INTRODUCTION
élevées, et qui, à ce qu'il nous semble, n'ont pas encore jusqu'ici fixé suffisamment l'attention des publicistes et la sollicitude des gouvernements.
Fidèle au proverbe que «charité bien entendue commence par soi-même, » je place en tête de l'ouvrage le chapitre 5W/' le Jiordde V Europe, ensuite tin autre sur V Angleterre et un troisième sur ï ylUcmagne. J'examinerai ensuite la Fiance. C'est là que je chercheiai à publier ces divers chapitres à la fois ou séparément, comme le permettront les circonstances, tout en faisant la réserve de ne jamais considérer aucun chapitre comme suffisamment revu, avant d'être sorti du pays que je viendrais d'observer. Par cette détermination , je ne pourrais rien publier sur la France avant d'en être sorti. ÎS'y étant pas encore venu , je ne la connais que par ouï-dire, que par les observations d'aulrui. On dit que les Français, quoique raisonnables et bons, sont extrêmement susceptibles; qu'en leur disant la véiité, il faut ménager leurs sentiments avec une extrême délicatesse, de peur de ne réussir qu'à les irriter. Voilà bien des motifs pour conseiller à un descendant des Goths de ne pas s'y exposer et pour l'engager à se tenir la bouche close pendant son séjour en France. Néanmoins , si jamais l'auteur se décide à proposer quelque chose pour rhumanité , comme résultat de ses recherches et comme remède aux maux qui assiègent les nations contemporaines, ce serait aux Français qu'il voudrait s'adresser, non-seulement paice que les Suédois ont plus d'une raison de reconnaissance envers les Français, mais encore parce que, selon les apparences, telles qu'elles se présentent dans
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le lointain an regard investigateur de l'auteur, il croit que ce seront eux qui donneront le point d'appui, sinon le premier élan vers un système de politique nouvelle; que ce seront eux qui lèveront l'étendard autour duquel toutes les nations civilisées du monde viendront se ranger. Voilà aussi la raison essentielle pour laquelle l'auteur a cru devoir s'exposera tous les désavantages de débuter dans une langue étrangère.
L'anonyme aurait sans doute mieux convenu dans un tel cas; mais les avis de ses amis l'ont déterminé à ne cacher ni son nom ni l'origine de la publication. On lui a fait observer d'abord que, comme il n'y a ni doctrine ni projet absolu dans ces feuilles, il n'y a aucune raison de se cacher sous des prétextes de modestie. Sa qualité de Suédois éloignera peut-être toute prévention de cette nature qui fait souvent déconsidérer tant de livres; c'est-à-dire tout soupçon d'une partialité quelconque, par la crainte qu'on se fait souvent de rencontrer sous le voile de l'anonyme un auteur mu par un intérêt matériel, comme citoyen d'un tel Etat^ d'une grande influence, ou même envoyé à dessein pour présenter les choses d'une manière spéciale. Ni cette défiance, je l'espère, ni aucune autre que je puisse imaginer, ne pourra m'atteindre.
Heidelberg, au mois de novembre 184 1.
DU NORD DE L'EUROPE
Sous ce titre général, nous comprendrons la Suède, la Norwège et le Danemark, tous trois connus sous le nom ancien de Scandinavie, et la Russie.
La Suède étant unie depuis i8i4 avec la ISorwège par un pacte fédéral, ne présente plus à la politique européenne le même aspect qu'elle eut autrefois. Les conséquences de cette union ne paraissent pas encore être bien comprises sur le continent; du moins les questions qu'on a adressées à l'auteur, pendant son voyage, démontrent assez clairement qu'on se fait des idées assez singulières sur cette partie de l'Europe, qui jadis fit quelquefois sentir son poids dans la balance politique, et qu'on considère aujourd'hui comme presque nulle. Cependant elle renferme indubitablement des éléments utiles pour la formation d'une politique européenne vraiment sociale. C'est
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poui' les faire co!inaîlre un peu plus e\ en même temps pour réfuter (juelques erreurs, dans lesquelles sont tombés même les auteurs mentionnés dans le chapitre précédent', que nous nous sommes trouvés obligés d'entrer dans quelques détails, tout en nous abstenant d'émettre notre opinion sur des questions où notre jugement pourrait ne pas être considéré assez impartial. Personne ne niera qu'un Suédois, en prenant la plume pour traiter un sujet de politique générale, ne se sente pas, ajuste titre, forcé à répondre à des assertions counne celle que l'on trouve dans l'ouvrage de MM. de la Nourrais et Bères, qui, en j)arlant d'une union douanière, disent : « Que la Suède ne pourrait que se lier avec sa voisine, la Kussie. »
Quand il est possible, comme nous venons de le voir, qu'on puisse assez ignorer en France l'état relatif de la Suède et de la Russie pour se laisser entraîner dans de telles conclusions, seulement peutêtre par une considération purement topograpbique, il ne suffit pas pour nous de nier siuiplement, comme nous le faisons, que jamais le gouvernement suédois ne réussira à populariser une telle réunion avec la Russie, quand même elle seiait désirée de la part des deux monarques respectifs. Nous comprenons fort bien qu'il y a plusieurs autres notions en vogue, au moyen desquelles 0!i a pu arriver à la synthèse de ces auteurs. C'est pourquoi nous croyons devoir offrir à l'Europe entière la connaissance de quelques faits qui la détromperont peut-être.
Dans ce but, il nous paraît nécessaire de rassembler
(i) M. Mac-Gi-egor et MM. <leia Nourrais et Bères.
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en masse et de considérer à la fois ces notions erronées, qui, si elles étaient vraies, aboutiraient toutes aux mêmes conclusions. Il y en a qu'on pourrait peutêtre regarder comme extrênicment délicates à traiter ouvertement, et voilà pourcjuoi ces questions deviennent éternelles, car les réponses données individuellement par les voyageurs suédois ne sont pas capables de détruire les idées qu'on s'est faites là-dessus. Il n'y a donc qu'une délicatesse mal entendue à ne pas répondre ouvertement à ces questions, qu'il est d'autant plus nécessaire d'aborder, qu'il existe uneautre raison pour le faire, c'est que le peuple suédois a bien aussi le droit de s'expliquer^ quand on affirme sourdement des choses qui blessent le sentiment national, et qui nuisent essentiellement à ses affaires en soulevant contre lui la défiance et en cherchant à faire croire qu'on ne peut rien baser sur sa position, regardée comme trop exposée aux changements, ou comme n'étant pas suffisamment stable.
Voici les soupçons dont on nous a accablés presque à chaque pas que nous avons fait, tant en Angleterre que sur le continent :
I** Que la ci-devant dynastie, dite de Wasa, aurait encore un parti en Suède, et que les membres de cette famille peuvent conserver quelque espoir fondé de remonter sur le trône suédois;
2° Qu'il y avait des dissensions graves et des antipathies nationales entre les Suédois et les Norwégiens, qui rendaient la confédération extrêmement problématique en cas de guerre ;
3o Que les Suédois entre eux étaient désunis et très divisés;
40 Que leurs finances et leurs ressources étaient si mauvaises et si faibles, qu'en cas de guerre ils ne pourraient soutenir la moindre attaque;
5° Que pour toutes ces raisons, l'indépendance de la Suède n'étant que nominale, elle se trouvait obligée de s'allier à la Russie comme protectrice.
11 serait plus pénible que difficile d'expliquer d'où sont venues toutes ces fausses notions; l'essentiel est de démontrer leur peu de fondement.
Quant au premier soupçon il est d'autant moins fondé, qu'il y a toute raison de croire, sur l'assurance des hommes bien instruits, que le hasard nous a fait rencontrer, que le représentant actuel de la famille en question n'a pas lui-même la moindre idée d'une prétention au trône suédois. 11 ne saurait ignorer ce qui est constaté dans l'histoire suédoise, en remontant même jusqu'au paganisme, savoir que les Suédois n'ont jamais confondu l'héritage politique avec l'héritage civil et juridique, c'est-à-dire qu'ils ont toujours bien entendu la distinction entre le droit de succession au trône, accordé par un acte spécial du peuple, d'avec celui d'un propriétaire de biens-fonds, relevant de la loi civile. Le principe de légitimité, enfin, n'a jamais été tellement reconnu, que le peuple ne se soit cru en droit de l'appuyer ou de ne pas y avoir égard selon son intérêt, dans tous les cas urgents; c'est pour cela qu'un ancien usage prescrit un acte particulier de la part du peuple, appelé hyllning (acte d'agréer), qui précède chaque couronnement, même du successeur légitime. Or, de l'ensemble de tout ce qu'il y a de droit et d'historique en Suède, le principe en fut depuis longtemps
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assez bien établi cbez nous pour que les prétentions à la succession au trône suédois de la part des descendants d'un roi qui en a été cbassé, ne soient plus souffertes. Le bien-être du peuple et la tranquillité du royaume établissent ce principe plus fortement qu'aucune autre raison, et on a pu voir, môme dans un cas assez remarquable, que la raison d'état, comme principe actif, fût, même avant le développement d'un système constitutionnel, plus forte qu'une affection personnelle. Par exemple, la reine Christine, fille du grand roi Gustave-Adolphe, ne put jamais rentrer en Suède après son abdication formelle, malgré tous les efforts qu'elle fit pour cela, lorsqu'elle commença à s'ennuyer à Rome et à se repentir de son abdication. La grande reconnaissance, l'amour et la vénération que portail tout Suédois au grand roi son père, furent insuffisants, dans ce temps-là, pour détourner la na~ tion de ses principes. Comment pourrait-on croire qu'une telle chose fût possible aujourd'hui, quand tout le monde doit savoir quels sentiments ont existé envers le roi déposé? Toutefois, si l'on croyait que des sentiments en faveur de sa famille existassent encore chez quelques familles nobles (nous n'en avons rencontré aucune), nous n'y répondrons pas par des assertions contraires, vu l'impossibilité de le faire avec certitude. Nous ne voulons pas non plus faire étalage de sentiments d'affection envers qui que ce soit, précisément pour celte même raison, et parce qu'il ne serait pas convenable à un seul individu de faire connaître ici son jugement personnel; nous disons seulement que la noblesse suédoise n'a pas aujourd'hui assez d'influence, et certes aucune autre classe
de citoyens ne l'a plus qu'elle, pour imposer aux Suédois un roi selon ses désirs ou ses vues personnelles, qui serait en contradiction avec l'opinion bien établie du peuple. Voilà, nous l'espérons, assez de bonnes raisons pour ne pas s'arrêter davantage sur les apparences ou les droits présomptifs au trône suédois des descendants du feu colonel Gustafson (comme il s'appelait lui-même); quand même ces prétentions viendraient à être appuyées par les puissances qui sont en relation de parenté avec sa famille.
Relativement à la dernière assertion, et par une transition naturelle, nous devons ici parler des forces matérielles et morales que les Suédois pourraient opposer à toute puissance qui voudrait s'immiscer dans leurs affaires. M. Mac-Gregor, en estimant leurs ressources, ou plutôt en calculant les revenus de l'Etat, a été induit en erreur par l'inexactitude de la statistique suédoise. Il a porté le revenu trop bas, en ne l'estimant qu'à un million et quart de livre sterling*. Il ne savait pas peut-être que les frais les plus considérables pour l'entretien de l'armée suédoise, qui s'élève à trente mille hommes environ, et ainsi que pour les matelots de la flotte, sont fournis, quant au personnel, et même en grande partie quant à la tenue matérielle, par les
(i) The commercial andjinancial législation of Europe et Ame^ rica, p. 173, contient !e rapport suivant sur la Suède: « Le revenu provient d'une contribution d'environ Is. 3 d. sterl. sur ctiaque liabitant, des droits sur l'imporlalion et l'exportation, celle-là oppressive sans être proporlionnellement productive, des mines, des accises, des monopoles et des produits des domaines royaux; le tout s'élevaut à un jteu moins d'un million et tjuart de livre sterling. «
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propiiélaircs des tei-mcs siit'cloises, en conse'(|iiciicc d'une prestalion directe. De plus, les établissemeiiLs ecclésiasliciues, l'entretien des routes, dans un pays si vaste, et bien d'autres choses encore qui entrent ordinairement dans les budgets modernes, ne prennent, quant au montant, qu'une très petite partie du budget suédois. M. Mac-Gregor aurait dû rappoiter qu'en Suède il n'y a pas de dette nationale, et que la Banque, dans laquelle il n'y a point d'actionnaire privé, et qui par conséquent appartient exclusivement àl'Etat, possède depuis quelques années un fonds métallique plus que nécessaiie pour la circulation de ses billets, l^es revenus de cette Canque permettent une accumulation de fonds pour des déboursements publics quelconques, etc. Quant aux forces morales, il n'en parle pas, à moins que l'on ne veuille conclure quelque chose de ces mots :
« Dernièrement une ombre d'idées plus libérales s'y sont manifestées;» mais ces mots se rapportent plutôt à ce qu'il a conçu du système de restriction et de prohibition en Suède. C'est donc à nous de dire quelque chose de ses forces morales. D'abord, nous sommes portés à en attribuer une grande partie aux idées libérales qui se développent de plus en plus, et dans un sens plus étendu. La grande force, tant morale que matérielle, réside, sans contredit, dans la classe des paysans qui, propriétaires de plus des trois quarts du sol suédois, et ayant des droits politiques constitutionnels, commencent depuis quelques années à sentir leur mission et à n'être plus une masse inerte, dirigée par diiféients paitis. Généralement plus instruits déjà peut-être que les cultivateurs en
d'autres pays, on ne peut plus révoquer en doute leur tendîince vers des lumières plus élevées, que leurs députés ont depuis longtemps manifestée dans tout ce qui se rattache à l'instruction publique. Les députés que les paysans sont encore obligés de chercher parmi eux, ont de tout temps, et dernièrement plus que jamais, montré qu'il se trouve dans cette classe, non-seulement des hommes d'un grand talent, mais encore, et généralement, un esprit public à toute épreuve. Quant à la classe moyenne, elle s'est accrue conime partout, et elle acquiert de jour en jour plus d'influence. Pour ce qui regarde la classe noble, nous nous contenterons de dire en passant, qu'elle n'est plus ni féodale ni aspirant à une influence dominatrice comme autrefois. Du moins, elle vient de faire à la dernière diète, dans le but de favoriser la fusion des classes par rapport à la représentation nationale, lin sacrifice à l'autel de la patrie du seul droit de naissance qui lui restait, savoir celui par lequel tous les chefs des familles nobles, ou bien leurs délégués, constituent, sans aucune élection, l'une des quatre chambres législatives. Quoique ce pas généreux qu'a fait la noblesse suédoise ne soit pas encore entièrement définitif, il n'en est pas moins vrai que la fusion dont nous venons de parler s'accomplira , bientôt peut-être, d'une manière ou d'autre; et alors il est à présumer que toutes sortes de divisions plus apparentes que sérieuses qui ont existé jusqu'à présent s'éteindront. Au reste, il faut avouer que la solution de cette question sur la réforme de la représentation, d'après le plan qui fut rédigé à la diète dernière, n'est pas encore certaine. Il ne s'agit de rien moins, selon
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ce plan, que de faire cesser le pouvoir des quatre ordres, des nobles, du clergé, des bourgeois et des paysans, en fiaveur de tout le peuple et d'après un mode d'élection assez démocratique. Il est nécessaire pour cela que rassendjlée nationale, c'est-à-dire les quatre chambres, adoptent une seconde fois et sans modification le plan proposé. Il faut en outre la sanction royale, afin que la réforme soit complète. S'il en arrivait autrement, c'est-à-dire, si le plan était rejeté par l'un de ces cinq pouvoirs constitutionnels, il faudrait recommencer, ce qui probablement ne se ferait pas sans beaucoup àe frottement.
Outre le principe de l'élargissement des suffrages et l'opinion généralement admise, que la représentation en quatre chambres est absurde au dernier degré, il faut encore considérer dans cette question, qu'en adoptant le plan proposé, on se rapprochera de la forme de la constitution norwégienne et l'on rendra par là l'union entre les deux nations encore plus solide.
Depuis i8i4j les Norwégiens ont résolu, avec un succès éclatant, deux grands problèmes politiques : l'un, l'affranchissement d'un peuple, jusque-là obéissant à un monarque absolu et devenant tout d'un coup libre en recevant une constitution qui leur assure une liberté aussi parfaite qu'en aucune république; l'autre, non moins intéressant pour notre époque, comme question d'une application plus générale, savoir, l'essai d'une liaison fédérative entre des monarchies constitutionnelles, sous un roi, comme seul point d'union.
Cette configuration politique tout-à-fail nouvelle.
