PARALYSIE INFANTILE SPINALE
Heine (2) fut le premier, sinon à signaler, du moins à différencier et à décrire nettement la paralysie spinale infantile. Il y fut conduit par l’étude des déviations rachidiennes. C’est dire que ces dernières appartiennent à la symptomatologie de l'affection. Laborde (3) leur consacre dans sa monographie un intéressant chapitre. Leyden (4), Erb, en ont discuté la pathogénie. i
Il est, dans la paralysie infantile, des déviations dont le mécanisme est facile à comprendre. Une lordose paralytique surviendra dans les cas, d’ail-
(1) Gazelle hebdom. de méd., 1888, ne 39, p. 617.
(2) Leyden, Maladies de la moelle épinière. Trad. franc., p. 710. (3) Thèse de Paris, 1864, p. 10 et suiv.
() Voir J. Heine, Spinale Kinderlæhmung, Stuttgart, 1860.
leurs rares, où les muscles sacro-lombaires sont frappés de paralysie. Nous parlons ailleurs de cette variété décrite par Duchenne de Boulogne, et dont Heine figure un exemple dans son ouvrage (fig. 28, planche XII). Nous n'yinsistons pas. La cyphose par paralysie des extenseurs du rachis est plus rare encore. Laborde en cite une seule observation, encore le diagnostic était-il, dans ce cas, assez suspect. Enfin certaines déviations paraissent résulter d’une inclinaison vicieuse du bassin. Des rétractions dans les muscles fléchisseurs de la cuisse sur le bassin, s’opposeront à l'extension complète de la hanche, exagèreront linclinaison du bassin et provoqueront une lordose compensatrice. L’un des membres inférieurs est-il atrophié, raccourci, comme il arrive assez souvent, alors le rachis lombaire s’inchinera vers le membre sain, il surviendra une scoliose dorso-lombaire à convexité dirigée vers le côté malade, et une incurvation dorsale secondaire en sens inverse. C'était le cas chez une petite fille que nous avons eu loccasion d'examiner. L’atrophie frappait le membre supérieur droit et la jambe gauche. Le membre inférieur gauche était raccourci, lépine iliaque abaissée de ce côté. Il existait une scoliose dorso-lombaire principale à convexité gauche, avec courbure dorsale en sens inverse. L’épaule droite était un peu plus élevée que la gauche. Autant que l’asymétrie du tronc permettait d'en juger, les muscles moteurs du rachis étaient indemnes, et de force égale des deux côtés.
Il est des cas de scoliose où la pathogénie est moins nette, et dans lesquels il est difficile d’invoquer une pure attitude compensatrice.
Laborde prétend que ces cas sont au moins exceptionnels ; il ajoute que d’ailleurs la paralysie se localise rarement, si ce n’est à la première période, dans les muscles du tronc, et qu’elle « n’y entraine point les phénomènes d’atrophie et de rétraction consécutives si fréquents dans d’autres parties ». Tel n’est pas l'avis de Heine. D’après lui, la paralysie frappe souvent toute la partie supérieure du tronc, et y persiste dans une certaine mesure. « De là des déviations considérables, essentiellement différentes
des autres scolioses, et assez souvent une déformation énorme de tout le haut du corps et revêtant d’une façon manifeste le type paralytique ».
D’autres auteurs, comme Leyden, les rattachent à des troubles trophiques osseux. « Les vertèbres et les côtes sont extraordinairement molles et d’une structure spongieuse ; leur substance corticale est très mince, leur tissu spongieux est prédominant » ; le poids du corps fait ployer le rachis: les contractures musculaires constituent une cause adjuvante.
Un traitement orthopédique rationnel a fourni à Heine d'excellents ré-
sultats.