CHAPITRE X
ASTIGMATISME.
Si l'œil était un appareil d'optique aussi complet qu'on a bien voulu l'admettre quelquefois, nous pourrions considérer notre tâche comme accomplie, mais comme cela n'est point le cas, nous devons, pour ne rien négliger de ce qui a trait à la réfraction, ajouter quelques mots sur les irrégularités que l'on peut observer dans la formation sur notre rétine des images des objets extérieurs. — Les lentilles sphériques ordinaires, composées d'une seule espèce de verre, présentent, comme Qn le sait, une double aberration. D'abord la distance focale n'est pas égale pour des rayons des diverses couleurs du spectre (longueur des ondulations). Les rayons qui émanent de l'extrémité violette du spectre se réunissent plus tôt que ceux de l'extrémité rouge. C'est là ce qu'on a désigné sous le nom d' 'aberration chromatique. — En second lieu, les rayons lumineux homogènes qui sont réfractés par les bords d'une lentille sphérique se réunissent également plus vite que ceux qui passent près de l'axe : c'est là Y aberration spJiériqne.
Dans nos instruments d'optique, l'on peut éliminer ces deux aberrations ou tout au moins les réduire à un minimum au moyen de combinaisons de différents verres, etc., auxquelles on a donné le nom de systèmes aplanatiques.
L'observation attentive a démontré que l'aberration chromatique existe dans l'œil, quoique cependant elle n'ait presque aucune influence sur la netteté de la vision. L'aberration sphérique ne saurait exister, vu que l'œil n'a aucune surface parfaitement sphériqne, mais l'on a appris à connaître dans l'œil une troisième aberration qui dépend de la forme particulière et de la position des surfaces courbes. Comme elle exerce son
influence sur la lumière homogène, monochromatique, Ilehnholtz l'a appelée aberration monochromatiqile (1).
Cette aberration n'est nullement symétrique, dépend de l'irrégularité des surlaces réfringentes, et diffère d'un œil à l'autre. Thomas Young avait déjà reconnu que les rayons homocentriques (qui partent d'un point ou convergent en un point) ne se réunissent jamais dans l'œil en un point unique. C'est ce fait que les auteurs anglais ont désigné sous le nom d' astigmatisme (à privatif, et (my|/,a, de «m'Cco, pungo). Dans l'œil normal, l'astigmatisme est assez faible pour ne nuire que peu à la netteté de la vision, mais il peut par diverses causes devenir assez considérable pour apporter à la vision des troubles réels, aussi ne saurions-nous le passer sous silence. Nous examinerons successivement Y astigmatisme normal et X astigmatisme anormal.