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iiicrilc peut-éli'c une aUcnlion toute paiticuliôre. Nous nous en occuperons, en priant nos lecteurs de vouloir bien se demander si les principes sur lesquels reposent les deux problèmes que nous voulons approfondir n'ont pas tous les deux contribué égalementaux résultats que nous allons d'abord indiquer. Il n'y eut jamais en Norwège, une noblesse nombreuse et historique. On n'y comptait guère qu'uue douzaine de familles nobles parmi lesquelles une ou deux étaient litrées^ et qui ne purent opposer aucune résistance à un système d'élection générale. Le clergé n'y avait jausais eu, comme en Suède, des droits politiques. On craignit en Norwège, comme chez nous, que les districts électoraux n'envoyassent à l'assemblée nationale que des paysans propriétaires qui, comme en Suède, faisaient le plus grand nombre de la population. Mais il n'en fut pas ainsi; les premières années du moins, car de toutes les parties du royaume, où il n'y avait guère d'autres habitants que des petits propriétaires, sauf le juge territorial, le prêtre et son sacristain, ces paysans, apparemment par une sorte de modestie, ne songeant pas d'abord à eux-mêmes, envoyèrent à la chambre un grand nombre de ces autres hommes, tout en n'excluant pas de leur confiance ceux des autres classes, c'est-à-dire les nobles, les officiers publics et les grands propriétaires qui se trouvaient dans la contrée, et qui avaient quelque influence personnelle. Mais ensuite^ par rapport à (juelques questions graves, proposées de la part du roi, comme celle par exemple de changer la loi fondamentale de manière à rendre le veto royal absolu ( (|ui, en matière ordinaire de législation, n'est que
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suspensif), et en outre d'introduire de nouveau la nobilité qu'on venait d'abolir; le peuple crut s'apercevoir que CCS représentants, juges, prêtres ou officiers, étaient un peu trop employés par le gouvernement, qui les faisait avancer à des charges plus lucratives ou plus honorables, ou bien les attirait d'une autre manière dans ses intéièts. Alors se ht une réaction par suite de laquelle la majorité des députés paysans alla toujours en augmentant jusqu'à ce qu'elle commença à ne plus trouver en son sein des hommes doués d'assez de talent ou de savoir dans les affaires.
Cependant les efforts que fit la petite nation dès le commencement, tant pour l'instruction universelle que pour les sciences, ne se sont jamais ralentis; aussi ces efforts ont insensiblement propagé l'enseignement et développé une éducation polili(|ue qui, au moment où nous sommes, commence à se manifester dans toutes les classes, et l'on peut dire aujourd'hui qu'il ne lui manque pas de sujets capables de remplir la fonction de député, même parmi les paysans; aussi ces députés sont-ils élus à présent comme au commencement de l'ère constitutionnelle de la Norwège, indistinctement parmi toutes les classes, selon leur capacité et leur caractère connu. L'esprit public est en tout victorieux, il est sage, il est persévérant à garder les libertés nationales et les droits constitutionnels. Dans toutes les occasions qui se sont présentées, le peuple n'a jamais manqué de montrer la plus parfaite loyauté et le plus grand dévouement à son monarque, tout en se réjouissant innocemment de son indépendance.
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Quant aux relations de la Norwège avec la Suède, elles n'ont pu être fort étendues. Le long de la frontière s'élèvent des montagnes presque stériles avec très peu de passages; d'ailleurs, les deux nations n'ont pas beaucoup d'objets à échanger entre elles. De plus, il faut avouer que, de la part de la Suède, un système de restriction et une ligne de douane, quoique presque nominale, furent d'abord des entraves matérielles qu'on opposa à la fusion intime des deux peuples; ces entraves, jointes à quelques sujets de mécontentement, que l'on commentait dans les cercles en Suède, où l'on manifestait ouvertement le regret de ce que la Norwège n'était pas transformée en une province suédoise (idée, rendue autrement par un journal, cru ministériel *), durent naturellement faire une fâcheuse impression sur les Norwégiens et leur causer de l'ombrage. Ces derniers néanmoins, tout en revendiquant leur indépendance nationale, ont toujours fait preuve de la plus grande modération, et n'ont cessé d'accueillir avec politesse les Suédois voyageant dans leur pays. Aussi les Norwégiens ne tardèrent-ils pas à s'apercevoir bientôt que l'immense majorité des Suédois, et surtout les gens un peu éclairés de ce pays, ne prenaient aucune part à la manifestation de ces idées un peu hostiles. Comme toutes ces particularités que nous avons cru nécessaire de bien expHquer se rapportent plutôt au passé qu'au présent; comme il n'y a jamais eu aucune cir-
(i) Le journal Minerve Suédoise, publié à Stockholm, disait, il y a quelques années: « Que l'union entre la Suède et la Noiwège était yne union à faire pleurer, u Eu forening att gràta ât.
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constance dans laquelle le peuple norwégien ait agi comme nation, de manière à donner des preuves de cette défiance et de cette irritation que MM. de la INourrais et Bères semblent croire exister encore entre la Suède d'un côte et la Norwège, comme ancienne partie de la monarchie danoise, de l'autre, nous aimons à croire qu'on voudra bien nous prouver le contraire de ce que nous venons de dire, avant d'accorder une foi entière à l'assertion de ces auteurs. Nous dirons encore ici, quoique la remarque paraisse entièrement hors de notre sujet, que tous les germes de jalousie et de haine entre les Suédois et les Danois se déracinent de jour en jour; nous pourrions même citer bien des faits qui viennent à l'appui de cette remarque, comme des harangues publiques pour se complimenter en faisant allusion à l'extraction commune des deux nations.
Quant aux Norwégiens, ils savent, aussi bien que les Suédois, que leur intérêt suprême requiert l'union telle qu'elle est; que tout en reconnaissant que le développement du système constitutionnel en Suède éloigne de plus en plus tout péril pour les deux nations* et toute agression qui aurait pour but de restreindre les droits des uns, en employant les forces des autres, ils trouvent que la réunion complète en une seule nation, sous un seul gouvernement, est nonseulement inutile, parce que l'unité de la monarchie, dans tous les cas où elle peut être nécessaire comme a force protectrice concentrée , comme soutien dans l'application des lois, » est aussi bien réalisée qu'elle puisse l'être, mais encore cette unité de monarchie rencontrerait bien des obstacles; car elle ne saurait
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pas s'accomplir sans altérer ou froisser les intérêts privés, matériels, les couluraes, les mœurs et les lois, naturellement un peu dilTéientes d'après des siècles de séparation, et que chaque peuple est jaloux de conserver telles qu'il les possède. Cependant si cette fusion entière, que favorise la similitude des langues, peut se faire, elle ne doit avoir lieu que de la seule manière qui soit jamais désirable, c'est-à-dire peu à peu, sans contrainte, et même tout-à-fait inq^erceptiblement; car il n'entre pas dans l'esprit de liberté, qui n'a jamais pu être entièrement chassé du sol Scandinave, d'amalgamer les nations par des moyens de législation, et encore moins par force.
La liberté civile des Suédois et des Norwégiens est tellement garantie entre ces deux peuples dans tous les rapports sociaux qui les unissent, qu'il n'est pas possible à l'un d'arrêter les progrès de l'autre. On comprend aisément qu'il en serait bien autrement si leurs assemblées nationales étaient réunies en une seule. Car si les Suédois et les Norwégiens avaient à voter ensemble, il est bien possible que le résultat n'en serait que d'encourager des tentatives qui auraient pour but de favoriser les intérêts des uns au détriment des autres.
Tel ne saurait être l'effet de l'état de deux ou de plusieurs peuples qui auraient chacun en législation une activité séparée, avec l'avantage d'une incarnalion connnune du pouvoir royal, pour la sanction des lois et pour la conservation de leurs intérêts politiques extérieurs.
Or, il paraît évident que ces avantages dont les deux nations Scandinaves jouissent et qu'elles savent
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apprécier *, aussi bien que tout autre peuple dans une position semblable, leur seraient ravis dès l'instant que la royauté constitutionnelle viendrait à s'altérer ou à détruire les rapports établis entre elle et les peuples, 671 prenant une autre conûi^uration cbez l'un ou l'autre. Si cette royauté se rapprochait du pouvoir absolu, il est bien possible que les fonctionnaires du gouvernement, qui seraient les plus éloignés du trône, se trouvant sous l'influence continuelle de l'opinion publique, deviendraient eux-mêmes un contre-poids au pouvoir absolu. INous dirons plus, il arriverait peutétie alors, par l'effet de cet éloignement, que le roi se trouvât dans une position telle, que, pour concilier les esprits de la nation, il crût devoir se rendre à leurs désirs, même sans faire usage de sa prérogative royale d'une manière digne de cet attributs.
Ainsi un petit Etat, dans une position éloignée, pourra jouir de tous les avantages qu'une protection puissante et une constitution libérale peuvent lui procurer. Mais quand les Etats sont très rapprocliés l'un de l'autre et à peu près égaux, celui où la volonté nationale n'entre pour rien dans les résolutions du
(i) Parmi ces avantages, on pourrait compter aussi une sorte d'enseignement mutuel dans leur politique intérieure.
(2) En i83o on en a vu un exemple remarquable dans la petite principauté de Neuichâlel, où un roi, absolu dans son royaume de Prusse, à la moindre manifestation du désir des Neufchàtelois d'avoir une réforme dans leur organisation gouvernementale, leur offrit d'avance sa sanction au changement qu'ils trouveraient le plus désirable. Or, ceci est un cas tout-à-fait exceptionnel, qui ne peut avoir lieu en général, quoique le principe en peut assez clairement découler.
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prince peut aisément servir d'instrument d'oppression. Et de plus, il ne faudrait qu'un soupçon peutêtre qu'il y eût une tendance quelconque à ce but, pour éloigner toute relation intime, toute confiance assurée entre les peuples, et pour rendre leur union elle-même extrêmement précaire. En principe, le lien ostensible n'étant que le roi et les attributions particulières de la royauté, communs en tout aux deux nations, il est absolument en règle que le roi ne soit ni plus ni autrement roi dans l'un de ces royaumes que dans l'autre. Et celte condition ne peut que très difficilement s'accomplir sous le système constitutionnel le plus pur. En Angleterre, le principe de royauté est assez pur, et c'est peut-être parce qu'il s'est épuré de plus en plus dans les derniers temps (après la grande leçon donnée par la défection des Américains), que l'affection des Ecossais et des Irlandais, aussi bien que celle des peuples des colonies, est allée en croissant, et a rendu cette partie des institutions anglaises extrêmement forte. Mais comme il y a en Angleterre un autre pouvoir plus puissant que la royauté et le peuple, comme nous le ferons voir dans un autre chapitre, il en est résulté que l'un ou peutêtre tous les deux Etats adjoints ont été, dans l'ancien temps sinon encore à présent, exploités par le gou- ■vernement des aristocrates. M. Daniel O'Connel a su tirer parti de l'effet naturel de cette union anomale de l'Irlande aux deux autres pays, pour appuyer les réformes qu'il réclame en faveur de sa patrie. 3Iais^ pourrait-on dire, l'Ecosse est plus heureuse depuis la dissolution de son parlement et son union entière avec l'Angleterre. Cela ne prouve rien contre notre
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observation, car l'Ecosse n'a jamais été gouvernée dans l'esprit constitutionnel que nous venons de poser comme condition absolue; au contraire, elle a toujours été en proie aux grands barons et aux chefs des clans, qui n'avaient chacun pour but que de chasser leurs rivaux d'auprès de la personne du faible monarque, et de sacrifier à leurs propres intérêts les intérêts du peuple écossais. Voilà ce qu'a recueilli l'histoire jusqu'au moment où la fusion a été complète.
Mais revenons de cette digression spéculative à l'union fédérative des deux peuples Scandinaves et à une considération plus particulière des causes qui, comme on le prétend, peuvent nuire à sa solidité. En considération de ce que nous venons d'exposer sur le développement en Suède du système représentatif allié à celui de la monarchie constitutionnelle, on pourrait peut-être dire qu'il y a aussi là des tendances républicaines, et qu'en preuve de ces tendances, on pourrait alléguer une publication en Suède portant le titre Révolution et République. Mais l'apparition d'un tel ouvrage, dont l'auteur, par parenthèse, avait été mis dans un cas tout-à-fait exceptionnel, ne prouve rien quant à la supposition qu'une tendance républicaine soit répandue en Suède. Là, comme ailleurs, où la liberté de la presse est bien établie, on peut discuter le pour et le contre des formes de gouvernements divers dans un sens philosophique et comme un contre-poids à une tendance despotique, mais dans les actes publics des états-généraux, ni même dans les journaux de l'opposition, on ne saurait trouver des indices d'une telle tendance, qui, en vérité, nous le déclarons
Tiellenient, ser.nt assez mal avisée, et même imprudente, \u l'organisation presque générale des Etats de l'Europe, la position géographique de la Scandinavie, les anciennes traditions et les coutumes des peuples. L'exemple de la Norwège ayant démontré qu'un peuple peut êlre aussi libre sous un roi héréditaire que sous un président électif, que les frais, plus grands dans une monarchie que dans une république, peuvent bien être balancés parla plus grande fermeté de tout le système gouvernemental, et par Tabsence de toute commotion périodique occasionnée par la nécessité de réélire le premier chef de l'Etat; il est à présumer même que, si jamais une tendance républicaine se développe en Suède (ce qui n'est pas du tout probable sans une provocation extrême de l'autre côté), certes les INorwégiens s'y opposeraient d'autant plus fortement qu'ils auraient à craindre que, dans l'assemblée réunie, qui pour ce but devrait avoir lieU; un seigneur suédois n'eût prescjue toujours la majorité du vote. Et comme il y a encore une partie de la noblesse suédoise au nom de laquelle s'attache un souvenir d'avoir tenu les rênes du gouvernement, ces réminiscences, impossibles à détruire, du patriotisme, de la gloire et de l'ascendant de ces familles dans les affaires publiques, mais qui àprésentn'onlaucun poids à côté de la royauté constitutionnelle, pourront toujours devenir des sujets ou d'une ambition démesurée ou de soupçons inquiétants. Donc l'union fédérative entre la Suède et la Norwège peut encore, sous ce point de vue, être considérée comme un nioyen très eflicace à fortifier les deux peuples dans leur conviction, qu'un svstème de monarchie constitutionnelle est
mr NORD DT, l'europe. 53
précisément ce qui leur faut pour Jeur donner la liberté et la sécurité au dedans, autant qu'une position convenable quant à leurs voisins et au rôle qui leur est préparé dans l'avenir.
D'après tout ce que nous avons dit jusqu'ici, et ({ue nous avons lâché de déduire des lois éternelles de la nature des hommes, qui veulent à la fois être libres et protégés par une force suffisante et constante, nous croyons que les trônes de la Suède et de la Norwège, ainsi que l'union entre les deux nations pour tout objet défensif, sont d'autant plus raffermis, (jue le second grand œuvre de la dynastie actuelle, après l'heureux développement qu'a eu l'union, n'est pas loin de s'accomplir. Ce grand œuvre est la réforme proposée dans le mode de représentation en Suède. Cette réforme est donc un complément qui ne saurait qu'avoir lieu pour rendre plus entière la gloire des deux peuples et celle du fondateur de la dynastie actuelle.
Nous ne croyons pas exagérer ni nous faire illusion en disant que ces deux frères Scandinaves ont de belles espérances pour l'avenir. Ils ne demandent des secours de personne pour se défendre, n'ayant plus qu'un seul voisin qui puisse les attaquer. Cette assertion n'est pourtant fondée que sur la supposition ' que le peuple danois sera sincère et constant dans l'affection qu'il a commencé à témoigner aux deux autres nations de la même souche. Au point où en est arrivée la civilisation générale, ce peuple, qui certes ne restera pas en arrière, connaît trop bien son
(i) L'auteur n'a traversé les îles danoises que très rapidement, il y a quelques anaées; ainsi il ne peut juger de rien que superlicielleineut.
propie intérêt pour se laisser encoie entraîner dans leur ancienne politique, qui fut toujours de rompre la paix a\ec les Suédois, lorsque ceux-ci étaient attaqués du côté de l'Est. Il est vrai qu'alors la Suède Se; tenait constamment dans une altitude guerrière, que lui imposait la conservation de ses possessions de l'autre côté de la Baltique. Mais la Poméranie et la Finlande ne sont plus des sujets de querelles, et les Suédois, dont l'esprit, grâce à Dieu, est devenu plus paisible qu'autrefois, ont droit d'attendre un sentiment réciproque de la part des Danois, en reconnaissance de ce que les Suédois s'assujettissent encore à un paiement à la caisse d'Elseneur, pour le passage de leurs bâtiments et de leurs marchandises auprès de leur propre rivage dans la Sonde. M. Mac-Gregor s'exprime sur ce sujet avec rigueur*. On ne peut nier
(i ) Page 1 1 5 , contient ce qui suit : « Ce petit royaume a continué jusqu'aujourd'tiui à lever sur tous les pays de l'Europe et de l'Amérique un des grands tributs ou droit de douane féodale, qu'il est étonnant que ceux-ci aient consenti à payer. Le tribut est un droit perçu sur toute marchandise qui passe et repasse par la Sonde, sur tout vaisseau qui entre dans la Baltique ou en sort par ce grand , large et libre passage de la nature. Il n'y a pas un seul principe du droit naturel ou politique , qui puisse justifier cette douane, et le Danemark , qui ne rend aucun service pour cette exaction, n'a pas même le droit du plus fort pour imposer ce tribut odieux et humiliant.
a Outre que cette exaction est fondée sur une pratiqne héréditaire, la pauvreté du Danemark a été alléguée comme un motif de lui payer cette taxe. Mais cette indigence, qui est causée par la législation du peuple danois ou par le défaut d'entreprise ou d'industrie de sa part, n'est pas une raison pour lui permettre de lever une taxe des pauvres sur le commerce et la navigation des peuples plus industriels •t plus entreprenants. »
DU NORD DE L EUROPE. 55
qu'au fond il n'ait assez raison; mais un Anglais qui sait combien ses compatriotes ont conlribué à rendre les Danois pauvres, en prenant leur flotte, en brûlant leur capitale, en les plongeant dans des dettes, pour reconstruire ce que les Anglais avaient abattu, ne devrait pas faire remarquer « le fétu qui est dans l'œil de son frère, » mais plutôt « prendre garde à la poutre qui est dans le sien. » A ce propos, nous lui dirons tout amicalement,que la même maxime, sublime et chrétienne, peut trouver son application dans la conduite de son gouvernement à l'égard de la Suède et de laNorvvège, sol ingrat, dont M. Mac-Gregor plaint la pauvreté; mais qui néanmoins ne laisse pas de fournir à l'Angleterre une grande quantité de planches et de poutres, et dont le droit d'importation rapporte à la caisse d'état des Anglais, à cause de la valeur réelle de ces effets en Angleterre, deux fois et demi le montant qui revient aux Suédois et aux Norwégiens. Or M. Mac- Gregor nous dit lui-même dans son tarif, p. 2c,8, que les Anglais prélèvent 260 p. cent sur cet article d'ex« portalion du Nord. Comment ces pays ne resteraientils pas pauvres, quand on voit leurs amis, les Anglais, mettre si mal en pratique la maxime du chapitre VII, verset 3, de l'évangéliste Mathieu?
