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III. — NÉPUatTE INTERSTITIELLE CHRONIQUE

Synonymie. — • Atrophie avec condensation du rein. — Rein granuleux. — Gouty kidney de Todd.

La néphrite interstitielle chronique est caractérisée, ainsi que nous l’avons vu plus haut (page 16), par ce fait que le tissu conjonctif proliféré s’organise en tissu conjonctif et produit un épaississement fibreux de la trame du rein.

Les néphrites interstitielles chroniques présentent plusieurs types anatomiques en rapport avec leur cause productrice. On les observe ; a, dans le cours des maladies chroniques du cœur; b, dans tous les processus inflammatoires chroniques du rein, où elles sont liées à l’atrophie et aux cicatrices de l’organe ; c, chez les vieillards, comme une lésion liée à la dégénérescence athéromateuse des artérioles et des capillaires du rein, et à l’atrophie de la glande.

A. — Les reins des malades qui meurent avec des lésions de la valvule mitrale sont presque constamment dans l’état suivant : ils sont durs, globuleux, lisses à leur surface ou légèrement chagrinés; leur tissu est gorgé de sang, les deux substances du rein sont fortement congestionnées, les glomérules apparaissent même à l’œil nu comme de petits points rouges. Le tissu du rein est ferme et dense; on éprouve une résistance insolite quand on essaie de l’entamer avec l’ongle. A l’examen microscopique, en outre des lésions de l’épithélium qui coïncident avec l’albuminurie et qui ne sont pas rares en pareil cas. on trouve la caractéristique de la néphrite interstil iel le, c’est-àdire l’épaississement des cloisons intertubulaires et du tissu conjonctif qui entoure les glomérules. L’état chagriné de la surlàce est dû à la rétraction de ce tissu fibreux de nouvelle formation. Le tissu conjonctif épaissi est riche en cellules plas-

matiqucs. Ces lésions de la trame du rein et celles des cellules épithéliales, lorsqu’on les rencontre, sont incontestablement dues à la gêne du cours du sang veineux et à sa stase dans le rein.

Nous rapprocherons de cet état du rein dû aux congestions répétées dans les maladies du cœur, ce qu’on observe dans les congestions rénales qui accompagnent les lièvres intermittentes. Dans celles-ci, le processus est complexe : L’état congestif amène parfois des dépôts de pigment sanguin dans le tissu conjonctif intertubulaire ; le sang peut aussi charrier du pigment qui produit alors des embolies capillaires : enfin de véritables néphrites albumineuses, et même des dégénérescences amyloïdes (1) peuvent en être la conséquence ultime.

B. — Nous avons indiqué déjà, à propos de la néphrite simple, que des cicatrices fibreuses du rein pouvaient en être la conséquence ; nous décrirons, à propos de la néphrite albumineuse, le retrait et l’atrophie qui s’observent avec elle, soit comme un dernier stade de son évolution, soit comme une coïncidence fréquente dans la forme spéciale de néphrite albuminurique des goutteux.

Les maladies de l’appareil excréteur de l’urine, les calculs, les pyélites, les calculs du rein lui-mêine et les kystes sont des causes fréquentes d’atrophie et d’induration de l’organe et la néphrite interstitielle chronique joue là un rôle important.

Rien n’est plus varié que la forme générale du rein dans ces processus divers ; les décrire tous nous entraînerait hors de notre sujet. Disons seulement d’une façon générale que la capsule fibreuse de la glande est souvent épaissie et adhérente, en raison de sa participation à l’hyperplasie du tissu fibreux avec lequel elle est en connexion vasculaire. Les parties qui sont le siège de l’épaississement du tissu conjonctif sont granulées à la surface du rein, tantôt très-finement comme une peau de chagrin, tantôt sous forme de mamelons plus apparents. Cette apparence, à l’œil nu, est due à 1 épaississement et à la rétraction du tissu fibreux exactement comme

(1) Les dégénérescences amyloïdes ont été récemment mises en doute par Malmsten dans les fièvres intermittentes.

