‹ Des Œdèmes Vaso-Moteurs à la FaceChapitre 11 sur 23 · ROLE · texte numérisé non relu

ROLE

ErioLoGtE. — Parmi les circonstances étiologiques nous retrouvons encore le refroidissement, surtout en ce qui concerne la face, Mais s’il peut avoir la valeur d'une cause occasionnelle, il faut se garder de lui attribuer celle que lui donnent les malades qui se rattachent toujours plus volontiers à une hypothèse de ce genre qu'ils préfèrent à celle d'une lésion causée par leur syphilis qu'ils cherchent à oublier ou à faire oublier, et Tschirkof dit d’une façon fort pittoresque, que les personnes qui se noyaient dans une mer froide ou que celles qui avaient été gelées, pendant l'hiver, en voyage, et avaient été ensuite rappelées à la vie, ne souffraient point de pareils œdèmes.

PATHOGÉNIE. — Ce ne sont pas, en effet, des causes locales qui nous éclaireront sur la pathogénie de cet œdème.

Les trois points que nous proposons d'examiner sont les suivants :

1° L’œdème syphilitique généralisé ou localisé est un æœædème lymphatique ;

20 L'œdème syphilhitique lymphatique peut être un œædème d’origine vaso-motrice ;

3° Il est probable que cet œdème syphilitique Iymphatique dépend d’une irritation toxique du centre vaso-moteur.

19 Le premier de ces trois points est aujourd’hui bien acquis, grâce aux publications de Hutschinson et Gravirowski, de Teissier. Ils ont été amenés à cette conclusion par l’histoire tout entière des œdèmes lymphatiques. Virchov, Rigler, Cornil, M. le pro-

ko

PT) fesseur Renault, dans sa thèse de 1874 et dans ses communicalions ultérieures, Boddaert, dans une série d'expériences comparatives entre l’œdème veineux et l'œdème lymphatique, ont fourni les premiers éléments. Puis est venue la clinique qui a montré toutes les lésions que la syphilis produit sur le système lymphatique, toutes les variétés de ces lymphopathies syphilitiques, depuis les manifestations ganglionnaires constantes jusqu’à l’æœdème, distinct de ces hypertrophies, qui est rare. Faire une description plus complète de cet œdème lymphatique syphihitique nous entrainerail au delà de notre sujet.

2° La découverte des muscles lisses et des nerfs dans les vaisseaux blancs nous permet, d'abord, le second point. D'ailleurs, M. le professeur Lépine pense qu’il ne serai pas irralionnel d'admeltre une participation du système nerveux dans certains cas d’œdèmes d’origine lymphatique, dont l'effet serait de faire subir des modifications telles au calibre des vaisseaux blancs qu'ils deviendraient eux-mêmes un véritable obstacle à la bre circulation de la Iymphe. Il existe dans la syphilis bien des raisons de croire que c'est là Le vrai mécanisme de l’œdème qu’elle produit. Le virus syphiliique ne porte pas indifféremment son action sur tous les lissus ; primitivement, du moins, ses lésions ont pour siège exclusif le vaste réseau de substance conjonctive qui enlace le corps entier, double en si grande abondance les enveloppes cutanées et muqueuses. Grâce aux travaux de Remack qui nous ont appris la genèse distincte de cette substance conjonctive, nous pouvons donc dire que la syphilis est une maladie

pr er

spéciale au feuillet moyen du blastoderme et au feuillet conjonclivo-vasculaire (Jullien). Il y a donc, au cours de la syphilis, des altérations des vaisseaux de toutes catégories qui peuvent et ne doivent pas être, il est vrai, suffisantes pour expliquer l’œdème, mais quisont incontestablement de nature à préparer un terrain favorable aux influences qui viendront agir sur lui pour provoquer des troubles osmotiques. Quel va être mainténant le rôle du système nerveux qui préside à ces influences. « Dans bien des circonstances, sans doute, disent MM. Teissier et Lecreux, le système nerveux joue un rôle considérable, dans la production des anasarques, tout au moins comme intermédiaire entre l'agent pathogène inilial, les tissus et les vaisseaux. »

Or, au cours de la syphilis, dès sa période secondaire, on peut affirmer que le système nerveux est touché par le virus syphilitique d’une façon efficace. On note presque dès le début une lassitude spéciale, de la faiblesse, des troubles de la vue légers ou graves, tels que des dilatations pupillaires, des amblyopies, des troubles du côté de l’ouïe, de l’otalgie et des bourdonnements, une insomnie que rien ne justifie ailleurs. On connaît les céphalées, les alopécies du début, la grande perturbation psychique que l’on observe alors et qui réveille souvent des névroses latentes ou exaspère des psychoses qui existaient déjà. — On note enfin des phénomènes mieux localisés, des troubles de la sensibilité qui est exallée ou diminuée, voire même des névrites, des paralysiesetcessueurslocales décrites à la période secondaire par Diday, Fournier et De Sinéty. Nous pensons

Ar MS

done qu'il faut rapprocher étroitement ces troubles du côté des vaisseaux, qui jouent le rôle de cause prédisposante, de ceux qu'on observe du côté du système nerveux qui joue le rôle de cause déterminante et faire de l'œdème syphilitique un œdème vaso-moteur.

39 Mais si des lésions vaso-motrices sont responsables de l'œdème syphilitique, seule une affection du centre vaso-moteur permet d'expliquer l’œdème général. Pour des raisons que nous avons bien des fois énumérées, cette hypothèse est également excellente pour expliquer les œdèmes partiels et en particulier ceux qui peuvent envahir la face. C'est celle à laquelle s'est arrêté Tschirkof. Il la jusiifie par l'étude de ce qui se passe à ce propos dans les maladies infectieuses, dont les toxines peuvent causer dans le centre vaso-moteur des modifications analogues à celles qui se rencontrent dans les paralysies diphtéritiques par exemple. Et, hélas, point de traitement spécifique, pour celles-ci. Si l’œdème est généralisé sans albuminurie, peut-être les vaisseaux lymphatiques dont le pouvoir absorbant est très faible ne sont-ils pas responsables de tout le mal. Il est probable que le spasme vaso-moteur émanant du centre même de l'appareil ne se cantonne pas aux seuls vaisseaux blancs, qu'il retentit également sur les veines, surtout sur les plus petites, ou qu'il produit au contraire des paralysies de ces dernières qui rendront le phénomène plus durable et diminueront ou anéantiront plus où moins longtemps leur faculté absorbante en augmentant considérablement la pression. Localement la dilatation proportionnelle qui en résultera comprimera dans leur voisinage les vaisseaux lymphatiques.

Page 1