L'ALLEMAGNE
En entrant dans ce beau pays, la première réflexion politique qui se présente se rallaclie oïdiiiairenient à la division du territoire en tant de fractions, ayant presque chacune un système gouvernemental à part. L'étude de toutes les diversités qui en résultent serait peut-être instructive sous d'autres points de vue; mais, relativement à la politique générale, ce n'est que la Prusse, comptée parmi les cinq giandes puissances, qui offrirait quelque intérêt particulier, s'il s'agissait seulement de trouver la solution d'une question spéciale. Mais nous qui cherchons à pénétrer dans l'avenir, et, pour cette raison, voulons examiner les différends nationaux dans lesquels l'Allemagne pourrait entrer, ou comme membie actif à remuer le monde, ou comme ayant (juelque poids dans la grande ba-
118 ■ CHAPITllE IV.
lance pour rétablir l'équilibre (s'il s'en trouve un en politique), nous ne pouvons pas déconsidérer les autres trente-sept Etals parmi lesquels l'Autriche seule^ quoique sous des rapports tout-à-fait différents, exerce une influence générale; c'est-à-dire trente-six Etats allemands souverains, embrassant une population nombreuse et même riche, ayant un territoire vaste, cultivé et sillonné par des fleuves navigables qui n'entrent pour rien comme élément actif et politique \
En vérité, cette réflexion est accablante, quand on y ajoute que tant d'autres Étals moyens et petits en Europe n'y semblent avoir autre chose à faire que d'être attentifs aux brouilleries, peut-être sur des bagatelles, qu'il plait aux grandes puissances de se ménager, ou entre elles ou avec d'autres, afin de pouvoir en venir à des éclats quand elles le jugeront convenable î
Or, ces idées qui nous reviennent toujours, et auxquelles la situation de l'Allemagne donne naturellement une impulsion nouvelle, reçoivent pourtant un peu de soulagement au fur et à mesure qu'on avance dans ce pays et qu'on entend de toute part, sous forme et d'autre, des expressions assez significatives pour en conclure qu'il n'en sera pas toujours ainsi.
C'est sous ce point de vue particulièrement que cet article a été conçu, quoiqu'il y en aient beaucoup
(i) Par rapport à l'Allemagne, la maxime de M. Mac-Gregor ne pourra guère être appliquée que : « Le pouvoir d'une nation dépend dans le temps moderne, comme tous l'admelleut, priucipalement du revenu net qu'elle peut fournir et cela avec la moindre oppression possible. » Cliap. II, pag. 241.
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d'autres qui y ont été compris par suite du développe m en l i.
11 faudrait d'abord tâcher de rassembler sous des points de vue généraux les éléments politiques qui se trouvent en grande quantité dans ce pays, ce (jui est pourtant très difficile, parce qu'il n'y en a presque, en ce moment, aucun où l'on puisse trouver de l'unité. La langue, il est vrai, est conunune à ces trente-huit Etats, et ils sont confédérés, si vous voulez, par la constitution de Vienne qui les a soumis à la diète de Francfort, mais sans que par cela la réunion ait pu empêcher beaucoup de divisions internes. On pourrait dire que par cette confédération la foice armée de toute l'Allemagne a l'air d'être mieux concentrée que sous l'ancien empire; ce qui pourtant n'est absolument exact que dans le cas de défense contre une première attaque, et en ce qu'au lieu des contingents chét'ifs des évêchés et autres petites principautés médiatisées sur la frontière occidentale vers la France, il y a maintenant des États plus considérables ayant derrière des forteresses bien approvisionnées,
(i) Le lecteur est prié pourtant d'excuser le style haché qu'il y remarquera sans cloute. L'article était presque achevé, quand nous sommes entrés en France et y avons trouvé dans la Revue des deux Mondes [V^ livraison de celte année) le complément des Études historiques et politiques de M. de Cazalès sur l'Allemagne. Tous les faits identiques, que nous avions recueillis et sur lesquels nous voulions fonder nos raisonnements, ne pouvaient être répétés, et en faisant des retranchements à la hâte, notre article est devenu tel qu'il est. Toutefois il est presque nécessaire, en le lisant, d'avoir celui de M. de Cazalès sous la main, pour qu'on ne trouve pas nos réflexions trop détachées des laits sur lesquels elles sont basées.
