ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous allons étudier, dans ce chapitre, quelles sont les lésions de l'intestin dans les cas de diarrhée chronique. Nous verrons que s'il est des cas où la diarrhée peut exister, et cela pendant un temps très-long, sans laisser de traces anatomo-pathologiques, il y a cependant d'autres cas où il y a des lésions, et que certaines formes de diarrhées engendrent toujours des lésions identiques et qui leur sont propres. L'intestin, en effet, est un organe susceptible des perturbations les plus diverses, tenant à ses relations, ses fonctions, sa contexture. La muqueuse, riche en vaisseaux, en glandes de toutes espèces, doublée d'un tissu adénoïde, prend part aux grandes fonctions de l'absorption et de l'hématogenèse. Les glandes vasculaires qui l'environnent sont soumises aux lois d'une circulation commune, qui établit entre les organes abdominaux une solidarité inévitable.
Rappelons en quelques mots les couches qui entrent dans la structure de l'intestin.
L'intestin grêle est constitué par quatre tuniques ou membranes qui sont de dehors en dedans : la tunique séreuse, la tunique musculeuse, la tunique celluleuse et une tunique muqueuse.
La tunique séreuse, fournie' par le péritoine ne nous arrêtera pas; en effet, elle ne prend pas part aux
lésions que nous pouvons observer dans les diarrhées chroniques.
La tunique musculeuse est composée de fibres-cellules disposées en faisceaux circulaires et de fibres longitudinales.
La tunique celluleusc se compose d'un tissu trèslâche qui adhère à la tunique muqueuse et se plisse avec elle, et adhère faiblement à la tunique musculaire.
La tunique muqueuse ou viUeuse présente : 1° une surface interne, adhérente par un tissu séreux assez lâche à la membrane celluleuse, tissu cellulaire susceptible d'infiltration séreuse, sanguine, purulente; 2° une surface interne ou libre remarquable par des duplicatures ou valvules, appelées valvules conniventes, et par les villosités intestinales. Les glandes intestinales sont extrêmement nombreuses; elles doivent être distinguées en : 1" glandes tubuleuses , 2° glandes vésiculeuses ou follicules clos 3° glandes acineuses ou en grappes.
Les glandes tubuleuses ou glandes de Lieberkùhn, sont des dépressions en doigt de gant, tapissées d'épithéliums cylindriques et que l'on rencontre sur toute la longueur de l'intestin grêle et du gros intestin. Ces glandes sécrètent le suc eutérique.
« Jusqu'à ces dernières années, on n'avait sur ce liquide que des idées erronées ou au moins très-hypothétiques, parce qu'il est très-difficile à recueillir. Aujourd'hui, d'après la méthode de Thiry, on se le procure, en isolant par deux sections une certaine longueur du tube intestinal ; on réunit par des sutures
DES DIARRHÉES CHRONIQUES. b7
les bords qui appartiennent au canal général, de façon à rétablir le cours des liquides; quant à la portion isolée, et restée adhérente seulement par son mésentère, on coud une de ses extrémités de manière à la fermer en cul-de-sac, tandis qu'on laisse l'autre ouverte et fixée dans la plaie abdominale béante ; on obtient par cet orifice le liquide intestinal pur de tout autre mélange : on a ainsi un suc limpide, un peu jaunâtre, très-ténu, alcalin, et à propriétés fort peu prononcées, presque toutes négatives; il n'agit ni sur l'amidon, ni sur les graisses; il n'agit pas non plus sur les albumines en général, mais seulement sur la /îbj'me du sang, qu'il transforme en peptone. C'est donc presque uniquement un liquide destiné à délayer le contenu intestinal. Sa sécrétion se produit sous l'influence d'excitants mécaniques, tels que la présence d'un corps étranger ou chimique, surtout sous l'influence des acides. Dans les cas pathologiques, il peut être sécrété en très-grande abondance, et c'est ainsi que se produisent ces diarrhées séreuses parfois si considérables. » (Kûss.)
Les glandes vésiculeuses ou follicules clos, appelées glandes de Peyer, sont sans conduit excréteur et soulèvent un peu la muqueuse dans l'épaisseur de laquelle elles se trouvent. Elles s'ulcèrent et s'ouvrent du côté de l'intestin, dans la fièvre typhoïde avec plaques ulcérées.
Les glandes en grappes ou acineuses , appelées glandes de Brunner, sont subjacentes à la muqueuse duodénale, sous forme de petits grains ronds ou aplatis, grisâtres.
« On voit quelquefois des diarrhées chroniques s'établir sous l'influence apparente de diverses diathèses. Dans la goutte et le rhumatisme, ce sont plutôt de simples catarrhes que de véritables inflammations ; au moins, l'anatomie pathologique n'a point fait connaître de lésions déterminées dans la plupart des cas de ce genre. On peut en dire autant des diarrhées qui surviennent chez les herpétiques. C'est un sujet à étudier et sur lequel nous ne possédons point de données suffisantes. » (Durand-Fardel.)
Il est certain que la diarrhée peut exister, même depuis très-longtemps, et ne laisser aucune trace appréciable; quant aux lésions que l'on trouve après la mort, elles ne nous révèlent point non plus la forme initiale du travail morbide. C'est ce qu'a très-bien fait remarquer M. Gueneau de Mussy :
« En indiquant les lésions qui peuvent accompagner la dysenterie et certaines formes de diarrhée chronique, nous ne voulons pas affirmer que le trouble sécrétoire ne puisse exister, persister même longtemps sans altérations graves ou même sans altérations appréciables des tuniques intestinales. L'observation a prouvé le contraire. Bien moins encore oserions-nous prétendre que les traces de congestions, que les ulcérations observées après la mort nous révèlent la forme initiale du travail morbide ; que ces lésions aient été la cause primordiale des anomalies fonctionnelles 4 observées pendant la vie. La connexité qui les unit ne peut constituer un rapport de causalité ; les unes et les autres, simultanément développées, peuvent dépendre d'une condition pathogénique commune et
plus profonde qui a échappé jusqu'ici à notre appréciation. »
Mais dans l'immense majorité des cas, il y a lésion anatomique de l'intestin. Voici les altérations que l'on a pu observer dans les autopsies faites sur des malades ayant succombé à des diarrhées chroniques.
Les altérations peuvent porter sur la membrane muqueuse et la membrane musculeuse, ainsi que sur le tissu conjonctif qui double ces membranes. L'étendue qu'occupent les lésions est très-variable.
