‹ Des différends entre les nations civilisées et de leurs causesChapitre 3 sur 10 · INTRODUCTION. 2S · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. 2S

que d'avantager les intérêts privés de ceilains pays individuels : aussi l'activité que fait naître cette sorte d'intérêts n'est que trop souvent tout-à-fail stérile, tant pour le peuple individuel que pour l'humanité. Dans la science politique, M. Mac-Gregor s'est vraiment distingué, et ne rentre pas dans la classe des diplomates ordinaires. Non-seulement il a publié les remarques qu'il vient de faire avec cette liberté d'esprit et de caractère personnel indépendant, mais aussi on trouve çà et là dans ses ouvrages des marques de son esprit pbilosopbitpie, qui lui a fait sentir que les forces matérielles et les revenus nets de l'Etat n'étaient pas les seules choses à considérer, quoique, par le titre qu'il a donné à son écrit, il s'est restreint aux matières de législation financière et commerciale. C'est ainsi, et tout en observant que la rédaction du livre s'est faite à la hâte, qu'on doit concevoir la portée de sa pensée, quand, au commencement de la seconde partie de son ouvrage, il parle aussi des forces morales des peuples, après avoir exposé les affaires matérielles qu'il eut à traiter sous le point de vue le plus élevé. En voici à peu près le texte en tiaduclion. « Un liomme d'état qui saura bien combiner les éléments d'une juste législation devrait être bien instruit, non-seulement quant aux pouvoirs physiques et quant aux ressources de son propre pays, mais aussi quant à ceux des autres nations, relativement à leur position géographique, leur configuration, leurs productions naturelles et leur population. 11 doit aussi avoir compris le pouvoir politique et moral des na tions, en tant que, par un coup d'œil comparatif c\u système suivi des gouvernements respectifs, on pour-

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rait observer i'avancemenl on le retardement de la prospérité nationale, ou combien la liberté sociale, autant que le bonheur des individus, sont resserrés on étendus. C'est alors seulement qu'on pourrait bien cemprendre dans ce siècle et rendre utiles, comme principes de législation, un sage emploi de ces éléments du pouvoir national, qui embrassent le revenu et les dépenses, Toccupation et le produit de son travail, elc*... »

On ne désavoueia pas qu'on a fait un grand pas vers une connaissance plus exacte des peuples, en connaissant la base de la politique que vient de j)rendre M. Mac-Gregor, en publiant ce livre qui doit être dans les mains de tout homme d'état, ou qui, du moins, en cas de traduction ou de seconde publication, devrait servir de cadre à un ouvrage qui renfermât toutes les circonstances (|ui se rapportent au matériel des États. Mais d'après ce que nous venons d'ob-

(i) Les expressions de l'auteur étant un peu obscures en quelque» endroits, on est obligé de rendre ici le texte anglais tel qu on letiouxe page 239 :

« A statesman in eslimaling the éléments ofjufet législation must not oniy be well acquainled with {\\e plijsical poivcr and resources of tiis own but thoseaiso of olhers nations as regards \\ie.\r geographical position, configuration, nalural production and population. He should aiso understand the political et moral power of nations so far as a comparative view of llieir respective governments may lie cousidered as adi'aucing or rctarding national prospcrilr, or as Uiniting or exlending public libertr and individual hapjiincss. Then aud not before, in the présent âge of the world, can be coniprehend in législative nsefuUness , the wise adaptation of ihose cléments oj national poiver, which comprehend the inconic and expenditure ; ihr occupations oj tlic pcoplc and ihc production oj labour. »

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server, ces tableaux des divers Etats el de leurs lurees (jue nous a fournis M. j\Jac-Gregor, ne suffisent pas pour fonder une opinion certaine sur ce cjui est le plus avantageux d'arrêter pour chaque Etat, et encore moins pour oser jeter un coup d'oeil déterminalif sur l'avenir d'un seul État. Quicon(jue voudrait, comme l'auteur de ces pages, le savoir par rapport à sa propre patrie, et croirait d'ahoid (ju'il ait à fixer ses idées sur ces données, sentira bientôt que son but serait impossible à réaliser sans avoir ujieux étudié le caractère moral des peuples el des sujets de différends actuels (jui existent entre eux , tant par intérêts que par opinions, el qu'enfin il ne sufiiiail pas de connaître les ressorts actifs dans quelques jjeuples, mais dans tous.

