LE TRAITEMENT GÉNÉRAL
Le traitement général, c'est-à-dire celui à instituer dans les intervalles des crises, doit s'adresser au tabès lui-même, aux troubles de la moëlle, du Grand sympathique et du pneumo-gastrique ; il doit s’adresser aussi, en même temps, aux troubles fonctionnels des voies digestives, de leurs annexes et des voies urinaires, qui jouent le rôle de cause prédisposante et de cause aggravante. Le traitement s’est malheureusement montré, en général, impuissant à prévenir et encore plus à supprimer les crises.
Contre la maladie causale des lésions médullaires et de la syphilis, le traitement anti-spécifique s'impose d'urgence, par les sels mercuriels, les arséno-benzols, le Bismuth, en injections intra-musculaires ou intra-veineuses, suivant le produit employé et suivant les indications de tel de ces médicaments. — Les arséno-benzols sont moins à recommander que les sels de mercure et le Bismuth, car les doses croissantes auxquels ils doivent être employés ne sont pas sans inconvénient.
A la suite d’une mercurialisation intense et prolongée, Babinski a vu, dans un cas, disparaître les crises gastriques, les douleurs et les troubles vésicaux. D’autres auteurs (F. Raymond, Ballet, etc.), n’en ont pas obtenu des résultats aussi satisfaisants. Chez les malades de notre
observation III et VII, c’est à la suite des injections mercurielles que les crises gastralgiques se seraient atténuées.
Marcel Pinard vient de publier (Monde Médical, 15 mai 1927), les résultats très encourageants du traitement des crises viscéralgiques du tabès par les injections intraveineuses de novarseno-benzol; puis après un traitement arsénical intensif et prolongé, il pratique des séries d’injections intra-musculaires de Bismuth. — Le traitement continué pendant plusieurs années, par séries d’injections arsénicales à doses progressives, avec intervalles de 21 jours, a amené chez trois malades la raréfaction, puis la disparition des crises.
Th. Brunner a traité des cas de tabès ayant résisté aux înjections intra-veineuses, par les injections lombaires intra-arachnoïdiennes de Salvarsan, selon la méthode de la double ponction de Gennerich; des résultats très satisfaisants ont été obtenus contre l’ataxie, les douleurs, mais les crises gastriques ont été influencés d’une façon très variable (Presse Médicale, 23 avril 1927).
Les injections de Glycérophosphate de soude, au niveau des régions, siège des douleurs, ont été préconisées par A. Robin, qui, en même temps, conseille de s'adresser à l'estomac par V gouttes de sa solution sédative et décon-
gestive à la picrotoxine, atropine et ergotine avant les repas, et par une poudre alcaline après le repas, en cas
de pyrosis.
La Thiosinamine en injections intra-musculaires quotidiennes d’un cc de la solution:
Thiosinamine eee Rent Frs | 10 Glycétine 11 Let APE EU Vs Salicylate de soude. ........ TANT 20 gr.
Eau distillée 14cm LARMES. (LDOURHIUOSES
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a été vantée par G. J. Muller, qui aurait vu disparaître les crises gastriques dans un cas, les crises vésicales et rectales dans un autre, et les crises laryngées dan un troisième cas.
Comme préventif et traitement des crises solaires, Surmont préconise la Génésérine, et Moutier l’ésérine à la dose de X gouttes avant les trois repas et à doses croissantes et décroissantes (maximum quotidien: LX gouttes) de la solution:
Sahéyliate d'Eserine: un 2m 1 centigr.
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Moutier est partisan de l’Esérine et de l’Atropine associées.
Le drainage biliaire par la méthode de Meltzer-Lyon a été suivi, d’après Chiray, d’une sensation de bien être chez les tabétiques à crises gastriques; aussi Chiray émet-ii l'espoir que peut-être ce drainage est-il capable, sinon de guérir, du moins d’espacer les crises.
