ORDRE TROISIÈME
Des dents chez les reptiles.
La nature semble avoir voulu marquer nettement la position des reptiles dans l'échelle zoologique par les caractères q'relle a donnés au système dentaire de ces animaux. Placés, en effet , entre les oiseaux et les poissons, les reptiles participent des uns et des au tres sous le rapport de leur dents : les tortues ont un bec comme les oiseaux, et les autres reptiles ressemblent beaucoup aux poissons par le nombre, la forme et les caractères principaux de leurs dents.
J’ai peu de chose à dire du bec des tortues, après l’histoire que j'ai faite de celui des oiseaux : ce sont
* nié des parti tes très- -analogues. entre elles, Comme celui des oiseaux, le bec des tortucs offre e souyeut de per ttes dentelures que Von considère comme des Be mens de dents séparées. La seule chose importante qui soit particulière au bec des tortues, c’est lexistence d’une plaque osseuse de même. forme que le bec, appliquée, et non implantée sur Les mâchoires, ANAL AL de la couche cornée. Une telle conformation, il faut en convenir, établit une assez grande analogie entre ce bec et les dents de Pons Ja partie calcaire représenterait l’ivoire d’une série de dents confondues ensemble, dont la couche cornée serait l'émail. On peut croire même, suivant M. Blainville, qu'il existe dans les #rionyx, famille très--voisine des crocodiles, des dents véritables implantées dans leurs mâchoires , car celles-ci ont leurs bords percés de trous fort réguliers. Les dernières recherches de M. Geoffroy Saint-Hilaire , sur le bec des oiseaux , donnent d’ ailleurs le pls 8 grand poids à cette prévision.
Au-delà des chéloniens, tous les Br. ont des dents véritables que l’on peut rapprocher de celles de l’homme, et dont l'étude peut, sous plus d’un rapport, éclairer l’histoire de ces dernières.
Les dents des reptiles sont pointues et coniques; elles ne leur servent pas, ou presque pas à broyet ; elles constituent bien plutôt des instrumens d’altaque, de défenseet de prehezsion desalimens; ce sont, en un mot, des dent; de carnivores.
On comprend , d’après ce qui précède, pourquoi les dents des reptiles sont dirigées généralement en arriére , pourquoi elles sont recourbéces en crochet à concavité postérieure. De la sorte, en effet, elles sont beaucoup lus propres à saisir, à attirer, à retenir la proie; leur ré-istance est telle même sous ce dernier rapport, qu'elles cassent plutôt que de céder}
Les repliles sont mieux partagé; que l’homme et lës mammiféres sous le rapport du nombre des dents. Ce nombre est consit érable et, au reste, peu exactement déte rminé, ce qui, en effet, importe assez peu. Ces deuts soit, Le plus souvent, attachtes aux mächoires, comme chez Phomme; d’autres fois, chez la plupart des serpens, eles tiennent aussi au Paie.
Les dents des reptiles appartiennent à Ja classe des dents sans racines de quelques mammiféres ; comme celles-là , elles sont coniques et ereusées d’une cavité papillaire de même forme que li leur. Ces dents sont logées , celles au moins q'u appar tienueérit aux bords HS dans ds alvéoles plas étroits à l'entrée que vers Île fond, et comme | ur base est en rapport de volume avec la base de Falvéole, leur union avce
des os est trés-solide.
Les dents de: repti'es se ressemblent beaucoup les unes les autres, sous le rapport de la forme ; aussi est-il Ian impossible de les diviser, comme chez | ‘homme, en incisives, canines et molaires, Elles ressémbleut plus à ux canines qu'aux
auli6;; on dirait que toutes apparliennent à cette espéce. Elles offrent parfois des dent. lures vers leur
extrémité libre; les dents maxillaires des lézards sont trifides.
Les dents se développent en général de très -bonne heure chez les reptiles, particuliérement dans les crocodiles, Cei animaux, dit Cuvier , ont toujours le même nombre de deuts; celui qui sort de l'œufen a autant qu'uu adulte de vingt pieds de long. Ces dents s’accroissent, comme les nôtres, par addition de couches successives à l'intérieur ; et comme leur papille est conique, clies croîtraient indéfiniment, si elles n’éiaient retenues dans leurs alvéoles par l’ouxerture de celles-ci, dont le; dimensions sunt inférieures à celles de la base de la dent.
Les reptiles paraissent b'aucoup m'eux partagés que la plupart des autres animaux, sous le rapport de la facihté et de la fréquence da remplacement des dents. À quelque âge qu'ou a rache celles du crocodile, on trouve toujours, soit dans ses alvéoles, soit das leur cavité mê ne, une petite dent, tantôt sous forme de simple calotte encore mince ct trèscourte, tautôl plus avaucte et prête à occuper sa place, quand l’ancienne, qui l'enveloppe, sera tombée. Cette successiou se fait très-souvent ; aussi, jeunes Où vieux, Ces ani niux ont loijours des dents fraiches, bien pointues et capables de faire le service.
Avec l’âge , les dents des reptiles deviennent plus grosses et plus longues. Il n’y a p25 de comparaison,
ar exemple, sous ce rapport, eatre un jeune etun vieux crocodile; ces dimensions sont toujours exac.
tement proportionnées à celles du sujet, surtout à celles des os maxillaires. À mesure que ces os se développent, en effet , les ouvertures de leurs alvéoles s’agrandissent, et la dent, dont l'accroissement en longueur paraissait devoir être arrêté par l’étroitesse de cette ouverture, peut recevoir à l’intérieur
de nouvelles couches calcaires qui la rejettent au dehors.