Or, l'auteur fut ensuite pénétré de plus en plus de la vérité de cette observation. INon-seuleuienl il vit que lui-même serait probablement désappointé dans son but de ])icn savoir à (pioi il devait s'en tenir pour les intérêts de sa patrie, mais encore qu il n'y aurait aucune fin à ces luttes continuelles entre les Etats. Que fera-t-on ? regagnera t-on ses foyeis, connue tant de toui-istes, après avoir admiré l'extension toujours croissante de Londres, le Pxhin, les Alpes et Paris ? Laissera-t-on mourir dans l'intérieur de l'âme remplie d'amertume, les idées inspirées par le spectacle de toutes les magnificences et de toutes les merveilles qu'on a eues sous les yeux? iNon.S'associeraux liommes éclairés qu'on a rencontrés partout, et làcber d'avoir les rôles distribués pour analyser, el de fixer scientifiquement les règles selon lesquelles l'éducation de ce grand élément moral devia se faire. ï^roiet .beau, con-

ception idéale, sans doute, avoué comme juste et légitime, presque adopté, et devant renaître immanquablement un jour! !Mais, que de doutes, que d'hésitations, que de difficultés!... Ne sera-t-il donc pas possible de trouver un seul fil de commurjication pour s'étendre, pour s'expliquer et pour dissiper tant de fatales erreurs qui empêchent un entendement général? Nous l'espérons. La Providence divine, qui a fait renaître l'élément moral, ne souffrira pas qu'il périsse, et elle trouvera le moyen, quand bon lui semblera, de lui assurer l'ascendant qui lui est destiné sur la politique des empires. En attendant, l'individu n'a d'autre devoir que de chercher la vérité avec réserve et de la dire avec fermeté partout où il croit l'avoir trouvée. Tel fut l'enchaînement des idées qui m'ont mis la plume à la main.

J'ai cru, d'après bien des méditations, que la première chose à explorer serait les véritables causes des difféiends un peu graves entre les peuples. H y en a certainement plusieurs tout-à-fait imaginaires, qui doivent disparaître dès que leur fausseté serait reconnue, et ainsi, au lieu de véritables intéièts opposés, on ne trouverait peut-être, au boutdu compte, que des opinions contradictoires.

Je m'empare donc de cette idée et je pose le titre de ma future brochure. Je commence à étudier sous ce point de vue les antipathies et les altercations que j'avais observées, et qui, sous diverses formes, se lenou vêlaient tous les jours. Je connnence par analyser ces causes d'opposition et d'antipathie, de lesclassifier, c'est-à-dire d'établir une sorte d'échelle dans laquelle on les verrait les uns au-dessus des autres.

INTROUDCTION. 27

supposant qu'on j)ouriail passer- sous silence les causes futiles et transitoires pour ne s'occuper que des causes graves. Je suis assez avancé dans ce travail dans lequel j'avais embrassé toutes les nations à la fois. Il est question déjà de placer les causes d'irritation presque locales sous un point de vue à part, les plus grandes causes, par exemple, les prétentions insociales et inadmissi!>les de quelques grandes puissances guerrières et envahissantes au sommet de l'échelle. Je veux enfin, en poursuivant une analyse toute parliculièr-ement morale, m'imposer de telles bornes pour ne pas dévier de mon but qui, à dire la vérité, ne paraît être pour moi que tout au plus de bien poser les questions d'importance. Mais, pour la seconde fois, je me sentis arrêté par un sentiment d'insuffisance : je m'aperçus que j'allais commettre la même f^iute que mes prédécesseurs, en voulant traiter séparément ce qui avait besoin d'être envisagé d'un même coup d'œil, c'est-à-diie Texamen des forces morales et des forces matérielles (]ui tendent irrésistiblement vers l'unité. On peut même dire avec vérité que c'est sous ce point que se concentrent tontes les luttes qui agitent le siècle; mais cette unité ne peut se trouver que dans le droit, le droit naturel et éternel de l'homme, tant dans la grande sociéié que dans la petite. En voulant embrasser le droit politique seul, j'embrassais l'autre. Il est donc impossible de se défaire de cette idée de droit dans notre siècle! Le genre humain a été conduit alternativement, ou par la force matérielle^ ou par l'imagination , la seule force morale qui pût germer dans un sol inlellecluellement pauvre; témoin l'histoire niodeine; jamais on