En traitant du nord de l'Europe, la Russie trouve ici naturellement sa place. Comme Suédois, nous dirons d'abord que nos concitoyens ne la craignent plus, bien qu'ils sachent que la forteresse qui s'élève à peu de distance de Stockholm, sur une des petites îles à'Jland, est sur le point d'être achevée, et que cette forteresse pourra renfermer une force militaire de quarante mille hommes. La raison principale de
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celle séciii-itc' i^éuérale des espi ils en Suède est peutêtre, outre la confiance en notre force morale, que les Russes, en comparaison de ce ([u'ils ont à exploiter chez leurs autres voisins, les Allemands, les Turcs et les Asiaticpies, n'ont rien à trouver chez nous que la libellé civile dont ils ne se soucient pas. Nous leur avons déjà fait, il n'y a pas longtemps, le sacrifice de la Finlande, et, avant, de presque tout le lilloral du sud-est de la Baltique, qui appartenait jadis à la Suède; les Russes donc doivent être contents. Il y a toute apparence aussi qu'ils le sont réellement et qu'ils ne cherchent plus qu'à se garder de tout contact avec nous. Les Russes étant nos seuls voisins de ce côté, il est évident qu'il serait avantageux pour nous de pouvoir échanger régulièrement avec eux les produits de notre sol; mais comme leurs ports, quand il y a famine en Russie, s'ouvrent de temps en temps par le fait d'un ukase, et se ferment aussitôt par un autre, nous sonmies bientôt obligés d'abandonner toute cette côte; agissant en cette circonstance comme le font nos cultivateurs suédois lorsqu'ils rencontrent une grosse montagne qui leur ferme toute culture ultérieure; et que, malgré leur ardeur à'défricher un territoire inculte, ils se voient forcés à changer la direction de leurs travaux. Loin de s'opiniàtrer à faire des attaques impuissantes contre cette lourde masse, qui elle-même est invulnérable, parce qu'elle est insensible à toutes les brèches qu'on peut lui faire, ils cessent de chercher à percer par leurs pétards les flancs de la montagne, qui ne peut que leur procurer une quantité de matière informe qui encombierail leurs établissements et nuirait à leur culture. Enfin ils se
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résignent à regaider le monde conniic finissant pour eux de ce côté. C'est pourquoi nous craignons que les Russes n'aient fait une dépense inutile en voulant si bien fermer le trajet par l'Aland vers la Finlande au moyen de la forteresse dont nous venons de parler. Les Suédois d'aujourd'hui ne chercheront pas à recon(juérir la Finlande, puisqu'ils ne l'ont pas fait en 1812 ou en i83o; car alors l'esprit guerrier se manifestait beaucoup plus en Suède qu'il ne le fait aujourd'hui, et pourtant il fut, selon noire opinion, sagement contenu. Si donc, comme on peut le supposer avec beaucoup de vraisemblance, la raison principale de la construction delà forteresse sur l'Aland eût été de se préserver d'une invasion des armées suédoises, on devrait à présent, ce nous semble, bientôt commencer par démolir ce (ju'on a déjà construit à cette forleresse, et donner par là une preuve de la sincérité de cette amitié qui existe sans doute entre les monarques, plutôt que d'augmenter les frais inutiles à la coujpléter. Selon les principes internationaux coutumiers et selon la manière la plus générale d'envisager les choses, cette continuation à élever là une forteresse ne renferme-t-elle plutôt les germes d'une hostihté menaçante, qu'une preuve d'une amitié très vive? Telle étant la disposition des choses et des esprits en Suède et en Norwège, comment veut-un qu'une union plus intime entre ces deux pays d'un côté et la Russie de l'autre, puisse se faire comme l'ont projeté MM. de la Nourrais et Bères, sans le sacrifice de ce qu'il y a de plus précieux chez les deux premiers peuples, savoir leurs forces uioiales, leur liberté civile et leur tendance vers un projet continuel en civilisation
de tout genre? Il faut sans doute quelque chose de plus qu'une situation géographique ou limitrophe pour former une union analogue à celle des Étals allemands ! Nos auteurs s'en sont aperçus quand ils ont parlé de la fusion commerciale du Danemark et de la Suède*. « Les causes de défiance et d'irritation » (qui n'existent plus) les ont portés à rejeter tout projet d'union entre des peuples beaucoup plus homogènes. Mais ces mêmes causes, et à un degré beaucoup plus élevé, qui semblent porter les peuples de l'ouest de la Baltique et celui de l'est à n'avoir rien de commun que le désir de vivre en paix, MM. de la Pourrais etBères les ont oubliées ou déconsidérées d'une manière tout-à-fait inconcevable. La provocation à une réfutation détaillée ne paraîtrait peut-être pas assez grande aux yeux de tout autre qu'àceux d'un Suédois, si ces auteurs avaient dit seulement que la Suède ne pourrait se lier qu'avec sa voisine la Russie; mais ils ont dit» que la Suède ne pourrait que se lier avec sa voisinela Russie, » c'est-à-direqu'il fallait absolument que la Suède se liât avec ce pays. On pourra se convaincre par ce qui suit, que les auteurs n'ont considéré que l'intérêt de la Russie, à laquelle il serait plus
(i) Page 170, ces messieurs disent, en parlant du Danemark: « Il ne faut pas songer à la fusion commerciale du Danemark et de la Suède. Il y a enlre ces deux pays une cause de défiance et d'irritation qui doit mettre obstacle à des rapports suivis et intimes. Bien que la séparation du Danemark et de la Norvvège soit déjà assez ancienne, rependant elle n'est pas entièrement oubliée, et il vaut mieux dès lors laisser ces deux Etats dans leur isolement actuel, que d'y développer par une fusion intempestive de nouveaux germes de jalousie et peut-être de haine. »
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avantageux, selon eux, « de rester dans son indépendance entière pour tirer le meilleur parti possible de ses adinirahles ressources, etc., etc. » V^oilà donc la politique de ces messieurs dévoilée. Sans s'instruire ou se soucier des intérêts des petites nations, on se contente de leur jeter quelques mots, quelques expressions légèrement méditées, parce qu'il s'agissait avant tout peut-être, pour un auteur français, de rendre les grands États encore plus forts, et en ce cas particulier, peut-être aussi, de rendre les forces de la Russie plus profitables à la France. Tout en respectant ce dernier but patriotique cliez tout auteur français, nous avons cru nécessaire, non -seulement comme réclamation des peuples Scandinaves, mais encore dans l'intérêt d'une politique saine et générale, de relever des erreurs, où l'on s'expose toujours à tomber, en tiaitant la politique de nos jours dans un sens particulier, en n'envisageant autre chose qu'un intérêt mercantile, et en ne plaçant pas au sommet de toute considération le progrès général de la civilisation. Cette politique n'est pas la nôtre, nous l'avons déjà dit; et avant d'achever notre digression critique sur l'ouvrage qui traite du nord de l'Europe, nous prions nos lecteurs de nous pardonner les expressions un peu vives peutêtre qu'on y aura remarquées, et qu'il ne convient plus d'employer dans l'examen que nous allons continuer des différends et de leurs causes qui, provenant du côté du nord de l'Europe, pourraient troubler la paix du monde civilisé, ou contribuer à la maintenir en ajoutant quelques éléments à la civilisation et au bien-être général du monde.
Il serait difficile de nier que les peuples scandina-
60 CHAPITRE ir.
ves possèdent ces éléments; ils peuvent offrir dans leur situation presque isolée, dans leurs productions, destinées par la nature à augmenter les forces maritimes, et dans leur esprit à la fois indomptable, paisible et frugal, un soutien efficace à tout système politique qui aura pour base la justice et le droit naturel, égal pour tous. Toutes les propositions qui auraient pour but l'établissement d'un pareil système, devraient venir des Etats, qui, par rapport à leur extraction de la même race germanique el golbique ou au degré d'une civilisation analogue, trouveront cliez les Scandinaves des sympathies naturelles. Mais jusqu'ici les puissances continentales ne paraissent pas avoir fait beaucoup de cas des forces politiques de la Scandinavie. Qu'elles n'y fassent aucune attention comme elles le doivent dans leur propre intérêt, passe pour cela; mais tout en les méconnaissant, on contribue, par des remarques et des publications inexactes, à s'en séparer encore davantage, eh! pourquoi? Parce que la politique de ce siècle n'a pas pris la direction qu'elle aurait dû prendre. On continue de se préoccuper presque exclusivement des grands États, ce qui est bien naturel. Toutefois, il nous semble qu'on devrait bien fixer le point de vue d'après lequel ils pourraient être principalement considérés. Quant à nous, en nous occupant de la Russie, il faut bien nous restreindre à des observations générales, et peut-être superficielles, n'ayant pas eu l'occasion de l'explorer par nous-mêmes.
Tout le monde connaît l'étendue de son territoire et sa population. En cela la Russie n'a de rivale sur toute ia surface du globe que la Chine. Nous n'entrerons pas
BTT NORD DE l/lAÏROPË. ' (il
non plus dans de grands détails sur les forces nialériel- Ics ou morales de l'empire russe ^ Cependant, s'il est
(i) Page 164 , M. Mac-Gregor dit de la Russie: « L'étendue gii;atUesque de l'empire russe a fait croire aux autres nations à des ressources beaucoup plus grandes qu'elles ne le sont réellement. Dans l'appréciation que nous faisons de la Piussie, comme de tout autre pays, nous voulons écrire sans aucune préoccupation nationale. Nous voulons citer des faits; mais pour cela, il faut toujours avoir présent à l'esprit, en jugeant dti pouvoir et des ressouices fiscales et commerciales de la Russie, que la plus grande partie de cet empire, sans parler des régions glacées, est un pays sauvage, peu peuplé, dont les habitants vivent presque tous, à l'exception des nobles, dans un état de servage; que l'étendue de son territoire affiiiblit au lieu de fortifier son pouvoir offensif; que les ports dans la Raitique sont gelés pendant tjuatre mois de l'année ; ceux d'Arcbangel pendant huit, ceux de l'Asie et du nord de l'Amérique pendant deux ou trois mois; que, quoique les ports dans la mer Noire ne soient fermés que partiellement, seulement à cause du climat, son commerce dans celte mer serait cependant interrompu pendant une certaine période de l'année, si elle n'avait pas su se procurer le libre passage par les Dardaunelles.
«Si l'on en excepte les parties les plus méridionales, le climat de la Russie ne peut mûrir que les produits ordinaires du nord ; plus des deux tiers de son territoire sont couverts de rocs, de marécages, de forêts de sapins et de déserts stériles. Les ressources de la troisième partie, jointes à ses mines, sont cependant d'une valeur immense; et si son tarif de prohibitions et de droits élevés, pernicieux et anticommercial, n'avait pas été, tomme il est encore, le plus anti-libéral du monde après celui de la France et de l'Espagne , la Russie aurait à présent un revenu considérable, tandis qu'il est malheureusement insuffisant. Elle pourrait, par le moyen d'un commerce extensif, fournir à la consommation d'autres pays, des bois , des céréales, du goudron, de la poix, du chanvre, du suif, etc., etc., en échange des produits de manufactures à bon marché, lesquels on a essayé de se procurer par la force, en quelque sorte, au moyen du travail des serfs. V
62 CHA.PITRI; It.
possible de tirer avec certitude des conclusions sur les événements les plus récents, et s'il est permis de juger par analogie, on peut dire que les derniers mouvemenls politiques delà monarchie russe ont plutôt démontré une faiblesse intérieure qu'une force prépondérante; tout en faisant le plus grand cas de l'énergie personnelle du monarque et de son pouvoir illimité, comme possesseur autocrate, non-seulement de tout le territoire de la monarchie, mais encore de tout ce qui s'y trouve, qui y vit et qui s'y produit*, il n'en est pas moins vrai que le principe d'unité qui existe dans cette personnalité de l'autocrate ne peut être, selon les lois de la nature, que d'une durée passagère, et que, s'il y en a un autre dans le sénat russe, comme on le prétend, celui-ci, ni aucun autre ne pourra suffire, dès le moment qu'un plus grand développement moral aura lieu parmi tant de peuples divers qui ne se connaissent pas, ou qui se haïssent, n'ayant enfin aucune autre liaison entre eux que la crainte commune qui leur est inspirée par le système de police intérieure, si ce n'est celle de faire la guerre ensemble. Pourtant, on dit que l'esprit guerrier ne se trouve pas généralement autant chez le bas peuple russe que chez ses maîtres. En tous cas, une unité nationale et régulière doit être fort difficile à établir ; et jusqu'ici rien n'autoiise à affirmer que, pour amener cette unité, on ait cherché à s'appuyer sur une force morale quelconque. On a bien compris en Russie que les moyens les plus
(i) Le comte Gurowski dit dans un livre sur la Russie, publié l'an 18A1 j à Leipzig, au troisième chapitre: « Das gebiet Russlands als boden , gehôrt dem herscher mit allem was darauf exislirt, lebt ynd »ich regt denn das ist der grunjpriacip der Seibslherrschaft. v
DU NORD DE l'eUROPE. 63
efïicaces seraient, quant au matériel, les comnriunications par des canaux, des chemins de fer et l'activité industrielle; et quant à l'unité morale, la similitude du langage. Aussi fait-on tous les efforts possibles pour introduire partout la langue russe. Tout cela est fort bien. Un avenir prochain nous fera connaître le résultat de ces tentatives. Considérons, en attendant, les conditions qui nous paraissent nécessaires pour la réussite de telles entreprises et voyons aussi si la manièiedont on s'y prend mène à ce but.
Les canaux et les chemins de fer ne pourront être que des instruments pour la force militaire et pour l'industrie. Or, nous croyons ces instruments ou voies de communications être prématurés dans un pays dont la population est loin d'être proportionnée à l'étendue, et où l'industrie, basée uniquement sur cette population en général fort dispersée, ne réclame nullement ces colossales entreprises. S'il en est ainsi, les chemins de fer seront extrêmement coûteux, en comparaison du peu d'utilité qui en résultera, et ne pourront pas actuellement augmenter de beaucoup la force matérielle.
Si on les considère par rapport au mouvement des troupes, par exemple, il est évident que les États de l'Allemagne, voisins de la Russie, qui ont pris le devant, conserveront toujours l'immense avantage que celle-ci s'efforcerait vainement à leur disputer.
Quant à l'industrie russe, nous sommes portés à croire que M. Mac-Gregor en a donné une idée qui, dans un certain sens, est assez juste, et qui peut être appliquée à bien d'autres pays qui suivent à peu près le même système. Après avoir dit un instant aupara-
va ni qu'on a essayé d'établir par force des manulac- Uires en Russie, il s'exprime ainsi :« On pourrait dire que la Russie défend l'importation de toute matière €]ui, par le travail de ses serfs, peut être tirée de ses mines et de ses forêts, et cpi'elle défend en outre toute denrée ou produits manufacturés qu'elle peut obtenir de ses serfs et à l'aide des machines, importées ou fabriquées dans le pays, et dont la direction est confiée à des artistes habiles. Nous ne nierons pas cependant que ce système prohil)itif, si généralement nuisible à l'empiie, ne puisse être très profitable aux nobles russes de Moscou et d'ailleurs, ces seigneurs étant propriétaires de ces serfs, qu'ils nourrissent et habillent à bon marché ^ »
Si c'était ici le lieu d'examinei' la question d'économie politique, relative aux prohibitions d'importation en général et de chercher à savoir si elles sont nuisibles ou non, nous serions peut-être portés à convenir, qu'en considération de l'état d'esclavage dans lequel se trouve la plus grande partie de la population russe, et aussi en considération de toutes les conséquences morales qui en dérivent, le système prohibitif est plutôt une mesure naturelle et corrélative à l'état d'esclavage, qu'un défaut provenant de l'ignorance ou de la mauvaise volonté du gouvernement russe. En d'autres termes, si jamais le principe de protection peut être convenablement appli(jué ou nécessaire, c'est quand il s'agit d'exciter à l'industrie un peuple sur lequel tout levier moral est impuissant. L'industrie libre n'étant pas compatible
^i) Le inêmo, p-ige iG5. . .
1)"J NOIU) 1)1 J.'l.LKOl'i:. 05
avec rélal social do la lUissie, il faut lecouiir à dos niesuies cocrcilives, connue les seules (jui j)uissenl produire de l'effet.
