‹ Des différences individuelles de la réfraction de l'oeil [electronic resource]Chapitre 3 sur 18 · ANOMALIES · texte numérisé non relu

ANOMALIES

La vision normale exige trois conditions principales :

1° Transparence complète des milieux de l'œil ;

2° Production d'une image sur la surface antérieure de la couche des bâtonnets de la rétine (réfraction normale) ;

3° Intégrité de l'appareil nerveux optique qui doit transmettre au cerveau l'impression produite par cette image. .

C'est cette image que nous projetons au dehors et que nous voyons lorsque nous croyons apercevoir un objet.

Si l'une ou l'autre de ces conditions n'est, pas remplie, il en résulte des troubles de la vision .

Il va sans dire que toutes les opacités que nous rencontrons dans les milieux transparents de l'œil, opacités de la cornée, cataracte, etc. , peuvent arrêter les rayons lumineux et empêcher ainsi la production de l'image.

Mais en outre, indépendamment de l'arrêt d'une partie des rayons, ceux qui entrent dans l'œil ne subissent pas tous une réfraction régulière, mais sont dispersés dans tous les sens, et il en résulte une lumière diffuse. C'est pourquoi, dans la plupart des obscurcissements, les troubles de la vue tiennent beaucoup plus aux rayons qui traversent ces opacités qu'à ceux qui sont ou réfléchis ou absorbés.

C'est en partant de ce principe que Donders a, comme on le sait, recommandé l'emploi des lunettes sténopéiques (Voir Arehiv fur Ophth., Bd. I, p. 251) ; mais lorsque, en présence de milieux transparents, l'image d'un objet situé dans les limites de la vision physiologique se produit, mais se produit en avant ou en arrière de la surface antérieure de la rétine, ou lorsque des irrégularités dans les courbures des différentes surfaces empêchent la formation d'une image nette, nous avons affaire à une anomalie de la réfraction ou de l'accommodation.

Enfin, si c'est la deuxième condition qui vient à manquer, si c'est à cause d'une affection de la rétine, du nerf optique ou du cerveau que nous cessons de projeter au dehors l'image

produite sur la rétine, nous avons une maladie qui rentre dans la classe des amblyopics ou des amauroses.

Toutes les anomalies de la vision appartiennent à l'une ou à l'autre de ces trois catégories.

Laissons maintenant de côté les premières et les dernières de ces anomalies pour revenir au chapitre que nous voulons étudier, à savoir la réfraction.

Dans l'œil en repos, l'image d'un objet éloigné peut se projeter sur la surface antérieure de la couche des bâtonnets de la rétine : c'est là l'œil normal, l'œil idéal. Ces yeux-là ne se rencontrent point si souvent qu'on pourrait le croire. Souvent, au contraire, les rayons parallèles qu'envoie à l'œil un objet éloigné ont toujours dans l'œil en repos leur point de réunion en avant, très-fréquemment aussi en arrière de la rétine, ou, pour exprimer autrement cette même pensée, il faudra, pour que dans le premier cas l'image se produise sur la rétine, faire par des moyens artificiels que les rayons arrivent sur l'œil en divergeant ; dans le second cas, en convergeant. La première de ces anomalies est connue depuis longtemps sous le nom de myopie; la seconde n'est bien étudiée que depuis peu, c'est elle que l'on a improprement désignée sous le nom de hyperpresbyopie.

Ici nous devons nous arrêter quelques instants pour bien fixer la terminologie. L'expression « hyperpresbyopie » ne saurait être conservée ; en effet, nous verrons par la suite que cet état n'est point une excessive presbyopie, et qu'un œil peut être hyperpresbyope sans être le moins du monde presbyope. Tout le monde est maintenant d'accord sur ce point. C'est pour éviter la confusion que cette fausse dénomination ne devait pas manquer d'amener que, à la suite d'une discussion élevée au sein du dernier congrès ophthalmologique de Heidelberg, on introduisit dans la science la dénomination de hyperopic. (Si nous ne nous trompons, c'est à Helmholtz et à de Graefe que l'on doit cette expression. ) Cette dénomination vient de nouveau d'être changée par le professeur Donders, et cela d'abord parce que, à proprement parler, elle n'est pas tout à fait exacte, puis parce qu'il manquait d'expression correspondante pour désigner l'état de réfraction de l'œil normal.

Prenant alors pour point de départ, ou, si je puis m'exprimer ainsi, pour mesure le point le plus éloigné de la vision dis-

DE LA llfiKRACTION DE L'OEIL.

tincte, il appelle emmétrope (de é'^^sTpoç, modum tenens, et (o<|>, oculus) l'œil pour lequel, dans l'état de repos, ce point le plus éloigné de la vision distincte est situé à l'infini, c'està-dire l'œil qui est adapté pour des rayons parallèles, l'œil normal.

Tout œil qui dévie de cet état physiologique est amé- Irope (a privatif, (Jtirpov, <o^) , et ici nous avons affaire aussi bien à l'œil myope qu'à l'œil hyperope, auxquels maintenant, pour les faire rentrer dans la classification indiquée ci-dessus, nous devons appliquer les noms de brackymâlrope et de hypermétrope. (L'expression « myopie » peut toutefois être conservée, car ayant toujours été appliquée à un même état bien défini, elle ne saurait causer aucune confusion. )

Le grand avantage qu'il y a à prendre pour point de départ et de comparaison le point le plus éloigné de la vision distincte est facile à saisir. En effet, nous avons dans l'infini, c'est-à-dire dans la distance de laquelle un objet envoie des rayons parallèles , une mesure , un point de départ fixe et constant qui manque complètement lorsque l'on base la classification et l'étude des différents cas sur la distance du point le plus rapproché de la vision distincte. Ici nous ne trouvons ni dans l'état de l'œil, ni dans la direction des rayons, un point fixe et invariable tel qu'il est nécessaire, si l'on ne veut pas obtenir une classification arbitraire. Mais, même pour l'œil myope ou l'œil hypermétrope, chez lesquels, comme nous le verrons dans la suite, nous n'avons pas affaire à des rayons parallèles , nous aurons un véritable avantage à ramener tout d'abord l'œil à l'état emmétrope en l'armant de verres appropriés, car ainsi nous pourrons examiner l'œil en repos et nous éviterons les nombreuses erreurs qui ont entaché tous les résultats obtenus en partant du point le plus rapproché de la vision distincte , erreurs dues à ce que l'on n'a point ici séparé la réfraction et l'accommodation, qui cependant doivent nécessairement être considérées séparément. Ceci nous conduit, avant de passer à l'étude des différences de réfraction, à dire quelques mots de l'accommodation.

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