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DÉVIATIONS VERTÉBRALES DANS DIVERSES AUTRES MALADIES NERVEUSES

Aliénation mentale. — Paralysie générale.

I résulte des recherches d’un certain nombre de médecins étrangers. et surtout d’aliénistes anglais, que l’ostéomalacie est fréquente chez les aliénés de diverses sortes et particulièrement chez les paralytiques généraux. De là des fractures fréquentes, atteignant surtout les côtes, et aussi des déviations du rachis. Les déviations les plus communes paraissent être des scolioses ; la cyphose n’est pas rare ; enfin très souvent ces deux déformations se combinent. C’est Davey (4) qui a attiré l'attention sur les altérations osseuses des vésaniques. Mac-Intosh, Clouston, Pedler, Atkins (2). en Angleterre, Wagner (3), Gudden (4) en Allemagne, Biaute (5), en France, et beaucoup d'autres auteurs (6) ont produit des travaux sur le même sujet. Bien que les observations fournies ne soient pas toujours très explicites sur l’état du rachis, on trouve les déviations vertébrales souvent mentionnées.

Il faut dire toutefois que divers aliénistes, parmi lesquels Christian (7) ont nié l’existence de ces altérations osseuses chez les aliénés, et n’ont voulu voir dans les faits rapportés que de pures coïncidences.

(1) Davey, Med. Times, 1842, t. VI, p. 195, et surtout The ganglionic nervous system,

(2) Atkins, Britisch med. Journ., juin 1880, t. 1, p. 965.

(3) Wagner. Jahrb. für psychiatria, IX, 1 et 2.

(4) Gudden, Arch. f. psych., XXXVIL I, p.72.

(5) Biaute, Annales méd. psych., nov. 1876. |

(6) Voir Talamon. Lésions osseuses el articulaires liées aux maladies du système nerveux. Rev. de iméd., 1818, et Christian, Annales méd. el psychol., 1885, p. #12.

(1) Christian, Ann. médico-psych., 1885.

La pathogénie de ces lésions osseuses est en tous cas mal connue. Certains auteurs rapprochent les cas de ce genre de Postéomalacie de cause nerveuse admise par Virchow, par Litzmann (4).

Peut-être y aurait-il lieu parfois de rechercher dans les lésions médullaires associées à la vésanie l’agent intermédiaire des troubles trophiques osseux et en particulier des troubles vertébraux. Les déviations vertébrales sont en effet fréquentes, comme on sait, dans plusieurs affections spinales, et d'autre part il n’est pas rare de rencontrer chez les aliénés, et spécialement chez les paralytiques généraux, des scléroses médullaires systématisées où d’autres altérations de la moelle. Ce n’est là qu’une hypothèse ; nous la donnons comme telle. Notons que dans une observation « d’ostéomalacie survenue dans un cas de démence chronique », observation appartenant à Atkins (2), il est signalé des altérations spinales portant principalement sur la substance grise.

Athéthose double.

Audry le premier, dans une récente étude sur lathétose double (3), à fait ressortir la fréquence des déviations vertébrales dans cette maladie. Indépendamment de l’ensellure qui accompagne la démarche spastique (Ollivier d'Angers, Charcot), ensellure qui parfois, chez les sujets atteints d’athétose double, s’observe même en dehors de la marche et « peut aller quelquefois jusqu'à un opisthotonos passager », Audry a relevé 13 observations, appartenant à divers auteurs (soit une proportion de 1 pour 6) et dans lesquelles il est fait mention d’une déviation rachidienne. Cette dernière est tantôt une cyphose, tantôt une scoliose avec incurvation dorsale droite ou gauche ; la déformation est ordinairement légère.

(4) Litzmann. Die Formen des Beckens. Berlin, 1861. (2) Loc. cit.

(3) Chez J. B. Baillière. Paris 1892. Voir aussi Michaelowitch, th. Paris, 1892 et Nouv. Iconogr. de la Salp., 1892.

Gore

Pour ce qui est de la pathogénie, on ne saurait, d'après Audry, mettre ici en cause des altérations osseuses du rachis : il s'agirait plutôt d’un état spasmodique, et peut-être parfois d’une paralysie des muscles moteurs du rachis.

