TROUBLES DE LA VISION. — AFFECTIONS DU SYSTÈME NERVEUX
L’amaurose albuminurique signalée par tous les auteurs depuis Bright, a été surtout envisagée d’une façon spéciale par Simpson, Landouzy, Michel Lévy, Lecorché (1), et par tous les oculistes, Follin, Wecker, Schweigger, etc.
Ces troubles de la vision sont l’amblyopie et la diplopie, compliquées quelquefois d’exophthalmie, de strabisme, de prolapsus des paupières.
L’examen â l’ophthalmoscope ne laisse aucun doute sur les lésions qui existent en pareil cas dans la rétine et sur leur nature. Elles sont si aecusées et si bien caractéristiques de la maladie de Bright, que le seul examen fait à l’ophthalmoscope par un homme de l’art permet d’affirmer l’origine de la lésion. Tel a été souvent le point de départ de la recherche de l’albumine et de la découverte de la maladie principale. C’est dans ce sens qu’on doit entendre le nom d’amaurose prémonitoire de l’albuminurie, car la lésion de l’œil n’est pas un symptôme précurseur, mais au contraire tardif dans la maladie de Bright.
On voit à l’examen de la rétine de petits points rouges ecchymotiques ou blanchâtres, qui se trouvent autour .de la papille et alfectent d’habitude'la même distribution que les vaisseaux rétiniens. Les points rouges sont de petits épanchements de globules sanguins, les taches blanchâtres ou jaunâtres, opaques, révélées par l’ophthalmoscope, sont des dépôts de granulations
(1) Voici, d’après la thèse de M. Lecorché (De l’altération de la vision dans la néphrite ulbumineuse. Paris, 1858), le degré de fréquence des troubles visuels dans les relevés des maladies de Bright. Ils sont, d’après :
Bright, dans le rapport de h à
Landouzy
Malmsten
Abeille
— là
Frerichs
Avrard
Wagner
Lecorché
graisseuses et de corps granuleux. Ces lésions, sur lesquelles nous ne pouvons insister, siègent d’habitude dans la couche d’épanouissement des filets du nerf optique (1).
L’amaurose affecte généralement les deux yeux ; elle est sujette à des alternatives de rémission ou d’aggravation; ordinairement fugitive et temporaire, comme sa cause, qui consiste en petits épanchements sanguins et leurs suites, elle peut cependant devenir permanente et incurable.
Ces symptômes, quoique liés à l’albuminurie, ne sont pas du tout en rapport avec les variations de l’albumine dans l’urine (Lorain.)
Les autres affections du système nerveux qu’on a considérées comme conséquences de l’albuminurie : paralysies, névralgies, surdité, signalées par Bright, Simpson, etc., ne sont pas aussi bien établies comme ayant un rapport direct avec l’albuminurie et comme indépendantes de l’urémie. Cependant nous citerons le relevé de faits semblables publié par Fletwood Churchill, et se rapportant à la grossesse (2). «Sur 3k cas de paralysie, il note 17 cas d’hémiplégie complète, 1 d’hémiplégie partielle, k de paraplégie, dont 2 avec paralysie d’une seule jambe, 6 de paralysie faciale, 3 d’amaurose et 3 de surdité. Quelques-unes de ces paralysies étaient consécutives à l’éclampsie; mais il y en a eu qui sont survenues sans convulsions, et l’albumine existait dans tous ces cas. Ces états morbides, qui se montrent surtout dans la grossesse, sont donc liés à l’albuminurie et peuvent servir k la diagnostiquer en môme temps qu’ils ont une valeur pronostique considérable. » Nous étudierons bientôt les rapports de l’hémorrhagie cérébrale avec l’albuminurie.
(1) On consultera surtout à ce sujet l’excellent travail de M. Schweigger, Ueber die Amblyopie , etc. ( Arckiv f. Auyenhllt., t. VI, p. 295).
(2) Valleix, 5e édition par Lorain, t. IV, p. 447.
hypertkopuie du coeur consécutive a la néphrite albumineuse.
Indépendamment des troubles précédemment décrits qui résultent d’une modification dans la crase du liquide sanguin consécutive aux néphrites albumineuses, il en est qu’on a rapportés à un trouble mécanique simple de la circulation : telle est en particulier l’hypertrophie du cœur.
