KO SO
+ Fe Cy, 2 M Cy, aq.
Les acides décomposent le cyanoferrure de potassium en chassant l’acide 'cyanhydrique ; mais encore faut-il que ces acides aient une
certaine énergie. Les alcalis fixes n’ont aucune action, et l’ammoniaque ne se combine pas à ce sel.
Depuis longtemps on sait qu’il n’est pas dangereux pour l’économie animale. Le docteur Emmer avait remarqué qu’on pouvait l’administrer à petites doses; en 1812, le docteur Wollaston observa que de l’estomac ce sel passait dans la vessie sans entrer dans le sang. En France, aujourd’hui, on ne l’emploie guère à l’intérieur, mais il est des pays où on l’administre comme purgatif à la dose énorme de quarante-cinq grammes.
Après avoir rappelé les propriétés du cyanure double de fer et de potassium, nous allons passer à une autre sorte de cyanoferrure dans lequel le potassium est remplacé par un métal proprement dit, et nous arriverons ainsi naturellement à quelques composés nouveaux.
('jniinl'cmH'i' de cuivre.
Les sels de cuivre sont précipités en rouge marron par le cyanoferrure de potassium. La coloration est caractéristique au point qu’on la met constamment en usage dans l’analyse pour reconnaître soit l’un soit l’autre de ces corps.
Le cyanoferrure recueilli sur un filtre demande à être lavé avec beaucoup de soin, sans quoi il retiendrait de la potasse qui adhère en général à ces sortes de composés ; il vaut même mieux les laver par décantation à l’eau distillée tiède avant de le jeter sur le fdtre.
Desséché dans le vide, il retient toujours neuf équivalents d’eau d’après les analyses que j’ai fait, de sorte que sa composition sera :
Fe Cy, 2 CuCy, 9 HO.
J’ai vu que desséché dans une étuve à la température de 100 degrés environ, il perdait une quantité d’eau plus considérahle, mais
qu’il ne tardait pas à la reprendre lorsqu’on l’abandonnait à l’air libre.
Les acides minéraux le décomposent en éliminant l’acide cyanhydrique, les alcalis régénèrent les cyanoferrures alcalins. Quant à l’ammoniaque elle s’y combine pour former certains sels à l’étude desquels nous arrivons, et comme c’est la partie nouvelle de mon travail, je vais entrer dans quelques détails.
Cyanoferrure «le cuivre ammoniacal.
J’ai varié le mode d’action de l’ammoniaque sur le cyanoferrure de cuivre, et je suis arrivé à divers résultats. Mais pour procéder avec ordre j’examinerai d’abord l’action d’une dissolution d’un sel de cuivre ammoniacal sur le cyanoferrure de potassium. Le précipité qui se forme dans cette circonstance est cristallin et retient énergiquement l’ammoniaque. Sa nuance n’est plus marron, mais d’un jaune clair. Il présente les caractères chimiques suivants :
Chauffé, il ne se décompose pas jusqu’à la température de 100 degrés; vers i3o il commence à se dégager de l’ammoniaque; puis à mesure que la température s’élève on aperçoit du cyanhydrate de la même base qui cristallise dans la partie supérieure du tube dans lequel on fait l’expérience. L’élévation de température et le contact de l’air réunis forment du bleu de Prusse.
L’action des alcalis fixes à froid et à chaud est de dégager l’ammoniaque en totalité, et il se forme du cyanoferrure de potassium.
Les acides concentrés agissent sur ce composé comme sur les autres cyanures doubles, c’est à dire qu’il se dégage de l’acide cyanhydrique, surtout si l’on élève la température. Les acides faibles se combinent avec l’ammoniaque ; la teinte jaune clair devient rouge cramoisi , et le cyanoferrure de cuivre ordinaire est régénéré. Cette
propriété des acides faibles pourra avoir quelque importance si ce Sel est jamais employé dans la teinture, car elle permettra, par son application, de varier les nuances.
J’ai desséché ce cyanoferrure avec beaucoup de soin dans la machine pneumatique sur l’acide sulfurique, ou dans l’étuve à huile à une température qui n’a jamais dépassé cent degrés, et sa composition m’a paru être la même dans les deux cas. Je donne ici des nombres qui sont une moyenne de plusieurs expériences.
Équivalent,
Théorie.
Expérience.
Fe. .
Cu 2 . .
Az 5 . .
De ces nombres on a déduit la formule
Fe Cy, 2 Cu Cy, 2 Az IF, HO.
La réaction est facile à établir. Prenons l’azotate de cuivre ammoniacal qui, d’après Robert Kane 3 quelle que soit d’ailleurs la manière de grouper les éléments, a la composition
2 (2 Az H 3 ) Cu O, Az O 3 + Fe Cy, 2 K Cy, aq.
«== Fe Cy, 2 Cu Cy, 2 Az II', HO.
+ 2 Az O 3 , KO.
+ 2 Az H 3 , aq.
La théorie confirme l’expérience pour ce qui est de la formation du sel ; de plus elle indique qu’il doit y avoir un dégagement d’ammoniaque, ce qui a lieu en effet.
C jiuiid'ciTiiiT de enivre Iti-anmionincal.