D'après M. Andral, ces lésions se montreraient d'après leur fréquence : 1° dans la partie inférieure de l'iléum, 2° dans le caecum, 3° dans le côlon, 4° le rectum, 5° le duodénum, 6° la partie supérieure de l'iléum, 7° le jéjunum.
Pour M. Andral, les parois intestinales seraient comme atrophiées. Cette assertion est combattue par presque tous les auteurs. MM. Monneretet L. Fleury, Durand-Fardel, Bamberger, Niemeyer, Lancereaux et Jaccoud ont toujours trouvé les parois hypertrophiées.
La muqueuse est ordinairement boursouflée, veloutée au toucher; quelquefois elle est amollie. Dans ce cas, elle se laisse enlever par un frottement un peu rude.
La coloration, presque toujours altérée, est tantôt d'un rouge violacé, ardoisée, surtout quelquefois bleuâtre. Mais la rougeur n'est pas ordinairement uniforme ; tantôt elle affecte la forme de plaques étendues: tantôt on la remarque seulement sur les replis intestinaux.
« J'ai vu un remarquable exemple de coloration tranchée dans un cas (diarrhée chronique), où la muqueuse du gros intestin était dans toute sa longueur, épaissie, veloutée et d'un bleu ardoisé. Sept à huit plaques, d'un rouge vif, ou d'un noir foncé absolument mélanique, de l'étendue d'une grosse fève, se trouvaient disposées régulièrement et perpendiculairement à la longueur de l'intestin, au devant de chaque bosselure du côlon transverse. La matière colorante noire paraissait déposée dans le tissu conjonctif qui unit le péritoine à la couche musculaire.» (Durand-Fardel.)
La muqueuse est épaissie. Si l'on pratique une coupe de la paroi intestinale, on constate un épaississement de la membrane muqueuse , souvent aussi de la couche musculaire, ainsi que du tissu conjonctif qui sépare les différentes tuniques de l'intestin.
Souvent le calibre de l'intestin est amoindri d'une manière générale ; ce phénomène est dû plutôt à une rétraction des tissus qu à l'épaississement des tuniques. Il existe souvent des rétrécissements partiels.
M. Durand-Fardel a signalé la fréquence des ulcérations intestinales chez les vieillards.
Ces ulcérations affectent les formes les plus variées: tantôt arrondies, tantôt allongées, tantôt longitudinales et tantôt transversales; leurs dimensions varient depuis 1 millimètre carré jusqu'à une pièce de 1 franc. Elles occupent quelquefois l'épaisseur de la membrane muqueuse, tantôt elles pénètrent jusqu'aux couches
sous-jacentes ; leurs bords sont très-irréguliers, de couleur variable, le fond, quelquefois constitué par le tissu conjonctif sous-muqueux, est tantôt blafard, tantôt rougeâtre.
Le nombre de ces ulcères est en raison inverse de leur étendue. On n'en trouve guère que deux ou trois au plus quand ils ont une certaine étendue.
Ces ulcérations peuvent traverser l'intestin et déterminer des perforations. M. Bucquoy a trouvé dans le côlon ascendant d'un vieillard des perforations cicatrisées, et autour desquelles il s'était développé une péritonite localisée.
Nous venons de donner les caractères anatomopathologiques que l'on rencontre le plus souvent dans les intestins des malades ayant succombé à la suite de diarrhée chronique. Mais comme la diarrhée chronique reconnaît plusieurs causes, il est probable que chacune de ces causes génératrices imprime un cachet particulier à la lésion.
Toute cause morbiflque fait subir à l'organisme une modification propre, que celui-ci traduit par des lésions constantes et identiques (Lancereaux). Ce principe incontestablement établi en ce qui concerne la variole et la fièvre typhoïde, est également vrai pour d'autres maladies. M. Lancereaux l'a formulé à propos de la syphilis et de l'alcoolisme, ne serait-il pas également vrai pour la goutte, le rhumatisme, etc. ?
Dans son atlas d'anatomie pathologique, M. Lancereaux a donné plusieurs observations d'entérites de natures très-diverses. Il a cherché à donner les caractères distinctifs propres à chacune des variétés qu'il a
eu occasion d'examiner. Toutes les causes de diarrhées chroniques n'ont pu être étudiées et nous ne savons si les caractères assignés par M. Lancereaux à chaque forme d'entérite, ne seront point modifiés par des observations ultérieures ; mais ces restrictions étant faites, nous croyons devoir les reproduire ici et appeler sur ces considérations l'attention de nos lecteurs.
« Parallèle des entérites. — Si nous en exceptons les entérites mécaniques ou traumatiques, dont le diagnostic est généralement facile, et la rectite vénérienne ou blennorrhagique, affection toute locale et distincte par son siège, les phlegmasies intestinales dont il vient d'être question, sont, ou bien l'effet d'agents toxiques ayant influencé les parois intestinales, soit par absorption, soit par élimination (émanations des fosses d'aisances, matériaux de l'urine, etc.); ou bien l'expression anatomique d'une maladie générale (fièvre typhoïde, dysenterie); et, dans tous les cas, ces lésions se trouvent surbordonnées à l'action d'un principe délétère.
« Néanmoins, malgré des conditions originelles assez semblables, les entérites présentent des différences en rapport avec la diversité de nature et d'action de l'agent morbigène. La localisation spéciale de l'entérite typhoïde aux follicules isolés et agglomérés de l'iléon, la natare et l'évolution particulière de cette lésion folliculaire, tels sont les caractères spécifiques d'une affection qu'il est impossible de confondre avec l'entérite cholérique, par exemple, ou avec toute autre lésion intestinale.
« La fixation de l'entérite dysentérique et sa limitation au gros intestin est un caractère qui sépare nettement cette lésion de l'entérite typhoïde, mais qui n'est pas suffisant pour la distinguer de la forme d'entérite chronique, dont j'ai rapporté ci-dessus un exemple.
« Pourtant, cette dernière semble différer par une évolution plus lente, par une répartition uniforme sur toute la muqueuse du gros intestin, contrairement à la dysenterie qui affecte plus spécialement l'S iliaque.
.< Reconnaissons la grande analogie de ces lésions, et nous serons porté à penser que leurs causes ne sont probablement pas très-dissemblables.
« L'entérite urémiquc enfin, ne sera jamais confondue avec ces diverses altérations, si l'on tient compte de sa généralisation à l'estomac et aux intestins, de la rétraction de la membrane muqueuse et du revêtement visqueux dont elle est le siège.
