‹ Des dentsChapitre 22 sur 33 · ARTICLE IL · texte numérisé non relu

ARTICLE IL

Importance des dents sous le rapport fonctionnel.

Les dents jouent dans l’économie de l’homme un rôle d’une importance assez grande et assez variée. Elles concourent à former une barrière qui retient la salive dans l’intérieur de la bouche ; elles agissent dans la préhension , dans la mastication de certains alimens, dans la prononciation ; elles sont susceptibles de recevoir des corps extérieurs et de transmeltrecertaines impressions, enfin elles peuveut même, jusqu’à un certain point, être un moyen d’attaque et de défense.

Toutes les dents peuvent être employées à la préhension des substances solides, mais le plus souvent ce sont les incisives qui sont chargées de ce soin ; ces dents pr ssent en sens opposés le corps qui doit être porté dans les voies digestives, et en séparent unc portion plus ou moins considérable. Les incisives sont di-posées merveilleusement pour cette fin, car elles sont tranchantes à leur. extrémité libre ctse croisent, de manière à agir comme des branches de ciseaux. Mais, d’un autre côté, placées à l'extrémité du levier des mâchoires, elles sont assez mal disposées pour presseravec force les corps qui leur sont opposés; aussi lorsque ceux-ci doivent offrir une trésgrande résistance à la section,

est-il nécessaire de les présenter aux incisives sous un petit volume , afin ide ne pas avoir un grand écartement de la Slaah ire inférieure, circonstance dans laquelle les muscles élévateurs de celle-ci, dirigés plus obliquement, auraient une force Aioare d'autant moins grande.

Les dents canines sont plus propres à déchirer qu’à couper les alimens ; à la faveur de la pointe de leur couronne, elles peuvent pénétrer profondément les substances qi leur sont opposées, et la longueur de leur racine leur permet de {résister avec une grande énergie. Ajoutons que les canines sont déjà placées plus près du point d’appui du levier maxillaire que les incisives, etque, pour cette raison, elles rendent plus avantageux à la puissance le levier par lequel elles agissent. | |

Les molaires ne sont que rarement employées à la préhension desalimens, parce que leur forme les rend tout à fait inhabiles à les diviser ou à les déchirer ; leur secours n’est guère invoqué que dans les cas où l’on veut faire concourir à la préhension la main, d’une part, et les muscles extenseurs de la tête de l’autre. Mais alors les molaires agissent seulement comme une pince avec laquelle on retient le corps quel’on veut déchirer, soit qu'on letire avec la main en résistani seulement au moyen des muscles de la nuque, soit qu’on le soilicite en sens contraire avec ces deux puissances. Les molaires, au

too. |

reste, sont aussi bien disposées pour exercer une forte pression qu’elles le sont mal pour trancher ou pour lacérer : non seulement, en effet, elles sont très rapprochées du point d’appui par lequel elles agissent , ce qui donne trés peu de longueur relative au bras de la résistance ; mais encore , à la faveur de l’engrènement réciproque de leurs cuspides, elles retiennent les corps comme le font ces pinces qu’on appelle à dents de loup, et ne peuvent presque pas lâcher prise, C’est plutôt cependant chez les animaux carnassiers que chez l’homme que les molaires deviennent instrumens de préhension, cheznous les incisives{et les canines en servent bien plus souvent.

Mais si les dents molaires sont, chez l’homme, peu utiles à la préhension des alimens, il n’en est pas de même pour la mastication ; elles réunissent en effet les conditions les plus avantageuses pour écraser et réduire en parcelles très fines les substances qui sont soumises à leur action ; leur couronne est large à son sommet et munie de quelques inégalités qui alternent d’une mâchoire à l’autre, de sorte qu’elles peuvent retenir long-temps les substances sur leur surface, de manière à en mieux assurcr latrituration. Si l’on ajoute enfin que les molaires sont pourvucs d’une racine souvent subdivisée en plusieurs branches reçues dans des alvéoles particulières ; on verra que tout, chez elles, a été

calculé pour en faire des instrumenstrès parfaits ce mastication. |

Ce n’est pas seulement dans la disposition, dans arrangement des dents que la nature a pris lesprécautions les plus heureuses pour le but qu’elle se proposait, elle a encore établi l'harmonie la plus parfaite entre les efforts exercés par la mâchoire in« férieure et la résistance que leur oppose la mâchoire supérieure. Au niveau des dents incisives supéricu— res qui ne supportent jamais que des efforts peu considérables de la part des incisives inférieures, arcade alvéolaire n’avait pas besoin d’être beaucoup soutenue; aussi r. pond-elle à ouverture antérieure des cavités nasales. Au niveau des dents canines qui devaient, dans quelques cas, être fortemerit ébranlées , et qui sont aux animaux Carnassiers d’une utilité si journalière pour déchirer kur proie, le bord alvéolaire a été soli ‘em: nt appuyé contre lapophyse orbitaire externe de los frontal, par l'intermédiaire de la co'onne fronto-nasa!e de la m'choire supérieure. Enfin en arrière, au niveau des dents molaires qui font presque tous les fiais de la mastication et qui devai: nt êtr. pressées par la màchoire inférieure avèc unegrande force, la nature a doublement arc-bouté le bord alvéolaire supérieur contre la base du crâne, p:rPintermédiaire des colonnes 3ygomato-jugale e plérygoëdi-nne.

Il est inutile de faire remarquer que c’est à Ja

condition de passer à plusieurs reprises sousla meule d's dents molaires que les alim: ns peuvent étre modifiés d’une manière suffisante pendait l'acte de la masticalion ; et qu’ainsi les mouvemens dslèvreset de la langue doivent se combiner avec ceux de la mâchoire inférieure pour report r entre les dents les alimens qui leur échappent sans cesse, ct qui pourraient autrement se soustraire à leur action.

