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plus petite, et trop peu considérable pour balancer les dangers de l'entreprise.
Si le souverain donne trop d'appareil, de pompe et d'autorité à la magistrature ; si en même temps il ferme tout accès aux plaintes justes ou mal fondées du faible, qui se croit opprimé ; s'il accoutume ses sujets à craindre les magistrats plus que les lois, il augmentera sans doute le pouvoir des juges, mais ce ne sera qu'aux dépens de la sûreté publique et particulière.
On peut encore prévenir les crimes, en récompensant la vertu ; et Ton remarcyiera que les lois actuelles de toutes les nations gardent là-dessus un profond silcilce.
Si les prix proposés par les académies aux auteurs des découvertes utiles ont étendu les connaissances et augmenté le nombre des bons livres, pense-t-on que des récompenses accordées par un monarque bienfaisant ne multiplieraient pas aussi les actions vertueuses? La monnaie de l'honneur, distribuée avec sagesse, ne s'épuise jamais, et produit sans cesse de bons fruits.
Enfin, le moyen le plus sûr, mais en même temps le plus difficile, de rendre les hommes moins portés à mal faire, c'est de perfectionner l'éducation.
Cet objet est trop vaste pour entrer dans les bornes que je me suis prescrites. Mais, j'ose le dire, cet objet est si étroitement lié avec la nature du gouvernement qu'il ne sera qu'un champ stérile, et cultivé seulement par un petit nombre de sages, jusqu'à ces siècles encore éloignés où les lois n'auront d'autre but que la félicité publique.
Un grand homme, qui éclaire ses semblables, et que ses semblables persécutent, a développé les maximes principales d'une éducation vraiment utile (\). Il a fait Yoirqu'elleconsistait bien moins dans la multitude confuse des objets qu'on présente aux enfants, que dans le choix et dans la précision avec lesquels on les leur expose.
Il a prouvé qu'il faut substituerles originaux aux copies dans les phénomènes moraux ou physiquesque le hasard ou l'adresse du maître offre à l'esprit de l'élève.
Il a appris à conduire les enfants à la vertu, par la route Tacile du sentiment^ à les éloigner du mal parla force invincible de la nécessité et des inconvénients qui suivent la mauvaise action.
Il a démontré que la méthode incertaine de l'autorité impérieuse devrait être abandonnée, puisqu'elle ne produit qu'une obéissance hypocrite et passagère.
Ce chapitre couronne dignement rédtflce élevé par Beccaria. Après avoir posé les règles qui doivent dominer la poursuite et la répression des délits^ il se demande s'il ne serait pas possible d'en réduire le nombre, d'en prévenir la perpétration, et il recherche quels seraient les moyens les plus propres pour atteindre ce but,
Platon aurait voulu que les institutions sociales entraînassent tellement les hommes dans la pratique de la vertu^ que les lois pénales, frappées d'inutilité, devinssent comme
(l) J.-J. Rousseau.
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une supposition injurieuse à leur égard. (LoiSy liv. IX.) Thomas Morus, avançant plus loin dans son Utopia, s*en était di^jà pris aux racines mômes des crimes: « Mettez, disait-il, un frein à Tavare égoïsme des riches; ôtez-leur le droit d'accaparement et de monopole. Qu'il n'y ait plus d'oisifs pour vous. Donnez à l'agriculture un large développement; créez des manufactures de laine et d'autres branches d'industrie où vienne s'occuper utilement cette foule d'hommes dont la misère a fait jusqu'à présent des voleurs, des vaga* bonds ou des valets, ce qui est à peu près la même chose. Vous abandonnez des millions d'enfants aux ravages d'une éducation vicieuse et immorale. La corruption flétrit sous vos yeux ces jeunes plantes qui pouvaient fleurir pour la vertu, et vous les frappez de mon quand, devenus des hommes, ils commettront les crimes qui germaient, dès le berceau, dans leurs âmes. Que faites vous donc? des voleurs, pour avoir le plaisir de les pendre. » [Utop.y liv. I.) Montesquieu, venant après ces illustres rêveurs, avait résumé leurs pensées dans cet axiome politique : « Un bon législateur s'attachera moins à punir les crimes qu'à les prévenir; il s'appliquera plus à donner des mœurs qu'à infliger des supplices. » (Liv. VI, ch. ix.) Et Helvétius n'avait fait que continuer la même thèse, lorsqu'il avait dit : « Les vices et les vertus d'un peuple sont toujours un effet nécessaire de sa législation « » (Disc. 3, ch. xxii.)