La manière dont s’accomplit le travail du remplacement des dents chez les reptiles, varie un peu: il en sera seulement quesiion dans les détails. Disons seulement qu'il ne faut plus chercher ici cette régularité dans la chute et l'apparition des dents nouvel es que l'on observe chez les mammifères et chez l’homme en particulier.
Chez les sauriens, excepté les iguanes et les lez1rds on ne trouve de dents que sur les os maxillairesetinter maxillaires leur nombre varie d’ailleurs, suivant Desmoulins, de 78à 140. Tenon a le premier bien montré le mécanisme de leur chute et de leur 1emplacement par des dents nouvelles. On se demande, en effet,comment, embrassées comme elles le sont par l’ouveiture de leurs alvéoles , ces dents
| peuvent tomber. Voici ce qui se passe alors : la dent de remplacement , en se développant et en remplissa it le creux de la dent en place, comprime sa substance contre les parois de l'alvéole, lui fait perdre sa consistance, la fait fendre , et la dispose à se détacher au moindre choc, an niveau de la gencive. Les fragmens restés dans lalvéole en sont ensuite expulsés par les forces de la nature vivante.
On trouve souvent dans les crocodiles qui changent leurs dents, de e:s anneaux formés dans Palvéole par les restes des anciennes dents cassées, et au travers desquels les nouvelles commençatent à poindre. |
Les lézards, suivant Cuvier, offrent des particularités remarquablessous le rapport de leurremplacement dentaire. « Les dents nouvelles, dit-il, naissent non pas dans la cavité des anciennes et de maniére à les enfiler comme dans le crocodile, mais prés de la face interne de leur base, ou, dans certaines espèces, dans l'épaisseur de l'os au-dessus ou au-dessous de cette base, selon la mächoire. Dans ce dernier cas, qui a lieu, par exemple, dans les sauvcgardes et les dragones, il se forme dans los une cavité qui loge, pendant un certain temps, le noyau pulpeux et la calotte qui naît dessus. Cette cavité s'ouvre par degrés à la face interne de l'os dentaire. Dans l'autre cas, le noyau pulpeux se développe simplement sous la gencive; mais, à mesure que sa calotte dentaire prend de l’accroissement , il se forme souvent une é hancrure dans la base de la dent en place la plus voisine, où elle esten partie enchassée, C’est alors quon pourrait croire que la nouvelle dent est dans la dent ancienne; mais elle n’en est jamais entièrement enx eioppée.
De quelque manière que soit venue la dent nou velle, il arrive un moment où son accroissement pousse tout-à-fait en dehors la dent anci:nne, produit sur la base ossifiée une nécrose qui rompt son
adhérence à la mâchoire et la fait tomber. Ce n’est pas une ruplure en quelque sorte spontanée comme celle des anciens bois de cerfs, qui tombent avant
ue les nouveaux ‘aient poussé, Il m’a paru que la ent nouvelle y élait toujours pour quelque chose.»
Les Ophid ens ont des dents sur les os maxillaires et palatins tout à la fois. Ils ont deux rangées de dents parallèles de chaque côté de la machoire supérieure : les Æmplhisbènes seuls font exception à cette règle.
Dans les serpens vénimeux, desdents particulières contournées en demi-cercle, à concavité postérieure, et soudées à l’os maxillaire supérieur, constituent les crochets à venin. Ges crochets occupent la partie antérieure de la voûte palatine; quelques serpens seuls font exceplion à cette règle et les’ portent en arrière. Les crochets à venin ne sont pas mobiles, comme on le croit généralemeut, ils sont soudés à l'os; les mouveinens qu’ils paraissent exécuter, ne leur appartiennent pas : ils leur sont communiqués par la machoire supérieure qui jouit, en effet, d’une mobilité particulière. [ls dépassent en longueur toutes les autres dents; leur extré nité libre est mousse et percée d'un trou : ladent en totalité est parcourue à l'intérieur par un canal qui vient se terminer à l'ouverture précédente, et qui recoit, par sou extrémité opposée, le canal excréteur de la, glande qui secrète le venin. Dans la poche membraneuse qui entoure la base des crochets à venin, on trouve un certain nombre de crochets rudimentoires ; on en compte quelquefois jusqu’à onze qui
sont disposés à prendre la place du précédenit, lors- : qu'il vient à manquer. Ces crochets d’attente sont formés dans des capsules membraneuses couchées parallèlement les unes aux autres dans l'épaisseur de la membrane palatine. L'ordre de leur grandeur dépend de leur voisinage de la dent de service. Quand celle-ci tombe , la première de remplacement dont la base est restée membraneuse, se soude si bien sur la place même où était l’autre, que l’orifice de son canal se trouve juste vis-à-vis du conduit du venin.
Chez le batraciens les dents sont bien moins importantes pour les services qu’elles rendent à ces animaux , que chez les autres reptiles ; mais sous le point de vue zoologique , elles fournissent des enseignemens qu’il n’est pas possible denégli er. Tous les batraciens, le crapaud, le pipa et peut-être la sirène exceptés , ont des dents aux deux mâchoires. Tous, excepté le pipa, ont des dents à la voûte du palais.
Ainsi, pas de dents chez le p'pa; des dents palatines seulement chez le crapaud et peut-être la sirène; chez tous les autres à la fois, des dents maxillaires et (les dents palatines.