‹ Des Crises Viscérales Du Tabès Simulant Des Affections Justiciables De La Cure De VichyChapitre 33 sur 37 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Crises de coliques hépatiques calculeuses et crises viscéralgiques tabétiques.

Mme T.., 34 ans. Pas d’antécédents héréditaires pathologiques, multipare, règles normales.

Mari tabétique avec ataxie des membres inférieurs.

En 1898, crises de coliques hépatiques classiques, devenues rares après deux cures à Vichy; puis accalmie. En mars 1905, elle aurait présenté des « menaces d’appendicite ». En avril, crise hépatiques à forme gastralgique, suivie de subictère. Nouvelles crises gastralgiques violentes, de six heurese de durée, le 1° et le 3 juin, non suivies d'ictère. Depuis plusieurs années, douleurs rhumat'smales vagues dans les membres inférieurs.

Arrivée à Vichy le 22 juin 1905.

La malade a maigri depuis trois mois. Pas de troubles gastriques; constipation avec selles dures, entourées de mucus. Sensation de gêne dans la région du foie. Règles peu abondantes, avançant de huit jours. Les crises hépatiques surviennent deux à trois jours

avant les règles. Le foie, douloureux au niveau de la vésicule, déborde de deux travers de doigts. ï

Colon contracté et douloureux à la pression. Epigastre insensible. Léger subictère des sclérotiques et des régions périnasale et péribuccale. Poumons et cœur normaux.

Cure légère avec bains demi-minéralisés à 36°, de 20 minutes.

27 juin. — Etat excellent; pas de douleur à la région du foie,

ui n’est pas douloureux à la pression.

1% juillet. — Vers 2 heures du matin, crise de douleurs violentes à la région hépatique, qui persistent à 7 heures du matin, au moment de ma visite. Défense musculaire de la paroi abdominale; douleur violente, exagérée par la pression, au niveau de la vésicule; vomissements bilieux; deux injections d’un centigr. de morphine sont nécessaires pour calmer la crise, qui se reproduit dans la soirée, pendant deux heures.

3 juillet. — Ce matin, à 8 heures, nouvelle crise, calmée par une injection d’un centigr. de morphine. Le soir, début d’ictère.

5 juillet. — Ictère généralisé, avec urines foncées. Région vésiculaire douloureuse à la pression.

6 juillet. — A la suite d’une cuillerée à café d'huile de ricin: selle dans laquelle se trouve un calcul biliaire arrondi, d’un volume d’un noyau de cerise. Pas de douleur.

7 juillet. — Etat général bon. Pas de douleur à la région du foie. Vésicule indolore. Ictère en décroissance.

8 juillet. — Disparition de l’ictère, urine limpide: fèces à couleur normale, provoquées par une cuillerée à café d'huile de ricin tous les matins.

11 juillet. — Ce matin, crise paroxystique très douloureuse, subite. Douleur à début épigastrique et à irradiations au côté droit; nausées très pénibles et vomissements d’un peu de liquide glaireux, sans saveur. La malade se tord sur son lit; sueurs froides; épigastre très douloureux à la pression profonde. Région vésiculaire absolument indolore.

La vue du mari tabétique, assis auprès du lit de sa femme, me fait aussitôt penser au tabès conjugal. En effet, l'examen me fait constater le signe d’Argyll et l'abolition des réflexes.

Le tabès est certain, et la crise actuelle est une crise gastrique

tabétique typique. Une injection d’un centigr. de morphine la calme. Pas d’ictère consécutif.

Deux jours après, Mme T.. reprend sa cure thermale: puis part le 22 juillet.

En l’interrogeant à fond, j'avais appris que la vision de l'œil droit était presque nulle depuis deux ans.

La malade revient faire une nouvelle cure à Vichy le 17 juin 1906. Depuis un an, elle a eu deux crises gastralgiques très violentes, avec vomissements d’abord glaireux, puis bilieux, abondants et intolérance gastrique (en octobre 1905 et en février 1906, au moment des règles) ; elles durèrent une journée, non suivies d’ictère.