TRAITEMENT ÉLECTRIQUE. — Notre père, le Docteur F. Deléage a employé le courant continu galvanique qui agit très favorablement dans les cas d’épigastralgies et de gastralgies ; il paraît tout indiqué dans les cas de crises gastriques ou viscéralgiques du tabès, en raison d’une action sédative sur le plexus solaire et le pneumo-gastrique (voir l’obs. V — disparition des douleurs gastriques, : vomissements et hoquet) une séance par jour. L’électrode positive, sous forme de large plaque humide est placée sur l'épigastre, et l’électrode négative (plaque moins large), à
la nuque. Intensité du courant: 10 à 15 M. A.; durée ds séances : 15 à 25 minutes.
Erb avait préconisé, il y a une quarantaine d’annéss, la galvanisation de la moëlle et du Grand sympathique, dans le tabès, suivant la technique exposée par F. Raymond (maladies du système nerveux — Paris 1894, page 271).
On a employé aussi la faradisation de l’épigastre contre . les crises viscéralgiques, mais elle court le risque d’exaspérer les douleurs.
La Radiothérapie a donné à Roger Labeau des améliorations, mais aussi des insuccès. |
La suspension aurait fait cesser chez deux malades de Rosenbaum et d’Altichieri les vomissements et les crises gastriques ; tandis que la plupart des auteurs, tels que d. Russel, Taylor, etc., n’ont obtenu aucun résultat favorable dans des cas analogues.
Les exercices méthodiques, pour M. Faure, corrigeraient l’incordination des muscles intéressés dans les fonctions thoraciques et abdominales.
Les Bains Carbo-gazeux ont donné de bons résultats à J. Heiïitz, par les modifications qu’ils impriment aux anesthésies cutanées du tabès et par le retour des sensibilités profondes.
Nous ne ferons que citer la suggestion, par laquelle
Spatinowski aurait obtenu la sédation de crises gastriques longues et douloureuses.
Le traitement des troubles dyspeptiques ne nous semble pas devoir être négligé, surtout lorsqu'ils ont précédé les crises gastriques ou persistent dans les intervalles de celles-ci.
Les alcalins sont indiqués lorsque le malade présente des symptômes d’hyperpepsie, d’hyperacidité stomacale. Dans les cas d’hypopepsie, Huchard et Bovet conseillaient (une médication de: « Bicarbonate de soude (1 à 2 gr. < avant les repas) ; une solution d'HCI et acide lactique « (1 gr. d'HCI, 5 gr. d'acide lactique pour 500 gr. d’eau; < en prendre un verre à Madère après les repas ».
Cures thermales. — La Malou doit être considérée comme la station des tabétiques. — Les publications de Privat, Belugou, Donnadieu-Lavie, Cauvy, tendent à démontrer que la cure de La Malou n’agit pas seulement sur les douleurs fulgurantes et les troubles moteurs et sphindériens, mais aussi sur les crises gastriques du tabè dont elle diminue l’intenité et la fréquence. Cauvy assure avoir vu ces crises disparaître, en même temps qu’un temps d'arrêt était marqué dans l’évolution du tabès.
La cure de Vichy est sans action sur les crises gastriques tabétiques pures, qui sont sans relation avec une affection stomacale, et dans les cas d’hypopepsie très accentuée. Mais il n’en est pas de même si le tabès a été précédé de troubles gastriques, et si ceux-ci persistent dans les intervalles des crises (notre obs. VIT). La cure de Vichy est indiquée, si la lithiase biliaire complique les crises gastriques du tabès ; notre obs. VIII montre l’heureux résultat de la cure de Vichy, associée au traitement spécifique en pareil cas. On a publié des observations d’ictère survenant au cours des crises gastriques ou les suivant. Il.est certain qu’il existe, dans ces cas, une déficience fonctionnelle du foie, et que la crise joue le rôle d’un choc à la façon des substances provocatrices de chocs hémoclasiques, tels que l’arséno-benzol, suivant une opinion soutenue par Sicard.
Ce fait constitue une indication secondaire à la cure de Vichy, associée à l’hydrothérapie tiède avec jet chaud baveux, sans pression, sur la région épigastrique et sur la région du foie.
