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DU REDRESSEMENT EN . GÉNÉRAL

Quelle que soit la cause de la position vicieuse occupée par les dents, il est de toute évidence que, pour en modifier la direction d’une manière permanente, un double travail est nécessaire : 1® provoquer la résorption de la paroi, contre laquelle la dent redressée s’appuie; 2® favoriser la reproduction de la paroi, dont s’éloigne la dent redressée. — L’établissement d’une loge alvéolaire, droite et solide, est la conséquence de ce double travail.

C’est un fait acquis en chirurgie qu’une pression, même modérée, exercée sur un os d’une manière continue, en amène la résorption : la simple pression exercée par un anévrysme amène la résorption d’un os contigu ; le développement des tumeurs intra-osseuses, dont la force mécanique est à peine supérieure à la force d’expansion des vaisseaux, raréfie les os les plus résistants et en soulève les couches superficielles, en leur donnant la minceur du parchemin. Enfin

le traitement du genu valgum par les procédés de douceur (méthode de M. Le Fort, par opposition au traitement brusque de Dclor) nous en fournit encore un exemple.

Le tissu osseux des alvéoles n’échappe point à cette loi ; l’action mécanique exercée sur la couronne d’une dent se transmet à la racine, et celle-ci, comprimant la paroi alvéolaire, en raréfie le tissu.

Il importe, si l’on veut obtenir une raréfaction simple, sans complication, que l’effort soit exercé, sur la couronne de la dent, d’une manière continue et toujours avec la même intensité. — Teds sont les avantages qui résultent de l’emploi du caoutchouc.

C’est là un caractère essentiel, qui différencie le mode d’action que nous préconisons de la luxation brusque, accidentelle ou chirurgicale des dents, luxation dont la conséquence est la périostite aiguë, dont on ne peut pas toujours régler la marche à son gré, et qui souvent se termine par suppuration, en amenant le décollement du périoste, la nécrose de la dent et souvent même de l’alvéole.

Le déplacement lent, progressif et calculé, produit par le caoutchouc, amène un élargissement notable de l’alvéole^ élargissement qui se traduit par un ébranlement de la dent; Cet ébranlement est la conséquence d’un processus plus complexe qu’on ne serait tenté de le soupçonner au premier abord : l’observation nous montre en effet que la dent est devenue plus longue, douloureuse et mobile.

L’élongation dépend du gonflement de la membrane péridentaire, irritée jusque dans la partie profonde du cône al-

véolaire. La mobilité tient à deux modifications anatomiques qui se succèdent. Il y a d’abord une mobilité primitive, due à la compression du périoste, compression qui amène l’irri-

tation, puis le gonflement de la membrane péridentaire et, comme conséquence, l’élévation de la dent dans son alvéole, où elle devient plus facile à mouvoir, en raison meme de la forme conique de sa racine. Cette modification apparaît d’emblée, avant même que l’ostéite raréfiante ait pu commencer; mais bientôt se manifeste la mobilité secondaire^ due à rétablissement du travail de résorption irritatif de l’alvéole osseux.

Nous trouvons un exemple de mobilité primitim dans l’épreuve à laquelle on soumet parfois les dents, alors qu’atteintes de caries latérales nous les écartons, à l’aide de caoutchouc distendu, ou de toute autre substance, pour obtenir l’espace nécessaire à la bonne confection de l’obturation.

Une fois le corps distendant enlevé, les dents reviennent progressivement sur elles-mêmes et ne tardent guère, en reprenant leur première position, à perdre leur sensibilité et à se consolider. On ne saurait admettre, dans ces cas, que l’alvéole se soit élargie par suite de résorption, puis con^ tractée par un dépôt de tissu osseux nouveau ; mais tout s’explique, si l’on admet, ainsi que nous l’avons dit plus haut, que les dents sont soulevées dans leurs alvéoles.

Dans les redressements par pression, on voit, dans les deux premiers jours, les dents traitées céder facilement, puis, tout Semble s’arrêter, pour reprendre ensuite sa marche, mais avec beaucoup plus de lenteur. Ces deux périodes représentent manifestement, l’une l’élargissement de l’alvéole membraneux, l’autre l’élargissement de J’alvéole osseux.

L’élargissement de l’alvéole est bien un phénomène biologique, dans lequel l’action • mécanique n’intervient que comme cause occasionnelle. C’est, en effet, dans l’adolescence et dans la jeunesse, à l’âge où les manilestations de la vie pré-

sciileiit leur maximum d’intensité, que les faits dont nous parlons s’observent, avec leurs caractères les plus accusés ; c’est à cet âge que la formation du tissu osseux se produit avec le plus de netteté et avec le plus de solidité.

L’ostéite, en effet, se montre sous un nouvel aspect; à l’ostéite raréfiante du début va succéder une ostéite que l’on pourrait appeler complémentaire : c’est Vosléite productive^ .

Dans cette alvéole élargie, la raréfaction s’arrête à un moment donné, mais l’irritation persiste, et elle a pour conséquence la formation de cellules nouvelles, dont l’évolution constituera des tissus osseux nouveaux, destinés à former la nouvelle alvéole.

Il faut, d’ailleurs, qu’il y ait une certaine irritation, produite dans l’alvéole, pour que la résorption ait lieu. — L’opération devient du reste d’autant plus difficile que le sujet est plus âgé ; les parties osseuses, moins vasculaires, se modifient plus difficilement, et c’est alors qu’une pression exagérée et surtout intermittente peut avoir des conséquences fâcheuses.

Tel a été le point de départ d’expériences multiples que j’ai tentées en 1877, à l’hôpital Beaujon, sous les auspices du j)rofesseur Dolbeau. Malgré les conditions exceptionnelles dans lesquelles je me trouvais placé, et après une année d’attente, je n’ai pu obtenir rien de coijcluant, les traitements appropriés ayant eu raison d’affections graves qui, au premier abord, avaient paru incurables. En 1878, M. le professeur Le Fort a mis la même bienveillance à m’aider do ses conseils, et, si les expériences que j’ai tentées sur des animaux aussi peu dociles que des chiens ne m’ont pas donné tous les résultats que j’espérais obtenir, je n’en suis pas moins heureux de le remercier ici publiquement de la gra-

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