DES MOYENS DE PRÉVENIR DES CRIMES
Il vautmieux prévenir les crimes que d'avoirà les punir ; et tout législateur sage doit chercher plutôt à empêcher le mal qu'à le réparer, puisqu'une bonne légis-
lation n'est que Tart de procurer aux hommes le plus grand bien-êlre possible, et de les garantir de toutes les peines qu'on peut leur ôter, d'après le calcul des biens et des maux de cette vie.
Mais les moyens que Ton a employés jusqu'à présent, sontpour la plupart insuffisants ou contraires au but que Ton se propose. Il n'est pas possible de soumettre l'activité tumultueuse d'une masse de citoyens à un ordre géométrique, qui ne présente ni irrégularité ni confusion. Quoique les lois de la nature soient toujours simples et toujours constantes, elles n^empêchent pas que les planètes ne se détournent quelquefois de leurs mouvements accoutumés. Gomment donc les lois humaines pourraient-elles, au milieu du choc des passions et des sentiments opposés de la douleur et du plaisir, empêcher qu'il n'y ait quelque trouble et quelque dérangement dans la société ? C'est pourtant la chimère des hommes bornés, lorsqu'ils ont quelque pouvoir.
Si on défend aux citoyens une multitude d'actions indifférentes, comme ces actions n'ont rien de nuisible, on ne prévient pas les crimes : au contraire, on en fait naître de nouveaux, parce qu'on change arbitrairement les idées ordinaires de vice et de vertu, que l'on proclame cependant éternelles et immuables.
D'ailleurs, à quoi l'homme serait-il réduit, s'il fallait lui interdire tout ce qui peut être pour lui une occasion de mal faire ? Il faudrait commencer par lui ôter l'usage de ses sens.
Pour un motif qui pousse les hommes à commettre un crime, il y en a mille qui les portent à ces actions indif-