Nous n’avons nullement en vue ici les maladies organiques du cœur primitives qui, ainsi que nous l’avons relaté à plusieurs reprises, sont elles-mêmes causes de diverses espèces de néphrites interstitielles et albumineuses. Les affections cardiaques, venues sous l’influence de la même cause, refroidissement, rhumatisme, etc., qui détermine la néphrite albumineuse, ne peuvent pas non plus entrer en ligne de compte dans ce chapitre. Il ne s’agit maintenant que de celles qui suivent les néphrites albumineuses, et nous ne devons tenir compte que des hypertrophies du cœur et spécialement des hypertrophies du ventricule gauche sans lésions valvulaires.
Rien n’est plus commun que la coïncidence pure et simple d’hypertrophie cardiaque et de néphrite albumineuse d’après les relevés d’autopsies.
En réunissant les 100 autopsies de Bright aux 292 de Frerichs, et aux lié de Rosenstein, on arrive à un total de 506 cas avec autopsie. Sur ce nombre, l’hypertrophie du cœur est notée 177 fois; de ces derniers 83 sont compliqués de lésions valvulaires, et 9é ne présentent qu’une hypertrophie simple. La proportion est de 18,57 hypertrophies simples du cœur sur 100 maladies de Bright. Mais si l’on tient compte des lésions brightiques arrivées à l’atrophie, on trouve alors (Traube) 93 cas d’hypertrophie sur 100. Aussi, Jaccoud (1) et Castellanos (2) rapportent-ils, avec Traube, cette hypertrophie à une maladie de Bright arrivée à son stade d’atrophie.
11 y a certainement une liaison évidente entre l’hypertro-
(1) Clinique médicale, p. 611, 1867.
(2) Hypertrophie du ventricule gauche à la dernière période de la maladie de Bright. Thèse. Paris, 1868.
phic cardiaque et l'Atrophie rénale : mais il faut, toujours se délier des statistiques, parce qu’en présentant des chilTres bruts, elles ne peuvent faire entrer en ligne de compte tous les éléments d’un problème donné. Un élément bien important dans cette question, c’est l’âge des malades et l’existence de lésions athéromateuses. Or on sait combien est fréquente, et presque physiologique, l’hypertrophie sénile du cœur qui se lie à des athéromes artériels : nous avons vu précisément que, dans ces cas, les reins sont le plus souvent atrophiés. Que les athéromes des artères rénales entrent alors pour leur part dans la production de l’hypertrophie cardiaque, rien de mieux, mais qu’on subordonne l’athérome de l’aorte et l’hypertrophie du cœur à la lésion des artérioles rénales, c’est ce qui est inadmissible. Malheureusement la statistique n’entre pas dans tous ces détails.
L’hypertrophie cardiaque de la maladie de Bright a été expliquée par la gênedela circulation rénale. Les artérioles et les capillaires plus ou moins dégénérés et athéromateux s’opposeraient au cours du sang, le cœur serait forcé de lutter contre cet obstacle, et le ventricule gauche, obligé de dépenser une plus grande énergie de contraction, présenterait à la fois une dilatation et une hypertrophie de ses parois.
Cette explication est séduisante par sa simplicité, mais on a trouvé (Bamberger, Rosenstein) des hypertrophies simples avec une maladie de Bright récente, dans laquelle les vaissemx étaient intacts. On peut invoquer dans ces cas la congestion rénale duc à la maladie même du rein, qui oppose un obstacle à la pression cardiaque. De plus il est probable que les causes de cette hypertrophie sont complexes, et il est possible qu elles tiennent, comme l’a indiqué Bright, à un stimulus particulier du sang sur le cœur et à une augmentation de pression dans la circulation des capillaires périphériques.
Au point de vue clinique, il sera souvent impossible, en face d’une albuminurie ancienne et intense, avec lésions cardiaques, desavoir lequel des deux organes, du cœur ou du rein, a été pris le premier; on ne pourra avoir une connaissance de 1 enchaînement des lésions que pour les avoir vues se développer sous scs veux ; il ne sera permis de supposer que 1 affection
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cardiaque est consécutive que lorsque le cœur hypertrophié ne donnera à l'auscultation aucun signe de lésion valvulaire.
Au point de vue du pronostic, l’hypertrophie cardiaque est une lésion qui atténue jusqu’à un certain point la difficulté de la circulation rénale et périphérique, mais l’hypertrophie est ellemême une maladie, et une cause de maladies du cœur. Qu’une complication du côtédu poumon survienne, l’hypertrophie cardiaque entrera pour une grande part dans la gravité du pronostic.