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Ircnte-six-miiie soldais loujours prêts à iiiarclier. îl n'est plus aucun doute du sentiment général en Allemagne là-dessus. La politique qu'a suivie jusqu'ici lu diète, en laissant agir et dominer en toute question de police intérieure le régime conservateur et soupçonneux de l'Autriche, a eu pour effet, en premier lieu, d'éloigner de ce dernier Etat tous les esprits patriotiques, et en second lieu, de faire ressortir d'autant mieux le caractère personnel des autres souverains qui ont penché plus ou moins vers ce même régime. Donc s'il y avait pour le moment des raisons suffisantes pour craindre l'explosion d'une guerre continentale, on ne saurait penser qu'en frémissant au sort malheureux qu'aurait à subir ce pauvre peuple, faute d'unité nationale bien établie. En vain nous dira-t-on qu'une attaque extérieure ne fera que l'affermir dans son union actuelle, par l'effet de ce sentiment national dont nous avons reconnu nous-mêmes le progrès. (]e sentiment n'est encore qu'un effoi t naturel vers l'ordre, vers celle unité qu'on cherche, mais dont on n'a pas encore tiouvé le point central auquel on se fixera. Après une ou deux batailles malheureuses, ou même après quelques rencontres pas tout-à-fait décisives en leur faveur, il y a toute raison de croire que la division actuelle en plusieurs petits Etals, et les dissensions qui en proviennent auraient les mêmes résultats que jadis ; cette fois pourtant ils entraîneraient à leur suite des troubles, et peut-être aussi, malgré la douceur proverbiale des Allemands, des réactions de vengeance personnelle dont les horreurs et l'issue seront incalculables. Le danger n'est pas peul-êiie aussi grand qu il nous paiail en nous plaçanl au point
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de perspective, ayant (on s les éléments actuels en profil des deux côtés ; mais alors ce n'est que dans les intervalles nécessaires accordés par le temps, qu'on peut tirer un argument rassurant pour nous réfuter, c'est-à-dire, ce n'est qu'en supposant qu'on va bien employer ce délai jusqu'à une irru])tion de guerre, impossible à prévoir, que le peuple allemand poui ra trouver celte unité nationale qui lui manque et qu'il désire si vivement.
En calculant les chances probables pour arriver au but, la première grande question qui se présente sera sans doute si, en cette forniation problématique d'unité allemande, on se séparera de l'Autriche ou iionPlNous croyons cette séparation nécessaire à cause des relations politiques d'une toute autre nature qu'a l'Autriche avec ses autres parties intégrantes; mais nous n'oserons pas opiner sur le quomodo ni dire quel en sera le point de départ. L'Autriche a su attirer dans ses vues plusieurs des princes de la haute Allemagne professant la même foi religieuse et politique, et l'on comprend bien que celte puissance, qui a longtemps exercé une influence presque absolue en détail sur cha(|ue petit état en Allemagne, la Prusse exceptée, ne lâchera pas prise aisément. Probablement l'Autriche suivra son ancien système de tempoiisation. En cette vue, peut-être, et d'après les visites que fit dernièrement M. de Melternich dans les petites cours, on parla au mois de décembre de l'accession de l'Autriche à l'association de douanes allemandes comme d'une chose arrêtée. La chose a été abandonnée plus taitl, dit-on, mais d'un autre côté un projet tle chemin de fer en commun entre l'Autriche et la Saxe
vient d'être arrêté. Ainsi de nouvelles connexions viendront raffermir les anciennes ou leur succéder, et le temps précieux s'écoule sans aucun pas décisif.
