MYOPIE
Nous rencontrons la myopie à des degrés très-différents. L'expression numérique de toutes ces diverses myopies sera toujours ~ (r désignant toujours le point le plus éloigné de la vision distincte). Nous parlerons donc d'une myopie de |, |,
~, ^, etc., ~, suivant que, dans le cas que nous examinons,
les rayons qui viennent se réunir sur la rétine divergent d'un point situé à 2, 3, 6, 8 100" en avant de l'œil. Les
mêmes individus auront besoin de verres — \ — \ — -
— — (1), pour être adaptés par des rayons parallèles. Les plus faibles degrés de la myopie rentrent dans la même catégorie que les degrés plus considérables, et c'est à tort que Kerst,
(1) L'on sait que le signe -\- s'emploie pour les verres convexes et le signe — pour les verres concaves.
1/| DfFFÉRENCKS INDIVIDUELLES
Fronmuller et d'autres en ont voulu l'aire une affection à pari sous la dénomination de «myopiu in disions. » (Du reste, l'observation citée par Fronmuller pour introduire dans la science une myopie particulière sous le nom de « myopia in distans » est un cas d'hypermétropie méconnue) . Partant toujours, comme nous l'avons déjà dit plus haut, du point le plus rapproché de la vision distincte, les oculistes étaient naturellement embarrassés par les cas de faible myopie, où par exemple un individu lisait distinctement à la distance de 2, 3, 4 pieds, et cependant ne distinguait pas à 15 ou 20 pieds des lettres de 1" de hauteur. Ils ne se doutaient pas qu'il s'agissait d'une faible myopie de ^, ou par exemple même ^, dans quels cas le point r est à 24, 36 ou 48". Dans ces cas, déjà à la distance de 15 pieds les cercles de dispersion sont assez grands pour gêner considérablement la vision, surtout si la pupille est assez dilatée.
De Graefe seul a fait un usage rationnel de cette dénomination en l'employant pour désigner des cas dans lesquels la faculté de distinction des objets très-éloignés est sensiblement moindre qu'on ne pourrait s'y attendre, vu le degré de myopie. Il cherche à démontrer que cette anomalie peut dépendre d'un spasme de l'appareil accommodateur qui se montre au moment où le sujet veut regarder au delà des bornes de sa vision distincte. Donders n'a vu aucun cas dans lequel il ne puisse expliquer ce symptôme par la dilatation excessive de la pupille. Du reste, ces cas étant très-rares, il faudra encore en étudier plusieurs avant d'arriver à des conclusions certaines sur la nature exacte de cette affection.
Il est clair, d'après tout ce qui précède, que pour nous la myopie est un état de l'œil. Voyons maintenant quelles en sont les causes anatomiques.
1° Ce n'est point, comme on l'a si souvent répété, une différence dans la convexité de la cornée, car les mesures les plus exactes faites au moyen de l'ophthalmomètre de Helmholtz ont démontré que cette convexité n'est nullement plus grande chez les myopes que dans l'œil emmétrope.
2° La myopie n'est pas due non plus à une forme particulière du cristallin. En effet, nous voyons la myopie conserver toute son influence après l'opération de la cataracte, et des malades qui, sans cela, auraient eu besoin d'une lentille corres-
DE LA MÎFHACTION Oli L'ŒIL
pondante à la valeur du cristallin voient distinctement avec un verre beaucoup moins fort.
L'exemple suivant fera mieux encore saisir notre pensée. Lorsque nous faisons l'extraction de la cataracte sur un œil emmétrope, nous devons ordinairement remplacer le cristallin (pour la
vision à de grandes distances ) par une lentille de + Supposons maintenant que nous ayons un malade chez lequel on obtienne la même vision au moyen d'une lentille + ^, nous en conclurons que la différence entre ces deux lentilles est l'expression numérique de la myopie préexistante ; donc — ~ = ^,ergo, myopie = \ (abstraction faite toutefois de la distance à laquelle le verre se trouve de l'œil).
3" Mais la véritable cause anatomique de la myopie est la longueur de l'axe optique. C'est ce qu'ont démontré toutes les mensurations exactes (1). Du reste, on peut dans bien des cas reconnaître sur le vivant la longueur excessive de cet axe (surtout dans les fortes myopies), lorsque l'on engage le malade à regarder autant que possible d'un côté ou de l'autre.
4° L'œil subit ainsi continuellement une tension dans le sens de l'axe optique, et cette tension ne tarde pas à amener des changements dans l'état anatomique des membranes. Ce sont ces altérations que l'on a désignées sous le nom de staphylôme postérieur, sclérochoroïdite postérieure, etc. 11 s'agit ici toujours d'une atrophie des diverses membranes qui se trouvent au fond de l'œil (sclérotique, choroïde, rétine), et qui en outre sont distendues outre mesure. Souvent, comme de Graefe l'a démontré le premier, faisant par là opposition à la théorie purement mécanique de Arlt, nous rencontrons ici des produits pathologiques tels que ceux que nous attribuons d'ordinaire à un travail inflammatoire, et c'est ce fait, indubitable dans bien des cas, qui lui a fait admettre la nature inflammatoire de cette affection ; de là le nom de sclérochoroïdite. Mais le professeur de Berlin est loin de prétendre, comme on a voulu le lui faire dire en Fiance, qu'une inflammation doive exister dans tous les cas. — Voulant étudier ici la myopie principalement au point de
(1) Sur les jeux que nous avons mesurés, nous avons trouvé entre un œil myopo et nn œil hypermétrope jusqu'à une différence de 14 millimètres dans la longueur do l'axe optique.
DlKl'ÉKENCES INDIVIDUELLES
vue du physiologiste, nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur ce point, malgré sa grande importance. Nous ajouterons seulement que les hauts degrés d'atrophie amènent ordinairement d'autres altérations, telles que des opacités du corps vitré, le décollement delà rétine, des épanchements de sang, et quelquefois môme l'atrophie du globe entier.
Quoique l'on ne puisse pas, à priori, en voyant tel ou tel degré de myopie, dire qu'il doive nécessairement correspondre à un degré constant d'atrophie des membranes, il est cependant démontré que l'atrophie est en général d'autant plus avancée que la myopie est plus forte. L'on a de même presque constamment observé que, à degré égal de myopie, l'atrophie était plus considérable pour un âge plus avancé que chez des individus plus jeunes, surtout si chez ces derniers la myopie était héréditaire et congénitale.
Voyons maintenant quelle sera la vision des myopes.
Nous comparerons ici la vision des myopes à celle de l'œil emmétrope :
1° Sans l'aide de lunettes ;
2° Avec des lunettes qui corrigent le degré de la myopie.
Il est essentiel ici de ne pas perdre de vue deux points capitaux que nous retrouvons dans toutes les myopies, à savoir la longueur exagérée de l'axe optique (par conséquent, la plus grande distance qui sépare le centré optique de la rétine), et la distension des membranes. (A proprement parler, nous avons dans l'œil deux centres optiques ; mais comme ils sont à une distance minime, c'est-à-dire à 0mm,0A ou ^ millim. l'un de l'autre, nous pouvons les considérer comme réunis en un seul, comme Listing l'a déjà fait clans son œil schématique. )