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malade pouvait marcher les yeux fermés. — En novembre les douleurs fulgurantes, qui n'avaient jamais été bien vives, disparurent, mais le malade se plaignait d’un engourdissement extrême dans la région lombaire, avec une sensation de douleur en ceinture. — Amaigrissement et dépérissement progressifs. — En décembre, survint brusquement une crise d’une incroyable violence qui dura 8 Jours sans répit, avec rétention d’urine, douleurs atroces arrachant des hurlements monotones au malade, et entrecoupés par des périodes comateuses ; la soif était ardente, mais les boissons étaient aussitôt vomies. — A partir de Janvier 1875, des crises devinrent presque quotidiennes, et parfois un nombre de 4 à 5 d’une durée de quelques minutes à une heure par jour. — En février, une rémission se produisit, mais une tuberculose pulmonaire à marche très rapide, en raison de la déchéance organique, emporta le malade, le 8 juillet 1875. — L’autopsie démontra l’intégrité des reins; mais l’examen de la moelle fit constater les lésions classiques du tabès dorsalis.
Nous avons cru intéressant de rapporter cette observation dans laquelle le grand clinicien qu'était Maurice Raynaud a décrit le portrait frappant de la crise néphrétique tabétique — et auquel il n’y a pas, 49 ans après, grand chose à ajouter.
Les caractères de ces cerises sont: 1° leur début brusque, presque instantané et leur terminaison parfois brusque aussi, mais le plus souvent lente. — 2° Douleur violente, angoissante, en sensation de barre d’une pesanteur intolérable, traversante et expulsive, laissant une sorte d’engourdissement. — 2° Le foyer pricipal de la douleur s’étend de la région lombaire à la région épigastrique, avec irra-
diation vers l’épaule droite, dans la direction de l’urétère et du testicule qui peut se retracter. — 4° Vomissement et
diminution des urines.
On conçoit combien le tableau de la crise, tel qu’il a été par M. Raynaud, a de traits de ressemblance avec celui de la colique néphrétique calculeuse, traits dont certains d’ailleurs sont communs à toutes les crises gastriques et viscéralgiques du tabès, et combien est excusable l’erreur de diagnostic, lorsque le malade ne présente pas d’incoordination motrice; mais certains signes du tabès, tels que les troubles oculaires et les troubles vésicaux, qui avaient attiré l’attention de M. Raynaud, et l'examen des reflexes tendineux et des reflexes pupillaires facilitent le diagnostic. Le point important est la notion que le tabès peut provoquer des crises douloureuses à type néphrétique.
Les accès de cet ordre ne présentent pas toujours la violence et la fréquence de celle qui a été décrite par M. Raynaud; comme les autres crises viscéralgiques, il y a des degrès dans leur intensité et leur fréquence.
F. Raymond a cité un cas de tabès qui débuta par des crises paroxystiques atroces localisées dans la région des reins, surtout à gauche, durant une journée et aboutissant à des vomissements. C’est 2 ans après qu’apparurent les troubles de la sensibilité musculaire, la difficulté de marcher dans l’obscurité, etc...
Nous devons ajouter que ces crises à forme néphrétique, néphralgique, sont rares.