Pourtant, nous sommes loin de considérer ces connexions comme nuisibles. Encore moins nous nous sentons aucun désir de déconsidérer les intérêts de l'Autriche, en nous laissant entraîner dans aucune partialité pour ceux de l'Allemagne proprement dite. Cette dernière, nous ne le dissimulons pas, nous la chérissons beaucoup parce que nous venons d'y reconnaître des sympathies profondes, non-seulement d'une même origine, mais aussi d'une tendance politique.plus pure, plus élevée et plus universellement philanthropique qu'ailleurs. Or, comment les peuplessujets de l'empereur autrichien, et particulièrement ceux qui parlent l'allemand, pourront-ils rester tranquilles quand le lien fédéral se brisera ou que le nord de l'Allemagne viendra à se séparer d'eux? Il nous faut donc reconnaître que toute politique humanitaire et juste devrait aussi embrasser l'avenir des Autrichiens; et pourtant nous sommes obligés d'avouer notre insuffisance à traiter ce qui regarde particulièrement l'Autriche, et le point de départ d'une séparation crue nécessaire ou inévitable entre le Nord et le Sud. Nous dirons ici, eu passant, que c'est à l'Au- Iriche (ju'est dévolu probablement le grand rôle, quand une fois la race turque ne pourra plus se soutenir, d'empêcher que les Russes viennent s'approprier Constantinople. Le Danube est le fleuve autrichien par excellence, voilà pour elle un champ d'exploitation immense que la nature lui a réservé.
En disant que le temps précieux s'écoule, nous
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avons pourtant pensé et à l'Autriche et à l'Allemagne; car il est aussi dangereux à celle-là qu'au grand corps germanique de se fier aux liens faibles de la confédération, surtout si l'attaque arrivait du côté de l'est, ou même de l'intérieur de l'Allemagne. En observant que l'Autriche a Tair de temporiser, tout en se rattachant à l'Allemagne ou aux Etats individuels, noire but était de fixer l'attention des deux côtés sur l'effet dilatoire de cette politique, sans intention d'affaiblir ou de diminuer les conséquences d'utilité matérielle qui résulteront indubitablement pour les deux partis et pour l'Allemagne entière des constructions de chemins de fer et de canaux, partout où ils seraient praticables. En effet, toutes ces communications déjà existantes ou projetées, ne sauraient manquer d'avoir quelque influence sur les relations politiques des peuples; elles contribuent à la civilisation générale, favorisent le commerce et forment par là des liaisons industrielles qui rapprochent les esprits les plus opposés. Mais comme elles peuvent exister entre des nations différentes sous tout autre rapport, il est clair que ces sortes de liens ne méritent pas toute la considération, au point de vue politique, qu'on est peutêtre porté à leur accorder. Ainsi, si la politique de l'Autriche est telle que nous venons de le supposer, si elle veut renvoyer dans un temps plus éloigné toute séparation définitive du corps germanique par ces sortes de liaisons commerciales, tantôt projetées, rejetées et renouvelées, elle peut aisément s'y tromper; car certainement les autres États, ou plutôt tout le peuple allemand sentira bientôt, en cas d'une séparation politique, c|uetous leurs autres intérêts sociaux
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remportent de beauconp sur ceux auxquels ces communications se lattaclient, et que d'ailleurs rien n'empêche la continuation et le de'veloppement de celles-ci, même après une séparation politique.
Ces mêmes réflexions sur le mérite des entreprises en tout genre de commuuications, quand on veut les considérer comme des ressorts politiques, nous les appliquons presque entièrement à la fameuse association de douanes. Elle a été très utile en sens commercial et industriel ; elle a même jusqu'ici seivi peut-être coumie instrument politique à lallier les petits Etats autour d un but conuuun, savoir, de détruire tout ce qu'il y avait de nuisible dans l'organisation antérieure; mais nous ne pouvons lui accorder aucun mérite comme base solide en politique, comme fondement de l'unité nationale en question , étant dans sa nature plus négative que positive. Celte assertion nous l'osons faire avec plus de confiance depuis que nous avons lu l'article de M. de Cazalès. Dans cet article, fécond en preuves solides, il est dit*: if Que l'association n'était qu'un pas vers l'unité politique; que son importance avait été fort exagérée par ceux qui se croient à la veille de celte unité tant rêvée, «mais « qu'il y avait encore trop d'obstacles pour y arriver. • Ces réflexions viennent à l'appui du jugement que nous en avons porté, dès le mois de novembre, en opposition à la clameur générale, en lî^/io, et à l'opinion émise par MM. de la Pourrais et Bères, en i84i . Selon ces derniers, le premier pas faisait prévoir- « une absorption du Midi
(\'\ Première livraison Ho janviir iSi-î? psg. 18.