Ce sérail une autre question d'exantiuei- s'il vaudrait mieux ou s'il serait possible d'affrancliii' j)reniièrenient la j)opulalion et de laisser ensuite l'industrie s'cicvcr d'elle-même. Mais cette question ne nous regarde pas; nous n'avons à considérer que l'effet du système actuel en Russie, ce (ju'il y a de menaçant en ce système et dans les forces (ju'elle a actuelicinent à sa disposition.
D'apiès ce que nous avons dit précédemment, nous nous croyons autorisés à conclure que tous les Etals de l'Europe, excepté peut-être la Turquie, peuvent aisément se mettre à l'abri de toutes les foices de I;; Russie, lesquelles forces, tant matérielles que morales, ne peuvent se développer, si jamais elles le font, qu'avec une lenteur presque infinie, en comparaison de ce (}ui, selon toute apparence, se fera partout ailleurs. Ainsi la seule raison pour laquelle la Russie est formidajjle, c'est qu'elle se prépare à engloutir la Turquie, et qu'on ne cherche à l'en empêcher cpie par la diplomatie. C'est ainsi qu'on lui accorde en même temps une parlicipalion dans les question générales de la politique européenne qui ne lui est pas due. Si on prenait d'autres niesui-es d'une tendance; assez directe pour effacer tout espoir aux Russes d'avoir jamais la permission de l'Europe de se rendre ntaîtres du Bosphore* elle n'aurait pas peut-être la
(i) On sortirait trop du but de cet ouvrage si on allait exposer ici les moyens par lesijuels la prévoyanc" européentie pourrait pincer
prétention , et dans tous les cas, pas le prétexte de s'immiscer en ce qu'il y a à régler dans les intérêts particuliers, tant politiques que commerciaux, des autres États européens. En un mot, la Russie devrait être considérée comme étrangère à l'Europe, tant par sa position géographique que par sa civilisation. Changeons seulement la marque des limites et des couleurs de nos mappemondes. La Russie ellemême semble nous y inviter par l'acte de séclusion, qui sera bientôt complète du golfe bothnique, et au long de la frontière prussienne et allemande par le triple cordon qu'elle a établi, à ce qu'on dit, jusqu'à la Barbarie autrichienne-turque; et appelons toute cette partie, qui est du côté de l'Orient et qui appartient à la population sclave, Asie, au lieu de lui donner la nomination inexacte d'une partie de l'Europe; agissons du reste d'après le même principe, c'est-àdire, montrons toute déférence possible, toute civilité conventionnelle envers les diplomates russes, comme cela est en usage, même envers les ambassadeurs des empereurs de Perse et de Maroc; mais bornons-nous à cela jusqu'à l'époque où la civilisation toute particulière qui va être l'effet du système actuel en Russie, soit capable de changer l'esprit d'alliance trompeuse d'abord, puis des médiations forcées, et ensuite d'envahissement ou de conquête violente qui a présidé à la politique russe depuis le temps
des barrières aux envahissements ultérieurs des Russes; mais on est convaincu que de tels moyens seront trouvés, même sans, frottement, si les puissances «'iiropéennes , au lieu de s'inquiéter mutuellement, s'appliquaient toutes au développement de la civilisation chrétienne.
DU NORD DE l'eUROPE. G7
tle Calberine II, et qui paraît vouloir encore se continuer de nos jours, tout en se parant, à chaque progrès que fait la civilisation européenne, d'un vernis superficiel qu'elle lui emprunte. N'avouons jamais que la Russie puisse avoir désormais, comme puissance européenne et civilisée , quelques litres pour être consultée comme autrefois elle l'a été dans les affaires de l'Espagne, delà Belgique et de la Scandinavie. C'est surtout à l'Allemagne, si nous ne nous trompons pas, qu'il est utile de bien peser cet avis,.
On regardera peut-être comme une plaisanterie l'idée de refaire la mappemonde , idée que nous avons empruntée à iMM. de la Mourrais et Bères; mais les conséquences en paraissent sérieuses et justes.
D'un autre côté on trouverait peut-être téméraire l'essai d'un individu d'oser, de son autorité privée , formuler de semblables projets ; mais certes si les nations de l'Europe désirent vraiment se régler en droit, en justice, et veulent prendre Taltilude qui convient à leur prééminence en civilisation, laquelle seule doit établir le rang, l'Europe en cela n'a aucun danger à courir; au contraire, tout est gagné pour elle. ?sous dirons plus; c'est dans l'intérêt même du monarque russe et de la civilisation, qui est devenue sa tâche difficile à cause de cet esprit asiatique, qu'il voudrait, dit-on, extirper, que ce principe devrait être suivi désormais.
Car comment agir sur cet esprit tout particulier, qu'il n'est plus nécessaire de définir, et qui domine, selon M. Mac-Gregor, aux environs de Moscou et dans le grand Sénat de Saint-Pétersbourg, si ce n'est par un autre esprit européen plus pur et plus civilisa-
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t(M!i'.* Ces! contre cet esprit asiaticjue, chacun de nos lecteurs a dii l'oljserver d'al)ord , que nous avons voulu lever l'étendard et nullement contre les individus russes. Les (jualités personnelles, distingués, et nn caractère noble obtiennent partout l'influence et le respect qui leur sont dus, sans rien perdre ni gagner par une circonstance aussi accidentelle cjue celle d'être né dans tel pays plutôt que dans un tel autre. Ainsi, nous condamnons un sentiment qui aurait pour base un esprit de nationalité mal entendue et une antipathie systématique contre les Russes en géncial, et pour but l'exclusion sociale de ces individus souvent très accouiplis cju'on rencontre partout e!i Europe.
Pendant le cours de notie voyage, et en conversant avec deshommes à la fois éclairés, libéraux et placés de manière à pouvoir jeter de plus près un coup d'œil dans la politique de l'empereur russe% on a voulu plus d'une fois nous faiie croire que celte politique est beaucoup plus humanitaire et bienveillante (jue cela ne paraît, et que partout où son influence personnelle a pu se porte!-, c'est-à-dire où il a pu s'informer par lui-même de la nature des choses, il a toujours déployé avec énergie un sentiment de justice innée; mais que malheureusement le système
(i) Si nous parlons encore (la monarque russe, t'est iiue sa personnalité tombe dans ie domaine des conaidéralions politiques bfaufoup plus que les aiuri.s liilts coiuonfiées , et que l'Etat colossal qui porte le nom de llussie n'offre partout à nos regards qu'une mas^e i;;:i;lomérée chaotique de plusieurs peuples, dont une grande partie ne sont que des hoi'des nouKide- v\ incivi!isées.
l^'. Milll) PI, i M j.oIM'. 60
politicjiio russe cl l'asceiK! iiu (!(*s seigneurs de lace sclave mènent loujoins do; entraves au développement de ce sentiment. S'il en est ainsi, si l'on doit attribuer tout ce qui s'est ])assc de violent en Pologne et dont les rapports répandus dans toute l'iùirope ne peuvent pas tous être accusés de fausseté, à l'ascendant de l'esprit russe en contradition avec le sentiment de î'empereui'. Kli bien 1 tant mieux! nous en concluons (pic l'idée que nous nous sommes faite du seul remède contre cet esprit acquiert par là une nouvelle force. Cependant on est naturellement porté à se faire la question : Qu'est-ce que Taulocratie? ou, connue l'explique M. Gurowski, le pouvoir sur tout ce qui se trouve, qui vit et qui est produit en Russie? Ce pouvoir consiste-t-il seulement dans la faculté de faire le bien en petit et dans les détails de peu d'im- ])ortance, sans pouvoir jamais empécber le mal en gros? En vérité nous le craignons, et le soupçon qu'il en est ainsi, ménie en acceptant, comme nous venons de le faire, l'explication la plus favorable à ces faits (pie personne n'ose plus nier, ne plaide-t-il pas plus que jamais pour unecr<^isade morale contre cet esprit russe, ou si vous voulez asiatique, qui ne s'est pas encore dépouillé de ses coutumes barbares?
Plus on y pense, plus on trouve de raison de s'étonner que les autres grandes puissances de l'Europe veuillent encore accepter la Russie comme faisant parlie intégrante de leur système politique dominant. Que ce système des cin({ puissances dominatrices, en excluant tous les autres États, est fautif et insupportable de nos jours, nous l'avons déjà dit; mais en supposant (ju'il ne peut être différent poui- le mo-
ment, ii'est-il pas juste d'exiger du uioins que ce système soit soumis à une purification nécessaire pour ne pas trop lévoiteret les gouvernements et les peuples de ce siècle, qui ne pourront plus souffrir quon idolâtre le pouvoir, seulement parce qu'il dispose d'une grande force matérielle, s'il n'y a rien dans ce pouvoir qui faii espérer le progrès social? Or, en examinant de plus près les principes qui président à la politique que suivent les auties quatre grandes puissances, on découvre qu'ils ne valent peut-être pas mieux. On ne s'en étonne plus, maison persiste à soutenir ce qui est, ce qui sera éternellement vrai, que la politique du dix-neuvième siècle doit subir nne réforme entière, et que cette réforme doit commencer par des idées plus nettes, plus générales et qui se rapportent toutes au principe du droit naturel de l'homme.
En considérant généralement les différends possibles qui peuvent amener la guerre en Europe ou dans le monde, c'est avec un sentiment de douleur que nous sommes obligés d'énoncer notre opinion, qu'après la politique insociaie de la Russie, telle que nous l'axons pu observer jusqu'ici, celle des Anglais est la plus dangereuse au corps de la société civilisée, surtout si elle allait de plus en plus s'identifier avec celle de la Russie ^ Il n'y a même rien, dans la der-
(i) Le journal ministériel anglais the limes se réjouit, dans un article du 19 novembre , de ce que l'Angleleiie et la Russie s'entendent si bien actuellement : « Good underslanding happily existing beetwenEngland and Russia.»
/2 ni Al' ni! i:i.
uieié époque, (|ui puisse èîie cite eoiiaiiC un symplÔRie iiuliquatil cpie les Anglais se sont désistés de leur ancien sysiènie trenvahisseiiicnl '. Leur psélenlion de supériorité sur toutes les mers est encore lii rnéine, et elle les poussera proba])lement encore à de nouveaux actes de violence dès cpie leurs inléréls l'exigeront. L'acte fameux de navigation dont ils n'ont encore rien voulu rabattre, autant (juc nous le sachions [ hormis un cas paiticulier enveis l'Autriclie, dont la flotte mercantile ne peut guère «par son insignifiance entrer en une concurrence régulière), cet acte, disons-nous, paraît d'abord n'être lien autre qu'un régime intéiieur, mais, dans le fait, il est une prétention inadmissible dès que les Anglais veulent faire le commerce avec les autres nations, vu que les vaisseaux de celles-ci doivent jouir des mêmes p!i\iléges et de la même liberté d'action que les leurs. Ainsi l'annulement entier de cet acte devrait nécessairement être le premier pas vers la réalisation de ce principe de couunerce libre , dont parle M. j\hic- Gregor^. Leur précaution suspecte de n'avoir pas encore, par aucun traité positif, donné leurassentiment, en cas de guerre, au principe de neutralité et au droit qu'un navire de commerce d'un Etat neutre donne à sa cargaison d'être libre et exempte de confiscation, dès qu'elle ne renferme pas des munitions de guerre, en est une autre preuve. En vérité, le principe de
(i) Pour mieux saisir dans les détails le système maritime anglais^ on peut consulter l'ouvrage de M. Wheaton, Eléments oj national Lan', p. i5g-i75.
(•2) Page 8 : « Extension ol free trade lietween al! nation. -
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neutiiiiile tlexjait, ci'aj)rès leciiuil ualuicl, s'c'IcjrIic jusqtie-Ià, qu'aucune iiiatitTc ou tiKirciianclise no l'ùt considérée comme contre])ande de guerre, parce que ce n'esl pas la matière ([ui guerroie, c'est riiomuie. En oulro, les tracasseries que les Anglais suscitent toujours [)endanl la guerre aux navires de tout autre pnvs, iclativement à ce (jui devrait être considéré comme conlrebande de guerre ou non, de convoi et de visite, et si nous ne nous trompons [)as, les injustices qu'ils font essuyer encore en tciups de paix, et j)resque continuellement, aux Américains, en tâchant par des visites prolongées de faire avorter les spéculations mercantiles de ceux-ci, celles mènu's qu'ils font aux Français en les écartant de tous les pays où ces derniei's cherchent h étajjii!- des relations parmi les peuples incivilisés de i'Afi i(jue et de rAsie, démontrent qi'.e les Anglais voudront bientôt s'arroger un droit sem])lable, uîéuîc pendant la paix. !'s voudi'ont s'approprier la police maritime sur tout le monde, et s'ils réussissent à entraîner dans ces voies les gouvernements pai" des traités, les peuples verront bientôt leurs piopres codes maritimes essentiellement changés sans leur aven. Leur système d'exclusion, tout-à-fait particulier, auquel nul ne ressemble, sinon celui des Chinois, et qui consiste à vouloir interdire leurs ports, leurs parages, et ce qu'ils appellent les Chambres du Roi* aux autres nations commerçantes; enfin, le langage toujours hautain, toujours
(i) Wheaton , Eléments oj nulioiu:! Lrnc, \y. a 17, King'.s C/tanihers. C'est ainsi qu'on ajipelle tes parages ou l)iiis de nifi-, cuire les cap-i ou jioiiUs sailinnls des il. s Pu ilaiuijqiif-s.
présomptueux, toujours huaiiliant pour les sentiments de nationalité des autres peuples, langage qu'ils se permettent partout en conversation, dans les discours publics et dans les articles de leurs journaux, même dans ceux qui sont censés être les organes du ministère*, et qui s'insinue de plus en plus dans l'espiit de la nation, tout cela sont autant de preuves que les Anglais e?()gent de la part des autres nations des concessions auxquelles ils ne veulent pas donner de compensations, et que, déjà plus puissants que les autres nations, par leur marine, par leur commerce, par leur industrie et par leur richesse en capitaux disponibles, ils sont portés, tant par leur politique publique que par les efforts des individus, en un mot, par toutes leurs actions, à un système oppresseur et destructif pour l'Europe entière. N'omettant aucune occasion de s'enrichir aux dépens des nations pauvres, d'écraser avec leurs forces supé-
(i) Pendant tout le temps, depuis le dernier changement de ministère, tlie Times a pu être considéré comme un journal ministériel; on y a vu des articles remplis du même langage. A.ii commencement de novembre, on pérorait fort au long sur la nécessité de maintenir la supériorité maritime des Anglais: « Upholding the maritime superiority of Greal Brittain. w Le 29 de novembre, ce journal se plaignit que la Prusse séduisait les Etals alliés avec l'Angleterre, disant: « One country iiiay slipulate for favorable treatment from anotber but not cause the adoption of measures prejudicial to the interests, of the allies of that power. « Le mot allies dans ce sens est remarquable. Il n'est généralement d'usage de parler d'alliés qu'en question de guerre. Mais ici ou iiouve que, quand l'Anglelerre a conclu un traite fie coniinene avec un autre E'>lat , celui-ci est devenu son allié obligé, qui ne peut être séduit, etc.
t/angletfrre. 75
Heures les peuples déjà faibles, d'agitei- par leurs intrii^ues ceux qui sont affligés par les troubles intérieui's, et toujouis dans le but d'exploiter à leur profit le peu de ressources cjui restent à ces mêmes peuples; ils cbercbent, en toute rencontre, à leur imposer un joug de vasselage, à usurper et à envabir tout le monde. C'est pour gaiantir ce droit de préséance et d'usurpation, c'est pour être toujours les premiers à attaquer, qu'ils se sont procurés en Europe les places de Gibraltar, de Malte, de Corfou et de Héligoland, sans compter toutes les autres sur toute la surface du globe*. Parle-t-on des droits de douane onéreux pour le commerce et levés sur les importations étrangères, ce sont encoie ceux des Anglais qui sont les plus exorbitants de tous. En examinant le tarif présenté parM. Mac-Gregor au bureau de commerce^^ on trouvera ((ue les droits actuels montent à 200 p^ cent sur les fruits, sur les céréales et sur diverses matières crues, à 260 p. cent sur le bois de la Baltique, à l\oo p. cent sur les builes, et jusqu'à 600 p. cent sur le verre; et pourtant les Anglais se plaignent de ce que les autres nations ne permettent pas toujours l'entrée du produit de leurs manufactures, et qu'elles ne placent pas leurs systèmes de commerce sur un pied juste et libéral. Comment expliquej- ces inconséquences évidentes et ces agressions continuelles? nous tâcberons de le faire. Disons mainte-
(i) Le Journai du Commerce du 5 décembre vient de citer un article d'un journal espagnol (// Custellano), par le<iiiel ii paraît que l'envahissement de la Havane est à craindre.
(2) Mac-Gregor , p. 296 et suiv.
/o ui wiTui: III.
naiil, en peiulc riiols, ({uc les Anj^'ais veulctiL toujours êiVG nsaîires, iioîi-seulesneui chez eux, mais cdcoic chez les autres puissances; que leur influence, (itii s'étend à toutes, peut s'exercer en détail, une à une, et peu à peu. même en temps de paix ; que c'est chez eux que /a petite guerre de douane , dont parie M. Alac-Grego!-, a eu son origine, et qu'enfin c'est à cause du système anglais, pris tout ensemble, qîTon ne pourra peut-èîre encore meîti'e des hoi'nes ni à la petite guerre lîi à la grande.