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n'eut un jjoinl fixe, faille de droilélabli.Maisà présent, la tendance vers l'ordre, vers l'unilé conimence à apercevoir son vrai centre de gravitation. 11 ne s'agit plus (le lendre les peuples tranquilles et heureux ni par le prestige ni par Tengorgenjent des richesses : ils vous suivraient jusqu'à une certaine hauteur dans la direction d'un tel leurre, que vous leur aurez montré; mais ils s'arrêteront bientôt en vous demandant de quel droit? Ce droit, cette justice qu'on réclame maintenant en tout sens, religieux, moral et matériel, peut se manifester sous plusieurs formes, même en se trompant sur les moyens de l'établir. Ainsi , par exeuiple, on s'agite souvent pour de pures abstractions et pour des noms, quand on ne devrait avoir en vue (jue la léalilé. Voilà pourquoi la question de république ou de monarchie inquiète tellement quelques esprits. Qu'importe! Cesl pourtant toujours sous le point de vue de dioit, quelque caché que ce sentiment puisse païaîlie, quelque odieux qu'il se présente paifois sous son déguisement, qu'on le trouvera pourtant au fond de la tendance progressive de notre âge. L'enipire du dioit s'approche donc du génie humain; il sera un joui- pioclamé, et toute autorité s'y soumettia, et par nécessité et par conviction. Mais il n'est pas dans ma mission de traiter du droit, et d'ailleurs le cours tie droit ne peut embrasser la politique que d'une manière abstraite; il est plutôt nécessaire, pour que ses principes descendent dans la conviction généiale des peuples qui ne s'occupent guère d'études profondes, que la politique soit de temps en temps traitée d'une numière concrète, ou aj)pliquéc en plaçant sous les yeux de tout le monde

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la réalité de la sihialioii politique d'il ne époque donnée, embrassant non-seulement les Etats considérés isolément, mais encore dans tout l'ensemble de la société civilisée. Le droit conuiiun ou le droit des gens, tel qu'il est reconnu par l'usage ou pai- les traités dernièrement conclus, ne saurait à la vérité dériver (jue des principes de justice. Tel est du moins le seul lien qui peut lui prêter de la force, et on Tavoue volontiers en théorie; mais comme loi, ce droit des gens théorique est extrêmement incomplet. Il lui fallait au moins un code nouveau auquel toutes !es nations eussent contribué, afin que cette loi, ces règles fussent appliquées toujours el à tous les peuples. Tant que celte dernière condition n'était j)as observée, il ne valait pas la peine de parler de loi, parce que là oii n'existe pas l'idée primitive comme base : « que tous les Etats sont égaux devant la loi, » il n'y a pas de loi, mais seulement un arbitrage incertain des plus forts.

On n'aurait pas donné tous ces détails, si la méthode selon laquelle on doit commencer une entreprise comme celle-ci n'était pas en tout temps une question de la plus haute importance, comme aussi de la plus grande difficulté. Nous avons vu, et nous verrons encore plus dans ce qui va suivre, que la synthèse, ou le projet tout accompli de MM. Nourrais etBères, doit êlre considérée, tout raisonnable qu'elle soit, comme n'ayant d'autres fondements qu'une analogie supposée. Car « les rapports qui existent enire les trente-cinq Etats de l'Allemagne ne soni pas une raison pour conclure que ces mêmes rapports existent entre les autres Etats particuliers de l'Europe, qui de-

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vraient, selon leur plan, se former en confédérations pareilles.» Analogie, comme nous venons de le dire, supposée, mais non prouvée. Nous avons observé que le livre de M. i\lac-Gregor,quoif|ue intéressant au plus haut degré, par rapport aux éléments matériels des États et des peu[)les, ne fournissait pas tout ce qu'il nous fallait pour la construction d'un système politique solidement basé, parce qu'on ne se contente plus ni des allusions ni de quelques réflexions jetées comme par basard sur l'élat moral; on veut des preuves*. Or, les chiffres sont excellents pour les choses matérielles; quant aux conclusions en questions morales, l'investigation comme la démonstration exigent des voies tout à-fait difterentes. Il ne s'agissait donc de rien moins, pour qu'on puisse ensuite fixer son opinion, que de pénétrer au fond du caractère et aux principes des ressorts actifs de toutes les nations.