Voulant savoir si le sel dont je viens de parler était la seule combinaison que le cyanoferrure fît avec l’ammoniaque, je le soumis à l’action du gaz alcalin. Le gaz ainsi que le composé étaient également secs, et il n’y eut pas apparence de combinaison , quant à la balance, elle n’accusait aucune augmentation sensible de poids. L’expérience a été tentée de nouveau sur le même sel humide, et avec plus de succès cette fois. J’ai constaté une élévation de température remarquable, et un changement de couleur qui passa du jaune clair au vert le plus beau. Le cyanure vert, retiré du tube après l’expérience, et mis sur une feuille de papier, s’est décomposé en peu de temps, sa nuance verte est redevenue jaune claire, et il restait le composé d’où j’étais parti. On a vu que c’était sous l’influence de l’humidité que ce sel prenait naissance.
J’ai préféré former ce nouveau composé en faisant passer le gaz ammoniacal sur le cyanoferrure de cuivre marron. La quantité considérable d’eau de combinaison de ce corps est très favorable à la formation du cyanure vert. Aussitôt que le gaz arrive et se trouve en contact, le cyanure marron s’échauffe au point que la main ne peut maintenir le tube, une grande quantité d’eau se dégage, et la nuance passe du marron au vert comme dans le premier cas.
Ce sel très instable ne peut exister qu’au sein même du gaz ammoniac ou dans un flacon bien bouché, car à l’air il se décompose en abandonnant une partie de l’alcali auquel il s’était combiné.
On comprend que la très grande altérabilité du cyanure vert dont nous nous occupons a dû être un obstacle pour l’analyse, et qu’elle n’a pu être faite par les moyens ordinaires. Mais on a déduit sa composition d’un manière tout aussi exacte d’après l’absorption du
gaz ammoniacal. Voici comment a été faite l’expérience. Dans un tube de verre on a mis un certain poids de cyanoferrure de cuivre ordinaire, ce sel en occupait le centre et de petits tampons d’amiante l’y maintenaient. Les extrémités du tube étaient remplis par de la baryte caustique, et fermés par de nouveaux bouchons d’amiante. Ainsi préparé, le tout a été porté dans la balance, puis on a soumis la matière à un courant de gaz ammoniac, desséchée et purifiée sur une longue colonne de chaux. La baryte-, comme on le voit, était destinée à absorber toute l’eau que le sel abandonnait afin d’éviter toute cause d’erreur. Lorsque le tube n’a plus varié de poids, l’on a regardé la saturation du sel comme étant complète.
Voici le résultat de plusieurs expériences :
1“ 2 sr -, 50 ont absorbé. . . 0,972
Ces nombres, calculés d’après la composition que nous avons admise du cyanoferrure de cuivre ordinaire, nous ont conduit à la formule
Fe Cy, 2 Cu Gy, 4 Az II', aq.
On peut faire l’expérience d’une autre 'manière, par la méthode des volumes. On prend pour cela une cloche graduée contenant une quantité déterminée de gaz ammoniac, et l’on fait passer dans cette cloche un poids connu de cyanoferrure marron. Ce moyen, sur lequel je n’insiste pas, mais que je mentionne seulement comme réalisable, réussit moins bien; il présente d’ailleurs des difficultés qui deviennent des causes d’erreurs plus ou moins grandes. 11 est d’abord assez difficile de faire passer dans le gaz une quantité exacte de sel, il est vrai qu’on peut éviter la perte en l’enfermant dans un
papier, mais alors il y a dans le plis de ce dernier une portion de sel que le gaz n’atteint pas. Une seconde cause d’erreurs est l’humidité qui se développe dans la combinaison de l’ammoniaque au cyanure double., et qui dissout nécessairement une portion du gaz. Certains alcalis peuvent servir comme desséchants, mais si une portion du sel est par hasard en contact avec eux il est immédiatement détruit. Ces causes d’erreurs n’existent pas dans le premier procédé, ce qui me l’a fait préférer au second, qui, je dois le dire, ne m’a jamais donné le même résultat.
J’ai étendu l’étude de l’action de l’ammoniaque sur d’autres composés encore, et principalement sur ceux dont les oxides sont solubles dans le gaz alcalin. En particulier j’ai examiné les cyanoferrures de zinc et d’argent, mais leur point de décomposition coïncident, ils sont ordinairement cristallins comme celui de cuivre, l’action des acides et des alcalis fixes est la même sur l’un et sur l’autre de ces sels, leur composition ne diffère pas, de sorte qu il m’a paru inutile de présenter ici l’histoire de composés entièrement identiques. Si je me suis attaché au cyanure double de fer et de cuivre ammoniacal, c’est qu’il est remarquable soit par sa forme cristalline, soit par sa nuance totalement différente de celle du cyanure double ordinaire. Enfin un autre motif qui m’a déterminé c’est la facilité, la rapidité et l’exactitude avec laquelle on analyse maintenant les sels de cuivre par le procédé de M. Pelouze. A l’occasion de ce procédé je ferai la remarque que lorsqu’on veut faire l’expérience sur un cyanure, il faut avoir soin de le détruire complètement soit par la chaleur, soit par les acides avec une ébullition prolongée, sans quoi on n’arriverait pas à un résultat exact.
L’action de l’ammoniaque sur le bleu de Prusse, qui lui aussi tient sa place dans les cyanoferrures, est des plus remarquables. Avant d’entrer dans quelques détails à cet égard, je vais présenter ici une monographie de cet intéressant composé qui a tant et si longtemps
exercé la sagacité des savants. On verra dans ce exposé chronologique les idées acquérir un degré de précision plus grand à mesure que l’on avance, et il est à présumer que le temps les modifiera encore lorsqu’on voit aujourd’hui des chimistes des plus distingués avoir des doutes sur l’exacte composition de cet panure double.