Mme T..… accuse des douleurs subaiguës, intermittentes, aux membres inférieurs. Pas de troubles de la marche; mais signes de Romberg et d’Argyll; réflexes rotuliens et achilléens abolis. Pas de troubles digestifs autres que la constipation habituelle. Foie non débordant; région vésiculaire non douloureuse. Pas de crise vraiment hépatique depuis un an.

La malade a fait sa cure à Vichy, qui a été très bien tolérée, sans incident.

Eu octobre suivant, crise hépatique, de moyenne intensité, suivie d’un léger subictère qui disparaît au bout de 48 heures.

À rares intervalles, légères douleurs à la région du foie.

La malade revient à Vichy ie 6 juin 1907. Elle a subi, depuis deux ans, des séries d’injections de benzoate et de biiodure de Hg. Le tabès n’a que peu progressé. Pourtant, légère incertitude dans la marche et douleurs fulgurantes rares et peu vives.

Même état de la vision.

14 juin. — Septième jour de la cure. Selles peu colorées, douleurs lancinantes au niveau de la vésicule; teint subictérique; urines foncées.

16 juin. — Hier, douleurs à la région du foie; selles fétides

marron; urines foncées. Douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs.

18 juin. — Teint normal; urines limpides.

19 juin. — Règles arrivées, précédées d’un accès de migraine avec vomissements.

20 juin. — Aucune douleur, ni fulgurante ni hépatique.

24 juin. — Etat excellent; aucun malaise.

Départ de Vichy ie 29 juin.

En mars 1908, courte crise à forme hépatique, suivie de léger subictère et sans vomissements.

Revient faire une nouvelle cure à Vichy, le 8 août 1908.

Etat général bon. La malade, qui pesait, en 1905, 52 kgs, pèse actuellement 64 kgs. 500. Elle a subi trois séries d’injections de

biiodure. Bon appétit. Quatre ou cinq heures après les repas, sensation de brûlure œsophagienne. Constipation. Douleurs fulgurantes peu vives. Sensation de meurtrissure fréquente à la face interne des genoux.

Même état des réflexes, des pupilles et de la vision. Pas d’arthropathie.

Marche incertaine, mais pas de vraie ataxie; parfois, pendant la marche, léger fléchissement des membres inférieurs.

Pas de troubles des sphincters. Le foie déborde d’un travers de doigt, n’est pas douloureux à la pression.

Au cours de la cure, les sensations de brûlures œsophagiennes disparaissent. Au départ, le foie n’est ni débordant ni douloureux.

Depuis lors, Mme T..… n’a plus eu de crise douloureuse hépatique, ni viscéralgique. Le tabès a peu progressé. La malade continue des séries d’injections mercurielles. Cure de La Malou.

Pas de nouvelles d’elle depuis 1920.

OBSERVATION VI Crise gastrique à 1a période prétabétique

M. M.., 44 ans. Syphilis à 24 ans, non soignée pendant 20 ans.

Vers l’âge de 38 ans, apparaissent des troubles qualifiés de digestiïs; par période, digestions difficiles, avec sensation de gêne gastrique légèrement douloureuse après les repas.

Au bout de quatre ou cinq ans, crise très pénible, subite, à l’épigastre, avec crampes stomacales violentes. Après une heure environ survenaient des vomissements, d’abord d'aliments ingérés trois ou quatre heures auparavant, puis vomissements glaireux non acides et, plus tard, bilieux. Contre ces crises, on a ordonné, en vain, les alcalins à hautes doses et l’eau chloroformée, qui ont été vomis aussitôt. La crise cessait brusquement au bout de dix à quinze heures. Les jours suivants, pas de troubles digestifs, jusqu’à l’approche de la nouvelle crise survenant après un intervalle de trois ou cinq semaines. En même temps, les forces diminuaient; le malade maigrissait de 4 kilogs en un an.

Les crises se répétèrent pendant trois ans, puis diminuèrent de fréquence et d'intensité. Mais des troubles digestifs s’installèrent:

le malade digérait difficilement et avait souvent des vomissements acides, quatre ou cinq heures après les repas. Constipation.

