DES MOYENS DE PREVENIR LE GRIME
blable, ce moment terrible où il faut passer de TeiTeurà la vérité, des ténèbres à la lumière. Le choc redoutable des préjugés utiles à un petit nombre d'hommes puissants contreles vérités avantageuses à la multitude fai* ble^ et la fermentation de toutes les passions soulevées, amènentdesmaux infinis sur les malheureux humains. En parcourant l'histoire, dont les principaux événements, après certains intervalles, se reproduisent presque toujours, que l'on s'arrête sur le passage périlleux, mais indispensable, de l'ignorance à la philosophie, et par conséquent de l'esclavage à la liberté ; on ne verra que trop souvent une génération entière sacrifiée au bonheur de celle qui doit lui succéder.
Mais lorsque le calme est rétabli, lorsqu'on a pu éteindre l'incendie, dont les flammes ont purifié la nation, et l'ont délivrée des maux qui l'opprimaient, la vérité, qui se traînait d'abord avec lenteur, précipite ses pas, siège sur les trônes à côté des monarques et obtient enfin, dans lesassemblées des nations, et surtout dans les républiques, un culte et des autels.
Pourra-t-on croire alors que les lumières qui éclairent la multitude sont plus dangereuses que les ténè^ bres?Etquel philosophe se persuadera quel'exacte connaissance des rapports qui unissent les objets entre eux^ puisse être funeste à l'humanité ?
Si le demi-savoir est plus dangereux que l'ignorance aveugle, parce qu'aux maux que produit l'ignorance il ajoute encore leserreurs sans nombre qui sont les suites inévitables d'unevuebornéeen décades limitesdu vrai, c*est sans doute le don le plus précieux qu'un souverain
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puissefaireàla nation elàlui-même^quede confier ledépôt sacré des lois à un hommeéclairé. Accoutumé à voir la vérité sans la craindre,au-dessusde ce besoin général des suffrages publics, besoin qui n'est jamais satisfait,et qui fait si souvent succomber la verlu; habitué à tout considérer sous les points de vue les plus élevés, il voit la nation comme une famille, ses concitoyens comme ses frères ; et la distance qui sépare les grands du peuple lui parait d'autant plus petite, qu'il sait embrasser par ses regards une plus grande masse d'hommes à la fois.
Le sage a des besoins et des intérêts qui sontinconnus au vulgaire ; c'est une nécessité pour lui de ne pas démentir, dans sa conduite publique, les principes qu'il a établis dans ses écrits, et l'habitude qu'il s'est faite d'aimer la vérité pour elle-même.
De tels hommes feraient le bonheur d'une nation ; mais pour rendre ce bonheur durable, il faut que de bonnes lois augmentent tellement le nombre des sages, qu'il ne soit presque plus possible de faire un mauvais choix.
C'est encore un moyen de prévenir les délits, que d'écarter du sanctuaire des lois jusqu'à l'ombre de la corruption, d'intéresser les magistrats à conserver dans toute sa pureté le dépôt que la nation leur confie.
Plus les tribunaux seront nombreux, moins on pourra craindre qu'ils violent les lois, parce que, entre plusieurs hommes qui s'observent mutuellement, l'avantage d'accroître l'autoritécommune est d'autant moindre, que laportion qui en reviendrait à chacun est