C'est en se fondant sur cette doctrine que Beccaria n'hésite pas à croire que la législation, animée d'une haute sollicitude, peut, par une foule de dispositions prévoyantes et pour ainsi dire paternelles, prévenir la perpétration d'un grand nombre de délits. Il jette un rapide coup d'œil sur les principales causes des infractions. Quelles sont ces causes? c'est la mauvaise rédaction des lois pénales : faites donc des lois simples et qui soient aisément comprises. C'est la multiplicité des incriminations : ne saisissez que les faits les plus graves pour produire une intimidation plus sûre, une répression plus certaine. C'est l'ignorance : propagez
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les lumières, instruisez les bomines ; il n'est pas vrai que la science soit nuisible à rhumanlté. C'est la paresse^ Tlvrognerie, la débauche : moralises les âmes par Téducation et apprenex-leur à mépriser les vices. C'est une inégale distribution de la justice : formez des corps de magistrature nombreux et indépendants. Ëufln, c'est l'abandon où la vertu est laissée : ayez pour elle des récompenses et des couronnes. Tel est, en peu de mots, le système de mesures préven-, tives conçu par noire auteur.
Au fond, la pensée est vraie et peut être féconde. La loi n'a point accompli toute sa tâche quand elle a porté ses défenses et ses châtiments. Son œuvre ne consiste pas uniquement à frapper et à sévir. A côté de sa mission de répression se trouve une mission de prévoyance. Si elle peut, par des avertissements, par des précautions, par l'éducation, par l'instruction, parle travail qu'elle facilite, par des institutions de secours, aller au-devant de l'homme qui, entraîné par les circonstances qui le poussent, va s'égarer et commettre une faute, elle doit marcher à sa rencontre, lui tendre la main et le soutenir pour le sauver de sa chute. Mais il ne faudrait pas croire néanmoins que les moyens préventifs dont la société peut disposer, que les institutions de prévoyance, que Tinstruction et l'éducation, quelque puissantes qu'elles soient, puissent jamais tarir l'inépuisable source des crimes et des délits. Cette source est dans la nature de l'homme, dans son cœur, dans ses passions, dans ses vices, dans les conditions mêmes de son existence. Le pouvoir social peut en réduire, peut en régler le cours; il peut détourner peut éire quelques-uns des flots qui le grossissent ; il peut atténuer, sinon supprimer les infractions qui proviennent de l'ignorance, quand cette ignorance n'est pas volontaire ; de la misère, quand cette misère n'est pas la conséquence du vice ; de la grossièreté des mœurs, quand les mœurs acceptent les bienfaits de l'éducation. Mais cette intervention sociale a des limites; sa puissance n'est qu'indirecte, et ses résultats souvent douteux. ËUe doit se propo^
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ser d'éclairer rhomme, d'élever soq intelligence, de rnoraliser ses actes^ et de lui faire aimer ce qui est bon, ce qui est beau; mais elle ne change pas sa nature, elle ne refait pas ses instincts et ses passions; elle ne doit pas attenter à sa liberté. Au surplus, môme circonscrite dans un cercle étroit, ne pût-elle faire disparaître que quelques délits, Tmtervention du pouvoir social ne devrait-elle pas être incessamment provoquée? Il est certain qu'il est au moins quelques infractions, celles qui prennent leur source dans une situation matérielle, dont il est possible d'atténuer les mo-* tifs provocateurs par des institutions de prévoyance. Il est encore certain que les délits qui dérivent immédiatement d'une grossière ignorance ou des habitudes \icieuse8 qu'elle traîne à sa suite, peuvent être amoindris par les lumières de la plus humble instruction, par les règles de l'éducation la plus limitée. C'est assez pour que le pouvoir social ait le devoir de ne négliger aucun des moyens préventifs dont il peut disposer. C'est là sanB doute une longue et difficile étude, il faudrait prendre chaque espèce, chaque classe d'infractions et rechercher quelle est la criminalité spéciale dont elle est:Ja manifestation, quelles sont les racines de cette criminalité, s*il est possible d en comprimer ou du moins d'en circonscrire le développement. Un tel travail verrait bien des efforts infructueux, bien des rêves évanouis; mais s'il avait quelques résultats, quelque restreints qu'ils fussent, quel inexprimable bienfait pour la société !
La pensée de Beccaria a continué de marcher, sans faire de grands progrès, mais sans s'arrêter non plus. Tous les criminalistes moralistes, Brissot de Warville, M. de Pastoret, M. Charles Lucas, M. Rossi, M. Bérenger, ont successivement placé les mesures de prévention à côté des mesures de répression comme deux leviers, non moins puissants l'un que l'autre, qui doivent être employés dans le même but- Ce qui amanqué jusqu'ici à cette thèse, c'est de n'être pas descendue des généralités qui l'enveloppent aux détails de
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TapplicatioD, c'est d'avoir été étudiée au point de vue théorique plutôt qu'au point de vue pratique.