Vers l’âge de 42 ans, survint une sensation de faiblesse des membres inférieurs; diploplie pendant quelques jours. On songea alors à la syphilis, et on pratiqua, en 1905, soixante-dix injections mercurielles (il vient de subir vingt-cinq injections de Benzoate de Hg.)

Rapidement, l’état s'améliore; les crises gastralgiques qui, d’ailleurs, étaient devenues rares, cessent, et les troubles diegstifs s’atténuent.

Il arrive à Vichy en 1907, acompagnant sa femme qui vient faire une cure, et dans l’espoir, sur les conseils de son médecin, d'améliorer ses digestions qui, par intervalles, sont pénibles.

Malade amaigri; forces très diminuées; appétit conservé.

Parfois, pas de troubles digestifs: mais, souvent après les repas, sensation de gêne en ceinture, de pesanteur gastrique assez accentuée, et renvoi de deux à trois gorgées de liquide non acide, sans saveur, deux ou trois heures après les repas. Ces régurgitations mettent fin aux sensations de gêne gastrique. Constipation. Hémorrhoïdes.

Pas d’incoordination motrice; pas de signe de Romberg.

Réflexes rotuliens abolis.

Pupilles rétrécies, égales, réagissant à la lumière et non à l’accommodation.

Pas de douleurs fulgurantes.

Cœur et poumons normaux.

Par périodes, impossibilité d’uriner pendant toute une journée, sans en éprouver le besoin; puis débâcle urinaire. Impuissance génitale absolue depuis un an.

Le malade fait une cure légère à Vichy, avec douches tièdes. Très rapidement l’état général s'améliore, les forces augmentent; au bout de quinze jours, d'assez longues marches sont possibles sans fatigue. 71 n’a pas eu, pendant son séjour, de trouble vésical.

L’appétit est meilleur qu’il ne l’a jamais été, dit le malade; il digère très bien, sans aucun malaise.

Il est dispos, les érections sont revenues, et le coït est devenu possible.

Le malade peut marcher sans difficulté dans l’obscurité.

Les réflexes rotuliens restent nuls.

Le signe d’Argyll persiste.

OBSERVATION VII Crises gastralgiques tabétiques

Mme L.…, 47 ans: Syphilis à 25 ans.

Arthritique-rhumatisante, a fait des cures à Aix. Envoyée à Vichy : le 7 août 1917, avec le diagnostic de congestion du foie et dyspepsie hyperchlorydrique.

En mai 1910, douleurs vives à la région du foie, se reproduisant assez fréquemment, malgé le Boldo.

Trois mois après, violentes crises gastralgiques durant 24 heures, sans vomissements, arrivant et se terminant brusquement, non soulagées par le bismuth à haute dose, ni par la magnésie. Après la fin de la crise, grande fatigue et douleurs sourdes dans les membres inférieurs. Il y a deux mois, période de rétention d'urine ayant nécessité deux cathétérismes. Pas de trouble accusé de la marche.

Malade amaigrie, nerveuse, déprimée, surtout le matin; sensätion de pesanteur abdominale continuelle; appétit conservé. Environ vingt minutes après le repas, sensation de pesanteur, de ballonnement gastrique; pas de douleurs,. de brûlures, ni d’acidité stomacale; constipation. Sensation d’engourdissement et de faiblesse des membres inférieurs.

Ni vertiges, ni céphalalgie. Pas de‘troubles de la vue. Fois non douloureux, légèrement abaissé.

Estomac ptosé; pas de douleur épigastrique à la pression. La radioscopie a montré la ptose stomacale. Paroi abdominale relâchée. Cœur et poumons normaux.

Réflexes rotuliens abolis; pupilles inégales, punctiformes; signe d'Argyll; signe de Romberg. Pas de douleurs fulgurantes ni de troubles de la marche les yeux fermés.

L'eau des sources, tant Chomel qu'Hôpital, provoque de la gastralgie. Douches tièdes bien tolérées. Pas d'action favorable de la cure de Vichy, qui est interrompue au bout de quinze jours.

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