On a accusé la cure de Vichy de provoquer des crises gastriques tabétiques ; cela a pu être vrai autrefois, lorsque l'eau de la source de l'Hôpital était considérée comme spécifique des dyspepsies, lorsque dominait cette sorte d’équation : estomac — Source de l'Hôpital. Foie — Grande-Grille et où l’on faisait un vrai abus de l’hydrothérapie froide. — On ne sera pas étonné que l’absorption de l’eau de la Source de l'Hôpital puisse déterminer des crises gastralgiques dans les estomacs à type hyperchlorhydrique, en raison de l’action existante de l’eau de cette source sur la sécrétion stomacale; ainsi que le Docteur F. Deléage l’a démontré (Société d’Hydrologie 1901, et Presse Thermale 1903). Il disait en même temps que l’eau de la source Chomel a une action sédative sur la sécrétion et la motricité gastrique. De cette notion découlent des indications spéciales à l’une et à l’autre de ces sources, dans les cas de dyspepsies par troubles de la sécrétion gastrique, et dans celles d’origine hépatique. L’on comprend aisément que l’administration intempestive d’eau de la source de l'Hôpital, puisse, en excitant la muqueuse de l’estomac, aggraver et provoquer des crises gastralgiques, même dans les cas de dyspepsies à type hyperchlorhydrique latent, c’est un danger que l’on ne court pas par l’ingestion de l’eau de la source Chomel, dont l’action sédative est incontestable. — Nous ajouterons que Donnadieu-Lavit, qui était médecin à Lamalou, a publié l’observation d’un malade tabétique dont les crises de gastralgie atroces, avaient été supprimées par une cure à Vichy.
La cure de Néris, en vertu de ses actions sédatives sur le système nerveux, donne, mais à un degré moindre, nous semble-t-il, d'excellents résultats contre la manifestation douloureuse du tabès.
REGIME. — Certains auteurs ont décrit qu’il est inutile de prescrire un régime spécial aux tabétiques à crises gastriques. Tel n’est pas notre avis, non plus que celui de Dujardin-Beaumetz de Mathieu, de J. Ch. Roux, de Læper, etc. Il est important, en effet, de supprimer chez les tabétiques à crises gastriques, et surtout chez ceux présentant des troubles digestifs permanents, tous les aliments gras, à digestion difficile, ou capables de provoquer des troubles intestinaux; on doit soumettre ces malades au régime des dyspeptiques et des entéritiques, de même que l’on doit leur interdire les boissons alcooliques, et tout médicament irritant pour la muqueuse stomacale.
TRAÏTEMENT CHIRURGICAL
On a eu l’idée d'intervenir chirurgicalement dans les cas de cerises gastriques récidivantes, graves, et fréquentes. On tenta d’abord la divulsion digitale du pylore, sans aucun succès ; puis la gastro-entérostomie qui n’a donné à Dubar qu’un seul résultat favorable et un à Sicard, Paraf et Javal. On s’adressait à l'effet, non à la cause. Dans la plupart des autres cas où elle a été pratiquée, il s’agissait d’une erreur de diagnostic.
Puis en 1900, Jaboulay pensa que les crises gastriques seraient peut-être justiciables de l’élongation du plexus solaire. Maïs cette opération ne donna guère que des résultats nuls, et la mort dans deux cas.
Fœrster, en 1909, proposa la résection intra-rachidienne de 7°, 8°, 9 et 10° racines postérieures (radicotomie postérieure), dans le but d'interrompre la voie centripète de la sensibilité gastrique; l’opération qui avait été proposée en 1888, par Abbe et Bennet, offrait une assez grande gravité. Si elle a donné des résultats favorables à Fœrster, Kuttner, Becker, Lambret, J. Verhoogen (et on ne sait quelles furent les suites éloignées, les malades opérés n'ayant pas été tenus en assez longue observation pour qu’on püt juger si les crises gastriques ont été supprimées temporairement ou définitivement), elle a donné de nombreux échecs et des cas de mort (Krôünig).