l/vLt.EMAGNF. \'2.J
pdf- la Prusse, el une réalisation de V unité germanique sous la suprématie prussienne. y) La diversilé entie ces opinions n'est pas si grande que l'on ne puisse, en (pieique sorte, l'expliquer par la différence de temps oii ces observations ont été faites. Relativement à la Prusse, l'opinion de MM. de la Nourrais et Bères était très répandue en i84<^)-i84i ; mais on ne peut niercju'on s'en détache aujourd'Ijui de plus en plus. JNous n'avons rien voulu changer à nos premières observations quoique depuis, comme on le verra dans la suite, nous avons senti que les opinions c|ue nous avons recueillies en Allemagne comme M. de Cazalès, pouvaient n'avoir pour bases que des motifs passagers, et que par conséquent l'on pouvait envisager la politique de la Prusse d'une autre manière.
Mais le danger de rester dans le statu quo et de laisser le temps s'écouler sous des auspices si menaçants, nous décide à aborder les questions allemandes de plus près.
Sous quel point de vue une guerre ou une commotion quelconque serait dangereuse à l'Allemagne, nous l'avons déjà dit; mais il y a un autre danger auquel lexpose le développement fautif de ce même premier pas qu'elle croit avoii- fait vers l'unité nationale .Que l'association de douanes a été bienfaisante en faisant tomber toutes les barrières intérieures^ et que l'industrie en a reçu un grand essor, personne ne le contestera; mais malheureusement les avantages de cette opération ne sont pas appréciés partout à leur juste valeur par la classe industrielle. Pendant que la grande niasse du peuple, les gens bien éclairés seuls exceptés, est tombée dans l'erreur en s'imaginant que
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l'accomplissement de cette association, c'est-à-dire l'accession du Hanovre, du Mecklenhourg et des villes Hanséatiques en partie amènerait la réalisation de l'unité nationale elle-même ( erreur qui donne à cette masse un espoir trompeur), les Mercantilistes , à la tête desquels s'est placé le docteur Fr. List, prétendent que c'est par la protection donnée par les douanes que l'industrie allemande a commencé à renaître, et que par conséquent cette jeune industrie doit être encore plus protégée par des droits d'importation augmentés; que les forces productives de l'Allemagne, encore faibles, demandent surtout cette protection pour n'être pas écrasées par les forces supérieures de l'Angleterre particulièrement, et qu'enfin ce n'est que par ce système, opposé à tout ce que la science a démontré depuis longtemps, que la nationalité allemande se développera et se fortifiera.
Il y a beaucoup à dire sur la question de protection par droit de douane. Nous nous bornerons ici à faire observer premièrement, comment les intérêts individuels sont toujours prompts à s'emparer du bienêtre qui découle quelquefois des événements, et comment il y a alors toujours des gens assez éhontés pour essayer d'établir des doctrines même en contradiction avec les faits les plus évidents. Si l'industrie de l'Allemagne vient de renaître par l'association, n'est-ce pas à cause des entraves qu'on a otées, et à cause de la diminution dans les taux de douanes, et l'extension du marclié? Ces entraves, ces droits plus hauts qu'on vient d'abolir, n'étaient-ils pas aussi des instruments de protection poussés au plus liant degré de ce principe, qu'on prétend être si bienfaisant ?