Myopathies primitives.

On observe dans plusieurs variétés de myopathies primitives, notamment dans le type paralysie pseudo-hypertrophique de Duchenne, dans le type Erb. dans le type Landouzy-Déjerine une altération des muscles extenseurs de la masse sacro-lombaire. Il en résulte une des deux variétés de lordose paralytique que nous avons décrites d'après Duchenne de Boulogne. À cette lordose lombaire s'associe une cyphose dorsale plus ou moins prononcée. À propos de la paralysie pseudo-hypertrophique. M. Raymond (4) critique l'interprétation de cet auteur. « Duchenne, dit-il, attribue cette déformation à la faiblesse des muscles extenseurs du tronc, mais elle me paraît due plutôt à ce que, en marchant et dans l'attitude debout, les malades Sefforcent de déplacer d’arrière en avant le centre de gravité du tronc ». D’après les observations que nous avons faites sur plusieurs malades des types Erb et Landouzy-Déjerine, il nous semble hors de doute que le centre de gravité du tronc n’est pas déplacé en avant, mais en arrière, soit par rapport à la colonne lombaire, soit par rapport aux articulations coxo-fémorales. Comme l'attitude est la même dans la para- Ivsie hypertrophique, la même remarque s'applique, suivant nous, à cette dernière. D'ailleurs dans cette maladie les muscles lessiers et Les muscles du mollet sont particulièrement frappés. Aussi, pour se maintenir dans la station debout, les malades ont-ils intérêt à faire agir les muscles antagonistes, c’est-à-dire les muscles fléchisseurs du bassin sur la cuisse et extenseurs du genou. Les premiers sont propres à assurer la fixité du bassin, quand le centre de gravité du trone, rejeté en arrière, tend à faire basculer

(1) Maladies du système nerveux. Amyotrophies.

le bassin autour des articulations coxo-fémorales. Si le centre de gravité était en avant de celles-ci, ce sont les muscles fessiers surtout qui auraient à lutter contre le poids du tronc. Ainsi, la répartition de la paralysie aux membres inférieurs, aussi bien que son siège dans la région lombaire, réelament un déplacement du centre de gravité du tronc d'avant en arrière. el non en sens inverse.

Dans louvrage de M. Raymond, dans le mémoire de MM. Landouzy et Déjerine (1) et dans plusieurs observations de myopathiques que nous avons parcourues, il n’est pas question de déviations latérales du rachis. Chez deux malades de ce genre, atteints d’atrophie très marquée des muscles des youttières vertébrales, nous avons vainement cherché la scoliose. Un troisième malade, dont nous avons communiqué récemment lobservation à la Société clinique (2), présentait au contraire, à un degré très léger, il est vrai, ce genre de déviation. C'était un petit garçon de 13 ans et demi, atteint depuis son extrême enfance d’une myopathie généralisée, progressivement accrue, empêchant la marche depuis deux années, et offrant avec quelques légères variantes la forme décrite par Erb. L’atrophie musculaire était à peu près générale ; toutefois elle respectait la face ; elle atteignait les membres inférieurs plus que les supérieurs, frappait les bras et les cuisses plus que les avant-bras et les jambes, le côté droit plus que le côté gauche. Elle était très intense au niveau du tronc, et particulièrement. ainsi que nous avons pu nous en assurer dans un examen récent, au niveau des gouttières vertébrales. Des rétractions fibreuses associées à latrophie des membres inférieurs empêchent le malade de se tenir debout. Assis. il se maintient. Ineliné en avant, il ne peut se redresser sans s'appuyer sur les mains ; ce fait a pour cause l’altération des extenseurs lombaires.

