pénibles, puis des vomissements glaireux, puis muqueux et parfois bilieux (nos obs. IV et V). Dans d’autres cas, il n’y a ni vomissements ni envies de vomir ; la crise est exclusivement douloureuse.

La crise peut durer 5 heures (obs. IID), 12 heures (obs. IV) et parfois plus, si elle n’a pas été interrompue par une injection de morphine.

Elle se termine brusquement, mais laisse souvent après elle une sensation de gêne, de courbature dans la région qui était le siège des douleurs. Elle se reproduit à des

intervalles variables comme la crise gastrique. +

Ds URLS

Pendant l'accès, la pression sur le point vésiculaire et sur la région hépatique est absolument indolore, tandis que la pression sur les points d’'émergence des nerfs intercostaux, exaspère souvent la douleur et peut provoquer des nausées (obs. VI). La sensibilité cutanée est très diminuée dans les régions douloureuses. Nous devons ajouter que les urines restent limpides, sans pigments biliaires ni urobiline; il n’y a aucun signe, autre que la localisation des douleurs, pouvant indiquer une participation du foie et de la vésicule à la crise. Dans un cas, cité par Hoffmann, caractérisé par des douleurs cardialgiques, un ictère a suivi la crise. Mais il était à peu près certain que, dans des faits analogues, la crise douloureuse a provoqué un ictère par rétention ou des troubles hépatiques dans un foie déficient.

Crises Tabétiques

simulant les Coliques Néphrétiques

Dans certains cas, c’est dans la région des reins que paraît se localiser la crise douloureuse ; cette localisation affecte certains caractères de la crise de colique néphrétique calculeuse au point de pouvoir la simuler.

Topinard, dès 1864, alors qu’il n’était pas encore question des crises viscéralgiques, avait signalé que le malade faisant l’objet de l’une de ses observations avait commencé par avoir des maux de reins violents, qui ont paru à M. Raynaud, ressembler singulièrement à des coliques néphrétiques.

ER pre

Dès 1876, M. Raynaud avait, le premier, attiré l’attention sur ces crises néphrétiques et sur leur apparition à la période préataxique et établi leurs caractères. — Il rapportait l’observation d’un homme qui avait été ramassé, le 24 août 1874, sur la voie publique « en proie à une colique d’une violence extraordinaire, dont il se disait atteint pour la première fois ». Courbé en deux dans son lit, il se livrait à toutes sortes de contorsions, poussant des cris déchirants et cherchant en vain une position qui put alléger ses douleurs ».

« Son aspect était celui d’un homme aux prises avec un violent accès de colique néphrétique, et je n’hésitai guère, je l’avoue, à porter ce diagnostic. — Il accusait une douleur atroce, d’un caractère angoissant, ayant son siège. principal dans la région lombaire gauche et dans la région épigastrique, qui était le siège d’un sentiment de constriction ou de barre extrémement pénible et envoyant des irradiations, d’une part vers l’épaule droite, de l’autre vers la région inguinale gauche. — La pression exercée sur le creux de l’estomac n’apportait aucun soulagement, et semblait même exaspérer la souffrance. — Le ventre était fortement aplati par la contraction énergique des muscles abdomnaux. — Fait important à signaler, le testicule gauche était fort rétracté, collé contre l’anneau et tout prêt, en quelque sorte, à y rentrer. — Le malade accusait de fréquentes envie d’uriner; mais ses efforts pour satisfaire son besoin n’aboutissaient qu’à l’émission d’une petite quantité d’urine. Ce qu’il avait rendu dans les 24 heures pouvait être estimé à un peu plus d’un demi-litre. « L’urine contenait de l’albumine, ce qui ne fut pas constaté dans les analyses ultérieures ; il n’y avait ni sable ni gravier ». — M. Raynaud ajoute que le malade avait eu, la veille,

Li pet

plusieurs vomissements glaireux; pouls un peu accéléré; pas d’hyperthermie. f

Cet accident était survenu en pleine santé et pour la première fois ; mais il était arrivé assez souvent au malade « d’éprouver de la difficulté à uriner, avec cette circonstance, qu’à la suite d'efforts réitérés et inutiles, la miction se faisait involontsirement quelques instants après ».

A la suite de l’administration de 6 gr. de chloral, en plusieurs prises, après 2 injections de morphine faites par un infirmier qui n’en avait prévenu personne, le malade tomba dans un état syncopal alarmant pendant plus de 24 heures. — Le surlendemain la somnolence avait disparu, mais la crise continuait avec toute sa violence, et dura, avec des rémissions et de nouvelles exacerbations, pendant 3 jours, pendant lesquelles il y eut une anurie presque absolue, et « cette circonstance, écrit M. Raynaud, jointe à la rétraction permanente du testicule, me confirma dans le diagnostic auquel je m'étais arrêté le premier jour ». — La crise s’éteignit peu à peu et la santé revint, mais pas pour longtemps, car une seconde, puis une troisième et une série d’autres semblables revinrent 2 à 4 fois par semaine et de 10 à 12 heures au moins.

Des doutes s’élevant dans l'esprit de M. Raynaud, il poussa plus à fond ses investigations ; il eut l’attention éveillée par un strabisme dont était atteint, depuis 6 ans, le malade qui disait avoir eu, au début, à plusieurs reprises, une diplopie, des vomissements survenant sans cause, des difficultés d’uriner alternant avec des mictions involontaires; vers la même époque il avait éprouvé des douleurs à forme fulgurante dans les membres inférieurs. Ni faiblesse dans ces membres, ni incoordination motrice: le

Page 1