Guleke, en 1910, modifia l’opération de Fœrster, et pratique la résection extra-durale des racines postérieures, pour éviter l’ouverture de la dure mère et l'écoulement du liquide céphalo-rachidien.
Franke, en 1910, pratiqua chez un tabétique à crises gastriques, l’arrachement du bout central des nerfs intercostaux correspondant aux racines qui actionnent le sympathique gastrique, pour arracher en même temps les rami communicantes et peut-être même les ganglions rachidiens. Le malade n’eut plus de cerise. Cette opération eut la plus grande faveur ; mais elle faisait courir le danger de l’ouverture de la plèvre (mort par pleurésie purulente dans un cas). — Cette opération a donné des résultats excellents dans certains cas; tels ceux de Franke, de Gade et Leriche, de Belin, Mauclaire et Amodrut, de Mouriquant et Cotte, etc. — Mais elle, compta des insuccès (tels le cas de Clairmont) et des morts. — Sauve publiait, en 1912, une statistique de 13 cas opérés, sur lesquels 5 guérisons ou améliorations, 6 échecs et 2 morts (l’un au bout de 3 semaines de pleurésie purulente postopératoire, l’autre, de Sauvé et Tinel, de shock, en 3 heures). — Dans un autre cas, rapporté par Mauclaire, les crises ayant reparu 5 mois après l'opération, le malade mourut d’une injection intrarachidienne d’Electro-mercurol. Les récidives sont fréquentes ; dans 9 cas relatés par Mauclaire, elles se produisirent au bout de 4 à 6 semaines, de 2 mois 1/2, de 15 mois
et plus.
L'opération de Franke réalisait un progrès sur les précédentes, mais ainsi que nous l’avons dit à propos de l'opération de Fœrster, l'épreuve du temps seule pourrait faire juger de la durée ou de l’état définitif des résultats
heureux, et cette preuve n’a pas été faite encore, croyonsnous.
Exner, en 1911, se basant sur le fait que lé plus souvent le pneumo-gastrique joue un rôle important dans les crises gastriques, exécuta la section des deux nerfs pneumogastriques au niveau du eardia (double vagotomie). — L'opération a été pratiquée 7 fois; elle a donné 3 succès contre les crises gastralgiques, 2 morts, et 2 échecs absolus. — Ainsi que l’a fait remarquer Tinel, elle peut faire cesser les vomissements, par paralysie atonique de l’estomac, et contracture reflexe du pylore, mais non les douleurs. Cette opération a eu peu de faveur car elle n’est pas sans danger; dans 2 cas elle occasionné un pneumo-thorax double, dans un autre, un pneumo-thorax unilatéral. Ses résultats ont été inférieurs à ceux des opérations de Fœrster et de Franke. ;
Sicard et Desmaret, en 1912, ont fait la gangliectomie rachidienne totale dans un cas, avec résultat immédiat favorable. |
Tinel et Sauvé, en 1913, ont proposé la simple ligature des racines rachidiennes, entre le ganglion et le sac dural. « On interrompt ainsi, écrivent-ils, l’acte reflexe doulou- « reux; on provoque la dégénerescence complète des fibres « sensitives dorsales, et l’opération rapide et simple se réduit, en somme, à une laminectomie ». — Ils font remarquer que cette destruction. est souvent spontanée, car souvent les crises disparaissent au fur et à mesure des progrès du tabès ; mais elles peuvent continuer ; de là l’idée qui leur a fait proposer cette opération.
Depuis 1913, il n’a plus guère été question du traitement chirurgical des crises viscéralgiques du tabès. — Il nous
paraît, à juste titre tombé en défaveur, les résultats, même quand ils ont été heureux, et pour quelle durée (?) n’ont guère justifié la gravité de l’acte opératoire.
Nous ajouterons, pourtant, que si les crises gastriques, par leur violence, leur durée, leur répétition fréquente, affectent une gravité spéciale, déterminent un état de dénutrition accentué et mettant en jeu la vie des malades, nous ne devons pas priver ceux-ci des chances d’amélioration que leur offre l'intervention chirurgicale.