Nous avons toujours dirigé notre charge sévère, noî) conli'e i'Ângleierre ou le gouvernement anglais, mais contre les Anglais. Ce n'est pas parce que le ministère whig, qui a gouverné ces dix dernières années commençait un peu, avant sa résignation, d'annoncer aux puissances des principes de commerce lihf'raux et sages, en s'exprimanl par exemple, comme a fait M. B]ac-Gregor^ sur les causes qui ont induit l'Allemagne à s'émanciper, et en piouvant par des calculs et des raisons incontestables que le système de douane anglais devait être modifié autant que le permettraient les exigences fiscales de l'Etat : ce n'est pas non plus parce que nous n'espéions pas que le ministère actuel, soi-disant conservateur, fera mieux 2,
(i) Voyez note i, p. i!\.
(2) Nous devons pourtant ici prendre acte de la déclaration dans tlie Times, en parlant du but dont est chargé sir H. Potlinger en oll mt en Chine , savoir, d'arranger « l'ouverture de tous les ports de mer chinois sur la côte orientale ii toutes les nations de l'Europe (pas d'Vmériq'ie?) AY/rt.v exception, qui pourront commercer librement (il payant un «huit modique à l'entrée et à la sortie des bàli- (i.'fiil.-, »
I ANGLEI FRIU:. //
(|iril sei;i [)liis juste envers tout le moude, ni encore parce que nous pensons nous interdire toute exception pour les individus de cette nation à cause du jugement (pie nous sommes ol)ligés de porteidu caractère national, que nous employons cette manière de ne parler que des Anglais.
Sous ce dei'nier point de vue, tout au conlraiie, il est clair que nous ne parlons d'abord que de l'espiit général de la partie active de la nation. 11 sérail, tîu reste, tout-à-fait supcrilu de faite observer, ce que tout le monde connaît, que non-seulement de tout temps en Angleterre se sont trouvés des individus dont les vertus et les qualités sociales ont sei'vi de flarnlDear. à l'bumanité, mais encore qu'ils possèdenf, sans compter leur esprit public, des vertus nationales, généralement répandues, et qu'on ne trouve guère-ailleurs à un degré si haut. Leur loyauté, par exemple, leur respect pour la loi, pour les autorités, pour les coutumes, leur esprit religieux, (pii est plus vrai peutêtre qu'en aucun pays que nous connaissions, leuis affections de famille, leur sincérité et surtout leur grande exactitude à leurs proiuesses, sont des vertus dont ils sont généralement doués. Nous pouvons même dire hautement en faveur de la nation anglaise que le sentiment du devoir se prononce chez elle d'une manière plus forte et plus profonde que chez les autres nations, oii il est souvent remplacé, ou p;;r une certaine bonté approchant de la faiblesse de caractère, ou pai l'enthousiasme d'un sentiment vague d'honneur. Par malheur, ce sentiment du devoir a reçu chez eux un développement historique qui se montre partout isolé, non-seulement par rapport aux
78 CHAPITRE îll.
autres nations, mais même entre eux; et le devoir, tel qu'on s'en fait une idée en Angleterre sous le rapport pratique, se montre très souvent inconciliable avec les sentiments qu'on estime ailleurs, comme étant inséparables des idées de délicatesse, de bienveillance et même d'honneur. Les Anglais ont vraiment des notions tout-à-fait particulières là-dessus. Leur première obligation comme citoyen anglais, c'est de s'assister mutuellement contre les étrangers pour les abaisser, et même pour écraser tous ceux qui voudraient leur disputer la supériorité en matière de commerce. Cette obligation semble absorber chez eux toute autre considération. Chez eux, la bonté, si elle va par hasard au-delà du cercle de leurs relations de parenté, s'approche plutôt de l orgueil que de la douceur. Leurs idées d'honneur, et ce qui est considéré comme honorable, se bornent exclusivement aux notions de défendre leur personne, leur caractère brave ou leur qualité en société. Enfin, ils ont une dénomination à part qui remplirait toutes les notions que nous attachons au mot d'honneur dans son sens moral et idéal, c'e.^t le \\\o\. respectability . Far malheur, ce mot, quoique placé au plus haut degré de considération, ne signifie rien autre que richesse et ordre dans les affaires, n'excluant pas, par exemple, la plus avide bassesse, et étant parfaitement conciliable avec le désir, ouvertement avoué, de ruiner leurs rivaux en industrie ou en spéculations mercantiles. Or, une manœuvre pour un tel but, qui a eu des succès et dont on s'est vanté d'avance, sert infiniment à l)ien établir la respectabilité, mot que nous sommes obligés d'emprunter des Anglais, et qui, nous l'espérons,
l'anglf.terre. 79
ne sera jamais adopté dans ce sens par les Français. A la vérilé, les gens de bien en Angleterre sont les premiers à désavouer et à flétrir ces fausses notions de ce qui est vraiment honorable. Ils sentent Teffet déplorable qu'a eu sur le caractère anglais l'ascendant de la tendance générale de devenir respectable d'une telle manière : mais John Bull s'en moque. L'aveuglement moral est trop général et trop fort. Il provient des plus hautes classes, où il a peut-être commencé, et finna par s insinuer par degré dans les classes inférieures du peuple : nous voulons parler de cette dureté de cœur qu'oii observe si souvent chez les Anglais.
Comme un négociant ou un aianufacturier millionnaire peut se vanter de ce qu'il vend telle denrée sans profil, et même à perte, seulement pour faire cesser le commerce ou la production de son voisin, de son ami même qu'il voit peut-être tous les jours et dont il serre la niain ; comme une Compagnie (de gens très respectables sans doute) qui fait le trafic par des bateaux a vapeur entre les ports anglais et la ville de Hambourg, peut déclarer qu'elle fera une guerre de rivalité à outrance aux habitants de cette ville, parce que ceux-ci ont osé à leur tour se procurer des bateaux à vapeur; de la même manière, si nous ne nous trompons pas, et d'après le même principe, ces sortes d'entreprises où on voit l'un contre l'autre essayer ouvertement de se terrasser, de se chasser du marché, et ensuite de s'en faire un mérite au lieu d'un sujet de honte tpiand on a fait expirer son adversaire , sont devenues presque un jeu, auquel on voit tous les jours les Anglais les plus distingués se mêler, de con-
80 cnAiMTiu; m.
cerl avec le bas peuple; et qp.i voufirail Ijien nier que c'est pour avoif eu ces i)eaiix e.\eïi)ples sous les yeux que les ouvriers font de niêuîe s'ils le peuvent, (|ue c'est par les hautes classes qu'ils ont appris à former (les coaiilions entre eux*, et h se venger quelquefois do leurs supérieurs".
Il) Stiikes ior hightr vv.i-es.
'9J Ayant depuis longtcp.ips des relations avec des particuliers en Ari"le!erre, où je suis rentré h plusieurs époques , et ine sentant toujours entniîné par le dé^ir de lier connaissance avec les Anglais, parce qu'il y a toujours (jueli'ue chose d'intéressant et même de noble cliez riudividu an^hus, si on sait choisir son monde; j'accostais toujours, durant mon tour en Belgique et en Allemagne, ces voyageurs qu'on rencontre en grand nombre pendant l'été dans les hôtels, et je crois pouvoir rapporter ici l'anecôole que me conta, à Heidelberg, assez naïvement, un de ces \oyagcin-.'-, gentilhomme parfait, s'avouant èlre un (ory décidé {slaunch ton).
Il venait de recevoir une lettre d'un de ses amis [verj respeclable) en Cornouailles, qui, il y a quehjues années, était venu avec de grandes ressources s'emparer des carrières dont on tirait des pierres de taille pour la con-truciion des ports de mer à Plymouth, etc. Au commencement il vendil les pierres qu'il faisait tailler à un prix tellement bas que tous les autres propriétaires furent obligés de sortir de cette voifi d'industrie. Les fonctionnaires ou entrepreneurs constructeurs, oui recevaient pendant cette première époque les pierres à un prix très modique, se retirèrent peu cà peu de tout autre voie par laquelle ils auraient pu avoir ce matériel nécessaire; ensuite, dès qu'il fut deve!!U monopoleur.) il éleva le prix au plus haut degré, ce qui devait lorl embarrasser les constructeurs, pour !c moment tous en dépcudance de lui , et on conçoit bien comme il se glorifiait de la réussite parfaite de sa manœuvre. Or, cet homme si respectable et si habile écrivit dernièrement à son ami, en se plaignant que les ouvriers, qu'il employait en grand nombre pour le laillage des pierres, venaient de f l'i c Uîie cnal'lion {strihefor In&hcr (\rii(,'sP '^ Ces misérables [(lam->
Mais cet esprit de spéculation éliontéest entré jusque clans leur politique générale presque conmie un principe inlégral. Les Anglais se croient justifiés d'avoir pris la flotte danoise en temps de paix, seulement parce qu'ils soupçonnaient une combinaison qui peutêtre n'aurait jamais eu lieu. Ils ont envahi le territoire et l'administiation de douane norwégienne à Bodo pour leprendie leur marchand isesdéclarées légalement contrebande. Sur le même principe, ils viennent tout récemment d'attaquer les (Ihinois, de leur faire subir les horreurs d'une invasion militaire, dinsulter leur nationalité par l'occupation de leur territoire, et, paisuite, la nécessité, quoique attaqués les premiers, de se soumettre à des exactions pécuniaires, le tout, parce que le gouvernement chinois a voulu persister dans sa défense aux Anglais d'introduire en Chine la contrebande de l'opium, véritable venin de l'esprit et du corps pour la nation entière. Cette histoire, dont on peut lire tous les détails dans les ouvrages périodiques anglais *, mais à laquelle l'Europe entière semble donner
ned rasculs),iïii-\\, lui arracheront peut-èlic tout son profit. »> — Et la gloire?
Le gentilhomme anglais, qui me raconta les deux faits séparément, c'est-à-dire, le premier, comme une preuve de l'esprit de spéculation en Angleterre , et le dernier comme une preuve du dangereux esprit parmi le bas peuple, fut un peu consterné quand je lui fis remarquer qu'en effet, l'esprit était le miMiie en tous les deux cas. « Oh !» me répondit-il avec une franchise aimable, « j'ai cru d'abord, dès le premier moment, entrevoir que vous étiez un peu radical. »
(i) (c Les développements d'une immoralité nationale, » dit ht Revue Eclectique d'octobre iS'jg, « qui sont renfermés dans ce petit volume {les' I/u'rjuitésdu commerce de l'opium nrcc la Chine , par le
peu d'attention, est tellement révoltante et scandaleuse au milieu du dix-neuvième siècle, que nous ne
Révérend A. S. Thelwall) font une impression si révoltante, que le commerce de l'opium avec la Chine sera bientôt supprimé s'il reste chez nous et notre gouvernement quelque vertu et quelque pudeur. Avant l'an 1795, l'opium, regardé par le gouvernement chinois comme un médicament, était admis moyennant un droit modéré; mais bientôt, quand l'usage en fut répandu comme un objet de luxe, quand ses effets déplorables furent connus, son importation fut tout-à-fait prohibée en 1796, sous la première année du règne de Ked-King. Dans ce temps, l'importation annuelle n'était guère que de iioo caisses {chest). En i83o, elle s'éleva à près de 20,000 caisses, et en 1837, à 34,000, chaque caisse pesant, en terme moyen, i3o livres. La valeur de cette importation montait à 4 millions de livres sterl. L'opium est cultivé, dans plusieurs provinces des Indes, suus le système de travail forcé , au profit exclusif de r honorable Compagnie des Indes-Orientales , et le commerce eu est monopolisé par des marchands anglais; or, s'il y a des exceptions, elles sont de trop peu
d'importance pour être prises en considération n
La Revue Mensuelle de juin iSSg, qui condamne ce trafic inique, s'exprime ainsi: « De quelle manière cette drogue (l'opium) est-elle importée des Indes dans la Chine? C'est par contrebande, avec toutes les circonstances et les effets fâcheux qui en résultent, contrebande faite par des marchands anglais ou des sujets de la Grande-Bretagne! Le gouvernement des Indes, loin de les en empêcher, les appuie au contraire d'une manière positive et directe , aussi bien que d'une manière négative et indirecte. »
La Revue trimestrielle étrangère d'avril 1840 observe que : « Des réparations pour des insultes pourraient être, à plus juste raison, demandées par les Chinois que par nous. Si nous considérons les faits sans nous laisser aveugler par la cupidité, par des intérêts personnels, peut-il y avoir quelque chose de plus clair que nous méritons plus le blâme que les Chinois? »
L'Observateur chrétien de ihai 1841 dit: «Sir Ro'.crt Pec! est d'accord avec le cabinet que la guerre est à présent inévitable, il est vrai que les Chinois ont agi injustement en se saisissant des sujets qui
l'anglkterre. 83
llous pardonnerions pas de glisser là-dessus légèrement.
Le sieur John Bull, comme nous le disions ci-dessus, se moque admirablement des injures les plus graves qui lui ont été adressés par ses cooq)atriotes par rapport à son avidité, en disant hautement encore que le capitaine Elliot, devant les murs de Canton, aurait dû exiger, au lieu de six millions de piastres, trois fois cette somme, et qu'il ne valait pas la peine de faire tant de frais et tant de bruit, si Ton n'avait pas le dessein de continuer la destruction du gouvernement chinois, etc.*.
ne faisaient pas la contrebande d'opium; mais en cela ils n'ont fait que se conformer à leurs idées d'otages nationaux, et ils avaient reçu de grandes provocations, car quel droit avions-nous de les forcer, en quelque sorte, à recevoir notre opium en dépit de leurs édits, en nuisant à leurs revenus, en corrompant leurs officiers, en empoisonnant leur population? Pourquoi faisons-nous la guerre? pourquoi des millions de cette population doivent-ils être visités par toutes les horreurs d'une invasion hostile? »
Le 7 mai 1840, sir James Graham faisait dans le parlement anglais la motion suivante : « Il semble à la chambre, en considération des documents relatifs à la Chine, présentés à cette chambre par l'ordre de Sa Majesté, que l'interruption de nos relations commerciales et amicales avec ce pays, et les hostilités qui en ont été la suite, doivent être principalement attribuées au défaut de prévision et de prudence de la part des conseillers actuels de Sa Majesté, à l'égard de nos relations avec la Chine, et spécialement à leur négligence à donner à l'intendant général à Canton les pouvoirs et les instructions nécessaires pour arrêter les maux croissants attachés au trafic et à la contrebande de l'opium, instructions conformes à la situation nouvelle et difficile dans laquelle il se trouvait placé. » Cette motion n'a été rejetée qu'à une majorité de neuf voix seulement.
(i) L'expression qu'on vient de lire dans une lettre de Chine, da-
84 CHAPÎTRF iir.
Celles, les piii^saiicesde 1 Europe (|ui ont cle.slIoUes et du pouvoir politique ou moral, ne déviaient pas regarder avec indifféience un altenlat aussi énorme contre le droit des gens, attentat qui, à la longue, ne manquera pas d'êlre 1res nirisii)le à toutes les nations commerçantes qui voudraient lâcher de faire entrer la civilisation européenne en Chine, La question de l'opium, comme monstruosité politique, en renferme encore une autre non moins odieuse envers la population du Benîralc. Quand on considère en effet qu'une paitie des hal^ilants de l'Hindouslan sont forcés malgré eux de cultiver l'opium pour le compte de la compagnie des Indes-Orientales, qui en fait ensuite le monopole, et que l'entrée de cette denrée pernicieuse a lieu forcément et à main armée dans la Chine, on conçoit tout le degré d'immoralité qu'a pris celte affaire. Aussi, quoicpi'elle soit loin d'être terminée, nous nous en emparons comme de droit et comme étant la preuve la plus récente et la plus flagrante de régoïsme des Anglais. En citant cet exenq^le grave, nous pourrons à la fois démontrer pouiquoi le portrait du caractère anglais a eu sa place dans un article sur les différends nationaux, pourcpioi ce caractère national doit être considéré sous un point de vue politique. C'est en approfondissant celte dernière
lée du 28 août el citée par le Morning-Poste, est vraiment caraclcristique : « Now tlial \ve are in it, we must procced » à présent qut; nous y voilà, il faut bien po;u-suivre. — Belle maxinu ! Ii- joiuiial John Bull, déclare à présent au mois de janvier itj.'|jt) qui! iaul attaquer les Chinois avec une arméede 40,000 hommes, tout enavuiiaiil (jue cette guerre a été injustement eoinmencée.
l'a.ngli riiii'.r. 8.")
enliepiisc des négociants anglais, soutenue après par le ministère déchu, (juoicpie avec une répugnance extrême (comme nous le savons particulièrement i, (jue nous nous sommes aussi autorisés à diriger toujours notre criti(jue j)oliti(|ue contre les Anglais, quoiqu'il soit bien avéré que c'est le gou\'ernenitii( anglais qui, par la flotte royale et par ses agents, a secondé cette exploitation de la fameuse copagnie des Indes-Orientales.