« Ces considérations, qu'il est inutile de prolonger, indiquent suffisamment, ce me semble, que les entérites, de même que les gastrites, peuvent bien constituer un groupe anatomique distinct ; mais non ce qu'on appelle une entité pathologique, car elles forment autant d'espèces particulières qu'il y a de causes susceptibles de modifier d'une certaine façon la membrane muqueuse intestinale. Conséquemment, ce n'est pas une médication toujours identique qui peut les combattre, mais bien des méthodes de traitement qu'il importe de varier suivant la condition étiologique
sous l'influence de laquelle se sera développée l'en- -térite.
«Cette manière de procéder, suivie pour les entérites de la fièvre typhoïde et de la dysenterie, doit donc s'étendre à toutes les autres espèces connues.» (Lancereaux.)
SYMPTOMATOLOGIE.
L'étude symptomatologique de la diarrhée, nous donne à examiner les symptômes qui sont propres à la diarrhée et ceux qui se lient à la maladie principale.
L'évacuation des matières diarrhéiques est le premier phénomène qui mérite de fixer notre attention. Nous avons vu que le nombre des garde-robes n'était pas le caractère distinctif de la diarrhée, mais que c'était la consistance des matières qui déterminait la diarrhée.
Dans les diarrhées chroniques, le nombre des garderobes est plus ou moins considérable, depuis 3 ou 4 jusqu'à 40, 50 et même 150 dans les vingt-quatre heures. (Gombault.)
D'après Dalmas, la quantité de matières rendues dans une journée peut s'élever jusqu'à 40 livres.
L'évacuation est ordinairement précédée d'un peu de tuméfaction ou de tumeur du ventre, de borborygmes et d'épreintes, quelquefois de mouvements péristaltiques visibles et palpables de l'intestin, d'une sensation de besoin et de troubles gastriques. Les évacuations ont lieu par jets plus ou moins vifs et sans douleur à l'anus. Elles se succèdent souvent avec une rapidité surprenante et avec une violence qui ne
permet pas de résister, et sont suivies chaque fois d'un soulagement immédiat.
Ces phénomènes viennent souvent par crises et varient suivant le nombre des selles. Les selles peuvent être très-abondantes, mais souvent leur abondance diminue dans un moment donné ; elles deviennent alors beaucoup plus irritantes et augmentent le ténesme rectal .
Quelquefois môme on éprouve la sensation continuelle d'aller à la garde-robe, et on s'y présente à chaque instant sans avoir d'évacuation.
Le malade a alors une épreinte sèche, la plus douloureuse de toutes. (Gombault.)
Mais lorsque la diarrhée dure déjà depuis un certain temps, les symptômes qui accompagnent l'évacuation s'amendent. Il n'y a plus presque de douleurs et ie seul phénomène qui subsiste, est le besoin impérieux d'aller à la garde-robe auquel on ne peut pas résister.
Lorsque la diarrhée dure depuis longtemps, elle produit La faiblesse, l'irritabilité et l'atonie de l'intestin, souvent elle laisse à sa suite un état blennorrhéi que du rectum (Spring). Ce dernier canal fait aisément saillie hors de l'anus chez les enfants; les veines hémorrhoïdaires s'engorgent et la marge de l'anus montre, dans des cas rares, des rougeurs et des excoriations.
L'odeur des matières varie beaucoup ; tantôt inodores, tantôt fades, elles sont d'autres fois horriblement fétides. Leur couleur est variable, tantôt jaunâtres ou verdàtres, quand elles sont formées exclu-
sivement débile; d'autres fois rougeàtres, quand elles renferment du sang. Dans le choléra elles sont blanchâtres, enfin, elles sont quelquefois grisâtres, semblables à de l'argile.
La nature des garde-robes présente une importance telle qu'elle a servi de base à la classification de M. Germain Sée.
Dans son livre des Anémies, M. Sée demandée la physiologie de prononcer en dernier ressort sur la valeur et l'origine de ces produits éliminatoires.
Or, les uns se rattachent à la série des substances naturellement contenues dans l'intestin ; d'autres ont leur origine dans le sang lui-même, dont le plasma transsude partiellement à travers les capillaires de l'intestin lui-même ; de là des diarrhées stercorales, séreuses, exsudatives. (Germain Sée.)
Diarrhées stercorales. — M. le professeur Sée rappelle, qu'à l'état normal, les matières excrémentitielles sont formées ainsi : 1° les résidus d'aliments non digérés ou non digestibles; 2° les liquides sécrétés par l'intestin, à savoir, le mucus et le suc intestinal; 3° le suc pancréatique et la bile.
La majeure partie de la bile est de nouveau résorbée ; l'autre partie se transforme dans le tube intestinal en matière résinoïde et autres produits de décomposition destinés à être éliminés (dyslysine, acide choloïdique, taurine). Les sels biliaires (cholates et choléates) ne se retrouvent dans les excréments que si les aliments parcourent l'intestin trop rapidement, ou s'il y a diarrhée muqueuse, ou si la sécrétion biliaire est augmentée.
Les matières grasses, auxquelles il convient de rattacher la cholestérine, les acides gras, la stercorine, sont quelquefois en assez grande quantité pour donner la consistance de l'acide pahnitique (selles graisseuses).
Les sels inorganiques insolubles (phosphates terreux et ammoniaco-magnésiens) et les sels inorganiques solubles (chlorures, carbonates alcalins) ne passent en effet dans l'intestin en quantité marquée, que si les matières n'y séjournent pas. D'après Wesharg, il y aurait 26,7 parties solides pour 100, contre 73,3 parties d'eau contenant ces sels en dissolution
Si le flux intestinal ne comprend que les aliments indigestibles, il n'y a pas d'inconvénient réel, mais s'il se trouve entraîné au dehors des substances qui sont ordinairement digestibles, il survient bientôt des symptômes d'anémie et de dépérissement. La perte des éléments de la bile n'est préjudiciable qu'autant qu'elle porte sur les sels biliaires.
Diarrhées muqueuses. — M. Sée distingue sous ce nom la perte du suc intestinal digestif, l'hypersécrétion de la membrane muqueuse et l'exsudation mucopurulente. Ces diarrhées muqueuses chroniques dépendent ou d'une excitation locale, ou d'un trouble dans la circulation, ou d'une perturbation dans l'influx nerveux.
L'irritation de la muqueuse a pour résultat la sécrétion peu abondante d'un mucus épais, quelquefois même insuffisant pour constituer un flux diarrhéique.
Niemeyer pense que la couche visqueuse de mucus qui recouvre la muqueuse intestinale peut s'opposer à l'absorption du chyle, enrayer ainsi la nutrition et produire l'anémie; mais si le catarrhe affecte le gros intestin, ce qui a lieu le plus souvent, la surface absorbante perd son importance. Ce n'est donc pas là son principal mode d'action.
