II. — Symptômes de la néphrite métastatique
Les néphrites métastatiques dont nous avons exposé déjà l’anatomie (page 27) et l’étiologie (page 58) forment, comme nous l’avons vu, à ce double point de vue, deux groupes : les unes caractérisées par de petits abcès miliaires, les autres par des infarctus plus considérables, n’ayant généralement pas de tendance à la suppuration.
Les premières surviennent dans des conditions spéciales de septicémie, d’infection ou de diathèse purulente. Leurs symptômes propres sont masqués par l’état général des malades : la complication rénale est insignifiante au point de vue de la clinique, car elle n’ajoute rien au diagnostic et ne fournit aucune indication thérapeutique. De plus, les foyers métastatiques du rein sont rares relativement à ceux du poumon et du foie (1).
D’après les observations qui ont été prises avec l’analyse des symptômes tirés de l’examen de l’appareil urinaire, on voit que les urines contiennent parfois un peu d’albumine d’une façon très-passagère, et alors on y trouve quelques cylindres
(1) Chambers, dans un relevé des autopsies de l’hôpital Saint-Georges à Londres, sur 2161 autopsies n’a trouvé des abcès métastatiques du rein que 1 2 fois, tandis que dans le même relevé les abcès du poumon figurent dans 12 cas, et ceux du foie dans 32 cas (Roscnstein, foc. cif.).
et des globales de sang. Les malades, incapables le plus souvent, du reste, de renseigner exactement sur ce qu’ils éprouvent, ne ressentent pas de douleurs rénales notables.
Dans le second groupe défaits de néphrites métastatiques, les emboles venus le plus ordinairement des valvules aortiques ou de l’aorte, soit dans des cas de rhumatisme (néphrite rhumatismale de Rayer), soit dans des faits d’athérome, sont plus volumineux, déterminent des infarctus souvent considérables, et ils n’ont que peu de tendance au ramollissement et à la suppuration.
De plus, en raison même de la cause morbide, et du point de départ de l’embolus, le rein est avec la rate l’organe le plus fréquemment atteint (1) : il est souvent le seul organe lésé. La' santé générale n’est généralement pas aussi profondément modifiée que dans la pyémie. D’où il résulte que l’infarctus rénal pourra occuper le premier plan dans la scène pathologique, et que dans certains cas on pourra le diagnostiquer sûrement et diriger contre ses conséquences une thérapeutique rationnelle.
Le premier cas de ce genre diagnostiqué et publié par Traube, eut un grand retentissement. En voici le résumé (2) :
Un ouvrier mécanicien, âgé de dix-huit ans et très-robuste, entra en octobre 1853 dans le service de Traube. Il avaitressenti, huit jours auparavant, une douleur vive dans le mollet. On constata une insuffisance des valvules aortiques avec hypertrophie des ventricules. L’urine était normale.
Dans la nuit du 13 au 1û octobre, le malade éprouva une douleur violente dans la région lombaire droite, sous la douzième côte. Le lendemain il avait de la fièvre (10â puis.). La région rénale droite était douloureuse â la pression ; le décubitus sur le côté droit n’était pas douloureux, mais les mouvements déterminaient une douleur très-vive. Douleur dans la région vésicale et à la miction. L’urine est rare, chargée de sé-
(1) Dans un relevé de é9 observations d’infarctus viscéraux, fait par Ch. Lefeuvre (thèse de Paris, 1867, p. 79), il y avait 32 inlarctus du rein et 29 de la rate.
(2) Traube, Uberden Zusammcnhang von IJcrz und NierenKran/chciten,
diments uraliques, sans albumine. On prescrit des sangsues au lieu affecté.
Pendant vingt-quatre heures, le malade ne rend quel8onces d’une urine trouble, foncée.
Le 19. Vomissements verts, prostration; mort le 23 octobre.
L’autopsie montra, outre les lésions du cœur et un peu d’œdème du poumon, plusieurs petits infarctus en voie de ramollissement dans les deux reins et, dans le rein droit, un infarctus considérable qui en occupait, la moitié.
Le remarquable exemple de néphrite embolique que nous a donné M. Charcot (voyez page 61), et qui rentre dans le même ordre de faits, est également une preuve de la possibilité du diagnostic.
Pour arriver à l’établir, il faut tenir compte en premier lieu de l’existence des causes pouvant donner lieu à des embolies : rhumatisme, affection du cœur et des artères, etc.; en second lieu, des symptômes : début, brusque, douleur lombaire, diminution de la quantité des urines (ischurie rhumatismale, Rayer), présence d’une faible quantité d’albumine ou de sang, ou de dépôts uratiques; et enfin des symptômes de réaction fébrile terminés parfois par un état typhoïde ou les signes de résorption urineuse.