‹ Des délits et des peinesChapitre 47 sur 75 · DE LA MESLUE DES DÉLITS. I4M · texte numérisé non relu

DE LA MESLUE DES DÉLITS. I4M

les systèmes qui ont pour but l’intimidation et pour résultat l’exagération des peines.

M. Rossi a complètement raison, quand il dit : « Ce n’est pas résoudre le problème que de dire que la peine doit s’élever ou s’abaisser selon la gravité des délits ; que deux crimes divers ne méritent pas la même peine. 11 n'est question dans cela que de plus ou de moins, d’une idée de relation. Le meurtre doit être puni plus que le vol. Mais quelle est la peine due au vol ? quelle est la souffrance qui fera expier complètement au voleur son délit ? Si je la connaissais, alors peut-être pourrais-je, non exactement, mais par une sorte d’approximation, déterminer la peine du meurtre. Ainsi, faute de quantités certaines, de données fixes, le problème n’est pas résolu. » (Liv. in, ch. 4.) Mais M. Rossi n’aperçoit lui-même d’autre solution que celle-ci ; « Le rapport de la peine avec le crime est une vérité d’intuition; elle ne se démontre pas. C’est la nature du bien et du mal, du juste et de l’injuste qui s’applique au fait de l’expiation. Qu’est-ce qu’une peine excessive ? Un mal, un acte injuste, un mal en soi... C’est dans la conscience seule que nous pouvons chercher la juste appréciation de l’expiation ; c’est elle qui doit nous indiquer la limite de la peine morale, de cette peine que la justice sociale ne doit jamais dépasser. » Or, est-ce là résoudre la^question? Dire qu’il faut demander la mesure de la pénalité à la conscience, n’est-ce pas abandonner l’appréciation de cette mesure au caprice de tous les jugements humains ?

Beccaria propose une autre base, plus saisissable du moins, le dommage social causé par le délit, il danno délia società. Nous avons examiné ce principe dans la notice qui ouvre ce volume. Nous répéterons seulement qu’il ne s’agit pas, dans la pensée de l’auteur, de matérialiser la peine en ne l’appliquant qu’au dommage constaté, mais d’en chercher les éléments dans l’étendue du trouble, soit 'matériel, soit moral, causé par le délit : les quantités de la peine, dans ce système, sont l’alarme occasionnée par le fait, l’audace et la perversité de l’agent, le désordre motal et le mal matériel.

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