‹ Des délits et des peinesChapitre 71 sur 82 · DES MOYENS DE PHÉVENIR DES GRIME · texte numérisé non relu

DES MOYENS DE PHÉVENIR DES GRIME

constitution dont les avantages sont évidents, les dispositions connues, et qui donne des bases solides à la sûreté publique. Pourrait-il regretter celte inutile petite portioa de liberté dont il s'est dépouillé, s'il la compare avec la somme de toutes les autres libertés dont ses concitoyens lui ont fait le sacrifice ; s'il songe que, sans les lois, ils auraient pu s'armer et s'unir contre lui?

Avec une âme sensible, on trouve que, sous de bonnes lois, l'bomme n'a perdu que la funeste liberté de faire le mal, l'on est forcé de bénir le trône, et le souverain qui ne l'occupe que pour protéger.

Il n^est pas vrai que les sciences soient nuisibles à rhu" manité. Si quelquefois elles ont eu de mauvais effets, c'est que le mal était inévitable. Les hommes s'étant multipliés sur la surface de la terre, on vit naître la guerre, quelques arts grossiers, et les premières lois, qui n'étaient que des conventions momentanées, et qui périssaient avec la nécessité passagère qui lesavait produites. C'est alors que la philosophie commença de paraître; ses premiers principes furent peu nombreux et sagement choisis, parce que la paresse et le peu de sagacité des premiers hommes les préservent de beaucoup d'erreurs.

Mais les besoins s'étant multipliés avec l'espèce humaine, il fallut des impressionsplus fortes et plusdurables pour empêcher les retours fréquents, et de jour en jour plus funestes, à l'état sauvage. Ce fut donc un grand bien pour l'humanité (je dis un grand bien sous le rapport politique), que les premières erreurs religieuses qui peuplèrent l'univers de fausses divinités,

et qui inventèrent un monde invisible d'esprits chargés de gouverner la lerre.

Ils furent les bienfaiteurs du genre humain, ces hommes hardis qui osèrent tromper leurs semblables pour les servir, et qui traînèrent Tignorance craintive au pied des autels. En présentant aux hommes des objets hors de la portée des sens, ils les occupèrent à la recherche de ces objets, qui fuyaient devant eux à mesure qu'ils croyaient s'en approcher davantage ; ils les forcèrentà respectercequ'ilsne connaissaientjamaisbien, et surent concentrer vers ce seul but, qui les frappait fortement, toutes les passions dont ils étaient agités.

Tel fut le sort de toutes les nations qui se formèrent de la réunion de différentes peuplades sauvages. C'est là l'époque de la formalion des grandes sociétés ; et les idées religieuses furent sans doute le seul lien qui put obliger les hommes à vivre constamment sous des lois.

Je ne parle point de ce peuple que Dieu choisit. Les miracles les plus extraordinaires et les faveurs les plus signalées que le ciel lui prodiguait^ lui tinrent lieu de la politique humaine.

Mais comme les erreurs peuvent se subdiviser à Tin* Uni, les fausses sciences qu'elles produisirent firent des hommes une multitude fanatique d'aveugles, égarés dans le labyrinthe où ils s'étaient enfermés, et prêts à se heurter à chaque pas. Alors quelques philosophes sensibles regrettèrent l'ancien état sauvage ; et c'est à cette première époque que les connaissances, ou plutôt les opinions, devinrent funestes à l'humanité.

On peut regarder comme une époque à peu près sem-

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