Le mucus, sécrété dans l'intestin, semble, au contraire, agir par voie chimique, comme un ferment sur le contenu intestinal; sa décomposition, dès lors, est prompte et anomale, et il en résulte une grande quantité de gaz qui dilatent l'intestin ; le ventre devient tendre, le diaphragme est refoulé vers le thorax, la respiration est gênée, les vaisseaux artériels sont comprimés, des manifestations congestives ont lieu vers la face et la tête; les malades se préoccupent sans cesse de leur état; de là tous les phénomènes de l'hypochondrie, ou le découragement le plus complet, provoqué par ces souffrances diverses. (Germain Sée.)
Diarrhées formées par le sérum du sang. — A la suite de l'action exercée sur la muqueuse intestinale par certains purgatifs salins, la sérosité des capillaires intestinaux passe par voie d'endosmose et de diffusion dans le tube intestinal. La nature des excréments prouve qu'il y a une véritable transsudation du sérum avec triage de ces éléments. L'analyse chimique démontre la présence de l'albumine et des sels du sérum. D'après Cari Schmidt, l'albumine serait en petite quantité, la partie saline cinq à six fois plus considérable que l'albumine, et l'eau plus abondante que dans toute autre transsudation.
Au point de vue pathologique, les transsudations offrent trois types divers, dans le choléra, dans la dysenterie et la fièvre typhoïde.
Les selles cholériques sont caractérisées, par la grande quantité d'eau, leur richesse en chlorures alcalins; le chlorure de sodium dépasse quelquefois à lui seul toute la masse des matières organiques. L'albumine est en quantité très-mince; les concrétions riziformes qu'on observe dans le choléra épidémique sont formées presque exclusivement par des masses épithéliales entremêlées d'un peu de mucus.
Les sellés dysentériques présentent, au contraire, des caractères opposés ; la partie aqueuse et saline est à peine marquée. Mais â une certaine période, les évacuations contiennent une grande quantité d'albumine, du mucus vitriforme et enfin des exsudats fibrineux, des globules de sang et du pus.
Les selles typhiqtles présentent des caractères mixtes. Par le repos, ces liquides se .séparent en deux parties : l'une contient beaucoup de sels solubles, c'est-àdire des chlorures comme dans le choléra, mais aussi de l'albumine dissoute, comme dans la dysenterie; le dépôt, ordinairement mêlé de résidus biliaires, renferme du mucus et une grande quantité de phosphate ammoniaco-magnésien cristalliséqu'on avait considéré comme caractéristique, mais qui se retrouve aussi parfois dans l'état physiologique. (G. Sée.)
Nous allons étudier maintenant les symptômes de chacune des variétés de diarrhées chroniques que nous avons admises dans le chapitre pathogdnic.
Chacune de ces diarrhées présente des symptômes
qui lui sont communs avec toutes les autres. Mais cependant les causes qui les produisent varient, et on ne peut pas dire que ces diarrhées soient toujours identiques : la diarrhée ne peut constituer une entité morbide et réclamer un seul mode de traitement. Chacun de ses types, ayant une évolution propre, a aussi un mode spécial de guérison et donne lieu à des indications thérapeutiques particulières.
Nous tâcherons d'établir les liens qui rattachent la diarrhée à la maladie principale, sa marche et les indications thérapeutiques que l'on peut tirer de sa pathogénie et de ses autres caractères.
Nous avons vu que la diarrhée chronique succédait rarement à la diarrhée aiguë. La diarrhée aiguë était survenue dans le cours d'une maladie générale, variole, fièvre typhoïde, etc., ou bien les habitudes hygiéniques mauvaises, après avoir provoqué des crises de diarrhée aiguë, avaient modifié les fonctions intestinales, de telle façon que la diarrhée chronique s'était établie petit à petit, je dirais presque à l'insu du malade.
Dans le premier cas, c'est ordinairement pendant la convalescence que la diarrhée passe à l'état sub-aigu, puis à l'état chronique. Les malades, sollicités par les besoins de la réparation , commettent souvent des écarts de régime; et leur estomac, leur intestin, toujours troubléspendant la période d'acuité, s'enflamment de nouveau. 11 suffit de quelques rechutes de ce genre pour donner à une altération dont la résolution paraissait prochaine, un caractère de fixité qui la constitue à l'état chronique. (Durand-Fardel.)
Une fois la diarrhée passée à l'état chronique, les malades présentent des symptômes qui varient beaucoup suivant l'intensité du flux diarrhéique, suivant la constitution du malade et la force de résistance qu'il présente. Notons que les différentes maladies aiguës auxquelles succède la diarrhée chronique, laissent après elles des traces très-différentes, et qu'à la suite d'une variole, par exemple, les effets généraux seront en général moins graves qu'à la suite d'une fièvre typhoïde.
Mais dans ces cas de diarrhées, l'estomac ne reste guère en dehors des troubles de la digestion intestinale : les malades présentent les symptômes d'une gastro-entérite ou d'une dyspepsie gastro-intestinale. Cependant, nous avons vu l'estomac et ses fonctions agissant très-régulièrement à la suite d'une variole ayant déterminé une diarrhée chronique qui dura deux ans. (Observation.)
La guérison peut survenir, et nous avons eu l'occasion d'en observer plusieurs casa Plombières. Lorsque la maladie n'est pas trop ancienne, les eaux de Plombières, par leur effet sédatif et calmant, amènent souvent une résolution favorable.
En général , ces diarrhées résistent aux moyens pharmaceutiques; au bout d'un certain temps, les forces s'amoindrissent, la maigreur survient, quelquefois extrême. La peau se sèche d'une manière remarquable, elle devient rugueuse, terne, froide aux extrémités, le pouls est faible. Il ne survient de fièvre qu'incidemment et sous l'influence d'accidents aigus intercurrents. Lorsque la mort doit survenir, elle ar-
rive par un affaiblissement et une émaciation graduelle, souvent sans fièvre et sans délire, ou déterminée par quelque complication inflammatoire terminale. (Durand-Fardel.)
La diarrhée chronique, par vice d'alimentation, arrive peu à peu. Tantôt les malades auront pendant longtemps ingéré des quantités d'aliments de digestion d'ailleurs facile, mais en quantité trop considérable. L'estomac sera devenu insuffisant à transformer complètement la masse alimentaire, et une partie des aliments se décomposera dans l'estomac et l'intestin, sans avoir été soumise à l'action des sucs digestifs. D'autres fois, le malade aura fait un usage, même modéré, d'aliments de digestion difficile ; ce sont, dans ce cas-là, les produits de décomposition qui naissent de leur digestion incomplète, qui irritent la muqueuse gastro-intestinale.