Quoiqu'elle n'ait jamais été indicjuée par l'auteur de la Vérité sur V Angleterre, la cause de l'cspiit politique de cette puissance est qu'en ce pays, j)lus qu en aucun autre, d'après ce que nous pouvons en connaître, « le gouvernement fut toujours entraîné [)ar \\t6 individus ou par des corporations privées. «Voilà le mot de l'énigme. Or, dans cette obseivalion, il n'y a rien de nouveau pour tous ceux qui ont étudié l'histoire de l'Angleterre. ÏNon-seulement dans l'ancien temps, le nombre des gueires civiles est une pieuve que les parties bien organisées, les grands barons, avec leurs associés, se sentaient aussi forts que les rois; mais, depuis la consolidation du pouvoir parlementaire, on remarque plus encore la manière tout-à-fait particulière dont se sont développées et augmentées les possessions de la monarchie anglaise. D'abord ce ne furent que des entrepiises d'individus qui entamèrent toutes les colonisations. Par un autre principe qui est aussi pjopreaux Anglais, et singulièrement enraciné dans leur esprit national, savoir celui de la prétention que cha(jue sujet de la couronne anglaise doit être protégé par le gouvernement, même quand il se jette au plus grand hasard en p«''ys étran-
86 CHAPITRE iir.
ger \ par cet avilie [)rincij)e, disons nous, ce gouvernement a toujours prêté assistance, non-seulement aux nouveaux colonisateurs, mais très souvent à des aventuriers malfaiteurs. Lors de leur premier début, on ignore leurs entreprises hasardeuses; mais bientôt après, ces vagabonds, en pr-oclamant qu'ils ont conquis telle légion au nom de la couronne anglaise, voilà qu'aussitôt une flotte royale leur fait visite, et dépose un gouverneur anglais; il est avéré de nos jours que les intérêts de ces colons et de leurs amis sont tellement forts, que parleur influence parlementaire ils ont contraint le gouvernement à leur donner des secours qui ordinairement ont fini par entraîner la guerre avec les autres nations. Quant aux guerres de l'Angleterre même, elles ont toutes, comme celle de l'opium, eu des motifs dans les intérêts des compagnies et des négociants qui, presque toujours identifiés avec ceux des grands barons, ont eu l'appui de toute l'aristocr-atie anglaise. Et, si l'on ne peut nous contester que les motifs des guerres ont été au commencement tels, la justesse de notre observation n'est pas affaiblie par la remai-que, que ces mêmes guerres, une fois commencées, les ministres ont pu depuis appliquer les forces du royaume à leur continuation selon leur caprice personnel, qui pourtant, n'aréussi à prévaloir, qu'autant que le ministère a su les
(i)Ce n'est plus un secret, que lors de la réclamation tardive par le eouvernenient anglais de la personne de M. Leod, ou ne savait pas s'il avait pris part ou non à l'expédition de ruiner la Caroline, et si cette expédition avait été ordonnée ou non par les autorités du Canada. On fut pourtant obligé, par l'opinion publique, en Angleterre, énoncée par la presse, de réclamer le sujet anglais mis en prison.
l'angleterre. 87
couvrir de ce prestige qui a t;Mil de charmes aux \eux de tout le peuple anglais, savoir, « les intérêts des individus protégés par leur gouvernement. »
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner la question plus générale de savoir si cette politique égoïste et envahissante, poussée aveuglément par l'intérêt privé, n'est que le résultat inévitable du gouvernement parlementaire, qui est nécessairement placé sous la compression de l'égoisme individuel ou de corporation : cette question grave est trop générale pour que nous puissions nous y arrêter dans ce moment. En tout cas, c'est sur l'esprit national des Anglais, aussi bien que sur leur gouvernement, que nous portons nos remarques.
Une analyse complète des causes de cette dépendance du pouvoir ministériel, vis-à-vis les intérêts des corporations et du caractère égoïste anglais, dépasserait nos bornes et occuperait tout un ouvrage spécial. Ces causes pourtant n'offrent pas tant de difficultés à être tracées brièvement, et elles sont peutêtre essentiellement les mêmes qui ont favorisé le progrès du principe aristocratique depuis le temps de Cromwell. Ce progrès s'est surtout développé pendant les guéries* qui, quant à la part qu'y prirent les Anglais, c'est-à-dire par mer, favorisaient toujours les entreprises des individus. En y regardant de près, on verra peut-être qu'il y a toujours une différence entre une expédition sur mer et une campagne; que les résultats heureux de la première dépendent plutôt
(i) M. Mac-Gregor s'exprime avec force et vérité sur l'effet des guerres dans son premier chapitre introductoire.
,S8 cnAPiTRi: m.
des aclioiis énergiques des individus, et ceux de la dernière plutôt des combinaisons sages du généial. Le courage et la valeur des niaiins ont occasion de se montrer dans une position plus détachée, plus isolée. L'idée de la gloire qui sert à animer les combattants, tant sur mer que sur terre, devient souvent, en premier cas, un peu plus profitable aux subalternes; c'està-dire <pie l'esprit du gain s'y mêle toujours un peu. Telle est du moins la différence reconnue entre la marine et l'armée anglaises; et, tout en réllécliissant à ce trait distinctif du caiactère national des Hollandais, qui se battirent aussi presque toujours sur njer, il ne nous parait pas tout-à-fdit hors de propos d'attribuer, en grande partie du moins, le développement du caiactèreanglais, lier, exigeant et inexorablefquand il s'agit de dompter ou de rendre leurs attaques profitables) à ces victoires en détail, à ces prises* importantes, qui se multipliaient sur mer beaucoup plus
(i) Price-money , réiuiraéralioii de prise, constitue toujours uu grand item aux salaires des marins anglais. On vient de voir comme on a étendu ce principe, même aux troupes de ligne engagées dans la prise de Canion. Cela ne prouve rien contre notre tlièse. Les soKîats anglais employés en des expéditions d'assistance donnée aux enlrejirises de rapine des Compagnies sont dans un cas exceptionnel à • elui de tous les autres soldats de l'Europe, un cas tout-à-fait sem- ' lahle à celui des croiseurs de mer. Tant pis donc ! si l'armée anglaise e^l aussi quelquefois atteinte par le même mal. Toutefois, n'est-il pas permis d'attribuer à celle àpreté égoïste du caractère anglais.^ jointe à l'ancienne supériorité maritime de la nation, cette honteuse et déplorable anomalie qui maintient 5>ur mer le droit illimité de prise sur la propriété privée, tandis que la civilisation a inscrit depuis des siècles, dans le code du droit de la guerre conliiienlale, le respccl absolu de la propiiité privée ?
i.'a,nci.i TiT.Rr:. 80
que sur lene, el dont les l)iiJlelins, sans cesse panéi^yristes, ont rempli, pendant des siècles, les journaux anglais, el ont nourri l'orgueil el la cupidité de toute la nation. Aussi les Anglais ont-ils très souvent suscité des guerres aux autres peuples. Les riches y trouvaient une occasion plus t'avorahle qu'en temps de paix de s'enrichir encore davantage, non-seulement aux dé- })ens de l'étranger, mais encoie à ceux de l'Etat, dont les dépenses allèrent toujours en croissant. Peu à peu l'Etat est devenu leur débiteur à un montant toutà-fait énorme. Ce système, (pii naturellement entraîna un budget immense, put néanmoins élie soutenu sans difficulté visible, tant cpie les auties nations, toujours dérangées dans leurs entreprises industrielles, ne s'occupèrent que de gucrrover sur leur propre territoire. Ainsi, tandis (jue celui de l'Angleterre n'a jamais connu les dévastations de la guerre, (pii mettent toujours en danger les établissements du continent, les nations du continent eurent à lutter contre des difficultés sans fin pour se créer les éléments d'une industrie propre; l'Angleterre, s'emparant par sa marine du monopole des colonies, plaça les nations continentales sous le joug inexorable de sa politique coloniale, dont la ligueui- s'acciut en proportion de la consommation des denrées du tropique. De leur côté, les négociants el les fabricants anglais, s'élancant dans cette carrière avec toute la liberté, l'énergie et la facilité, qui ne se trouvent à un tel degré qu'en Angleteiie, s'enrichiient eux-mêmes en fournissant à I Etat des valeurs d'exportations iuimense.^. La jjioducliun de ces valeuis, fiuils du travail des ouvriers, causa naturellement, dans les ih's
Britanniques, une grande consoninjation de \ivres; leur prix aussi bien que les ventes des biens-fonds montèrent en conséquence, en triplant les levenus des seigneurs anglais; et le gouvernement, de plus en plus dirigé par ceux qui avaient accumulé des fortunes , évita , autant que possible, les impôts directs, mais établit des tares indirectes, en mettant des impositions d'autant plus élevées sur les droits de douanes et d'accise, sur les objets de première nécessité, consommés par les classes ouvrières *.
Ainsi, on pourrait dire que tout le système, tant économique que financier de l'Angleterre, trouve son appui dans la guerre au debors, guerre de profit et de monopole exclusif, monopole aristocratique, monopole industriel, monopole commercial, et tous ces monopoles, placés sous la protection suprême du monopole maritime.
La réaction de ce système, trop artificiel et trop éblouissant dans un temps passé, s'est développée tous les jours davantage depuis la paix générale de i8i5. Les résultats de ce développement pourraient être résumés brièvement de cette manière: une population d'environ i-j millions sur laquelle les propriétaiie de biens-fonds et de capitaux font à peine deux millions, sur le reste, tout au plus lo millions, vivent dans l'aisance : ce sont les négociants, les fermiers, les artistes, les officiers et les autres fonctionnaires qui, sans être propriétaires ou rentiers, trouvent des moyens d'existence dans les valeurs mobilières ou dans le revenu de
(i) On ne saurait trop recommander la lecture de ce qu'a écrit sur ce sujet M. Mac- Gi egor.
l'ajn'gleterri:. 91
leurs places. Les i5 millions restants, parmi lesquels on conij)le environ deux millions d'indigents, ont la plus grande difficidté de se procurer eux-mêmes le nécessaire; ils ne se composent que des ouvriers, des employés aux travaux de l'agriculture, des mines et des fabiiques, classe qui n'a absolument rien, excepté le salaire de la semaine ou de la journée. D'un autre côté, la dette nationale excède 800 millions livres sterling (environ 20 milliards de francs), dont l'intérêt absorbe à peu près la moitié du montant de tous les revenus de l'Etat. Ces 800 millions, fournis principalement par l'accise et la douane, retombent, pour un montant d'environ 20 millions sur les consommations de la classe ouvrièie, à raison de 8 millions pour l'accise et de 12 millions pour la douane*. C'est donc cette classe indigente qui supporte pour un tiers tous les fardeaux de l'Etat. Cette population, qui ne gagne rien au-delà de ce qu'elle consomme, augmente en une proportion toujours naturellement plus forte que la classe qui possède les biens-fonds et les capitaux. Donc ces propriétaires, à la fois capitalestes et détenteurs de la puissance politique, sont les véritables suzerains et les princes territoriaux du royaume, avec le droit exorbitant d'expulser s'ils le voulaient, les tenanciers, placés si fatalement sous la dépendance, qu'on pourrait même, à terme écbu des contrats^, leur défendre de mettre bas le pied sur le sol anglais.
(i) C'est de quoi on peut s'informer par l'exposé de M. Mac-Gregor à la fin de son ouvrage.
(a) Leasei contrat de ferme. Non- seulement les champs agricoles
02 CHAPITRl I!î.
Quant aux capitaux, ils s'accumulent toujours tle plus en plus dans les mains de la même classe, el lui donnent le pouvoir d'enlever, par leurs spéculations en gros et par leur tendance au monopole, tout profit à ces gens à fortunes moyennes qui ne peuvent plus concourii- avec elle, et qui rentrent ainsi successivement dans les classes des pauvres. Ce n'est pas tout, et cela n'atteint pas seulement les Anglais; ces capitaux, souvent hors d'emploi, peu à peu retirés du commerce et de cette industrie minutieuse qui ne donne plus de profil, placés à la Banque d'Angleterre, et s'élevant quelquefois à 12 millions sterling, sont un instrument dans les mains de ces richards pour bouleverser d'abord tout le système de banque à billets dans 1 intéjicur du pays; ensuite, et dès quune crise pécuniaire est créée, il s'ensuit naturellement, quoique par une conséquence (|ui ne saute pas d'abord aux yeux, qu'il se fait par là une baisse dans les prix de toutes les productions manufacturières de toutes
appartiennent à l'arislocratie, mais aussi presque toutes les villes sont bàiies sur le territoire des grands seigneurs, el à un ternie fixe, à renouveler selon leur bon plaisir. Encore sont-ils eux-mêmes très souvent propriétaires des maisons qu'ils ont fait bâtir par spéculation. Ce sont ces données qui ont pu autoriser l'auteur d'exposer la légalité idéale du droit en possession de l'aristocratie anglaise d'expulser tous «eux qui n'ont point de bien- fonds , quoiqu'il est clair que leurs propres intérêts ne permeUent jamais aucune autre emploi de ce droit de propriété, que de tenir les fermiers et les locataires dans une dépendance continuelle, el qu'ils savent bien faire sentir à ces derniers quand ceux-ci veulent faire usage de leur droit d'élection, tout-a-fait nominal, t.snt que l'éicrtion l« bal'ot i ne se fait pas d'une nifMiine
les inarchandises non vendnes, tant d'origine anglaise qn'impoitées. Les crises commerciales peuvent de cette manière èlre produites périodiquement, au gré des dépositaires de la Banque anglaise. Autrefois, cette Banque, n'ayant ni la même force, ni le même appui du gouvernement, fut entraînée elle-même dans ces sortes de crises auxquelles doit natuiellenient être exposé le crédit dans tout pays où le système manufacturier est artificiel. Elle suspendit à plusieuis reprises ses paiements en espèces, obtint le privilège d'un cours forcé pour ces billets. Mais depuis environ vingt ans, et surtout à la suite du fameux bill qui porte le nom de M. Peel (à présent sir Robert), elle n'a pas succombé elle-même. Au coniraire, le crédit des banques de l'intérieur étant tant de fois ruiné, et le système entier des banques privées n'ayant jamais pu obtenir une bonne législation, à cause de l'intérêt monopole de la grande Banque, elle a attiré peu à peu tous les capitaux flottants, quoique aucun intérêt ne leur soit alloué de la Banque, qui augmente ainsi sa circulation à mesure qu'elle grandit, et qu'elle est bien sûre que le gouvernement (son débiteur de iS millions sterling) sera toujours obligé à la secourir. Depuis ce temps-là, deux grandes crises ont eu lieu : l'une en 1826 (parce que les dépositaires retirèrent tout h coup plusieurs millions en or des coffres de la Banque pour des spéculations en mines au Mexi((ue et dans l'Amérique méridionale); l'autre en iSSy florsque les dépôts avaient été accumulés de nouveau dans la Banque anglaise, si nous ne nous trompons pas, jusqu'à concurrence de 12 millions de livres sterling, et qu'ils furent retirés à cause du besoin extraordi-
94 CHAPITRE IIÎ.
naire d'or qu'avait créé le président André Jackson aux États-Unis de l'Amérique septentrionale, par des mesures violentes contre la Banque de ces mêmes États). Dans les deux cas, la Banque était aux abois de la même manière. La circulation des billets étant ordinairement de i6 à i8 millions livres sterling sur un fonds métallique qui n'a jamais dépassé lo millions, fut retirée en quelques semaines, en proportion de l'exportation de l'or, dont il ne resta guère au-delà d'un million quand la crise de la Banque vint à s'arrêter par les secours qu'on lui porta de toutes parts. De cette manière elle est sortie victorieuse de ces deux affaires, et de bien d'autres qui la menacent sans cesse; mais non-seulement quantité de banques dans les provinces sont toujours et à chaque nouvelle ainsi détruites, mais bien d'autres établissements industriels qui ne sont pas assez forts pour faire face à ces épreuves. Enfin, l'abaissement dans le prix de toutes les marchandises devient alors extrême, et il en résulte des pertes énormes, comme nous l'avons indiqué plus haut pour toutes les classes, les plus riches du pays exceptées.
En considérant que presque toutes les marchandises de l'étranger sont arrivées en Angleterre en consignation, c'est-à-dire que les négociants qui les y avaient importées les vendaient pour le compte des producteurs ou marchands étrangers , qui presque toujours sont endettés envers les marchands anglais ^,
(i) Ce sont les Anglais qui ont su mieux exploiter à leur profit le crédit dans les temps passés; mais il n'y a jamais eu de système national. Tout s'est développé sans règle préconçue et avec trop de licence.
il s'ensuit que c'est sur les étrangers que retombent les plus grandes pertes que ces crises amènent en baissant les prix quelquefois de i5 à 20 p. cent. Si alors, comme il arrive pour les planches et les bois de là Baltique, un droit d'entrée est prélevé de 25o p. cent sur la marchandise, il est clair que cette baisse de i5 à 20 p. cent emporte toute la valeur de la marchandise, en un mot de tout ce qui appartenait à l'étranger, le reste suffisant à peine pour les frais et les droits de douane. Le système monétaire anglais n'est peut-être plus en danger aussi longtemps que cette banque peut se procurer des secours par celle de la France, et par les autres grands amas d'or à Amsterdam et à Hambourg : c'est ce qu'elle vient de faire dernièrement *. En revanche, elle abuse d'autant plus de son crédit, et taxe ainsi tout le monde. Etant forcée de rendre compte annuellement de son état, elle n'a pas honte d'avouer publiquement que tout son capital (i5 millions) est placé chez l'Etat : elle soutient sa circulation lucrative avec l'argent des déposi-
Quand des abus ont paru, il a été trop tard de faire des réformes électives. Toutefois, nonobstant les convulsions extrêmes auxquelles a contribué le mauvais système de Banque, qui malheureusement a été adopté par les Américains des Etats-Unis, toutes les deux nations ont tiré des avantages immenses de l'emploi du crédit et du papier-monnaie, sur les autres nations, qui presque toutes, ont ou mal compris les conditions nécessaires à un bon système, ou ne l'ont jamais essayé.
