‹ Des dangers d'une Héliothérapie locale mal dirigéeChapitre 8 sur 14 · TOUS · texte numérisé non relu

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Eléments héliothérapiques

Des conditions générales dont rélève l’héliothérapie, la première est la présence du soleil « L'héliothérapie sans sole] n’et pas de l’héliothérapie. Il semble étrange d’être oblige de poser un tel principe, mais cele paraît nécessaire quand on a entendu des médecins des pays brumeux proclamer que la lumière des nuages suffit. En réalité par ciel couvert, on donne un bain d’air, et non pas un bain de soleil avec les qualités que ce dernier comporte. Le bain d'air peut être tres utile dans le traitement de certaines affections, mais c’est un agent thérapeutique absolument différent de la lumière solaire qui est chaude et lumineuse à la fois !. »

C'est qu’en effet en matière de cure solaire, ce’tains médecins attribuent tout aux rayons chimiques, rien, ou peu s’en faut, aux radiations calorifiques. Contre cette doctrine s'élèvent, entre autres, Vignard et Jouffray? « Déclarer, disent-1ls que l'éclat du soleil est la condition première de l'héliothérapie, parait la plus banale des vérités, et on éprouverait quelque gène à la proclamer si, par ailleurs, chose

incroyable, elle n’était en voie d’être discutée ». Rien en effet,

1. J. Vallol. L'héliolhérapie, son histoire el sa technique moderne. Conférence, Imprimerie A.:N. Emmanuel el Q. Baguel. Nice, 1915,

2. Vignard el Joufirav. La cure solaire des luberculoses chirurgie. in Monographies cliniques sur les questions nouvelles en médecin», n° 74, Paris, Masson, 1913.

ne légitime le dédain avec lequel on envisage l’action physiologique des rayons rouges, infrarouges, c'est-à-dire calorifiques, alors que Miramond de Laroquette, soutient que les radiations tiennent, et de beaucoup, le premier rang dans les effets physiologiques et thérapeutiques du soleil 1.

Sans entrer plus avant dans cette question, signalons qu'à l'heure actuelle la théorie de la prédominance ou même de exclusivité thérapeutique des radiations chimiques (violettes, ultra-violettes) s’effrite, alors que tous sont d'accord sur la valeur, ou plus exactement la nécessité d’un soleil chaud. J. Vallot et M. Faure? le proclament en ces termes © Il y a intérêt à disposer d’un soleil chaud et d’un climat tempéré pour obtenir le maximum d'effet chimique et thérapeutique du rayon solaire, le froid ralentissant, et diminuant cet effet. Au demeurant donc, pas d’héliothérapie sans la présence des radiations solaires, ni sans une Æempérature relativement élevée de l’air ambiant et du rayon solaire, d’abord parce que la quantité des radiations chimiques est multipliée par l’action des radiations calorifiques, et que cette action est fonction de la température ambiante. »

L'erreur de ceux qui prétendent à l'exclusivité, ou à la prédominance des radiations chimiques, vient de ce qu'ils négligent la synergie caractéristique des diverses radiations solaires. Aux radiations chimiques, 1l faut pour leur donner leur valeur, la collaboration des radiations calorifiques. «Pour s'exercer normalement, la radiation chimique a besoiu du concours de la radiation calorifique. Chez les végétaux el les animaux à température variable, la vitesse des réactions chimiques, des réactions biologiques, et de la croissance, double pour chaque élévation de température de 100 entre certaines limites. » Rollier y fait allusion quand il écrit

1. Miramond de Laroquelle. À propos du traitement des brûlures par lhéliothérapie, Gazelle des hipilaux, 26 août:1913.

2, J. Vallot et M. Faure. Les régles physiques de l’héliothérapie, in Presse médicale, 8 août 1914.

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« C’est une notion courante que les rayons calorifiques, dan: la mesure où ils sont capables d'élever la température des milieux qu'ils traversent sont doués de la propriété générale d'activer les radiations chimiques'. » Bien antérieurement déja Roscoë avait remarqué «que l'intensité chimique, qui correspond à une hauteur donnée du soleil augmenle avec la température»; puis, confirmation récente. César Roux* déclare la richesse actinique des rayons solaires synergique de la température : « Cette proportionnalité entre l’action des rayons chimiques, dit-il, et des rayons calorifiques est d’une importance capitale pour doser les rayons solaires dans une application thérapeutique. »

D'où, pour pratiquer la cure solaire, faire choix de régions où l’insolation est intense, constante, donc fuir les contrées brumeuses et humides.

En effet, le traitement doit être progressif et continu, toute interruption un peu longue, nuit à la cure, provoque un recul et nécessite une reprise.

