‹ Des différences individuelles de la réfraction de l'oeil [electronic resource]Chapitre 4 sur 18 · ACCOMMODATION · texte numérisé non relu

ACCOMMODATION

Nous avons parlé du point le plus éloigné et du point le plus rapproché de la vision distincte (désonnais, pour éviter les répétitions inutiles, nous désignerons toujours le premier par r, remotissimum, et le second par p, proximum). Mais il est clair que l'œil peut s'adapter pour tout objet situé entre ces deux points extrêmes. C'est la distance entre p et r que l'on a appelée champ d'accommodation, expression que nous remplacerons par celle plus exacte de latitude de l'accommodation. Il s'agit maintenant de trouver une expression, une valeur numérique pour cette latitude, afin de comparer entre eux les différents yeux. Nous savons, grâce aux recherches de Cramer et de Helmholtz, que l'accommodation pour les différentes distances dépend entièrement d'un changement dans la courbure du cristallin, par conséquent dans la réfraction totale de cet organe ( phakoïdoscope, etc.). Or il est évident que nous pouvons maintenant remplacer ces changements du cristallin par une lentille additionnelle, et que la valeur de cette lentille sera l'expression numérique de la latitude de l'accommodation. Cette valeur numérique sera toujours exprimée par une fraction = -, comme du reste les physiciens le font pour les lentilles en général, car l'action d'une lentille est toujours en raison inverse de sa distance focale. C'est ainsi, par exemple, qu'une lentille de 3 pouces de foyer aura une valeur double d'une lentille dont

la distance focale serait à 6 pouces, j (= |) sera donc l'expression de la première lentille, tandis que \ désignera la seconde.

Ajoutons, en passant, que c'est pour ne pas avoir tenu compte de ce fait, admis cependant par tous les physiciens, que l'expression d'une lentille ne saurait être autre qu'une fraction dont le dénominateur est donné par la distance focale (exprimée jusqu'ici toujours en pouces de Paris), que c'est pour cela, dis-je , que dans la plupart des ouvrages d'ophthalmologie

nous rencontrons sur la latitude de l'accommodation des données parfaitement inexactes.

Pour donner aux rayons qui émanent de p une direction telle que s'ils venaient de r, il faudra une lentille de - — - = -.

Cette lentille additionnelle ^ sera donc la valeur numérique de la latitude de l'accommodation que nous désignerons dorénavant simplement par A.

Un ou deux exemples suffiront pour faire saisir notre pensée. Soit la distance du points = h" (de Paris), celle de r = \1" ',

nous aurons A (latit. de l'accomm.) = 4 — k ou A = L Soit maintenant le point r à l'infini, le point p à 3", nous aurons :

Dans le premier exemple, la latitude de l'accommodation est représentée par une lentille de 6", dans le second par une de 3" de distance focale.

L'on peut aussi représenter d'une manière schématique la latitude de l'accommodation par des lignes dont la longueur sera l'expression de la valeur de cette latitude ; le commencement de la ligne indiquant le point p, et l'autre extrémité de cette même ligne le point r.

C'est ce que représente le tableau ci-après (tableau I). Ici les chiffres situés au haut des colonnes indiquent (toujours exprimées en pouces) les distances d'où partent les rayons qui, arrivant dans l'œil, se réunissent sur la rétine. Depuis 2" jusqu'à l'co , ils sont l'expression de distances véritables (c'est-àdire les rayons qui partent de ces différents points frappent l'œil en divergeant) ; l'oo désigne le point d'où partent les rayons parallèles. Au delà de ce point, les chiffres n'indiquent plus des distances véritables, mais sont l'expression correspondante de la convergence des rayons ; ils expriment donc la distance vers laquelle ces mômes rayons convergent en arrière du centre optique de l'œil.

La distance qui sépare deux lignes verticales correspond à ^ d'accommodation. En effet, en partant de l'infini, les nombres se suivent dans l'ordre suivant : 24, 12, 8, 6, 4|, etc., etc.

DII'FÉHENCES INDIVIDUELLES

IjllX

o/2Zi

Les lignes horizontales qui représentent la latitude de l'accommodation ne désignent pas seulement les deux points extrêmes (indiqués par les points qui correspondent au commencement et à la fin de chaque ligne) , mais la longueur de ces lignes exprimant la valeur graphique de cette accommodation, elles peuvent être comparées les unes avec les autres.