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Si, dans l'intérêt des capitalistes à présent dirigés vers l'industrie, et peut-être appuyés par la majorilé des souverains, l'Allemagne se laisse tromper dans ces matières, si elle se laisse conduire dans cette voie dangereuse de rehausser les droits d'importation , sous quel motif de protection que ce soit, elle verra bientôt se multiplier tous les obstacles qui s'opposent h présent à son unité nationale, et c'est sous son organisation politique actuelle qu'il y a le plus de danger pour elle que l'industrie ne se développe de la même manière qu'en Angleterre, c'est-à-dire que la distribution générale des richesses s'arrête, et qu'une accumulation énorme des fortunes en peu de mains amène l'indigence et le paupérisme à côté des grands établissements industriels, et son sort financier sera dans l'avenir le même que celui de l'Angleterre. Pour éviter tous ces maux, il faut à l'Allemagne des lois préventives générales ayant pour but l'avenir de l'ouvrier. Est-ce qu'elle peut attendre ces lois de ses législateurs actuels? D'ailleurs, c'est en rabaissant encore plus et graduellement ces taux de droit, qu'elle forcera ensuite le Hanovre de s'allier à elle, et que les villes Hanséatiques seront portées de bon gré à accéder à cette association. La position pour faire le commerce libre est trop favorable à ces républiques, dont le régime est exclusivement commercial, pour être sacrifiée à un fantôme illusoire, quand même il porterait le beau nom de nationalité allemande.
Que cette expression ne soit pas mal interprétée . nous ne voulons rien dire qui soit dérogatoire au sentiment de nationalité des Allemands. Nous avons voulu seulement faire entendre que Torganisation
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toute particiilière des petites républiques Hanséaliï|ues ne saurait pernieflre à ces riloyeus ne'gocianls de sacrifier leur état social passablement libre, et leuiposition mercantile éminemment favorable, à une idée, avant que la réalité n'en soit plus palpable cju'elle ne l'est à présent. La diminution successive des droits de douane est donc non -seulement un sine quà non pour s'altirei' et les villes Hanséatiques et les cantons Suisses, qui sont à peu près dans la même situation ou qui, du moins, ont établi et jjratiqué la liberté de conmierce; mais aussi on pourrait avancer comme règle universelle, que tout peuple (pii veut réellement être libre et qui n'est pas contraint de satisfaire aux exigences d'un grand budget, r.e devrait jamais souffrir des droits de douane élevés, qui encouragent le monopole et la centralisati()n des capitaux, mais ne profilent jamais au peuple.
Il faudrait à toutes ces questions beaucoup plus de développement; mais nous sommes beureusement dispensés d'examiner le point de vue scientifique et de réfuter M. le docteur List, comme nous nous l'étions proposé il y a longtemps, depuis que M. CherbuUiez de Genève en a pris le soin dans deux articles insérés aux numéros G9 et "o de la Bibliotfièqne iiniverselle de Genè^>e^. Sous un point de vue de politique générale, nous y reviendrons peut-être: pour le moment, nous devons considérer ce que pourront faire les Allemands pom- s'approcber de leur grand but, tout en supposant qu'ils ne se laissent pas en-
i) Cette publication périodique si.' vend à Paris, ctiez Anselin, rue Dau|)liine, a" J6'.
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traîner dans c!e lanx pas. Pour cela, il faut exaiiiiiifr le caraclèie général du peuple.
En i835, un lionmic célèbre a prononcé sur la civilisation alleniantie, son opinion que nous croyons devoir rendie tout entière:
«Il n'y a personne qui no sache quelle a été, depuis cinquante ans, l'activité de l'esprit en Allenuigne. Dans tous les genres, en philosophie, en histoire, en littérature, en poésie, il s'est avancé très loin. On peut dire qu'il n'a pas toujours suivi les meilleures voies; on peut contester une partie des résultats auxquels il est arrivé; mais quant à l'énergie, à l'étendue du développement même, il est impossible de le contester. A coup sûr, sur l'état social, la condition publique n'a point marché du même pied. Sans doute, là aussi, il y a eu progrès, amélioration; mais nulle comparaison n'est possible entre les deux faits. Aussi le caractère particulier de toutes les œuvres de l'esprit en Allemagne, de la poésie, de la philosophie, de l'histoire, est-il le défaut de connaissance du monde exlérieui-, l'absence du sentiment de la réalité. On reconnaît, en les lisant, que la vie, les faits n'ont exercé sur ces houmies que bien peu d'influence, n'ont point préoccupé leur imagination, ils ont vécu letirés en eux-mêmes avec leurs idées, tour à tour enthousiastes ou logiciens. De même que le génie pratiqué éclate paitout en Angleterre, de même la pure activité intellectuelle est le trait dor.iinant de la civilisation allemande '.»