(i) Les banquiers de la France ont fourni pendant l'automne de 1841, environ 5o, 000,000 fr. à la Banque Anglaise en lettres de change acceptées. Autrement cette somme aurait dû être tirée en or de ses coffres.
90 CHAPITRE m»
lalres et les fonds hypothéqués, tout en laissant ses oolTres presque vides d'or.
Par ces convulsions auxquelles son organisation et son accumulation extrême fournit l'occasion et l'instrument essentiel, la Banque anglaise produit, nous le répétons, deux effets; savoir : l'un, de ruiner évenlueilement les Banques moins fortes, les industries moyennes, tant en Angleterre qu'ailleurs, et d'occasionner des pertes énormes aux consignants étrangers; l'autre, dégrossir de plus en plus son propre ascendant par ces secousses, d'accumuler toujours davantage les capitaux dans les mains de quelquesuns, pendant que la pluralité s'appauvrit. Enfin, cette Banque, ou directement, ou comme un instrument, fait la guerre de finance à tout le monde civilisé; et cette même Banque cependant appartient à quelques individus en Compagnie d'actionnaires, tout comme la Compagnie des Indes, qui fait la guerre aux peuples de l'Asie.
Nous aurions dû, peut-être, dans l'intérêt de ceux de nos lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec les opérations de Banque, et qui n'ont pas observé l'effet que produisent de telles opérations sur le trafic en général, exposer plus en détail la raison de cette forte accumulation des capitaux dans la Banque anglaise sous forme de dépôts, laquelle, au premier abord, est d'autant plus singulière que les dépositaires ne reçoivent aucun intérêt. Mais les bornes naturellement prescrites à un auteur qui n'est pas h son aise dans son cabinet avec ses livres, et qui, tout au contraire, en voyageant, est obligé d'écrire en ne consultant que sa mémoire, ne nousperuietteiit pas, pour le présent, de
nous étendre sur le sujet intéressant des Banques, Qu'il suffise donc de dire tout brièvement que les dépôts énormes, qui, périodiquement, dans les meilleures conjonctures commerciales, vont s'accumuler dans la Banque anglaise, ne sont qu'un signe et une preuve de la fluclualion dans tout le système anglais, tant d'industrie (jue de Banque, tout comme aussi d'une incertitude de connuerce sentie par les capitalistes anglais eux-mêmes, qui ne vont plus, comme durant la guerre, placer leurs profits et leurs sommes disponibles dans cette industiie et dans ce connuerce, lesquels vont en se rétrécissant ; au contraire, comme nous l'avons dit plus liant, ils retirent peu à peu leurs capitaux, toujours croissants, de toutes les petites affaires, et ensuite, en les plaçant sous leurs propres yeux dans la Banque anglaise, ils se procurent l'occasion de faire de grands coups de main, qui les dédommagent de leur perte d'intérêts pendant plusieurs années. Enfin, l'effet de cette réaction dans le système anglais n'est que trop évident à quiconque ne se trouve pas, comme particulier trop engagé dans des spéculations industrielles ou conune homme d'état, préoccupé des idées de conquêtes sur terre ou sur mer. Ce système n'aboutit qu'à enrichir les nations en bloc, sans penser à la manière dont les richesses peuvent être distribuées et maintenues dans un équilibre salutaire à toute la population.
En résumant, disons : les Anglais ont développé les arts, les sciences matérielles et l'industrie au plus haut degré; mais ils ont négligé de réformer leurs lois et de modifier en même temps leur organisation. C'est pourquoi le développement moral et social est resté
en arrière. Ils ont cru que leur supériorité en capitaux et en marine pouvait monopoliser le commerce du monde entier, et voilà ce système de monopole et de centralisation qui a réduit plus que la moitié de la nation au paupérisme. Ils ont cru pouvoir seuls s'arroger le privilège de fournir le monde entier d'objets manufacturés, en ne recevant en échange que des produits bruts; et voilà que, par réaction, tout le monde veut s'affranchir de cet assujettissement industriel qui lui suscite une si vive opposition. Ils ont voulu enfin faire la guerre au monde entier; et voilà toutes les nations qui leur vouent une haine au fond de leurs cœurs, et à un degré auquel nous ne nous se rions pas attendu, sans l'avoir bien constaté durant notre tour sur le continent.
Et pour calculer combien de temps l'Europe en paix peut contempler l'état de l'Angleterre sous son développement onéreux, nous devons encore pousser notre examen plus loin, et faire quelques extraits du livre de M. Mac-Gregor sur les ressources de l'État. Cet auteur dit, page 262 :
« Quelque onéreux que soit le système de nos taxes, et quelque perplexité qu'il puisse susciter à tout chancelier de l'échiquier, nous avons peu d'espoir qu'il puisse subir quelque diminution notable. » Ensuite, p. 254 •
« Nous n'avons aucun espoir d'obtenir une répartition parfaitement équitable des assessed taxes, ou bien nous proposerions simplement de les abolir toutes à la fois et d'y substituer un impôt direct de quatre schelling par livre sterling sur le revenu des terres, des maisons et des tenements dans le royaume-
l'angleterre. 99
uni, en tenant quittes de l'impôt les maisons d'un revenu annuel inférieur à cinq livres sterling. Un revenu de lo à 12 millions serait probablement le produit d'un impôt direct, levé d'après ce principe simple et équitable; et nous ne doutons pas, d'après les observations que nous avons faites en France, en Autriche, en Prusse et dans tous les autres Etats, qu'au bout de peu d'années sa perception serait trouvée moins onéreuse par les habitants de la Grande-Bretagne que les assessed taxes établies, qui entraînent tant de vexations et de mesures inquisitoriales. Mais nous ne nous dissimulons pas les obstacles parlenitintaires qu'on susciterait contre un impôt si équitable, en remplacenient des assessed taxes existantes.
« Le premier grand obstacle à une telle mesure se rencontre dans l'acte du Parlement de 1789 pour le rachat de l'impôt foncier ( land taxe), qui est certainement la plus grosse bévue financière que jamais homme d'état anglais ait commise. L'absurdité d'un expédient ô.oïi toujours donner naissance à quelque autre expédient déraisonnable pour pallier pour le moment ce qui ne peut être guéri que par un remède hardi et énergique. Des expédients temporaires, pris sans aucune prévision judicieuse des nécessités de l'avenir, ont donné naissance aux difficultés financières qui ont provoqué la suspension des paiements de la Banque. Les embarras dans lesquels cet acte entraîna le chancelier de l'Echiquier, le porta à avon* recours à l'expédient le plus profitable, qui consistait à offrir en vente les revenus directs de la Grande- Bretagne (^^e^re^^e/z^j^). L'histoire de cette mesure, en tant qu'elle a été mise à exécution, peut être très
100 CHkPiTRv. lir.
insU'uctive, en nionlrant combien elle a été peu avantageuse au Trésor, non-seulement en proportion du montant du revenu perdu, nuiis spécialement à raison de l'obstacle que l'acte du rachat de l'impôt foncier i^land tax rédemption act) oppose à une judicieuse assiette de l'impôt dans la Grande-Bretagne. Si l'impôt foncier avait été racheté complètement et non partiellement, la difficulté pour la législation financière en aurait été grandement diminuée; mais, dans l'état actuel, la mesure crée un prétexte pour n'iniposer aucun nouvel impôt à la terre. Mais, en toute honnêteté, il nous sera permis de rester dans le doute sur la valeur de ce prétexte. »
Nous ajouterons encore en dernier lieu ce que dit M. Mac-Gregor, p. '3o3 et suivantes :
« L'état financier, commercial, politique de l'empire britannique, exige pour leTrésor un revenu de 55 millions par an, afin d'être en mesure de payer, sans avoir recours aux emprunts, la dépense courante de l'année avec les sommes éventuelles que peut nécessiter l'accroissement temporaire de la flotte et des armées.
« La propriété de toute nature du royaun)e-uni peut, sans être excédée d'impôts, supporter, sur son revenu annuel, cette somme et même celle de 60 millions. Mais un inq)ôt sur la propriété (^/Y)jye//o'-i'a^) est si odieux et entraîne des mesures si inquisitoriales pour son assiette et sa perception, que cet impôt, le plus équitable de tous dans son principe, ne serait supporté que schis le coup de (jueltpie ca'aniilé «jui jnenacei'ail l'existence nationale. Abandonnons donc, [JOUI ce niolif, un impôt général sur la propriété; nouîi
L'AiNGLETi-;nnK. loi
sommes obligés d'avoir piiiicipalement recours aux taxes sur la consommation.
« Les taxes actuellement lèvres sur les consommateurs produisent, savoir :
Douanes 2?., 000,000
Accises (excise) en déduisant les droits sur les ventes
(auclionsj.
Les licennes et les droits sur les chevaux de poste
( I -| million^
Ci I2,5oo,ooo
i.'>,5oo,ooo Admettant un revenu net de toutes les autres taxes de, . , . , i3,5oo,ooo
Od obtient un revenu nel total.' 48jt>oo,ooo
« 11 n'y a pas de doute que le revenu sur la consommation ne puisse être levé de manière à porter ces 48 millions à 5o millions, qui peuvent parfaitement pourvoir à la dépense actuelle'. En admettant, à la consommation intérieure, les sucres étrangers à un droit qui même ne sérail pas réduit au dessous de 4o schelling par quintal, pour combler le déficit du revenu national durant les deux dernières années, ils auraient produit un revenu additionnel d'environ quatre millions 2.
«L'admission du blé, entré en iSSy, à un droit
(i) Il n'est pas permis à un homme d'état anglais d'avoir des doutes en ces matières, mais nous ne pouvons pas éviter ces doutes.
(2) Est-ce qu'un revenu additionnel de 4 millions est suffisant? Cela ne pourrait se comprendre qu'avec l'addition des 10 ou 12 millions susmentionnés. Toutefois ces extraits nous semblent intéressants pour quiconque voudra les comparer avec les propositions que ferj* !e nouveau ministère.
jixe^ aurait produit trois millions au lieu d'un million ; la plus grande partie de ce blé étant entrée aux droits d'un schelling et de deux scheiling huit deniers, droits auxquels le système actuel des prix moyens ne permet qu'à un petit nombre de grands courtiers de faire entrer leur froment, toutes les fois que les prix moyens sont de 67 schelling.
« Le projet de tarif {^the proformâ tarif) que nous avons introduit dans cet ouvrage, n'est pas celui que nous considérons comme le plus équitable ou le plus producJif, mais il a le mérite de simplifier beaucoup l'énorme tarif existant, et le montant des droits est tel, qu'il soulagerait extrêmement les manufactures, le commerce et la navigation, en même temps qu'il donnerait d'abondantes ressources au Trésor; tandis que les droits différentiels (^whilethe differential duties are far more thau sufficient to meet the presumedy thoughfallacioTij necessity for protection) entraînent forcéuîent la nécessité présumée, mais fallacieuse, d'une protection.
« L'adoption de ce projet de tarif opérerait une réforme si importante, quoique non parfaite, dans notre législation financière et commerciale, qu'elle augmenterait considérablement nos manufactures et toutes les autres sources d'un travail utile; tandis que notre navigation et notre commerce avec les pays étrangers, comme avec les provinces de l'Angleterre, seraient assis sur des bases beaucoup plus naturelles et plus prospères, etc., etc. w
Les propositions faites par M. Mac-Gregor, qu'on pourra regarder comme faisant partie des vœux du ministère whig, ont été rejetées, comme toutle mon de
l'angleterre. 103
le sait. Elles rencontrèrent, en vérité, des obstacles parlementaires^ des difficultés, en quelque sorte légales. Quant à l'impôt sur les rentes, la proposition (fu'en a faite M. Mac-Gregor ne serait apparemment qu'un palliatif. Telles furent sans doute aussi, en un degré plus haut, les propositions détachées du ministère défunt whig, quant aux droits de douane sur le blé, le sucre et le bois; quoique, à notre avis, elles furent les seules peut-être qu'un ministère whig eût à proposer avec espoir de les faire agréer du parlement, après avoir négligé de prendre sfin temps, lors du commencement de la réforme parlementaire. Le ministère d'alors se laissa arrêter à mi-chemin. Cette faute lui a valu la défection des radicaux qu'il voulait d'abord traiter avec dédain, et auxquels il fut par la suite obligé de donner la main. La faiblesse devint de cette manière yisible aux yeux du peuple entier, pendant quel'influence du parti tory eutle temps de se fortifier et de tenir tous les avantages possibles des clauses du reform-bill et des moyens électoraux^, lesquels furent, pour le coup, un peu plus forls que ceux de leurs honorables adversaires. Si l'on demandait à des hommes tout-à-fait étrangers aux partis, comme nous l'avons demandé très souvent nousmêmes, s'ils désiraient que les wliigs restassent au pouvoir, leur réponse était presque toujours celle-
(i) On entend par cela, en Angleterre, les sommes immenses que les partis tory et whig de part et d'autre rassemblent par des souscriptions et emploient pour s'acheter les suffrages des votants. Et ce système de corruption civique n'a rien de rebutant pour la nation entière sans doute à cause de sa grande étendue!
104 rHAi'iTRt; lïj.
ci : « Nous estimons Ibrl lord lel et M. un lel; mais ils ont déjà gouverné dix ans et les choses ne vont qu'en empirant. »
De l'autre côlé, c'est-à-dire du côté des tories, se trouvait un homme dont le talent et la capacité avait excité une admiration générale, même parmi ses adversaires '. Quant aux membres de son parti et à tous ceux qui se sont unis maintenant au parti tory, on leur demande en vain ce qu'ils croient que fera le très honorable premier. Ils sont certes persuadés qu'il fera des miracles, « parce que, disent-ils, il est si extraoïdinairement habile 2. » Leur loi et leur confiance lout-à-fait personnelles n'ont pu, jusqu'à présent, être ébranlées en rien, parce que le premier a sagement évité de se prononcer. Ainsi, nous verrons!
En euliant dans ces matières, relatives à la politique de l'Angleterre, nous nous sommes un peu écartés de la règle générale que nous nous étions proposée de suivre en commençant cet ouvrage, d'éviter, autant que possible, les particularités. Or, de tout ce que nous avons dit précédemment, on peut conclure que la politique intérieure de l'Angleterre ne ressemble en rien à celle de presque tous les autres Etats. D'abord,
(i) M. Wakeley assura le Hoiise-of-Cornmons, dans une séance à laiiuelle l'auteur fut présent, que non-seulement comme membre de l'opposition, il avait toujours fort estimé les talents et le savoir de l'honorable baronnet, en le jugeant d'après sa manière d'agir coraire bomnie d'état , mais qu'aussi , M. W. venait de prendre une revue phréuologique de la tète <!u l)nionn«l , qui proinellail beaucoup. « lie had Iaken à phrenological iui *cy of the licail. »
(2) t So exUaordingly cievti. «
l/AA'GI.Kri.nRK. 10.")
toute considération relativement à la dynastie et à la personne royale y est toul-à-fail superflue. Si la reine n'était pas tant aimée et lespeclée, connue on vient de le voir, an moment on nous écrivons,' parce que c'est par elle que le trône de l'Angleterre est devenu plus ferme; elle serait encore honoiée, paice qu'elle a donné une preuve évidente de son respect et de son entente de la charte anglaise, et en tout cas parce que le dévouement du peuple anglais à la royauté, en tant que cette dernière respecte ses devoirs, est effectivement à toute épreuve. Ainsi, en parlant du gouvernement anglais, l'opinion qu'on énonce sur son compte ne peut atteindre que la conduite des ministres ; et quant à ces derniers, leur personne, connue Jeur politique et celle de tout le royaume, sont tellement alta({uées et tour à tour défendues publiquement tous les jours, qu'ils s'inquiètent fort peu de toutes les critiques qu'un humble étranger fait de leur sys- \ème politique.
Nous pouvons donc librement considérer les motifs qui peuvent nous portera avancer dans l'invesligalion de la politique inléiieure de l'Angleteire. Ces motifs, nous l'avons annoncé, ne sont que de faire voii (pje la politique anglaise, étant la jîolitique dirigeante du commerce, et parfois de l'industrie de tout autre Etat, pénètre tellement par son essence dans la politique générale, qu'il s'ensuit, comme nous l'avons déjà dit, qu'elle est dangereuse pour l'Europe, pour le monde entier, et qu'enfin on peut à peine séparer sa politique intérieure de ccile t!?.' l'exlérieur, vu que la pie-
i 1} Décembrs 184I:
106 CHAPITRE m.
mière détermine et même entraîne la dernière à un tel point, qu'un ministère anglais ne saurait, même en se sentant porté personnellement à la plus grande bienveillance envers tel ou tel Etat, ni empêcher une guerre qui serait motivée par la direction de l'opinion régnante, ni prendre aucune mesure pour concilier les intérêts justes des autres nations, tant que les obstacles parlementaires (mot presque technique en Angleterre) s'y opposeraient. Telle est la force entraînante des choses.
Or, il y a, outre le motif que nous venons de poser, un autre d'une nature tout-à-fait différente, et qui nous pousse également à parler fanchement de la nation anglaise. Elle s'est accoutumée depuis longtemps à laisser diriger son opinion d'après celle de deux partis rivaux, savoir, celui des tories, ou, comme ils veulent être appelés maintenant, les conservateurs, et celui des whigs.