Certains aliments sont indigestes, parce que la forme qu'ils ont, en arrivant dans l'estomac, s'oppose à leur parfaite imbibition par le suc gastrique, c'est ce qui arrive aux individus qui mangent avec voracité, avalent sans avoir suffisamment mâché; c'est la même chose qui arrive également aux individus qui ayant perdu leurs dents, se livrent à une mastication incomplète.
Ces diarrhées affectent les mêmes caractères que l'entérite chronique. Sans être grave, elles finissent à la longue par amener des désordres considérables dans la nutrition. La dyspepsie stomacale, qui peut avoir pour terme une gastrite chronique, engendre un état de souffrance continuel, qui se propage à l'ab-
domen. De là des éructations, des borborygmes, puis enfin un état d'irritation gastro-intestinale avec tout le cortège d'accidents qui s'y rattachent. Cette forme de diarrhée serait facilement combattue si les malades voulaient s'astreindre à une alimentation modérée, appropriée à l'état de leur santé. Une médication convenable, employée à combattre la phlogose gastrointestinale, peut alors avoir de bons résultats.
L'influence palustre sur la diarrhée chronique est aujourd'hui confirmée par les observations de MM. les D" Jules Simon, Ferrand et Potain. L'influence maremmatique peut s'exercer sur l'intestin comme elle se manifeste sur la peau Elle peut suivre la marche aiguë, comme elle peut suivre la marche chronique. Tantôt la diarrhée chronique s'établit d'emblée, d'autres fois elle succède à des accès de diarrhée aiguë. Le diagnostic de la diarrhée palustre est souvent difficile. On s'en convaincra en lisant les observations de MM. J. Simon et Ferrand.
Mais si en présence d'un diarrhéique, on constate l'impuissance des médications ordinairement employées contre la diarrhée, on devra rechercher dans les antécédents du malade s'il n'a pas eu de fièvres intermittentes, ou s'il n'a pas été exposé à l'intoxication maremmatique.
Le seul fait d'avoir habité un pays à fièvre, où le séjour dans un milieu humide, à émanations telluriques, doit éveiller l'attention du médecin. Enfin le sulfate de quinine, qui dans ces cas-là produit des effets merveilleux, sert également alors à éclairer sur la nature de la maladie.
Le nombre de malades qui contractent des diarrhées chroniques dans les pays chauds est considérable. Mais les causes- qui amènent ces diarrhées sont très-complexes, en première ligne, nous n'hésitons pas à mettre l'influence palustre ; mais pour un grand nombre de cas, l'origine infectieuse n'est pas bien démontrée. L'alimentation est généralement très-épicée dans les pays chauds. Les maladies du foie y sont extrêmement fréquentes. Voilà des causes qui peuvent aussi engendrer des diarrhées chroniques.
La diarrhée urémique est le plus souvent un des signes précurseurs ou concomitants de l'urémie à forme cérébrale. C'est donc un signe important, et comme le fait remarquer M. Fournier, le médecin doit donc apprendre à les reconnaître alors qu'ils existent seuls pour en tirer des signes indicateurs, et par leur aide, prévenir, s'il le peut, les dangers qu'ils annoncent.
La diarrhée urémique, abondante, souvent colliquative, est due à l'élimination d'une grande quantité d'urée par l'intestin. L'urée versée dans le tube digestif, s'y transforme en carbonate d'ammoniaque. Ce sel produit l'irritation, la blennorrhée, le ramollissement, le catarrhe, la mortification et la destruction dysentérique des tuniques intestinales.
La résorption du carbonate d'ammoniaque contenu dans l'intestin donne lieu à une intoxication ammoniacale du sang. Cette intoxication peut également être la conséquence de la résorption directe d'une urine ammoniacale.
La diarrhée urémique apparaît au milieu d'un cortège nombreux de symptômes propres à cette intoxi-
cation. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire de l'urémie, nous renvoyons le lecteur à la thèse d'agrégation de M. Fournier.
Nous avons dit, que sans entrer dans les débats qu'a soulevé la question del'arthritisme, nous croyons pouvoir admettre d'une façon irrécusable l'existence des diarrhés chroniques de nature arthritique, en appliquant à ce mot la signification étendue que lui a donnée M. Bazin. La nature de notre sujet nous éloigne de l'étude des accès de diarrhées qui surviennent dans les accès de goutte ou bien qui alternent avec eux.
Nous avons à étudier les diarrhées chroniques qui surviennent tantôt chez les individus affectés d'arthrites goutteuses ou rhumatismales anciennes, ou bien qui surviennent chez des individus exempts de toutes manifestations articulaires, mais qui accusent dans leur passé pathologique des antécédents de rhumatisme ou de goutte. L'influence de l'arthritisme sur la diarrhée peut se manifester dès l'enfance. M. Guéneau deMussy a cité des observations de diarrhées arthritiques chez des enfants. A cet âge, on voit souvent la diarrhée remplacer des manifestations congestives soit du côté des muqueuses respiratoires, soit du coté des muqueuses du tube digestif. Souvent aussi les manifestations suivent une marche inverse.
Les membranes tégumentaires sont souvent le siège de la fluxion arthritique ; elle peut se manifester par des lésions herpétoïdes ou par des diarrhées : sueurs par la peau, catarrhes pour les membranes muqueuses » (Gueneau de Mussy).
Nous avons eu bien souvent l'occasion d'observer à Plombières des malades chez lesquels les manifestations articulaires ou tégumentaires alternaient avec de la diarrhée.
Voici un cas assez curieux de ces manifestations diverses :
Observation V.
M. X..., âgé de 33 ans, est grand, vigoureux, et habite ordinairement la campagne, où il se livre aux exercices salutaires de la chasse, de l'équitation, etc. Dés sa jeunesse, M. X... a vu souvent survenir des douleurs articulaires qui n'ont jamais duré longtemps. D'autres fois il a eu des douleurs dans les muscles du cou, des lombes, de la plenrorlynie; enfin, des troubles gastro-intestinaux, de la dyspepsie et clc la diarrhée. M. X... arriva à Plombières, le 7 juillet 1872. Il nous remet une lettre de son médecin, qui nous met au courant des faits précédents, et nous annonce en outi'e que son client est affecté d'une uréthrite qui est très-tenace, mais disparait lorsqu'il y a des douleurs articulaires ou seulement musculaires. Le malade a trouvé un affaiblissement des facultés viriles qui le préoccupe beaucoup.
