‹ Des délits et des peinesChapitre 78 sur 82 · LETTRES SUR LE LIVRE · texte numérisé non relu

LETTRES SUR LE LIVRE

nous depuis quelque temps, me charge aussi de vous dire mille choses de sa part.

J'ajoute à ces personnes que tous connaissez de répulation, un homme infiniment eslimable qui les rassemble chez lui, M. le baron d'Holbach, auteur de beaucoup d'excellents ouvrages imprimés, en chimie et en histoire naturelle, et de beaucoup d'autres qui ne sont pas publics ; philosophe profond, juge très- éclairé de tous les genres de connaissances, Ame sensible et ouverte à l'amitié. Je ne puis vous exprimer qu'elle impression votre livre a faite sur lui, et combien il aime et estime l'ouvrage et l'auteur. Comme nous passons notre vie chez lui, il faut bien que vous le connaissiez d'avance, car«i nous pouvons nous flatter de vous attirer à Paris quelque temps, sa maison sera la vôtre. Je vous fais donc aussi ses remerclments et ses amitiés. Je ne vous parle pas de M. d'Alembert, qui a dû vous écrire et qui m'a dit qu'il voulait joindre encore un petit mol à ma lettre. Vous devez connaître ses sentiments sur votre ouvrage. C'est à lui à vous dire s'il est content de la traduction

Je ne vous cacherai pas la plus forte raison qui m'ait dé^ terminé à tâcher de vous donner quelque bonne opinion de moi, c'est l'espérance que vous me pardonnerez, plus facilement la liberté que j'ai prise d'apporter quelques changements dans la disposition de quelques parties de votre ouvrage. J'ai donné dans ma préface les raisons générales qui me justiGent : mais je dois m'arrOter davantage avec vous sur ce sujet. Pour l'esprit philosophique qui se rend maître de la matière, rien n'est plus aisé que de saisir l'ensemble de votre traité, dont les parties se tiennent très-étroitemenl, et dépendent toutes du môme principe. Mais pour les lecteurs ordinaires moins instruits, et surtout pour des lecteurs français, je crois avoir suivi une marcheplus régulière^ et qui en tout est plus conforme au moins au génie de ma nation^ et à la tournure de nos livres .

• La seule objection que je puisse craindre, est le reproche d'avoir affaibli la force et diminué la chaleur de l'original, par le rétablissement môme de cet ordre. Â cela voici mes réponses : Je sais que la vérité a le plus grand besoin de l'éloquence et du sentiment. Il serait absurde de penser le contraire^ et ce ne serait pas avec vous surtout qu'il faudrait avancer un si étrange paradoxe. Mais s'il ne faut pas sacrifier la chaleur à l'ordre, je crois qu'il ne faut pas non plus sacrifier Tordre ù la chaleur ; et tout ira mieux^ si l'on peut concilier ces deux choses ensemble. Reste doncà exa« miner si j'ai réussi dans cette conciliation.

Si ma traduction a moins de chaleur que l'original^ il faudrait attribuer ce défaut à beaucoup d'autres causes^ et non pas à la différence de l'ordre. Ce serait ou la faiblesse du style du traducteur, ou la nature même de toute traduction qui doit demeurer au-dessous de Toriginal^ surtout dans les choses de sentiment.

Je ne dois pas vous dissimuler une autre objection qu'on m'a faite. On m'a dit qu'un auteur pouvait être blessé de voir faire dans son ouvrage des changements môme utiles. Mais, Monsieur, cette manière de voir ne saurait être la vôtre. Au moins je l'ai pensé. Un homme de génie^ qui a fait un ouvrage admiré^ rempli d'idées neuves et fortes, et excellent pour le fond doit pouvoir entendre dire froidement que son livre n'a pas tout l'ordre dont il était susceptible. Il doit aller même jusqu'à adopter les changements qu'on y aura faits, s'ils sont utiles et appuyés de bonnes raisons. Voilà le courage que j'attends de vous, Monsieur. Rejetez, parmi les changements que j'ai faits^ ceux qui vous paraîtront mal entendus ; conservez ceux qui sont bien, et croyez que vous n'aurez fait qu'augmenter votre réputation. Vous êtes digne que j'aie avec vous cette confiance, et je me flatte que vous m'en saurez gré.

J'achèverai ma justification en vous citant de grandes au-

orités qui ont approuvé la liberté que j'ai prise. M. d'Âlem-

bert me permet de vous dire que c'est là son opinion.

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