(i) Cours (l'Htstui te mnUcr/ie, pur M. Guizot, Rruxelies , Luiu'â Hamnan et coinp,, toinel, pagp 17.
Que le défaut de la civilisalion allemande se trouve dans la condition publique aujourd'hui comme il y a huit ou neuf ans, personne ne pourra le nier. S'il y a eu amélioration partielle, ce sur quoi nous ne nous prononcerons pas, certes il y a eu aussi un mouvement rétrograde d'autre part, par exemple dans le Hanovre, dans le duché de Nassau et dans plusieurs autres États, comme on en peut voir les détails dans l'article cité de la Revue des Deux-Mondes,
Personne de nos jours n'en accusera la capacité de l'esprit allemand, qui vient de donner une preuve de son véritable caractèie par les progrès immenses et rapides faits dans l'industrie depuis que l'association de douane en a ouvert le chemin; et M. Guizot, en pailant de l'esprit peu pratique des Allemands, n'a certainement pas voulu le déprécier. Plus bas, dans le même ouvrage, il a dit :« Jamais la nature humaine n'a manqué à ce que les circonstances ont exigé d'elle, » Véiité charmante, dont l'application ne peut élre bornée à une seule nation. JNon, la raison du défaut remarqué ne consiste que dans cette condition publique, qui n'a pas permis aux Allemands d'y faire les améliorations dont leur esprit est vraiment capable, et leur caractère est trop doux, trop patient et trop prudent, pour avoir voulu les faire par force ou mal à propos. La misère du bas peuple n'a peut-être jamais été si grande et leur condition publique jamais si mauvaise, comme chez les Français avant la révolution de 1789. ils ont généralement plus souffert des étrangers que de leurs supérieurs. Grâce aux lumières du siècle, l'oppression d'un peuple civilisé ne peut plus dépasser certaines limites. C'est ce qui a été prouvé
même eu Allemagne, et, d'un autre côté, l'expérience a aussi ciémonlré (jue la liberté civile d'une nation éclairée est plus sûrement reconquise par un raj>procbement graduel et ferme que par des assauts violents et précipités; et que, avant tout, il faut bien avoir décidé en théorie ce qu'on veut et ce qui est possible pour se jeter en avant. L'Allemagne ne le sait pas en ce moment, et voilà pourquoi elle hésite. Tous les actes préparatoires semblent être finis. La Conlédération et la diète de Francfort, ses principes et ses effets, sont généralement connus et appréciés pour être aussi généralement haïs. Toutes les classes du peuple sont inspirées d'un sentiment de nationalité, quoique sous des formes et des buts différents. La tranquillité, extérieure du moins, est pour quelque temps assurée, et l'inviolabilité du territoire allemand est mieux que jamais posée en principe, sinon en réalité ; la tendance vers l'industrie et le commerce, éveillée par l'association, est arrivée à son plus haut degré d'exaltation sans avoir encore entraîné la nation entière dans de fausses voies.
D'un autre côté, elle est entravée par trois causes qui arrêtent sa marche progressive : sa connexion avecl'Autiiche, la souveraineté des princes, parmi lesquels plusieurs sont assez respectés, et la différence de culte qui divise lAllenuigne non-seulement en catholique et protestante, mais aussi en luthérienne et réformée.
