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Voici comment évoluent les symptômes, si on en juge d’après les cas assez longuement suivis. À l’occasion d’une chute, d’un traumatisme local, d’une vive émotion, se produit, suivant le mode habituel des accidents hystéro-traumatiques, une contracture musculaire qui infléchit le rachis. Nous dirons tout à l'heure quels sont les caractères de la déviation ; indiquons pour le moment ceux de la contracture. Tantôt elle se montre exclusivement pendant la station debout, tantôt elle persiste dans la position couchée. Les muscles contracturés peuvent être douloureux à la pression ou à la traction. Les phénomènes persistent pendant des mois puis ils samendent, soit brusquement, comme dans une observation de Pravaz, soit plus lentement comme chez le malade de Grancher. Le sommeil chlorotormique a triomphé de la contracture dans le cas de Duret, et la guérison s’est maintenue à la suite. On reconnait dans ces différents caractères les allures habituelles des contractures hystéro-traumatiques. Il serait intéressant d'étudier systématiquement l'état de la sensibilité cutanée au niveau des muscles atteints. Il est probable qu'on trouverait là des modifications importantes. semblables à celles qu'on observe dans la pseudo-coxalgie hystérique.
Les déviations rachidiennes consécutives varient suivant le siège les contractures.
a. Gelles-ci affectent une prédilection particulière pour les muscles purement fléchisseurs latéraux de la colonne lombaire, c’est-à-dire le carré des lombes et peut-être les inter-transversaires. Ces muscles déterminent, daprès Duchenne, une simple flexion latérale de la colonne vertébrale, tandis que les muscles spinaux lombaires produisent, en même temps que cette flexion, une rotation du rachis. De cette rotation, quand elle existe, résulte une asymétrie facilement appréciable de la région, un relief exagéré au niveau d’une des gouttières vertébrales. Or cette inégalité de relief manquait dans les observations de Duchenne ; elle faisait également défaut dans le cas de Duret. Il semble donc que la contracture épargne d’ordi-
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naire les muscles de la masse sacro-lombaire, nous verrons tout à lheure que, par contre, la paralysie unilatérale de ces derniers muscles se rencontre et constitue une variété de scoliose.
Outre la courbure lombaire dont la concavité répond au muscle contracturé, 11 se produit une courbure dorsale compensatrice de sens inverse, et l’épaule est abaissée du côté sain. La scoliose peut ne se manifester que dans Fattitude debout où assise, et disparaître dans la position couchée, ou du moins, comme chez le sujet de Grancher, diminuer beaucoup dans cette position.
La contracture résiste à tous les efforts qu’on tente pour redresser la colonne, et cette manœuvre peut provoquer de la douleur dans le muscle affecté. On sent Pailleurs, en déprimant le flanc du côté infléchi, le muscle tendu et résistant.
Assez souvent, le plus souvent mème, d’après Duchenne, le rachis regagne sa souplesse dans la position couchée ; fait important, on voit disparaitre la cont.acture dans le sommeil chloroformique (Duret).
Outre cette déviation latérale, il peut se produire une déviation antéropostérieure. C’éteit le cas dans les observations de Grancher et de Duret ; il existait une cyphose-scoliose et la gibbosité dorso-lombaire où lombaire qui en résultait pouvait, faute d’un examen attentif, en imposer pour un mal de Pott. L'erreur était surtout possible chez le malade étudié par Duret. En effet, chez cet homme, âgé de 23 ans, le début des accidents avait été marqué par une «attaque » suivie de troubles urinaires ; puis le rachis s'était fortement infléchi au bout de quelque temps. Les symptômes vésicaux joints à la difficulté de la marche qu'entrainait la flexion du tronc étaient de nature à égarer le diagnostic. Une critique minutieuse des divers symptômes, et surtout l'épreuve du chloroforme, permirent éviter lerreur. Duret put reconnaître que la cyphose coïncidant avec la déviation latérale avait pour origine une contracture du psoas iliaque, associée à celle
du carré lombaire. Cette cyphose, en effet, m'était pas produite par les
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muscles antérieurs de labdomen, qui étaient manifestement relàchés.
