‹ Des dégénérescences secondaires du système nerveux [electronic resource]Chapitre 15 sur 37 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Après avoir établi l’existence et la nature de la dégénérescence rétrograde, nous devons nous demander si elle se rapproche par quelques points de la dégénérescence Wallérienne, si même elle en diffère, ou si l’on peut y relever des caractères assez tranchés pour les distinguer histologiquement. Ce point est d’autant plus important à élucider que la plupart des recherches sur le système nerveux se basent précisément sur le sens des dégénérescences secondaires. C’est à l’aide de ce. moyen précieux que l’on a pu édifier les notions que nous possédons actuellement sur la topographie cérébro-spinale, et c’est en s'appuyant sur lui, en particulier, que l’on a déterminé l’origine, la terminaison, l’individualité même, des divers faisceaux nerveux.

i° — Il nous semble que, tant par leur évolution que par la nature du processus, les dégénérescences Wallérienne et rétrograde présentent d’assez notables différences. La dégénérescence Wallérienne apparaît dans le segment séparé de son centre trophique d’une façon très précoce. Quatre ou cinq jours déjà après la section du nerf ou l’extirpation de la zone motrice, on voit survenir soit dans le bout inférieur, soit dans le faisceau pyramidal, les premiers symptômes de dégénérescence qui sont marqués, non pas par une altération de la myéline, mais par la déformation, par le gonflement, l altération du cylindre-axe. Plus tard, par suite de la prolifération excessive de la lame protoplasmique, de la gaine de Mauthner et de son noyau, qui s’infiltrent dans les incisures de Lancisi, la myéline, prise à

son tour, est désagrégée dans toute son épaisseur à la fois, transformée en grosses boules puis en plus petites, enfin s’émulsionne et se résorbe complètement. Le cylindre-axe, par lequel le processus a commencé, survit le dernier, mais il semble bientôt subir une dégénérescence granuleuse et ne tarde pas à disparaître à son tour. Il est vrai que, selon Schiff, le cylindre-axe persisterait et n’aurait fait que perdre ses réactions histo-chimiques, ce qui empêcherait de le reconnaître au milieu des tissus, au sein desquels il est plongé, mais en tout cas, qu’il soit complètement détruit ou seulement profondément modifié, il devient promptement invisible, et le faisceau nerveux, remplacé par du tissu conjonctif, est transformé en un tractus fibreux.

Quoique la dégénérescence Wallérienne puisse être considérée comme une réaction de l’organisme détruisant et éliminant un organe mortifié et inutile tel que la portion d’un nerf séparée de son centre trophique, elle n’affecterait pas simultanément, avec la même intensité, tous les points du bout périphérique. On constate souvent, en effet, que les différents tubes nerveux d’un même faisceau ne sont pas tous atteints absolument au même degré. Selon Rit ter, cette dégénérescence suivrait une marche assez constante, débutant à la périphérie des nerfs sensitifs pour remonter peu à peu vers le point détruit, tandis que dans les nerfs moteurs elle s’étendrait de proche en proche du point lésé vers la périphérie, et Schaffer (343) a déclaré récemment que les divers faisceaux de la moelle prennent, pour dégénérer, des laps de temps différents.

20 — Probablement plus tardive que la dégénérescence Wallérienne, sans que l’on puisse exactement déterminer l’époque précise de son apparition , la dégénérescence rétrograde ne devient généralement reconnaissable que vers le 10e ou 20e jour au plus tôt, lorsqu’il s’agit de jeunes animaux, c’est-à-dire dans les conditions les plus favorables pour son développement précoce et son évolution rapide.