M. X... est resté pendant cinq semaines à Plombières, et pendant ce temps nous avons été témoin de plusieurs de ces métastases qui sont un des phénomènes les plus remarquables que nous ayons observés chez les arthritiques. M. X..., d'un caractère très-enjoué, malgré ses souffrances, nous retraçait ses espérances et tontes ses déceptions, avec une verve étonnante. L'uréthrite était le phénomène qui le préoccupait le plus. La diarrhée avait beaucoup diminué vers la fin de son séjour, mais le malade, au lieu de s'en réjouir, n'avait en vue que la guérison de l'uréthrite et le retour vers l'état de virilité. Nous avons vu M. X... cet hiver, l'amélioration intestinale persistait. L'uréthrite, après des alternatives d'exacerbation et d'amélioration, avait disparu en ce moment (février 1873;. Les facultés viriles étaient revenues.
Ce qu'il a de plus remarquable dans cette obser-
vation, c'est la multiplicité des manifestations arthritiques, tant articulaires que vsicérales. Nous pourrions multiplier les observations de diarrhées chroniques qui sont des manifestations de l'arthritisme. Leur pronostic est moins grave que celui des diarrhées herpétiques. Elles affectent moins l'économie.
Que l'herpétisme soit une dérivation de l'arthritisme, ou qu'il constitue une diarrhée distincte, ce n'en est pas moins une cause très-fréquente de dyspepsie et de diarrhée. « On voit des diarrhées qui coïncident avec des manifestations herpétoïdes; plus souvent peut-être elles alternent;' tantôt la diarrhée succède à une affection cutanée, réprimée ou spontanément guérie, tantôt celle-ci la remplace ». (Guéneau de Mussy).
Dans nos observations nous avons vu le plus souvent la diminution et l'aggravation de l'affection intestinale coïncidant avec l'apparition ou la disparition des manifestations de l'herpétisme à la peau.
Toutes les manifestations herpétiques de l'intestin ne donnent pas lieu à de la diarrhée. En effet, la quantité de suc intestinal peut être augmentée, mais elle peut aussi être diminuée. Il en résulte tantôt de la diarrhée, tantôt de la constipation.
«De même que l'augmentation de la sécrétion des follicules muqueux intestinaux donne lieu à la diarrhée, de même la diminution de cette sécrétion produit la constipation. Le mucus intestinal est, pour ainsi dire, tout aussi essentiel à cette période de la digestion que les autres produits ; non-seulement par sa présence il favorise la progression des matières
fécales, son action est dans ce cas toute mécanique, mais encore suivant certains auteurs, il agit comme un ferment sur le contenu intestinal, il en active la décomposition. A ces deux actions, il faut en ajouter une troisième. La sécrétion intestinale devenant insuffisante, la muqueuse manque du stimulant qui lui était nécessaire pour réagir sur le plan contractile. On voit donc que la constipation due à la sécrétion insuffisante du mucus intestinal est complexe, et s'il est vrai que chacune des actions que je viens d'invoquer peut à elle seule donner lieu à ce phénomène morbide, il n'en est pas moins vrai que le plus souvent il est sous la dépendance de ces actions réunies. » (Martineau.)
C'est donc à la sécrétion exagérée des glandes qu'est due la diarrhée des herpétiques. Ce qui caractérise cette diarrhée, c'est non-seulement l'abondance de la diarrhée, mais encore l'aspect des matières évacuées qui sont séreuses, en général peu colorées, légèrement jaunâtres, d'une odeur stercorale peu prononcée. «Quelquefois les selles entraînent des matières alimentaires non digérées, ce qui tient à l'abondance de la sécrétion séreuse et à l'activité contractile de l'intestin.» (Gigot-Suard.)
Voici un exemple de diarrhée herpétique chez un malade appartenant à une famille d'arthritiques.
Observation VI.
M. X..., âgé de 66 ans, ayant eu de grands chagrins de famille dans ces dernières années, arrive à Plombières pour la première fois le 9 août 1871. Il vient nous voir le
jour même de son arrivée, et se plaint d'une diarrhée remontant à plusieurs années. Il appartient à une famille d'arthritiques. Sa sœur, usée de 71 ans, l'accompagne.
(La consultation de son médecin nous apprend qu'elle est sous le coup d'une diathèse rhumatismale dont les manifestations extérieures ont été rares et peu intenses, à l'exception d'une arthrite localisée au poignet droit, et qui a duré six mois. Le rhumatisme viscéral s'est dessiné chaque année d'une manière de plus on plus accentuée; il y eut d'abord des alternatives de diarrhée et de constipation, puis de l'hépatalgie, de la Serre. Celle-ci n'avait pas tardé à revêtir le type intermittent quotidien ou tierce, surtout depuis trois ans. La diarrhée ayant pris un caractère chronique, et affaihlissaut beaucoup la malade, elle nous est envoyée à Plombières pour combattre cotte dyscrasie. La malade s'est trouvée fort bien de sa saison , et en janvier 1873 l'amélioration s'était maintenue, et sa santé était excellente.)
Comme sa Bceur, M. X... a les entrailles extrêmement délicates. Chez lui les manifestations intestinales n'ont point snecédé à des arthrites, mais bien à des manifestations herpétiques très-accentuées, soit du côté du cuir chevelu et des oreilles, soit ailleurs. Outre l'affection intestinale, il y a une tendance marquée à l'œdème des extrémités inférieures qui ne tient à aucune affection cardiaque appréciable à nos moyens d'investigation, l'n certain allanguisseinent de toutes les facultés se manifeste depuis quelque temps. M. X..., quoique plus jeune que sa sœur de •"> à li ans, semble bien plus usé que sa sœur.
Sur les conseils de son médecin il a fait l'essai des bains de Plombières artificiels; cet essai a été suivi d'un certain degré d'amélioration et il a été envoyé à Plombières encouragé parce premier succès.
M. X... a de 6 à 12 garde-robes par jour. Elles sont toujours suivies d'un état de faiblesse extrême, et il a quelquefois perdu connaissance à la suite de ces crises. Il est souvent obligé de se mettre au lit. En outre, les soins empressés dont il est l'objet de la part de sa famille, qui voit le danger dans mille petits détails d'alimentation, ont un peu l'inconvénient de le rendre très-timoré sur l'usage des aliments. La crainte de mangerdes substances qui augmenteront sa diarrbée,
lui fait suivre un régime très-affaiblissant qui augmente encore l'anémie.
M. X... commence son traitement le 10 août 1871.
Bains très-courts pour commencer à + 33° C . Le malade se sent très-faible à la suite de ses premiers bains. Douches ascendantes. Eau des dames, en commençant par demi-verre.
