I. — Astigmatisme normal
Young avait déjà énoncé que les rayons qui divergent dans différents plans ne sont point réfractés au même degré. En effet, les rayons qui frappent la cornée dans un plan vertical se réunissent ordinairement plus vite que ceux qui la frappent dans un plan horizontal (Young a observé le contraire sur sa propre personne; mais, loin d'être la règle, comme il l'avait cru, c'est là une assez rare exception). 11 en résulte que pour des lignes horizontales le point 7? est plus rapproché que pour des lignes verticales. C'est ce que l'on constate toujours au moyen de l'optomètre, ou mieux encore, comme l'a fait Donders, en examinant la forme des cercles de dispersion qui entourent un point lumineux, et en la comparant à celle de la pupille (à l'œil nu ou avec des verres très-faibles etc., après avoir paralysé l'accommodation). Sturm a donné la théorie de la réfraction par une surface courbe dont les divers méridiens présentent un rayon de courbure différent. Ceci existe réellement dans l'œil, mais il a commis une erreur en admettant que ce seul fait permettait à l'œil de se passer d'accommodation. — Ne pouvant ici faire un traité in extenso sur l'aberration monochromatique, nous devons nous contenter de signaler ces faits démontrés par l'expérimentation la plus rigoureuse.
(1) Voir uussi Nederl. Laticel, 2° aiiiio. D. II, p. 433 et 53û.
Ajoutons que la cornée peut avoir une influence certaine. Knapp l'a prouvé par des mensurations exactes au moyen de rophthalmoïïiètre, et Donders a établi ce fait d'une manière irrécusable, en prouvant qu'il existait encore de l'astigmatisme dans les cas d'aphakie. Mais l'astigmatisme est beaucoup plus compliqué en présence du cristallin ; c'est alors seulement que nous rencontrons la polyopie monoculaire et les divers phénomènes entoptiques. L'action du cristallin est ici hors de doute, car ni la polyopie ni ces phénomènes entoptiques ne disparaissent lorsqu'on les examine la cornée plongée dans l'eau, tandis qu'ils n'existent plus dans les cas d'aphakie. — Ne pouvant entrer dans de plus amples détails sur ce sujet si compliqué, nous sommes forcé de renvoyer ceux de nos lecteurs qui désireraient l'approfondir davantage aux travaux de Fick(l), dé Helmholtz (2), de Listing (3) et de Donders (h). Il nous suffira de savoir qu'il y a trois ordres de phénomènes qui tous dépendent delà réfraction inégale des divers segments du cristallin, et cela est démontré de la manière la plus rigoureuse; à savoir, les lignes blanches du spectre entoptique, les rayons que présentent les petits points lumineux pour lesquels on n'est pas exactement accommodé, comme, par exemple, les myopes voient les étoiles, et la polyopie monoculaire (5). C'est là l'astigmatisme normal. La vision en souffre peu, surtout si l'on fait usage des deux yeux; mais il n'en est pas de même de l'astigmatisme anormal.