III. — Symptômes de la néphrite interstitielle chronique
Nous rappelons que nous avons décrit en anatomie pathologique, plusieurs groupes de faits de néphrite interstitielle chronique: (a) les uns accompagnant presque constamment les maladies du cœur; (b) les autres étant l’aboutissant de tous les processus inflammatoires du rein et des organes urinaires, et enfin (c) ceux, chroniques d’emblée qui coïncident avec un athérôme artériel.
a. Les néphrites des affections cardiaques passent souvent inaperçues au milieu des symptômes plus importants qui fixent l’attention du clinicien; cependant, en portant l’observation
du côté des organes urinaires, on reconnaît souvent des modifications de la sécrétion de 1 urine et des douleurs lombaires qui ont pour cause la congestion presque constante dont le rein est le siège. Les urines contiennent très-souvent un peu d’albumine et de sang. Elles sont foncées en couleur et laissent déposer un sédiment épais. Elles sont peu abondantes, et leur densité est accrue, ainsi que la proportion d’urée qu’elles renferment.
« Le seul fait de la coïncidence de l’albumine avec une augmentation de densité de l’urine suffirait déjà à différencier cette albuminurie de celle qui appartient à la maladie de Bright, et dans laquelle les urines présentent, au contraire, un abaissement considérable du chiffre de la densité normale. Mais la marche surtout est caractéristique. La quantité d'albumine est sujette à des oscillations très-considérables. » (Raynaud, article Coeur du Nouveau Dictionnaire de médecine.) La quantité de l’albumine et du sang qui passent dans l’urine varie en raison des embarras de la circulation cardiaque.
Nous avons vu déjà, à propos de l’étiologie des néphrites albumineuses, que les congestions rénales d’origine cardiaque entraient souvent en ligne de compte dans leur production.
b. Lorsque la maladie succède à la néphrite aiguë ou qu’elle est liée à d’autres affections des organes urinaires, pyélite calculeuse, cystite chronique, rétrécissements, etc., on observe, comme symptôme local, une douleur sourde, profonde, gênante plutôt que pénible, dans les lombes, et qui la plupart du temps même ne fait pas souffrir les malades. Généralement cette douleur est mise par les malades sur le compte du rhumatisme, et souvent elle est confondue avec le lumbago. Mais cette douleur s’exaspère avec toute cause déterminant une congestion rénale, et en particulier avec la marche, 1 application du froid, le coït, la stagnation de l’urine et sa rétention, un excès de boisson, etc. Une injection d’eau froide dans la vessie, le cathétérisme, peuvent, chez de pareils sujets, être 1 occasion de poussées aiguës et même de néphrite purulente rapidement terminée par la mort.
L’urine dans ces cas est sécrétée en faible abondance : quel-
ques malades se font illusion à ce sujet, parce qu’ils éprouvent souvent le besoin d’uriner, suivi seulement de l’émission de quelques gouttes d’urine. Elle est neutre ou alcaline, généralement troublée par des sédiments de phosphate de chaux. Rarement elle contient du sang ou de l’albumine. Le pus ou le muco-pus qu’elle offre parfois, sont dus â des complications du côté du bassinet ou du col de la vessie.
Les symptômes généraux se bornent à un affaiblissement progressif, et la lièvre n’apparaît avec des symptômes gastriques qu’au moment où se fait une nouvelle congestion rénale.
La marche de cette affection est des plus lentes : la guérison absolue est impossible en raison môme de la nature des lésions anatomiques du rein. Mais les malades peuvent vivre en s’habituant aux troubles de la fonction rénale. La terminaison fatale est souvent due à l’une des causes de néphrite aiguë sur lesquelles nous avons insisté à propos de l’étiologie de celle-ci.
c. La néphrite chronique avec atrophie, liée aux altérations athéromateuses de l’aorte, mérite à peine le nom de maladie, et elle rentre plutôt dans les dégénérescences organiques liées à la sénilité. Les vieillards qui en sont atteints rendent certainement une quantité moins considérable d’urine que si le rein était normal, mais la fonction urinaire est simplement diminuée proportionnellement à toutes les autres. Quelquefois cependant l’urine de ces malades contient de faibles proportions d’albumine venue sous l’influence de congestions rénales passagères.
On peut diagnostiquer une atrophie du rein dans les conditions précédentes d’âge et d’athérôme artériel, avec d’autant plus de probabilité qu’elle est à peu près constante dans les autopsies.
11 est probable, d’un autre côté, que l’insuffisance de la fonction rénale entre pour une part dans la gravité des maladies aiguës à cet âge, et en particulier de la pneumonie.
§2. — Symptomatologie «jciM-ialo «les néphrites albumineuses.
Nous allons étodier d’abord les symptômes communs à toutes les néphrites albumineuses d’une façon générale, c’est-à-dire l’albuminurie considérée comme symptôme, et ses nombreuses conséquences, l’urémie, les hydropisies, etc.