I! est :galement inutile de dire tout l'avantage qui résulte pour la transmission ‘les forces de la forme conique de la racine des dents; en ef et, la force qui presse celles-ci, et qui tend à les enfoncer dans leurs alvéoles, est entiérement décomposée : une partie fait effort pour écarter les parois alvéolaires, l’autre pour les aba sser ; et au lieu d’a:ir à l'extrémité de la racine et de porter sur les vaisseaux et les nerfs qui forment le pédicule dela dent, elle se fait sur toute la surface de l'alvrole. Remarquez d’ailleurs que les dents ont d’autant plus de racines, c’est-à-dirêde moyens de transmission des forces à la mäâchotre, qu’elles doivent supporter des efiorts plus considérabl: s.

L's précautions que la nature a p ises pour rendre plus parfaite l’action des dents sur les substances alimentaires sout nombreuses sans d..ute ; mais pourtant elles n’ont rien de agéré; sil était besoin de les jusüfier, il suffirait de montrer linfluence de la mastication sur la digestion stomacale. Lorsque les dents manquent en grand nombre, on

lorsqu'on ne continue pas la mastication assez long-temps , la chymification se fait difficilement, l'estomac irrité par dés alimens trop réfractaires, parce qu’ils ne sont pas assez divisés, souffre, s’enflamme, des accidens se développent. Les, vicillards qui ont perdu leurs dents sont obligés d’adopter un régime particulier sous peine d’éprouver. le accidens qui. viennent d’être signalés.

L'influence des dents sur-Particulation pure et. nette de certains sons, est un fait qu’il suffit d’énoncer ici pour qu'il soit immédiatement compris par tout le monde; mais toutes les dents ne sont pas également importantes sous ce rapport: les incisives doivent être placées en première ligne, les canines ensuite, puis les premières molaires; les dernières dents n’ont aucune où presque aucune influence sur la prononciation. re me

Les dents et surtout les degts antérieures n’agissent pas sculement dans la prononciation, en conservant à cel'e-ci sa netteté et.sa précision ; elles empêchent en outre l'expuition continuelle de la salive pendant la conversation, de soïte que, dans certains cas, l’usage d: dents artificiciles ne doit pas être considéré comme une affaire d: luxe et de vaine coquetterie, c’est un moyen de corriger une véritable infirm té, pénible pour celui qui en est affecté et insupportable pour les personn:s qui Papprochent.

. Enfin les dents sent susceptibles de recevoir certainos impressions et de les transmettre au cerveau. Le froid -etle chaud à un certain degré les affectent désagréablement; elles nous fout connaître jusqu’à um certain point les qualités des corps qui soût mis accidentellement en contact avec elles ; on entend parfaitement le bruit dune montre q'on serre entre les dents. Ces réfl:xions, au premier abord, paraissent en désaccord avec les faits que j'ai rapportés précédemment, avec les opinions que j'ai émises; mais pour peu qu'on y réfléchisse, on ne tardera pas à reconnaître que cetle contradiction n’est récllement qu'apparente.

D'abord qu'on ne croie pas que j'attribue à los-

téide dentaire lui-même les phénomènes de sensibilité développés dans les circonstances citées , c’est à son follicule, c’est à sa papille et au nerfqui sy distribue , que tout cela doit être rapporté.

- La dent propremént dite n’a été qu'un moyen d’excitation du nerf qui a recu et transmis les impressions au cerve’au. C’est dans ce sens presque exclusivement que doivent être entendus les phénoménes de sensibilité des dents , phénomènes aui ont, dit-on, le privilége de ne pas être troublés par les causes de paralysie qui affectent si souvent les autres organes (Robert Graves, the Dublin journal); assertion toutefois qui ne me paraît rien moins qu’établie.

Ensuite, pour ce qui a trait au bruit de la montre placée entre les dents, on pourrait croïe qu’il y a eu impression auditive reçue et transmise par les

nerfs dentaires ; mais il n’en est rien : les vibrations sonores ont été communiquées par les dents aux mächoires et par celles-ci au crâne , au labyrinthe, et l'impression auditive a é.é transmise au cerveau par le nerf ordinaire. |

Les dents n’exercent pas seulement une action sur les org nes, elles sont aussi à leur tour influencées par eux. Quoiqu'il semble paradoxal au premier abord de soutenir, par exemple, que 1 s lévres, les joues et la langue concourent à donner aux denis la direction qui leur est propre, rien n’est cependant plus exact. Lorsque les lèvres sont détruites, les dents se dirig-nt en dehors, tandis qu’elles s’inclinent en dedans lorsque la langue est, enlevée ou diminuée de volume. J’ai eu occasion de constater ce dernier résultat sur un sujet qui avait perdu depuis long-temps la partie antérieure de la langue.

On peut donc dire, jusqu’à un certain point,que les dents sont placés natureliement entre deux forc s quil. ssollicitentd’une manière opposée, lune de dehors en d: dans, l’autre de dedans en dehors, et quedeleuréquilibrerésulteen partie ladirection sensiblement verticale que ces organes ont chez nous.

Les organes salivair.s, la membrane mu juuse

buccale, les glandules dentaires, exercent aussi leur part d'influence sur les dents, par l’intermédiaire d s produits de leurs sécrétions particulières; ces produits pénètrent les dents, resteut même adhérens à leur surface et empécheng qu'elles ne soient trop attaquables par Pair, par les acides, etc.

Page 1