Il existe une observation de Jasinski (4) dont nous n’avons pu consulter l'original, et dans laquelle est signalée une double déviation rachidienne, attribuée par Pauteur à des contractures. Il s'agit d’un jeune sujet affecté depuis 4 ans de mouvements choréiformes dans le membre supérieur gauche et la face, avec contracture de divers muscles, particulièrement aux membres supérieurs, à l'épaule gauche et au cou (sterno-mastoïdien gauche). Il existait une très forte lordose lombaire. I existait de plus une scoliose cervico-dorsale droite avec scoliose lombaire compensatrice.
b. De ces faits il convient de rapprocher une observation rapportée par Pravaz. Il s'agit d’une contracture du trapèze du côté droit, ayant déterminé une double inflexion du rachis avec courbure principale supérieure: à convexité tournée à droite. « La hanche gauche était fortement saillante, el, par suite de linclinaison totale du tronc à droite, paraissait plus élevée que la droite... Mais le phénomène le plus remarquable était Pélévation extrème (le lomoplate droite », avec rotation de cet os autour de son angle interne et supérieur, de telle sorte que l’angle inférieur s'était porté fortement en dehors et en arrière. La portion cervicale du trapèze était dure et douloureuse au palper. La difformité était excessive, et pouvait en imposer pour une scoliose des plus sévères ; mais la maladie, apparue rapidement à la suite d’une émotion morale, guérit tout à coup, près d’une: année plus tard ; les interventions thérapeutiques paraissent n’avoir eu
dans ce résultat qu'une part minime, quoi qu’en pense l’auteur. B. — Scoliose paralytique.
Duchenne en a observé des exemples bien nets. Toutefois il ajoute que: les incurvations rachidiennes « sont très peu prononcées, lorsqu'elles sont dues uniquement à l’action musculaire », tant que les vertèbres ne sont
(1) R. Jasinski. Przegl. lekarski, Krakow, 1890. XXIV, p. 89 et 102. (Anal. in SchmidPs Jahrb., t. 227).
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pas déformées. La paralysie peut frapper soit les muscles spinaux lombaires seuls, soit les muscles spinaux lombaires et dorsaux du même côté. Ces deux groupes musculaires, bien qu'anatomiquement comparables, sont en effet bien indépendants dans leur fonctionnement et dans leurs altérations pathologiques (Duchenne).
Les muscles spinaux lombaires sont-ils seuls affectés, il se produit une scoliose à convexité tournée vers Le côté malade, aveccourbure de compensation dorsale. Si les muscles spinaux dorsaux participent à la lésion. il se produit une seule et longue courbure latérale lombo-dorsale.
La courbure qui se produit ainsi au niveau des muscles atteints est engendrée par l’action prépondérante des muscles de même nom du côté sain, qui infléchissent la colonne vertébrale de leur côté.
Cette action est un peu différente de celle qu’exercent le carré des lombes et les inter-transversaires, car, ainsi que nous le disions tout à l’heure, ces derniers sont purement et simplement fléchisseurs latéraux. Les spinaux font en outre tourner les vertébres autour d’un axe vertical, ils attirent à eux les apophyses spineuses, et les corps vertébraux sont déviés
vers la convexité de la courbure (Duchenne) : il y a rotation du rachis.
Traitement.
Duchenne (1) s’est préoccupé du traitement à appliquer aux diverses variétés de déviations que nous venons de signaler.
Dans la lordose paralytique des muscles abdominaux, un « corset prothétique de labdomen » suppléera à l'insuffisance musculaire. Dans la lordose paralytique des muscles spinaux lombaires, on pratiquera lPélectrisation localisée de ces muscles.
Dans la cyphose cervico-dorsale par paralysie des spinaux dorsaux et cervicaux, on emploiera des brassières maintenant les épaules en arrière ;
(1) Duchenne, De l'électrisation localisée, 3 édition, 1872, p. 1017 el sui.
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on renforcera l’action des muscles paralysés et aussi du long dorsal par l’électrisation et par une gymnastique appropriée.
Dans la scoliose paralytique, ces mêmes procédés seront appliqués aux spinaux et aux carrés lombaires. On y adjoindra le traitement mécanique : on fera asseoir le sujet sur un siège dont une moitié est plus élevée que l'autre, et on se servira avec avantage du « corset à forces élastiques » imaginé par Duchenne conformément aux données physiologiques qu'il a mises en lumière.
Résumé.
Les paralysies et contractures des muscles moteurs du rachis déterminent des déviations. Ces déviations se produisent dans le plan médian, quand la lésion porte sur les muscles extenseurs ou fléchisseurs d’une façon bilatérale et symétrique. Elles se produisent dans la direction transversale quand l’action musculaire s'exerce d’une manière asymétrique.
La guérison de Pétat pathologique du muscle est suivie du redressement de la colonne infléchie. Cette guérison et, comme conséquence, le redressement, peuvent se produire rapidement et même brusquement dans les cas de contracture forte.
Le traitement comme le pronostic sont subordonnés à la cause.