Parmi ces questions, la première est une de fait, qui ne dépend que du point de départ; la seconde est plus difficile; pourtant il va en Allemagne un précédent dans la médiatisation^ dont on parle sous forme et
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d'aulie, et la hoisième ne semble pas avoir la consé-^ (|iiei)ce politique qu'on veut lui donner. 11 est vrai (pje les deux cuites les plus opposés ont commencé depuis quelf|ue temps, et particulièrement d'après l'aftaire malencontreuse de Cologne ', de se mettre en attitude hostile l'un contre l'autre, et c'est ce qu'on ne peut éviter de remarquer aussi partout en Belgique, en Allemagne et même en Suisse. Sous le point de la vraie religion, il est assurément de la plus haute importance pour l'Europe entière, que quelque chose se fasse pour épurer les cultes et en même temps rétablir et ibrtifier le sentiment religieux inné dans riiomme; mais on doit espérer que cette question sera considérée désormais comme hors de toute complication avec la jjoliticpie, et qu'on voudra bien faire grâce à l'Europe de nouvelles guerres religieuses, lesquelles seraient pourtant presque inévitables si les gouvernements s'avisaient de prendre une part active dans ces sottes de différends. Ne vaudrait-il pas mieux, pour les terminer, qu'on laissât agir la conviction seule, formée d'après des discussions libres, dans des conciles, à la manière de nos premiers pères de l'Eglise, et par l'étude d'une saine philosophie?
Cet espoir, quant à l'Allemagne, nous le conservons avec d'autant plus de probabilité, qu'on y a eu de part et d'autre des leçons admonitoires assez significatives. On prétend savoir avec quelipre cer titude qu'un monarque allemand, il y a quel(|ues années, se crut en mission de rassembler autour de son trône les meni-
(i) Voir l'arli' le de M. de Cazalès.
i.'.\i.r.r.MAr.NT:. 13a
nres divers du culte c;tllj()!i<jnc, cl (|ue pour ce Isui, peut-être un peu polili(]ue, il ne crut rien de (ilus efficace que de mettre le calliolicisuje des siècles passés à la liauteur des choses; mais l'expérience démontra que ce moyen était mal choisi. De même, quant aux mesures violentes contre les évêques catholi(|ues counnencées sous le feu roi de Prusse, elles n'eurent aucun autre effet que d'amoindrir beaucoup sa grande popularité, même aux yeux des protestants zélés de ses propres Etats. Persister en de telles voies, avec l'intention de rassembler les esprits, serait une des plus funestes erreurs, tant en point de vue politique que religieux; c'est ce cjui deviendiait encore plus clair à quiconque voudra étudier tant le caractère philosophique des Allemands rjue l'état actuel de leur philosophie.
Nous tâcherons d'en donner a nos lecteurs quelques idées; mais finissons auparavant notre considération politique.
D'après ce que nous venons de dire déjà, il nous parait évident que la question principale, non encore résolue, c'est celle de l'organisation poliliquequ'il faut aux Allemands, et que c'est le doute sur ce point aussi bien que sur la personne à laquelle il pourra se fier, qui retient tout le peuple allemand de s'allier. Qu'on étudie bien tous les faits et tous les détails exposés par M. de Gazalès dans l'article cité, et qu'on réfléchisse après, s'il était possible de concevoir autrement le mouvement actuel en Allemagne. Comment expliquera-t-on sans cela cette espèce d'indifférence avec laquelle ce peuple éclairé regarde dans les Etats constitutionnels le peu de succès de quelques mesures
qui seraient d'une importance assez vitale si elles pouvaient avoir une influence générale? Qu'importe que les représentants de certains Etats constitutionnels aient été obligés de céder dans des questions partielles, pendant que })resque toute l'Allemagne a été privée jusqu'ici de ces droits cjui lui furent promis au congrès de Vienne? Pendant que la constitutionnalité n'est pas générale et que la diète de Francfort a le droit d'anéantir ou de contrarier même les actes généraux des souverains en faveur de leurs sujets? De quelle impoi lance est-il encore qu'un prince rétracte ses promesses particulières, sinon quant à l'opinion qui en résulte pour lui-même? En vérité la complication du système fédératif a été telle, et la difficulté de l'employer au bien-être du peuple si grande, pendant ime époque à peine écoulée, que personne ne doit se sentir autorisé de blâmer une réserve qu'ont été obligés d'employer certains souverains pour amener les choses matérielles à la même hauteur que les idées. Aussi, tant qu'on a vu par exemple le gouveinement de Prusse s'approcher du bul, détruire une à une toutes les barrières, tous les préjugés nuisibles à une fusion générale des affaires commerciales de l'Allemagne, tant cju'on n'a pas eu des raisons suffisantes de soupçonner que cette tendance n'eut d'autre but que le bien public, on a dû concevoir les difficultés qu'il y avait de réaliser la promesse primitive relativement à une constitution. L'œuvre de l'association de douane étant presque accomplie maintenant et seulement par des négociations secrètes ou à la dérobée, il est bien facile de comprendre que, sous un tel système fédéral, il n'aurait jamais pu réussii', si le roi de Prusse avait
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été obligé d'ébruiter ses plans et de consulter les états-généraux.