Les premiers jours du traitement, le malade est très-fatigué. Il a plusieurs crises diarrhéiques qui Fépuisent. Il persiste dans son traitement. Au bout de dix jours, il n'y a pas encore de résultats appréciables. Douches Tivoli, chaudes, révulsives sur tout le corps. Cependant la fatigue des premiers jours a disparu, le malade se sent plus fort, il fait d'assez longues promenades dans le parc ou daDs les environs.
Depuis plusieurs jours la diarrhée a beaucoup diminué. Mais elle revient tout à coup à la suite d'imprudence de table faites par le malade. Au bout de vingt-cinq jours, le malade avait pris 23 bains, 10 douches Tivoli, 13 douches ascendantes et bu tous les jours l'eau de la source des Dames. L'état général était beaucoup meilleur, la diarrhée avait presque cessé, deux à trois selles par jour d'une consistance beaucoup plus liée, ses forces surtout étaient revenues et l'œdème avait presque complètement disparu.
Pendant l'hiver 1871-1872, M. X... s'est assez bien porté jusqu'à la fin de février. Quoiqu'il ne soit pas devenu aussi malade qu'avant le premier traitement à Plombières, cependant sa diarrhée est revenue vers le mois d'avril. Sur les conseils de son médecin, il revient faire une seconde saison. Il arrive à Plombières le 6 août 1872. Son état général est bien meilleur que l'année précédente. Il refait une saison de 21 jours, pendant laquelle, il eut une crise diarrhéique assez intense vers le huitième jour, puis les phénomènes s'amendèrent et le malnde partit très-content le 1 er septembre 1872. Nous avons eu de ses nouvelles cet hiver et au milieu de février 1873, il se portait fort bien. Un fait remarquable est la disparition des manifestations herpétoides, lors de l'apparition de la diarrhée. Elles ne se sont plus manifestées, même après la guérison du flux intestinal.
Nous arrivons maintenant aux diarrhées chroni-
ques syphilitiques. Nous avons dit que les travaux récents avaient démontré l'existence des lésions anatomo-pathologiques de l'intestin. Le traitement de certains cas de diarrhées chroniques par des traitements anti-syphilitiques et leurs succès prouvent assez la nature spécifique de la maladie. (Cas de Vidal, de Gros, de Gendrin).
Les travaux de Cullerier, de Virchow, de Leudet, de Lancereaux ont jeté une vive lumière sur les lésions tertiaires de l'intestin. Ces auteurs signalent l'existence d'un épaississement d'une partie plus ou moins étendue de la muqueuse gastro-intestinale : épaississement ou hypertrophie dont les caractères anatomiques paraissent indiquer une liaison plutôt qu'une simple coïncidence par rapport à l'affection syphilitique.
Fœrster, en 1863, a trouvé une dégénérescence fibroïde des glandes de Peyer, chez un enfant syphilitique qui mourut six jours après sa naissance et qui entre autres affections présentait une pneumonie tabulaire et une bronchite purulente.
M. le professeur Gosselin, dans ses Recherches surles rétrécissements syphilitiques du rectum, établit que le siège de l'altération est ordinairement à 2 ou 3 centimètres de la marge de l'anus. M. Lancereaux, dans son Atlas d'anatomic pathologique cite l'observation d'une femme atteinte de syphilis et qui fut soignée à la Charité et à l'Hôtel-Dieu pour des douleurs vagues de l'abdomen et des reins, accompagnées précédemment de constipation, puis d'une diarrhée continue. On constata à 2 centimètres au
dessus de l'anus, la présence d'un bourrelet dur, inégal, mamelonné. La malade ayant succombé on constata à l'autopsie, une altération du rectum, d'une étendue de 12 centimètres environ; la muqueuse était presque entièrement détruite. 11 existait des bandelettes fibreuses au milieu des tuniques sousjacentes hypertrophiées, qui constituaient une espèce de feutrage analogue à celui d'une vessie à colonnes. Le vagin communiquait avec le rectum par deux trajets fistuleux. Ainsi, dans ce fait, comme dans ceux du professeur Gosselin, les altérations sont les mêmes. Rétrécissement fibreux du rectum, ulcères et trajets fistuleux.
« Mais en outre, comme cette altération ne se rencontre que chez des individus affectés d'accidents vénériens, il en résulte qu'elle doit être regardée comme une lésion spéciale, conséquence d'une irritation déterminée, soit par le contact du pus blennorrhagique, soit par la présence du virus chancreux. » (Lancereaux.)
Mais il est des cas où la diarrhée survenant dans le cours d'une syphilis viscérale n'est passous l'influence de lésions intestinales, mais dépend d'une modification de quelqu'autres viscères et du foie en particulier. Nous avons vu que les maladies du foie, par le trouble qu'elles apportent à la circulation de l'intestin, étaient une cause fréquente de diarrhée.
Les symptômes d'une diarrhée syphilitique n'ont aucun caractère spécial. « Des alternatives de diarrhée et de constipation, plus souvent une diarrhée jaunâtre, quelquefois sanguinolente ou dysentéri-
84 CH APITUE IV.
forme, des coliques vives, tels sont, avec un dépérissement graduel et une cachexie de plus en plus profonde, les principaux symptômes qu'accuse la souffrance de l'intestin. (Lancereaux)
Nous le répétons, la diarrhée sj-philitique n'a pas de caractère spécial, c'est principalement sur les manifestations antécédentes ou concomitantes que doit reposer le diagnostic. Cependant la diarrhée survenant dans le cours d'une syphilis peut aussi avoir pour cause des lésions des organes hémopoiétique.
La marche de la syphilis intestinale est ordinairement lente, la durée est longue. La mort survient le plus souvent par suite de l'effet du marasme dû à la diarrhée (ou au rétrécissement du rectum) , plus souvent encore d'affections concomitantes ou de complications.
La guérison peut survenir quand la nature de la maladie étant reconnue, on peut diriger contre elle un traitement approprié, comme dans les cas de Vidal, Gendrin et Gros.
Voici l'observation de M. Léon Gros.
Observation VII.
Victorine P..., âgée de 25 ans, entre à l'Hôtel-Dieu, service .li' M. le professeur Trousseau le 15 décembre 1856. Bonne santé habituelle, sauf de fréquentes migraines; leucorrhée depuis l'âge de 18 ans. En octobre 1856, écoulement verdâtre par la vulve, douleurs vives en urinant ; elle affirme n'avoir eu ni chancres ni bubons. .1 la même époque s'établit une diarrhée qui résista à tous les moyens. Deux mois après, fièvre intermittente qui, d'abord quotidienne, devint tierce et dura cinq mois. La diarrhée persista pendant treize moins, se compliquant de Iientérie, de gastralgie, de vomissements, de dys-
pepsie, d'amaigrissement; elle résista à une foule de remèdes, entre autres à l'acide ehlorbydrique qui, au début, avait paru réussir, et ne céda qu'au traitement mercuiïel.
