MONSIEUR
Sans avoir Thonneur d'ôlre connu de vous, je me crois en droit de vous adresser un exemplaire delà traduction que j'ai faite de votre ouvrage dei Delitti e délie Pêne. Les hommes de lettres sont cosmopolites et de toutes les nations ; ils se tiennent par des liens plu^ étroits que ceux qui unissent les citoyens d'un môme pays, les habitants d'une môme ville et les membres d'une môme famille. Je crois donc pouvoir entrer avec vous en un commerce d'idées et de sentiments qui me sera bien agréable, si vous ne vous refusez pas à l'empressement d'un homme qui vous aime sans vous connaître
personnellement, mais qui a puisé ces sentiments pour vous dans la leclure de votre excellent ouvrage.
C'est M. de Malesherbes, avec qui j'ai l'honneur d'être lié qui m'a engagé à faire passer votre ouvrage dans notre langue. Je n'avais pas besoin d'être beaucoup pressé pour cela. C'était une occupation douce pour moi, de devenir pour ma nation et pour le pays où notre langue est répandue, l'interprète et l'organe des idées fortes et grandes, et des senfimentsde bienfaisance dont votre ouvrage est rempli. Il me semblait que je m'associerais au bien que vous faisiez aux hommes, et que je pourrais prétendre à quelque reconnaissance aussi de la part des cœurs sensibles^ à qui les intérêts de l'humanité sont chers.
11 y a aujourd'hui huit jours que ma traduction a paru. Je n'ai pas voulu vous écrire plus tôt, parce que j'ai cru devoir attendre que je pusse vous instruire de l'impression que votre ouvrage aurait faite. J^ose donc vous assurer, Monsieur, que le succès est universel, et qu'outre le cas qu'on fait du livre, on a conçu pour l'auteur même des sentiments qui peuvent vous flatter encore davantage, c'est-à-dire de l'estime , delà reconnaissance, de l'intérêt, de l'amitié. Je suis particulièrement chargé de vous faire les remercîments et les compliments de M. Diderot^ de M. Helvétius^ de M. de BufTon. Nous avons déjà beaucoup causé avec M. Diderot de votre ouvrage, qpi est bien capable de mettre en feu une tête aussi chaude que la sienne. J'aurai quelques observations à vous communiquer, qui sont le résultat de nos conversations. M. de BufTon s'est servi des expressions les plus fortes pour me témoigner le plaisir que votre livre lui a fait ; et il vous prie d'en recevoir ses compliments. J'ai porté aussi votre livre à M. Rousseau^ qui a passé par Paris en se retirant en Angleterre, où il va s'établir, et qui part ces jours-ci. Je ne puis pas vous en dire encore son sentiment, parce que je ne l'ai pas revu. Je le saurai peut être aujourd'hui par M. Hume, avec qui je vais dîner ; mais je suis bien sûr de l'impression qu'il recevra. M. Hume, qui vit avec