Voilà donc le champ d'exploitation qui s'ouvrit à nos yeux! Jl est immense, et cependant il est tout-àfait nécessaire de le parcourir!

Je me tiendrai pourtant dans la sphère d'un simple observateur, et je me contenterai de présenter mes observations sur les causes des différends entre les peuples. Mais ces causes se multiplient sans cesse et plus vite qu'on ne peut les observer. La bro-

(i) On prétend qu'en général il appartient au système anglais de tenir un compte exact de chaque peuple , de chaque contrée sur toute la surface du globe, afin de pouvoir bien l'explorer à son avantage et tenir une balance arithmétique du piofit qui peut revenir aux Anglais de chaque canton. On aurait tort de dire que l'ouvrage de M. Mac- Gregor est l'effet d'un tel esprit. Pourtant, il parait n'avoir pas mis assez de soins d'en faire disparaître l'apparence.

INTRODUCTIOA. ;i 1

chure présente, si elle élait obligée de les suivre, serait illiuiitéc. Cela n'est pas une conclusion inévitable. Mais la thèse du sujet qu'on devrait traiter, et dont la brochure n'est qu'un premier début, certes, elle ne peut cesser d'être un objet intéressant tant que les dilïéiends ne finissent pas. Les honniies qui, à notre époque, ont acquis quelque illustration dans la science politique, s'empareront de cette même thèse et la développeront dans toute son extension possible. Voilà ce que je désire vivement et ce que j'ose espérer et prédire. Du moins je n'entreprendrai pas de considérer les nations sous un point de vue colleclif, avant d'avoir bien pénétré dans leurs caractères distinclifs.

Mais avant d'entrer en matière, l'auteur croit devoir consigner ici une observation générale et préjudicielle. Eu abordant la discussion des intérêts internationaux, l'importance de ce sujet, autant que le désir de ne pas heurter les sentiments personnels, nous impose le devoir de ne pas toucher aux choses qu'on estconvenude comprendre sous la dénomination générale de matière d'ordre public. Dans tous les États où les monarques prennent d'eux-mêmes une part plus ou moins directe à l'administration, et donnent à la politique suivie à l'intérieur une impulsion plus ou moins active, nous croyons qu'il y a une politique intérieure qui ne regarde que les institutions piivées des nationsindividuelies, et une politique à l'extérieur qui exerce une influence prépondérante sur la destinée commune des nations. Mais cette distinction n'en est pas moins difficile à observer dans beaucoup de cas d'application, et s'il nous arrivait de sembler la

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perdre de vue pour un moment, nous prions nos lecteurs de ne pas nous juger avant de nous avoir permis de développer notre opinion. Nous avons la confiance qu'ils ne tarderont pas à se convaincre que du moins nos intentions sont sincères, et que ce ne sera que par les plus graves motifs que nous nous déterminerons à toucher à des questions de politique intérieure.

Du reste, tout en réclamant le droit naturel de tout homme et de tout publiciste d'énoncer avec franchise son avis consciencieux sur les mérites de la politique suivio par les monarques dans les affaires qui se rattachent aux intérêts généraux de la société humaine, nous sommes d'autant plus éloignés de l'intention d'affaiblir, par aucune de nos remarques, le degré d'affection (|ui peut et doit exister entre les gouvernants et les gouvernés, qu'il importe infiniment au but élevé que nous poursuivons, et qui n'est autre que le maintien et la consolidation de la paix générale, que cet ordre public soit maintenu et raffermi dans tous les Etats. N'ayant ni droit ni intérêt personnel de nous immiscer dans les questions de réforme et de gouvernement intéiieur dans d'autres pays que dans noire propre patrie, ces questions ne peuvent avoir pour nous ({u'un inlérét philosophique, et cet inlérét-là nous prescrit la limite étroite flans laquelle nous croyons devoir nous tenir.

D'autre paît, le développement et la garantie des droits individuels dépend, j)îus (pi'on ne pense, du progrès et du raflermissemenl du droit public international INous consignons ici ces simples remarques tuii fourniraient matière à des considérations tiès

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