Rien n’est simple, semble-til que de se mettre au soleil, et pas n’est besoin pour cela d'ordonnance compliquée ou de surveillance. L’expérience prouve cependant qu'il v a loin de cette conception à sa réalisation pratique.

La technique générale à laquelle doit satisfaire l’héliothérapie se résume ainsi ; elle doit être progressive, continue, surveillée, Lotale le plus souvent, locale dans quelques circonstances. C’est pour n'avoir pas observé une discipline raisonnée, G’est pour avoir confié à des parents la cure solaire, c'est pour «n'avoir pas suivi cette progression prudente, et qui pour certains sujets, peut paraître même exagérée, qu'on voit des malades, présenter des céphalées intenses, de l’em-

1. Rollier, La cure solaire, J.-B. Baillicres el fils, édileurs, Paris, 1916,

2. R. Radau, Les radialons chimiques du soleil, Gautlhier-Villars,

édil,, Paris, 1877, 3, César Roux. La cure hélio-marine des blessés de guerre in lAvenir médical, août 1917. |

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barras gastrique, perdre l’appétit, saigner abondamment du nez, présenter de la fièvre et des poussées congestive. qui paraissent liées à une dissémination rapide de produits tuberculeux, car dans deux cas j'ai assisté à l’évolution d'une méningite tuberculeuse 1. »

1. P. Vignard. L’héliothérapie dans les affections chirurgicales, el en particulier dans les Luberculoses externes in Le médecin francais, 1920:

Les accidents héliothérapiques

Sans parler de manifestations d’un pronostic aussi grave que celui de la méningite tuberculeuse, nous devons à lobligeance de M. le docteur F. Lalesque nos deux premières observations et à celle de M. le professeur Carles la troisième, toutes les trois démonstratives des méfaits solaires liés à des erreurs de technique.

Dans les deux premiers cas, il s'agissait de malades et de familles victimes de l’emballement que provoqua dans le public l’intensive vulgarisation des cures solaires de leurs merveilles, presque de leurs miracles; de cures telles qu’à lui seul le soleil rendrait inutile dans certaines affections la classique immobilisation, supprimerait : douleurs, impotences, fonctionnelles, restituerait à courte échéance intégrité anatomique et physiologique aux tissus, aux organes profonds, même entachés de tuberculose !

Dans le troisième cas, il s’agit encore de l’inobservation de technique, mais cette fois-ci de la part d'un médecin qui semblait ignorer, que pour soumettre des malades au soleil, il fallait suivre certaines règles indispensables.

Ces trois observations visent des faits d’héliothérapie localisée, c’est-à-dire d'exposition de la seule région malade à ce que G. Leo à propos des plaies de guerre appelle si judicieusement «le pansement solaire ». De prime abord, il semblerait que l’action solaire localisée dùt être sans inconvénients

RS ae même avec grossières erreurs de technique. G. Leo ! le pensait. Les seuls accidents possibles du fait du pansement solaire, c'est-à-dire de l’héliothérapie localisée sont, dit-il, des accidents locaux, qui se résument en la possibilité d’un « coup de soleil » local,;-c’est-à-dire d'un erythème d'abord, qui a un degré de plus deviendrait phlycténoïde, comme toute autre brülure. I faut bien savoir, écrit Leo, que «cette éventualité serait très fâcheuse pour l’évolution de la plaie, puisque les données récentes sur Le rôle de la peau voisine dés plaies en surface, montre que ce rôle est primordial, et que l’infection secondaire d'une plaie se fait bien souvent par la migra- Lion des colonies microbiennes cutanées vers le bord et ensuite vers le centre de là plaie. Des phlvctènes par helio-brûlure, s'infecteraient facilement, et ce voisinage serait à la fois indésirable pour la plaie, el contraire au but de désinfection recherché par le pansement solaire. »

Cette citation n'est point comme il pourrait sembler, étrangère à notre sujet, puisque, on va en juger, elle amène Leo à conclure : «Ces considérations sont purement théoriques, car aucun auteur à notre connaissance n’a publié de faits d’érythème solaire par héliothérapie locale, et l’auteur de rapport n’en a jamais observé, pendant quatre années d’héliothérapie locale appliquée aux blessures de guerre. Qu'estce que cela prouve ? Que pendant ces quatre années de pansements solaires, l’héliothérapie fut appliquée avec mesure, qu'elle ne pêcha point par excès, qu’au cours des journées d'été les plus chaudes, on sut choisir une autre heure, que celle de la canicule, pour Ia mise à contribution du soleil; que par l’observance d’une technique intelligente et surveillée, il devienne impossible de constater le coup de soleil local cela n’est pas douteux. Mais il n’en est pas de même, lorsque fa méthode est mise en pratique, sans compétence, sans direction, et que le malade cédant à un enthousiasme irréfléchi,

1. G. Léo. L’'héliothérapie appliquée aur blessures de querre. Rapport du Congrès d'hygiène et de climatologie, session de Monaco, avril 1920

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et au vocable, qu’il a pu entendre : «Mettez-vous au soleil et vous guérirez », ne se soumet à aucune direction.