La colonne au haut de laquelle se trouve A, indique les diverses latitudes de l'accommodation.

Il n'est pas nécessaire de faire sentir tout l'avantage pratique qui ressort de ce tableau schématique de la mensuration de l'accommodation.

(1) On trouve aussi en partant de la lr8 ligne verticale (1/2 — 1/2 ) = - 1/2 i ) = (l/2f- 1/2 |) = ( 1/2 f - 1/3 ) = ( 1/3 - 1/3 f ) = (1/3 f - 1/4) = (V4 - m) = ( l/H - 1/6) = ( 1/6 - 1/8) = ( 1/8 - 1/12) = (1/12 - 1/24) = ( 1/24 — l/jo)- Chacune de ces expressions = 1/24.

DII'KÉÏIENCES INDIVIDUELLES

Tout ce que nous venons de dire sur l'accommodation reposait sur le fait, que nous avons admis comme parfaitement démontré et acquis à la science, que l'accommodation dépend en entier d'un changement dans la forme du cristallin. En effet, au moyen d'instruments admirables ( ophthalmomètre , phakoïdoscope), Helmholtz et Cramer ont démontré d'une manière indubitable ces changements de forme du cristallin, et nous ont même fourni le moyen de les mesurer exactement. M. Knapp a trouvé tout dernièrement que la valeur numérique de la latitude de l'accommodation, telle qu'il l'a calculée d'après les variations observées dans la forme du cristallin, ne diffère pas sensiblement de la latitude que l'on avait déterminée directement chez les mêmes individus, au moyen de la méthode de Donders que nous venons de décrire. — Voici donc un nouveau fait acquis à la physiologie, à savoir que Y accommodation est due tout entière à des changements intraoculaires qui ne sont nullement sous la dépendance des muscles externes de l'œil, et non, comme on l'a si souvent admis, à un changement de forme du globe oculaire entier sous l'influence de ces muscles externes. A l'appui de ce même fait, nous pouvons encore ajouter qu'il vient d'être prouvé que l'accommodation est parfaitement nulle dans les cas d'absence du cristallin (ainsi après l'extraction de la cataracte, etc., etc.). Nous aurons plus tard à revenir sur ce point. Ajoutons encore que l'on connaît de nombreux cas de paralysie de l'accommodation, et que nous pouvons même produire artificiellement cette paralysie partielle ou totale par l'instillation de l'atropine, et que toujours, dans ces cas, lors même que les muscles externes de l'œil sont parfaitement intacts, l'accommodation diminue ou cesse même entièrement.

Nous savons donc en quoi consiste l'accommodation ; mais le mécanisme qui la produit, nous ne le connaissons pas encore suffisamment. Nous n'avons pas à nous occuper ici des diverses hypothèses émises sur ce sujet. Il suffit de s'en tenir à ce fait démontré, que le changement du cristallin est dû à l'action d'un système de fibres contractiles situées à l'intérieur de l'œil.

L'accommodation est donc parfaitement distincte de la réfraction et n'a rien de commun avec elle. Nous devons ici insister tout particulièrement sur la nécessité d'une séparation

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absolue de ces deux idées, car jusqu'ici on en a tenu trop peu de compte, et c'est à ce fait que nous sommes redevables d'un grand nombre d'erreurs qui, aujourd'hui encore, ont cours dans la science. La réfraction est un état de l'œil, et ce sont des anomalies de cet état que nous avons appelées myopie et hypermétropie, tandis que l'accommodation est une fonction, une action, musculaire, si je puis m'exprimer ainsi, et, par conséquent, nous pourrons rencontrer ici les mêmes troubles fonctionnels que nous observons clans d'autres organes musculaires, à savoir la paralysie et les spasmes. La plus grande erreur qui repose sur cette confusion de la réfraction et de l'accommodation consiste à considérer la presbyopie comme l'opposé de la myopie. Ce n'est pas ici le lieu de réfuter cette idée erronée , nous devons auparavant élucider plusieurs autres questions ; mais nous aurons par la suite l'occasion de démontrer que le premier de ces états dépend de l'accommodation, et le second de la réfraction de l'œil, et, par conséquent, ne sauraient être mis en regard l'un de l'autre.

Passons maintenant à l'étude de la myopie.

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