Pourtant, comme nous l'avons dit plus haut et comme le prouvent les faits cités par M. de Cazalès, on n'est pas trop porté en Allemagne d'admettre les réflexions que nous venons de faire relativement aux motifs du gouvernement prussien, tant certains de ces faits ont eu d'éclat et ont jeté de doute sur le but que se propose ce gouvernement sous le roi actuel. Nous croyons cependant utile de rappeler dans la mémv)ire des Allemands en général d'autres faits, qui dénoncent, selon nous, assez clairement la marche continuelle du gouvernement absolu vers un point où cet absolutisme doit avoir une fin.
Déjcà en 1807 le vasselage héréditaire fut supprimé dans tous les Etats prussiens, ce qui sans doute ne se fit pas, par rapport aux anciennes provinces polonaises, qu'avec bien de la résistance du côté du gouvernement russe. L'égalité parmi toutes les classes de citoyens fut ainsi établie. L'année suivante, les habitants des villes furent aussi émancipés par la suppression des vieilles corporations. Chaque habitant des villes et des environs eut à prendre part à l'éleclion des magistrats. En proclamant de plus que toute justice ainsi que tout pouvoir émanait du roi, il fut possible d'abolir toutes les juridictions féodales et aristocratiques aussi bien que tous les droits patrimoniaux. L'éducation publique obtint une attention particulière et fut appliquée d'une manière ingénieuse au service militaire étendu à tous les citoyens. Les nobles furent obligés de payer des taxes selon les mêmes principes que le peuple, et la propriété de l'Eglise fut
séculaiisée et ( uipio\ée aux paieiueuts des délies publiques. Toulcs les coi|3oralions el unions privilégiées furent dissoutes. El c'élait pendant tous ces actes préparatoires que la promesse d'une constitution avait été donnée, au milieu des difficultés (jui furent constamment opposées, au désir sincère et bienveillant du feu roi et aux conseils salutaiies de ses ministres, Slein et Hardenherg, difficultés qui, comme on le prétend, dérivaient même de la pari de i%apoléon, alors tout-puissant. Sont venus ensuite les événements de j 8 1 2 à 1 8 1 5, et quoique la promesse relative à la constitution fut renouvelée formellement à cette époque, et même une commission nommée pour s'en occuper, il est aisé de concevoir comment les difficultés s'augmentèrent pour racconq)lissement , à mesure cpie le roi vieillissait, tant par l'addition au territoire prussien de plusieurs contrées au bord du Rhin, que par l'influence beaucoup plus grande de la Russie et de f Autriche à cette épocpie. De plus, certaines idées commençaient alors à se répandre, sur quelques mesures nécessaires à prendre (juant au système douanier de l'Allemagne. Au congrès de Vienne, on avait déjà entendu des réclamations de tous côtés |)ar rapport à l'industrie du pays. On insista par exemple sur une protection efficace par des douanes contre les marchandises de l'Angleterre. Il est presque évident, comme nous le disions d'abord, qu'avant que cette grande question fût réglée, et dont l'idée primitive fut donnée, en 1819, par M. C. F. ÎNebenius *, ancien
(i) Le mérite d'avoir le premier donné l'idée de cette association a été réclamé par plusieurs, et il est ainsi possible que nous nous