‹ Des différences individuelles de la réfraction de l'oeil [electronic resource]Chapitre 15 sur 18 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

APHAKIE.

Avant de quitter tout à fait le sujet de l'hypermétropie, nous devons nous occuper encore d'un état que nous avons déjà mentionné comme une des causes de l'hypermétropie, à savoir, l'absence du cristallin.

Pour désigner cet état, Donders a introduit dans la science le mot de aphakie (à privatif, et (paxo; , lentille). A proprement parler, pour que l' aphakie existe, il faudrait qu'un œil fût complètement dépourvu de cristallin, comme cela arrive après l'extraction de la cataracte. Cependant Donders a généralisé davantage cette idée, et il admet encore l' aphakie dans les cas de luxation ou de dépression du cristallin, toutes les fois qVLil ne fait plus partie du système dioplrique.

Le cristallin, tel qu'il est situé à l'intérieur de l'œil, exerce, comme de nombreux cas l'ont démontré, sur la distance du foyer postérieur une influence à peu près égale à celle qu'aurait sur les rayons qui frappent l'œil une lentille idéale excessivement mince et de 3" de distance focale, placée immédiatement au devant de la cornée.

Si avant l' aphakie l'œil était myope, ce verre devrait être plus faible. Ainsi tout dernièrement Donders vit chez un vieil-

lard, après l'opération de la cataracte, des verres de l être tout

à fait suffisants, et dans un autre cas même, une femme, âgée

de 36 ans, pouvait, après l'opération, lire avec un verre de ^

Ces deux individus voyaient après l'opération, et sans le secours d'aucun verre, beaucoup mieux à de grandes distances qu'ils n'avaient jamais vu auparavant.

Des cas pareils confirment encore ce que nous avons dit précédemment sur la myopie, à savoir qu'elle ne tient pas à une forme particulière du cristallin, et comme la convexité de la cornée est sensiblement la même dans les cas de myopie que dans les yeux normaux, nous en concluons que la myopie dépend de la longueur de l'axe optique.

Voyons maintenant quelle serait ici l'influence des verres sur la vision. Nous commencerons d'abord par déterminer le degré de l'hypermétropie, c'est-à-dire par rechercher quelle lentille fait que les rayons parallèles se croisent sur la rétine. Comme nous l'avons dit plus haut, il faut ordinairement remplacer le cristallin par une lentille de ^ ou mieux — , car nous ne la

maintenons jamais immédiatement devant la cornée, mais ordinairement à 1/2" en avant de l'œil.

Si maintenant nous voulons savoir quelle lentille serait nécessaire pour la vision distincte à une distance, par exeuiple, de 12", nous n'avons qu'à ajouter à la première lentille une seconde qui donnerait une direction parallèle aux rayons qui émanent de ce point, et cette seconde lentille est = ^. Nous aurons donc pour la vision à 12" :

Mais, comme nous ne possédons pas de lentilles pareilles, qui répondent exactement à ce que nous pourrions désirer, nous devons nous poser la question différemment, en prenant pour quantité connue les lentilles dont nous pouvons disposer, et nous demander alors à quelle distance la vision sera distincte avec des lentilles =\, ! est toujours le degré d'hypermétropie), et cela se trouve par la formule :

/j8 différences individuelles

n étant = distance de la vision distincte. f = distance focale de la lentille dont on veut déterminer l'action.

/ = distance focale de la lentille qui neutralise l'hypermétropie.

Calculons, par exemple, pour une lentille de ~r Nous aurons :

2 1/2X3 1/2 " 3 1/2 — 2 Iji

Mais il faut encore ici tenir compte de la distance du verre de l'œil k et trouver ainsi la véritable distance m! de la vision distincte :

k étant admis = 1/2", nous aurons :

Avec une lentille de — la distance de la vision distincte serait donc à 9 1/4". On trouvera par un calcul analogue qu'une lentille de \ permet de voir à 21 1/2", et une de \ à environ 5 1/6".

Dans les calculs que nous venons de faire, nous avons admis que, dans les cas cl'aphakie, l'accommodation était complètement nulle. Thomas Young déjà a admis ce fait comme probable, et de Graefe a trouvé qu'il en restait une faible trace. Donders a démontré que même cette trace d'accommodation a disparu, et nous devons ici faire connaître la méthode qu'il a suivie pour arriver à ce résultat. Il choisit pour cela un jeune homme dont l'acuité de la vision ne laissait rien à désirer. Il avait eu une cataracte congénitale et avait été opéré avec un plein succès sur les deux yeux. Avec des verres de \ placés h h1" en avant de l'œil, il voyait rond et parfaitement net un petit point lumineux situé à une grande distance. A quelque distance de l'œil et dans la direction de la lumière se trouvait un point de mire fixe. Si maintenant, en faisant converger ses axes optiques, ce jeune homme regardait fixement le point de mire avec un seul œil, l'autre œil couvert par un écran, ce point lumineux ne subissait aucun changement ou devenait tout au plus

une idée plus petit et plus net. Mais dès que l'on éloignait la lentille, ou la rapprochait de l'œil seulement de 1/4'", le point lumineux se changeait en une petite ligne et même en faisant les plus grands elïbrts pour le voir distinctement, il ne pouvait y arriver; et en convergeant alors, de manière à regarderie point de mire, la ligne lumineuse diminuait de longueur sans cependant qu'il puisse jamais la voir comme un point. Les changements dans la grandeur et la forme apparente du point lumineux étaient dus aux dimensions de la pupille dont on constata les variations. — Le même essai fut fait sur les deux yeux avec un même résultat.

Dans un autre cas examiné de la même manière, Donders arriva à des résultats identiques; mais il constata en outre que, lorsqu'un point lumineux était vu distinctement à une grande distance par une lentille connue, il cessait d'être net, si l'on ajoutait à cette lentille un verre de + ^ ou — Par + ^ le point lumineux se changeait constamment en une ligne courte et verticale (1), tandis que, avec — ~, la direction de la ligne était horizontale. Et ici la convergence des axes et tous les efforts pour voir de près n'avaient aucune influence. // n'existait donc aucune accommodation. On pourrait conclure de ce fait que, pour voir distinctement à des distances différentes, une personne atteinte d'aphakie aurait • besoin , pour chaque distance, d'un verre différent. Heureusement ce n'est pas le cas, car il existe une accommodation artificielle et qui consiste simplement à modifier la distance entre l'œil et la lentille.

Nous n'avons pas à entrer ici dans de plus amples détails.

Ajoutons seulement que, si une lentille + 5^ à 1/2" de l'œil

neutralise l'hypermétropie, la même lentille à 1" accommodera l'œil pour 29" à 1 1/2" pour 16 1/4", etc.

Ou bien, si un verre de + \ à 1/2" de l'œil est nécessaire pour de grandes distances, le même verre à 1" accommodera l'œil pour 22", à 1 1/2" pour 13 1/2", c'est-à-dire à une distance qui suffit très-bien pour la lecture.

Cependant il vaut mieux, en général, dans les cas d'aphakie,

(1) La forme linéaire qu'affectent ici les cercles de dispersion tient à la différence des rayons de courbure de la cornée dans les différents méridiens. A ce sujet, nous renvoyons au chapitre suivant, où il sera question de l'astigmatisme.

donner deux verres différents', l'un pour les grandes distances et l'autre pour les objets rapprochés, et de cette manière chaque verre se chargera, si je puis m'exprimer ainsi, de la moitié de l'accommodation, sans pour cela avoir besoin de changer autant sa position par rapport à l'œil.

Page 1