Que l'opinion générale ou dominante de tout un peuple qui possède une liberté constitutionnelle soit usurpée et dirigée par deux partis, avec des qualifications indéfinissables, et que ces partis deviennent presque héréditaires dans les familles, cela est déjà à nos yeux une monstruosité énorme qui démontre que ce qu'il y a de faux et d'irrégulier dans la constitution anglaise, depuis sa fondation, a atteint aujourd'hui son apogée. Que deux hommes, ou plusieurs, avec des talents transcendants, par l'appui de leurs amis politiques, se forment et s'élèvent des partis à eux personnellement attachés, quoique mobiles, selon la variation des opinions et des intérêts nationaux, cela se conçoit parfaitement, car, sans cela, le système re-
l' ANGLETERRE. 107
présentatifet constitutionnel ne serait pas exécutable; mais que deux partis, connue ceux des torys et des whigs, tiennent alternativement et toujours nécessairement les rênes du gouvernement; que les individus, parmi ces partis, qui ont la mission d'être à la têle du leur, soient obligés en premier lieu de faire attention aux intérêts et aux opinions de celui qu'ils ont embrassé, pour n'être pas aussitôt destitués, cela est tellement contraire à tout constitutionalisme idéal, et tellement injurieux aux intérêts publics, qu'il serait inutile de se proposer une réforme salutaire dans l'administration anglaise, tant financière et civile que politique, avant que cet état de chose ait cessé.
Et ce que nous venons d'avancer, nous le prouverons à l'aide de la réflexion suivante.
L'Angleterre est remplie d'hommes très éclairés et très capables, possédant des lumières nécessaires en matière politique quelconque; mais, parmi leurs compatriotes, personne ne fait attention, qu'en passant, à leurs avis, à leurs conseils sages, parce que tout orateur, tout écrivain anglais est toujours jugé d'avance aussitôt qu'il ouvre la bouche ou qu'il prend la plume, comme appartenant plus ou moins à l'un ou à l'autre des deux partis autocrates, qui entraînent toujours à la fin, dans leurs opinions, tout le reste de la population. La nation, en général plus agissante que réfléchie et accoutumée à entendre tous les jours tant d'opinions, sans les voir adoptées, quand même elles sont impartiales et proférées sans exagération, n'ose plus s'en former une idée qui soit indépendante de celle que lui offre le parti dominant, dont elle espère, tout en vacillant périodiquement, rétablisse-
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nient de son bien-èlie. De l'autre coté, on se prévaut du sentiment connu presque religieux pour tout ce qui est d'ancien usage, qui esl un précédent. On tient aux abus jusqu'au dernier moment, et l'on établit sur eux des calculs avec une sagacité et un sang-froid imperturbables.
Que les étrangers donc, que les hommes des nations non rivales de l'Angleterre, et qui ont déjà des noms connus en Europe, comme les philosophes distingués, également éclairés et désintéressés, cherchent à produire une opinion européenne, ou plutôt cosmopolite! qu'ils offrent, après des investigations bien réfléchies, leurs avis au peuple anglais ! Sans doute un bon sens naturel et cultivé lui ferait sentir qu'il ne doit plus dorénavant négliger de réformer au moins le grand défaut de son caractère national, désigné comme insociable et qui peut sans doute être corrigé, en grande partie, par des efforts individuels cluz une nation qui est si fortement imbue du sentiment du devoir. L'Angleterre, avec l'esprit qui l'anime, est assurément très nuisible, dans un sens, aux progrès de la civilisation. Qu'elle s'en aperçoive ellemême ! et (pi'elîe sache qu'en persévérant, ce même esprit ne lui procurera que des avantages passagers! Cet espiit, s'il n'est pas combattu, la détournera toujours de celte justice et de cette égaHté qui doivent régner entre les nations. Il est temps que la vertu, pratiquée dans la vie privée en Angleterre, soit enfin visible dans sa j)oIili(iue, et ({u'elle se soumette la première h ces lois éternelles créées pour régir l'humanité enlière. Par la division de la lace humaine sur diffé- 1 cilles particvS du globe, reilaines nations ont été nu'
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lurellement j)liis ou moins lavorisées (junni an sol ( l au climat; mais en tant que les désirs sont les niOnics, elles ont pai- conséquent les mêmes droits.
Toutes ces observations ainsi que nos prétentions à ce qu'une révision se fasse dans la politique anglaise, ne s'étendront guère au-delà de la société civilisée. Ainsi nous accordons aux Anglais d'exploiter les peuples que nous sommes obligés de considérer comme barbares, sous la réserve toutefois que, même dans l'intérêt des Anglais, ils agissent noblement et avec loyauté en leur qualité de colonisateurs, et qu'ils fassent le bonheur des peuples qu'ils se soumettent, loin de les désunir et de les accabler! Paieille conduite de la part de la première puissance maritime ne manquerait pas de produire le bien-être social, et il en serait immanquablement ainsi dès que le gouvernement anglais saurait mettre des bornes aux entreprises des grandes corporations qui sont généralement beaucoup plus malfaisantes que celle des aventuriers-colonisateurs.Ceux-ci, quanti ilsont l'intention de se fixer sur quelques points du globe dont ils s'emparent, en peuvent souvent être regardés comme les bienfaiteurs, tant qu'ils ne deviennent pas les instruments des grands capitalistes de Londres. Donc, si toutefois il est possible que le surplus de la population anglaise puisse être transportée dans l'autre hémisphère, projet dont on s'est beaucoup occupé à la fin de l'an i84i malgré tant de tentations échouées, et que la race anglaise puisse ainsi s'étendre partout comme elle a commencé, avecses mœurs domestiques, nous nous léjouirons du succès qui se rattacherait à un tel plan, mais à condition que nous verrons par la
suite les colons de l'Angleterre rentrer dans la société des États indépendants; car le système colonial actuel est incompatible avec la liberté de commerce et avec l'émancipation commerciale du monde. Qu'importe que les ports de mer anglais soient un jour plus libres aux importations des autres États, si les ports de leurs colonies ne le sont pas? Nous exigeons beaucoup, nous le savons; mais il faut bien une fois commencer à dévoiler tout le mal et toute son étendue. Les Anglais sauront jusqu'où iront les réclamations de ce monde industriel qui vient de s'éveiller et qui ne sera pas content avant que l'égalité soit rétablie en tout. L'avis de se défaire de leurs colonies leur a été donné depuis longtemps par leurs compatriotes les plus sages, et l'intérêt bien entendu du peuple l'exigera peut-être un jour. Toute la nation ne tardera pas à trouver dans ces mêmes colonies émancipées une source intarissable de richesses qui, sous le système actuel, ne reviennent qu'à un petit nombre d'individus. Il est à croire aussi que les autres nations civilisées de l'Europe et de l'Amérique, bien loin alors de porter envie aux Anglais, leur seraient reconnaissantes en raison de la mission noble et civilisatrice qu'ils auraient accomplie d'une telle manière. La supériorité que réclame l'Angleterre ne doit consister qu'en cela. Les nations tiendront désormais les yeux fixés sur ses entreprises; elles ne se laisseront plus tromper par des caresses en forme de traités par lesquels ils tâchent de les endormir*, et de suspendre leur progrès; elles ne considéreront plus
(i) On se fâche beaucoup en Allemagne de ce qu'un iliploniate
comme sincèios leurs protestations d'amitié et l'étalage de leurs senliments pacifiques avant qu'ils aient restitué du moins, Gibraltar aux Espagnols, et le Helligoland aux Allemands, sinon Malte aux Italiens, et les îles Ioniennes aux Grecs; de plus, qu'ils aient aboli leur acte de navigation et opéré des changements décisifs dans leur système de colonies, dans leurs restrictions exclusives, dans leur haut tarif de douane et dans leur système de banque.
ÎNous savons qu'aujourd'hui la grande majorité du peuple anglais souhaite la paix et le commerce libre*, mais cette majorité (hors du parlement) est plus que jamais dominée par une minorité qui ne fut pas bien ménagère des ressources du peuple, chaque fois qu'elle put s'arroger de nouvelles prérogatives en faisant la guerre. Nous voyons fort bien que le déficit du budget anglais, montant à présent à 6 ou 7 millions de livres sterling, et toujours croissant, augmentera encore plus la dette nationale par de nouvelles exploitations de ce genre; mais de telles considérations ont-elles jamais retenu de faire la guerre le parti qui gouverne actuellement? Au contraire, nous savons bien que, tout faible que fût depuis longtemps le gou- ■vernement , aussitôt qu'il s'agissait d'un retranche-
anglais ait osé demander à un homme distingué qui avait beaucoup d'influence sur le développement de l'association de douane allemande et sui' l'établissement des fabriques dans ce pays, si les Allemands ne voudraient pas se désister de ces opérations en cas que les Anglais ouvrissent leurs ports au blé allemand à un taux d'entrée modéré.
(i) Voy. Mac-Gregor, page 8.
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ment ou de faire passer une l)onne loi de réforme, tout impuissant qu'il fut d'amener les corporations aristocratif|ues dans la voie de la modération; pourtant la force , l'audace et le succès ne lui man([uèrent jamais quand , au profit de ces mêmes corporations par l'assistance desquelles il disposera toujours des trésors et du crédit de l'État, il voulut attaquer ceux qui s'opposèrent aux prétentions de ces corporations vampires de Thumanité. Faiblesse à faire le bien, forces énoimes pour faire le mal, voilà quel sera le caractère du gouvernement anglais, tant qu'il se trouvera aux mains des partis. Une tendance toute naturelle vers un état de guerre et de rapine, voilù l'effet de tout son système dans son développement complet. Dans l'esprit national, dans l'activité extrême de cet esprit qui a eu une direction si exclusive chez tout le peuple, ce peuple qui ne fut jamais plus uni que quand il fut (|uestion de faire prépondérer i'Angleterre% et, pour trancher le mot, dans le désespoir qui presse les niasses, tourmentées par l'accise', par l'anéantissement de leur profit et ensuite par la famine, le ministère tory trouvera toujours un levier plus prêt et plus fiicileà manier pour populariser la guerre, que pour réformer les abus si profondément enracinés.
S'il en est ainsi pour nos nations civilisées de l'Europe et de l'A-inérique, méfions-nous de l'iiabilelé et de la douceur de l'illustre premier anglais. Fendant la trêve qu'il fait obseiver, il arme, il prépare de nou-
^i) Rule Brittania.
(2 Mac-Gregor, page '278.
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velles niacllines cledeshuftirti) d;ms luns les poils.eiil ne veut tien i abattre des entraves et des droits resirirliTstloiit la suppression ferait fleiirii' votre cornmeiee tpj'i! voudrait plutôtanéanlir.V eut-on nous faire croire que c'est seulement contre la Chine cpie ces flottes sont destinées, et que ce seront les trésors de l'empereur céleste qui combleront le vide dans l'écliiquier anglais? Personne ne le sait, et quant à nous, nous ne nous réjouirons pas au trépas des Chinois, qui est tout autre chose (pie l'assimilation de leur civilisation à la nôtre. Tout au contraire, celte assinùlation ne se fera jamais de cette manière. Après tout, l'augmentation de la marine anglaise, au milieu des difficultés pécuniaires, est un défi, une menace à tout le monde. Que tout le monde se tienne donc sur ses gardes. Le léopard anglais semble être en repos; mais il ne fait qu'aiguiser ses griffes. Vous ne serrez pas assez vos rangs; vous vous querellez pour des bagatelles : mais il vous observe; et, au moment où vous serez aux prises entre vous, il vous saisira, comme il l'a toujours fait, et vous conserverez toujours l'empreinte de ses ongles qui ne lâchent jamais leur proie... Puissent lesévénements ne pas donner un jour une confirmation déplorable à nos prévisions!
Cette crainte, bien ou mal fondée, dont nous sommes saisis, dont nous venons de faire l'aveu, et (pii a été causée par l'examen tant en détail que dans huiensemble, de tout ce qu'il y a de jjriiicipes insociahles dans le système financier de l'Angleterre, dans la hardiesse souvent involontaire du gouvernement^, dans
^i) Au moment où la plus grande parile de ce chapitre, acLevé au
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la grandeur de ses forces armées répandues comme elles le sont par tout le monde, et toujours préparées
mois de décembre, est sous presse, nous voyons que le président des Étals-Unis s'est déclaré contre la visite des bâtiments américains par les croiseurs anglais. Nous avions parlé de ce sujet de différends entre les deux nations comme une preuve de la manière dont les Anglais savent s'y piendre pour faire subir aux autres les lois qu'il leur plaît de dicter eux-mêmes, aussitôt qu'ils ne peuvent atteindre leur but par négociation, et comment ils appliquent ces lois à l'égard de ces nations qu'ils osent affronter, même contre leurs protestations. Les Etats-Unis n'ont jamais accédé aux traités conclus en i83i et i833, relativement à la traite des noirs par les nations de l'Europe, mais néanmoins les Anglais ont agi sur les principes vacillants de ces traités. Voilà notre preuve. — Sur le principe lui-même, nous ne pouvons pas changer notre opinion déjà posée. Malgré tout ce qu'on a répliqué dans les journaux anglais au raisonnement du président Tyler, et malgré l'atténuation du prétendu droit de visite, qu'on a vue faite par le ministère anglais dès le moment que la résistance commença à être sérieuse, c'est-à-dire que les croiseurs anglais n'auraient pas le droit de confisquer ou de faire condamner un bâtiment américain , quand même il serait sur])ris faisant la traite des Nègres, seulement qu'il devrait être permis à ces croiseurs de s'assurer, par la visite, que le pavillon américain n'était pas emprunté par des gens, le rebut de toutes les nations, qui s'occupent du trafic déclaré acte de piraterie. Nous n'entrerons pas en considération d'une question assez problématique; si le but déclaré des traités sus-mentionnés qui déracinent l'esclavage peut réellement être atteint par de tels moyens, ou s'il y en a d'autres plus efficaces , nous n'oserons pas non plus déterminer quelle part, dans la résistance des Américains aux visites des Anglais, a eu l'expérience assez bien constatée que ces visites se font souvent pour détourner et embarrasser le commerce, et aussi peut-être pour avoir l'occasion de saisir et mettre sous la presse les matelots anglais qui se trouvent à bord des bâtiments américains. Nous répéterons seulement qu'on est entré dans une fausse voie quand on permet à une autre puissance de faire la police pour son compte; que le droit de visite dans un bâtiment qui, par son pavillon, a déclaré sa natio-
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à l'aclion, dans l'esprit même de ces forces, lia?gneiix et presque aveugle aussitôt qu'il s'agit d'atl.'K|uer on de détruire, soit pour des bravades militaires propres à démontrer leur supériorité maritime ou leur prétention de faire la police générale sur mer, soit pour assister les entreprises envahissantes de leurs grandes compagnies qui font statum in statu; celte crainte, que nous voudrons appeler raisonnée, parce qu'elle n'est pas l'effet du moment et d'un accident passager, mais plutôt des causes qui existeront probablement très longtemps; cette crainte enfin, nous ne la sentons pas à l'égard de l'industrie de l'Angleterre. Ni le développement immense de cette industrie, ni les produits m;muQicturés d'une qualité supérieure et souvent d'un prix modique, ne nous insj)irent aucune frayeur pour les peuples qui sont ou qui peuvent être vraiment libres.
Nous faisons cette réflexion, non comme une introduction à la question d'économie politique de protection par des douanes, que nous ne pouvons Irai-
nalilé, n'est autre chose qu'un acte de police bien distingué de celui qui pourrait être permis saus péril pour les droits nationaux, savoir celui d'observer et d'accuser le marchand nègre aux tribunaux de divers pays; mais le droit de le visiter, de le saisir sur des soupçons et de l'amener, cela descend dans la police correctionnelle, chose qui est assez difficile à régler par loi sur terre, et impossible presque sur mer, et en tout cas rentrant dans la catégorie de ces droits rie législation qu'une nation libre ne saurait sans danger conférer à la diplomatie.
Nous ne pouvons finir cette note sans adresser des rcmercîmenrs au président Tyler à cause de sa réclamalion, et des félicitations à toutes les nations commerçantes au sujet de la tournure que cette question de visite prendra probablement par suite de celte même récinmation.
1 16 c riAiMTiij m.
1er ici, mais pour ne pas être ninl compris, quant :iu\ conclusions qu'on voudra peut-être tirer d'avance de nos observations sur rAngleterre. Protection est nécessaire sans doute confie les prétentions inadmissibles des Anglais, et peut-être une résistance ferme et générale ; mais nous ne croyons pas que dans ce que nous venons de dire sur l'Âtjglelerre et sui- les principes antisociaux (pii y régnent, il y ait rien qui doive faire présumei- que nous songions à un remède si futile et si inefficace qu'une opposition par- les douanes. Les movens doivent être proportionnés au but et les for-ces répulsives à celles cpi'on aura à courba ttre. Conmrent donc voudrait-on employer ces sortes de défenses qui ont détruit tant de paysan lieu de préserver leui's ricbesses? Qu'il ne soit pas question de richesses avant que rindéj)endance soit établie? Les richesses ne viendront jamais qu'a[>rèsl Mais nos investigations sur les différends internationaux ne sont encore que commencées; ainsi ne devançons pas la conclusion sur des données incomplètes.