Histologiquement, ce qui paraît la caractériser, c’est le début du processus par la myéline zi non parle cylindre-axe qui demeure parfois très longtemps intact, et ne subit pas ces modifications, ce gonflement, si constants dans la dégénérescence

Wallérienne, au moins tant que les cellules du centre trophique ne sont pas altérées. Lorsque la dégénérescence rétrograde évolue rapidement, la myéline peut subir une désagrégation appréciable et se fragmenter en partie. Lorsqu’elle progresse plus lentement, ce qui est le cas le plus fréquent, la fragmentation de la myéline n’aurait pas lieu, et serait remplacée par une désintégration presque moléculaire , commençant au pourtour du cylindre-axe pour se porter à la périphérie du tube nerveux. Dans ce cas, la méthode de Mar ch i pourra souvent être utilement employée, et, en montrant le long des vaisseaux et dans le tissu conjonctif interstitiel des séries de granulations noires, donnera la preuve d’une dégénérescence. Par les méthodes usuelles, en effet, les nerfs paraissent simplement plus ou moins atrophiés, et il est bien difficile d’estimer un amincissement parfois léger de la gaine myélinique, car on ne constate pas toujours, surtout dans les troncs périphériques, l’espace vide décrit par Gombault et Philippe, entre le cylindre-axe et la zone externe de myéline.

La myéline peut disparaître ainsi complètement. Le cylindreaxe, au contraire, persiste, normal ou légèrement altéré, et cette conservation, dont la durée est très longue, peut être regardée comme une des caractéristiques des dégénérescences rétrogrades. Toutefois, après un temps variable, ce cylindre-axe lui-même finit par disparaître à son tour.

A ce moment il nous semble impossible de distinguer une ancienne dégénérescence Wallérienne d’une ancienne dégénérescence rétrograde, mais dans le cours de l’évolution du processus, la conservation du cylindre-axe et son intégrité relative par rapport à l’atrophie, ou à la désagrégation de la myéline reconnaissable au moins par la méthode de Marchi, paraissent des phénomènes assez caractéristiques de la dégénérescence rétrograde. Cette persistance du cylindre-axe est, du reste, bien explicable, car la cellule, dont il n est que le prolongement, vit encore.

Il ne s agit pas d’une véritable mortification comme dans la dégénérescence Wallérienne, mais de l’altération lente d’une unité nerveuse rendue définitivement inactive, où les échanges fonctionnels ne peuvent plus se produire normalement, et

Durante.

subissant conséquemment une régression progressive dans tous ses éléments.

3° — Le début par la myéline, la longue intégrité du cylindreaxe pourraient faire pensera une névrite. Mais la névrite est une affection inflammatoire ou irritative, elle est éminemment caractérisée par la multiplication des noyaux et nous avons vu plus haut que, tant dans les nerfs périphériques que dans les centres, on ne constatait aucune trace de réaction inflammatoire aiguë ou chronique au cours de l’évolution des dégénérescences rétrogrades, que le nombre des noyaux ne semblait nullement augmenté et que les vaisseaux pas plus que les tissus interstitiels ne paraissaient affectés. On ne saurait donc invoquer ici l’existence d’une névrite proprement dite, même parenchymateuse. Toutefois la signification du mot névrite tend à devenir singulièrement compréhensive depuis ces dernières années, puisque quelques auteurs y font rentrer même la dégénérescence Wallérienne, ce qui réduit ce ternie à la vague signification de lésion des nerfs. Alors que l’on devrait réserver cette appellation aux affections irritatives des tubes nerveux, on a décrit sous ce nom des altérations nerveuses très diverses et dans certaines observations où l’on ne rencontre, en effet, aucun caractère inflammatoire, les descriptions histologiques se rapprochent de quelques-unes des lésions dont nous venons de parler. Mais sont-ce bien là des névrites vraies, et n’a-t-on pas eu affaire dans ces cas à une dégénérescence des troncs nerveux secondaire à une destruction des terminaisons périphériques? Il faudrait reprendre complètement, à l’aide de ces données nouvelles, l’étude encore si incomplète des névrites ascendantes, afin de dégager nettement de l’inflammation de l’irritation des tubes nerveux, de la névrite proprement dite, ce qui a trait simplement aux dégénérescences rétrogrades. Mais nous ne pouvons ici que signaler ce point sans y insister davantage.

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