‹ Des dégénérescences secondaires du système nerveux [electronic resource]Chapitre 7 sur 37 · DE LA DÉGÉNÉRESCENCE RÉTROGRADE DANS · texte numérisé non relu

DE LA DÉGÉNÉRESCENCE RÉTROGRADE DANS

l’encéphale

L’encéphale et la moelle, constitués par une réunion de cellules tenant sous leur dépendance trophique les cylindresaxes qui en partent, sont construits sur le même plan et sont également régis par les mêmes lois physiologiques que les nerfs périphériques.

La sclérose du faisceau pyramidal, secondaire aux lésions destructives de la zone rolandique, avait confirmé, dans les centres nerveux, la théorie de Waller. Cette dégénérescence descendante caractérisait même les voies motrices au niveau des pédoncules, de la protubérance, du bulbe, de la moelle épinière et avait permis d’en préciser le parcours, d’en délimiter exactement les rapports. Les faisceaux sensitifs dont les fibres naissent des noyaux inférieurs pour remonter vers l’écorce, devaient subir, d’après la même loi, une dégénérescence ascendante et c’est, en effet, ce que l’on constatait à la suite de lésions, tant expérimentales que cliniques, des racines postérieures, de la moelle, du bulbe et du mésencéphale. Par analogie on pouvait donc déduire, en se basant sur l'étude de ces dégénérescences secondaires, le lieu d’origine et, jusqu’à un certain point, le rôle physiologique des différents faisceaux constituant les centres nerveux. C’est en s’appuyant sur ces données fécondes en résultats que l’anatomie pathologique a fait ses plus belles découvertes et que l’on est arrivé à élucider avec une exactitude chaque jour

plus parfaite la topographie si complexe de l’axe cérébrospinal.

Les faits qui, dans les centres, concordaient mal avec la loi de Waller, n’étaient points difficiles à interpréter. Au milieu de l’enchevêtrement inextricable des éléments s’entrecroisant dans tous les sens, il eût été vraiment délicat d’affirmer que telle fibre avait subi une altération cellulipète en opposition formelle avec une règle que l’on considérait comme absolue ; aussi satisfaisait-on à l’opinion reçue, en admettant qu’il ne s’agissait que de cylindres-axes compris dans un faisceau mais n’en partageant ni l’origine ni la terminaison.

Il devait être, semble-t-il, indispensable d’apporter la preuve irrécusable d’une dégénérescence rétrograde dans les nerfs périphériques pour que ce phénomène pût être admis dans les centres nerveux, où sa démonstration absolue est presque impossible. Il n’en est rien cependant, car, alors que la dégénérescence rétrograde était encore à peine soupçonnée dans le moignon des amputés, c’est dans l'encéphale que Gudden appliqua, pour la première fois, les modifications du bout central à l’étude de la topographie cérébrale. Opérant sur des animaux nouveau-nés, il avait observé que, après section d’un faisceau, le centre trophique correspondant s’altérait, que ses cellules s’atrophiaient ainsi que la portion des tubes nerveux demeurée en rapport avec lui. Mettant à profit ce phénomène qu’il attribuait à une atrophie par inactivité et non pas à une dégénérescence, il avait usé de cette méthode pour poursuivre dans les deux sens certains faisceaux sensoriels interrompus dans leur continuité.

C’est ainsi que dès 1875, cet auteur (289) (290), après extirpation du lobe occipito-pariétal, avait constaté une atrophie descendante des voies visuelles jusqu'au nerf optique, à travers le tubercule quadrijumeau antérieur et le corps genouillé externe, contrairement à Panizza, qui, en r 856, après énucléation de l’œil, avait signalé une dégénérescence ascendante remontant jusqu’aux circonvolutions postérieures.

IOI

Bientôt d’autres publications viennent apporter de nou veaux faits parlant en faveur de l’altération du bout central, car Monakow 06), en 1880, chez le lapin; Ganzer (283), l’année suivante, obtiennent des résultats identiques à ceux de Gudden.

Jusque-là, ces recherches n’avaient été faites qu’à l’œil nu. En 1882 et i88q, von Monakow (327) (328) publie une série d’expériences remarquables, où il s’efforce, en étudiant microscopiquement les dégénérescences secondaires, d établir les voies physiologiques de l'appareil visuel intra-céré’oral. A la suite de l’ablation du globe oculaire chez le lapin nouveau-né, il relève une dégénérescence ascendante du nerf optique remontant dans le corps genouillé externe, où il y a disparition des fibres nerveuses avec conservation des cellules ganglionnaires et, dans le tubercule quadrijumeau antérieur, où les petites cellules sont complètement atrophiées. Par contre, la destruction du lobe occipital détermine une dégénérescence descendante portant sur les radiations optiques de Gratiolet, sur la substance blanche moyenne du tubercule quadrijumeau antérieur et sur les cellules du corps genouillé externe. Enfin, après section des radiations optiques en arrière de la capsule interne, il observe une double dégénérescence : l'une, ascendante, aboutissant à l’écorce; l'autre, descendante, intéressant le corps genouillé externe et le tubercule quadrijumeau. — L’auteur conclut que le corps genouillé constitue un relai dans le trajet des voies optiques, qui se trouvent divisées en deux portions. Dans chacune de ces portions existeraient deux ordres de fibres, les unes centripètes, les autres centrifuges ; dans la première, une partie des tubes nerveux, originaires des cellules de la rétine, se rendraient au corps genouillé et s’y termineraient, tandis que les autres, naissant dans les tubercules quadrijumeaux antérieurs, se porteraient à la rétine ; dans la seconde, certaines fibres iraient de l’écorce au corps genouillé et d’autres, du corps genouillé à l’écorce. Mais, d’après cette hypothèse, vérifiée, du reste, par les recherches récentes d’histologie normale, pas plus les dégénérescences ascendantes du segment inférieur que les dégénérescences descendantes du

segment supérieur ne devraient franchir le corps genouillé ; or, Mœli (325), étudiant vingt-deux faits de lésions du centre visuel cortical, confirme ce qu’avaient déjà antérieurement relevé Gudden et Ganzer et constate, non seulement des altérations du corps genouillé, mais, dans le plus grand nombre des cas, une dégénérescence descendante se portant jusque dans les nerfs optiques.

Cependant nous n’insisterons pas sur ce sujet. Les observations de dégénérescence descendante des voies visuelles franchissant les relais nucléaires et passant d’un « neurone » au «neurone» suivant, sont actuellement très nombreuses; nous ne pouvons toutes les signaler ici et nous nous bornerons à renvoyer ceux qui voudraient approfondir ce sujet aux communications de M. Déjerine et à la thèse de son élève M. Via le t (358).

Nous ne voulions qu’indiquer, en passant, cet ordre de faits qui , jusqu’à un certain point , peuvent rentrer dans notre cadre. Du reste , dans l’encéphale , l’enchevêtrement des fibres commissurales et des tubes nerveux se portant ou se rendant à l’écorce, est trop complexe pour que ces observations puissent utilement servir à appuyer l’étude des dégénérescences rétrogrades. Aussi, avons-nous dû limiter nos recherches à deux faisceaux seulement, qui, seuls, sont assez exactement déterminés dans leurs rapports, leur origine et leur terminaison pour pouvoir se prêter à la démonstration de la dégénérescence rétrograde.

Dégénérescence secondaire descendante du faisceau

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