Dix mois après son entrée à l'hôpital, dos douleurs névralgiques se manifestèrent dans les tempes, s'accompagnant d'une excessive sensibilité du cuir chevelu et s'exaspérant notablement pendant la nuit, au point d'empêcher le sommeil. Peu après, la malade accuse des douleurs dans les jambes, dans la profondeur des os, douleurs vives surtout pendant la nuit, mais augmentant autant sous l'influence du froid que sous celle de la chaleur. Quatre mois plus tard apparurent des tumeurs sur les deux tibias, sur le radius droit, puis sur l'humérus gauche ; cette dernière existe encore aujourd'hui. La liqueur de Van-Swieten, donnée pendant douze jours, ne fut pas supportée ; il en fut de même de plusieurs autres préparations mercurielles. Enfin, depuis trois mois, la malade prend «les bains de Sublimé qui calmèrent promptement tous les symptômes.
Aujourd'hui 20 juillet 1858, l'état général est excellent, la diarrhée n'existe plus, les douleurs de tète et les douleurs ostéocopes des membres ont disparu depuis longtemps, les tumeurs gommeuses se sont effacées, à l'exception de celle de l'humérus gauche, qui est encore douloureuse à la pression. La malade accuse un peu de faiblesse dans les jambes; elle se fatigue vite par la marche ou la station debout.
7 août. Je revois la malade, qui continue toujours ses bains ; le mieux se soutient; il y a encore quelques douleurs ostéoscopes nocturnes dans le bras gauche, provoquées par la tumeur qui tend au ramollissement; malgré cela le sommeil est tranquille. Frictions belladonnées sur le bras gauche.
Le 21. La tumeur de l'humérus gauche a considérablement diminué; la malade accuse de la raideur et des douleurs dans le creux du jarret droit, et on constate un peu de rétraction musculaire et tendineuse des muscles fléchisseurs de la jambe. L'état général est du reste excellent.
15 septembre. Une vaste ulcération syphilitique existe sur le mollet droit (gomme ulcérée); on continue le traitement par les bains de Sublimé.
86 CHAPITRE iv.
■15 octobre. L'ulcération esl cicatrisée; la tumeur d<i|bras gauche est dissipée; la santé générale de la malade est excellente.
Le 13 novembre, la malade quitte l'iionital complètement guérie. (Léou Gros).
La diarrhée tuberculeuse est parfaitement connue depuis longtemps déjà. L'importance de la diarrhée au point de vue du pronostic n'avait pas échappé aux cliniciens, et Chomel avait formulé cette loi, que la diarrhée chronique avec fièvre et sueurs nocturnes est un signe à peu p'rès certain de tuberculisation. Trousseau, dans ses leçons de cliniques de l'Hôtel-Dieu, à insisté sur l'importance pronostique de la diarrhée chronique compliquée de fièvres et de sueurs nocturnes. « Quand, principalement chez des adolescents, vous aurez à traiter une diarrhée chronique compliquée de fièvre et de sueurs nocturnes, faites vos réserves. Ne vous attendez pas à en devenir facilement maître; ou s'il vous arrive de la modérer, de la modifier, ne comptez pas sur une amélioration de trop longue durée, gardez-vous de faire passer dans l'esprit des familles des espérances que vous ne sauriez partager. Le plus souvent, pour ne pas dire toujours, la diathèse tuberculeuse est en jeu ; dans un temps plus ou moins rapproché, elle fera explosion et les malades succomberont. Ainsi prévenus, vous ne serez pas exposés à de fâcheux mécomptes.
Lorsque vous aurez épuisé tout votre arsenal thérapeutique, vous ne vous étonnerez pas d'avoir vu vos efforts échouer contre un mal incurable de sa nature.» Trousseau.)
Nous ne nous arrêterons pas sur la valeur séméiologique de la diarrhée tuberculeuse, elle est suffisamment connue, il est inutile d'insister davantage.
Quant aux diarrhées des scrofuleux,des cancéreux et celles qui se montrent à la fin des maladies chroniques invétérée et dans les cachexies, nous n'insisterons pas sur leur symptomatologie qui n'offre du reste d'autre point intéressant à noter que leur ténacité même et leur résistance à tous nos moyens de traitement. Elles constituent un accident ultime et viennent mettre un terme à la scène pathologique.
Nous avons vu que les maladies du foie du cœur et des poumons qui apportent un obstacle à la circulation de la veine porte, en hyperémiant la muqueuse, amenaient des diarrhées très-opiniàtres.
Un autre fait vient aussi favoriser ces diarrhées, c'est l'appauvrissement du sang. « Ces diarrhées dites colliquatives, paraissent dépendre de la transsudation plus facile et plus abondante du sérum des capillaires intestinaux devenus plus pauvres en albumine; et l'on pourrait les comparer à l'augmentation de la transsudation du sérurrî dans le tissu conjonctif sous-cutané chez les tuberculeux et les individus atteints d'autres maladies épuisantes. Dans la maladie de Bright, où le sang est encore plus dépourvu d'albumine, et où l'anasarque est encore plus fréquente que dans la phthisie pulmonaire, ces diarrhées colliquatives se montrent aussi plus communément encore que dans cette dernière maladie. » (Niemeyer).
Les diarrhées nerveuses ou nervo-motrices sont très-fréquentes. Nous avons souvent vu à Plombières
des malades essentiellement nerveux, dont la diarrhée devait être rattachée à l'influence du système nerveux. Cette influence explique pourquoi les enfants et les personnes faibles, les femmes par exemple, sont souvent atteintes de diarrhée chronique.
Sous le coup d'une émotion, il survient une diarrhée soudaine. L'ingestion d'un nouveau repas provoque une garde-robe où le repas précédent est rendu, par suite en quelque sorte de surcharge. M. Gueneau de Mussy a vu des névropathiques qui avaient de la diarrhée, si elles ne restaient pas couchées après leur repas. Il semble que, dans ce cas, il y ait une incitabilité exagérée du muscles intestinal, que le moindre mouvement met en jeu.
L'action sédative des eaux de Plombières nous a réussi dans un certain nombre de cas de diarrhée essentiellement sous la dépendance du sytème nerveux.