Le rachis dorsal présente deux courbures latérales. L’épine de la 3° verte-

(4) Hallion. Myopathie primitive des lésions osseuses ; fracture spontanée probable France médicale, 1891, n° 47, p. 137, ù (2) Landouzy et Déjerine, Rev. de méd., 1886,

bre dorsale est très notablement déviée à gauche de la ligne médiane ; l’épine de la 4° vertèbre dorsale se dévie, au contraire, brusquement en sens inverse. Ces deux vertèbres forment les points culminants de deux déviations scoliotiques se compensant mutuellement, et que limitent, en haut la 1" dorsale, en bas la 8 ou 9° dorsale environ. Cette déformation porte exclusivement sur la ligne épineuse ; c’est à peine si, au regard de chaque convexité, les gouttières vertébrales font un relief un peu plus marqué que du côté opposé. Bref, la difformité est légère et n’apparaît qu’à une investigation attentive. Peut-on même parler de scoliose ? Ne s'agit-il pas là d’une de ces déviations de la crête épineuse qui sont indépendantes de toute déviation des corps vertébraux, simples anomalies dont Cruveilhier a rencontré plusieurs exemples chez des individus nullement scoliotiques. Ajoutons qu’il existait, chez le sujet en question, une gracilité excessive de tous les os, une déformation de la cage thoracique devenue quadrangulaire, et enfin, au niveau du fémur droit, les traces probables d’une fracture spontanée.

Chez deux autres myopathiques, nous avons trouvé, outre l’atrophie des muscles spinaux et la lordose consécutive, une très faible incurvation scoliotique. Chez tous deux existait une double courbure : dorsale droite et dorso-lombaire gaüehe. De ces deux malades, l’un avait vu son affection apparaître dès l’âge de 5 ans ; âgé de 19 ans, 1l ne peut plus se tenir debout ni marcher depuis la quatorzième année. L'autre, âgé de 30 ans, peut aller et venir, et tolère la station debout prolongée.

Conclusion : les myopathiques atteints d’atrophie des muscles des gouttières vertébrales et de la masse sacro-lombaire sont affectés de la lordose paralytique avec cyphose dorsale que Duchenne a décrite comme conséquence de ces insuffisances musculaires. Chez eux, pas de scoliose, où scoliose insignifiante. Nous verrons comment cette constatation peut éclairer la pathogénie des scolioses vulgaires.

HALLION 9

Maladies nerveuses diverses.

Il nous reste à citer quelques maladies nerveuses où les déviations vertébrales sont trop rares ou trop insuffisamment étudiées pour mériter un paragraphe spécial.

On les trouve signalées dans l’idiotie ; dans les observations appartenant à cette catégorie, on note surtout la scoliose. Nous pouvons affirmer que le rachis ne présente pas chez les idiots, des difformités fréquentes, au moins des difformités graves et manifestes à première vue. Nous avons examiné, superficiellement 1l est vrai, une quarantaine d’idiotes non hémiplégiques appartenant pour la plupart au service de M. le D' Voisin, à la Salpêtrière et nous n’avons rencontré chez aucune, de déviation notable. Nous ne garantissons nullement qu’à un examen attentif on n’eût pu découvrir chez quelques-unes des courbures latérales légères ; mais encore une fois, c’étaient assurément des déviations bien insignifiantes.

Gowers et Feer ont noté la présence des déviations vertébrales dans le tabes spasmodique infantile. IL est vrai que d’après Audry (1), le premier de ces auteurs paraît avoir confondu cette maladie avec l’athétose double.

Signalons encore les déviations associées à l’acromégalie, si toutefois cette maladie doit prendre place parmi les affections nerveuses. M. Broca (2) a étudié le rachis d’une femme acromégalique dont l'observation avait été publiée par M. Marie. Il a trouvé une cypho-scoliose dorsale gauche principale, avec faibles courbures de compensation cervicale et dorso-lombaire.

Nous avons rencontré tout récemment un cas de scoliose extrêmement marquée chez une jeune fille hydrocéphale morte à l’âge de 20 ans. Nous nous proposons d'étudier ce fait avec soin, et notamment de pratiquer l'examen histologique de la moëlle, qui nous a paru altérée. Le durcissement des pièces est encore insuffisant, et nous ajournons la publication détaillée de cette observation, intéressante à plusieurs égards. |

(1) A. Broca, Arch. de méd., 1888, t. 22, p. 656. (2) J. Audry, L'athétose double, Paris, J. B. Baillière, 1892.

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