Ch. Lasserre!, insiste sur la nécessité d’une surveillance médicale pendant la cure scolaire. « Nous avons déjà attiré l’attention sur les accidents locaux de la cure qui retardent ses bienfaits, mais présentent rarement une gravité réelle; nous voudrions insister ici, sur les accidents généraux dus parfois à la susceptibilité du malade, ou au réveil à grand fracas d’une lésion latente, mais presque toujours à l’ignorance des principes fondamentaux de l’héliothérapie. Nous insistons sur la progression en durée : trop souvent le malade sera exposé pendant une heure dès la première séance. Nous avons longuement décrit la progression en surface : une infirmière trop zélée fera de l’héliothérapie totale chez le blessé qui lui a été confié, dès le premier jour. Faudra-t-il s'étonner, dès lors que les résultats puissent, dans certaines conditions, devenir désastreux. Nous avons observé, en 1917, une hémoptysie presque foudroyante chez un tubercu- Jeux pulmonaire latent, porteur d’adénites fistulisées, dont on avait prolongé sans avis médical une des premières séances d’insolation. »

Nous devons à l’obligeance de M. le docteur F. Lalesque deux exemples inédits d'accidents locaux : coup de soleil local, mais à conséquences qui pour rester également locales, n’en sont parfois pas moins graves.

Observation I (F. Lalesque), inédite.

Tuberculose lesliculaire transformée en orchile luberculeuse suppurée el fislulisée par aclion solaire lrop intensive. Flomme, 32 ans.

Coxalgie de la seconde enfance, guérie par ankvlose totale. Longs

séjours à Berck.

1, Ch. Lasserre, Thèse Bordeaux, 1919. L'héliothérapie dans les affections externes non tuberculeuses.

À 32 Ans, procédant à sa loiletle éprouve une petite douleur el constate un léger gonflement du testicule gauche. Quelque peu versé dans les études médicales, pense à un dépul de varicocèle, auquel il cherche à remédier par le port d’un suspensoir.

Les choses restent ainsi pendant trois mois environ, puis apparaissent quelques signes de cvslile : mictions plus fréquentes, el sinon douloureuses du moins inconforlables. À ce moment va consuller un chirurgien qui diagnostiqua : épididymile bacillaire à gauche avec injillralion commencante de la proslale. On est en hiver, le malade n'& pas la facullé de laisser ses occupations et de s'éloigner à la campagne, aussi est-il soumis au (railement d'ordre général avec loul le repos compalible à sa profession.

Celle Lhérapeutique restaure le sujel, et jusqu’en juillet (époque des vacances) l’élal local reste stationnaire : absence de (oute douleur spontanée, qui se manifeste légère par pression sur la Lêle de l’épididyme gauche, siège d’un novau induré de la grosseur d’un pois.

C'est dans ces conditions que le malade se rend à Arcachon en vue d’une cure solaire : conseil qu'il accepte avec d'autant plus d’empressement qu'il est un adepte fervent de la méthode nalurelle. Dès le lendemain de son arrivée, sans autre avis, sans aueune idée directrice va-l-il commencer ce qu'il considère comme une cure de soleil.

Comment procède-t-il ? Sur un balcon, à onze heures du malin, il s’élend en chaise longue, el pendant près d'une heure expose directement ses organes océnilaux aux ardeurs d’un soleil resplendissanL. Il ressent bien une brûlure presque intolérable, mais la supporte, convaineu que plus vite sa peau se pigmentera, el plus vile seront oblenus les effels de (hérapeutique recherchés. Bien que la fin de cette première journée el la nuit aient élé quelque peu: pénibles en conséquence d'un prurit el d’un malaise des Lesticules, le malade ne persiste pas moins, le lendemain, el dans les mêmes conditions de milieu atmosphérique, dans les mêmes conditions de lieu, de Lemps, de durée: à recommencer la prise de contacLl avec le soleil guérisseur.

Ces deux lLentatives héliothérapiques eurent lieu un 16 el 17 juillel. Le lendemain 18, j'étais appelé à voir le malade pour la premiere fois. D’emblée il apparaissait qu'une luberculose lesliculaire chronique

se transtformait en orchile tuberculeuse, caractérisée par: douleur

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