OBSERVATION VI (PERSONNELLE
W... V., 42 ans, employé de chemin de fer.
Alcoolisme chronique avec jalousie morbide, menaces de mort contre sa femme.
Antécédents héréditaires. — Père et mère en bonne santé. Une sœur bien portante.
Antécédents personnels. — D’après les renseignements donnés par sa sœur, n’a Jamais été malade, Son caractère était normal. Jamais il n’a manifesté de méfiance ni de jalousie. Il était affectueux pour les siens et très bon à leur égard.
Employé au chemin de fer de l'État comme garde-barrière à P... depuis 1895. S’est marié en 1896 et dès le début de son mariage, sa femme a remarqué qu'il buvait énormément de vin. En 1900, à la suite d’un coup sur la tête qui lui coupa le cuir chevelu, son caractère qui jusque-là avait été normal,se modifia. Il devint inquiet, menteur, irritable, se mettant en colère pour
les discussions de ménage les plus insignifiantes. Enfin il sup-
Te portait de moins en moins bien la boisson, rentrant à la maison fréquemment ivre et faisant à sa femme quelques scènes de jalousie non motivées.
Vers le mois de juillet 1911, celle-ci le trouve très excité génitalement. [1 voulait avoir des rapports sexuels nombreux, mais il lui arrivait souvent de ne pas pouvoir entrer en érection ce qui J’attristait beaucoup. Il accusait sa femme « de ne pas y mettre du sien », de manifester de l'indifférence parce qu'elle s’était sans doute contentée ailleurs.
Vers le mois de mars 1912 il commet une faute professionnelle et passe devant le conseil d'enquête de la Compagnie qui le fait descendre dans une classe inférieure.
Cette sanction porte à l'extrême son irritabilité morbide et c'est dans une crainte perpétuelle que sa femme vit près de lui. Le 23 octobre 1912 il lui reproche d’avoir dansé avec un voisin A... et bu avec luile 14 juillet 1911.
Il est d’ailleurs sûr qu’un mois auparavant elle a été avec lui dans un terrain vague. Il l’a fait dire à sa petite fille qui a 8 ans. Le 8 novembre il veut lui ouvrir le ventre pour rechercher combien d’amants ont passé sur elle, C’est alors qu'elle s'enfuit.
ll se rend chez un médecin pour lui demander s’il est possible de reconnaître combien d'hommes ont fréquenté une femme. Le 10 novembre le commissaire de police le réconcilie avec sa femme. Le 11 à minuit il est pris d’une crise aiguë de Jalousie, se précipite sur elle un couteau à la main et c’est à la suite de cet accès qu’il est interné à Vaucluse le 19 novembre 1912.
Étal physique. — Le malade présente de l'inégalité pupillaire, du tremblement des mains et de la langue, du tremblement de la parole. Il se plaint de crampes dans les mollets et de cau-
chemars terrifiants qui traversent son sommeil, Il a des Pituites
pe matutinales, digère mal, l'estomac est sensible à la pression, il y a de la glycosurie alimentaire.
État mental, — WW. est calme mais n’à pas renoncé à ses idées de jalousie. [l accuse toujours sa femme de l'avoir trompé, d’avoir couché avec A... C’est une hypocrite, dit-il, Elle est venue à Saint-Anne pendant que je m'y trouvais et ne s’est pas dérangée pour me voir. Mais je me demande ce qu’elle a bien pu y faire.
Renseignements pris, sa femme n'a jamais été à Saint-Anne, Tout en travaillant régulièrement à l'asile, il demeure sombre et triste. A la date du 15 février 1913 il est très difficile de lui faire avouer ses idées de jalousie, il est devenu très réticent. Il a vu sa femme le 2 février 1912 et lui a souri et causé. Celle-ci trouve quil va mieux.
- Voici encore un alcoolique chronique- qui n’a pas eu de délire hallucinatoire. Devenu méfiant et jaloux sous l’action de l’alcool, son déséquilibre mental est exagéré encore par une émotion pénible (perte de sa place).
Sous l’influence de sa passion, il interprète dans le sens délirant tous les actes de sa femme et même ses propres sensations. Son aptitude génésique est modifiée ainsi que sa sensation voluptueuse, et il croit que sa femme en est cause.
« Elle n’y met pas du sien, parce qu’elle a un amant. » Elle s’absente pour les courses du ménage. C’est qu’elle va rejoindre son amant.
Pour appuyer sa conviction il interroge sa petite fille de 8 ans et lui fait dire qu'elle a vu sa mère payer une consommation à un nommé À... Puis la jalousie l’aveu-
glant, il devient violent, menace sa temme et sa fille.