CORNJL.

dans l’hépatite interstitielle ou cirrhose du l'oie. Dans certains points, les tubes urinifères sont comprimés, resserrés, étranglés par places, tandis qu’en d’autres endroits ils sont dilatés en forme de petits kystes. Les glomérules subissent un sort analogue, ici atrophiés, là au contraire distendus outre mesure et formant de véritables kystes. Ces dilatations se comprennent aisément. L’urine contenue dans la capsule d’un glomérule, si le tube urinifère qui lui fait suite est resserré et oblitéré en un point, cette urine, disons-nous, ne pourra plus être éliminée, et, s’accumulant derrière l’obstacle, distendra peu à peu la capsule qui la contient. Nous donnons ici la figure de

Fig. 9. — Néphrite interstitielle et kystes colloïdes du rein. A, petits kystes provenant de la distension de glomérules ; a , vestiges des vaisseaux en partie atrophiés des glomérules devenus kystiques; B, tubes urinifères; C, stroma épaissi du rein. — Grossissement de ÛO diamètres.

kystes microscopiques à leur début, remplis d’utie substance colloïde et qui proviennent bien évidemment de la distension des capsules de glomérules, car on voit encore dans leur intérieur les vestiges des vaisseaux atrophiés.

C. — Les reins des vieillards observés à la Salpêtrière et à Bicêtre présentent presque toujours, avec un état athéromateux et une sclérose des parois des artères et des capillaires, un certain degré d’atrophie des tubes urinifères et de néphrite interstitielle. Ce sont là trois lésions parallèles dues à la même cause,

à la sénilité, et dont nous connaissons bien des exemples dans d autres organes, en particulier au sommet des poumons. Les reins sont petits, irréguliers, chagrinés, quelquefois bosselés à leur surface.

« Les vaisseaux qui se rendent aux parties atrophiées, dans une sorte d’isolement, paraissent volumineux, eu égard aux parties auxquelles ils se distribuent. Ils peuvent être facilement suivis dans leurs principales divisions... Coupés en travers, ces vaisseaux font une saillie analogue aux vaisseaux divisés d’une matrice de vieille femme. » (Rayer, loc. cit., t. I, p. 320. j

Ces reins sont souvent le siège de kystes plus ou moins volumineux; leur tissu est dur et résiste à l’ongle. Quelquefois à ces lésions s’ajoutent celles de la néphrite catarrhale très-légère, mais il est rareque les urines contiennent des proportions notables d’albumine qui, du reste, ne s’y montre jamais d’une façon permanente. Cet état coïncide parfois avec de petits calculs d’acide urique dans les reins mêmes ou dans les bassinets. Souvent on trouve aussi, à la surface de ces reins, de petits points à peine visibles à l’œil nu, opaques et durs qui résultent de l’incrustation calcaire de quelques glomérules de Malpighi. Les sujets h l’autopsie desquels on rencontre ces lésions ne paraissent pas en avoir souffert, et si la fonction rénale est incomplète comme tant d’autres au déclin de l’existence, les troubles qu’elle détermine semblent passer inaperçus. Ils doivent entrer cependant pour leur part dans l’allanguissement de la vie.

Il est très-rare qu’on ait affaire, en médecine vétérinaire , à des néphrites aiguës suppurées simples. Elles sont ducs alors à des causes irritantes telles que la présence de calculs dans l’espèce bovine, et de strongles géants chez le chien.

La néphrite suppurée pyémique s’observe, mais assez rarement, chez les animaux domestiques.

b. NÉPHRITES ALBUMINEUSES.

Synonymie. — Dans ce groupe de néphrites où, comme nous l’avons vu (pages 19 et suiv.), l’irritation porte avant tout sur le parenchyme épithélial, le fait clinique dominant est 1 albu-

minurie, aussi doit-on les appeler néphrites albumineuses ou parenchymateuses. On a encore donné à ces néphrites le nom de diffuses, indiquant la généralité ou la diffusion de la lésion à toutes les parties du rein, paropposition au mot de néphrite circonscrite qui s’applique aux cas de suppuration rénale. Les mots de stéatose, d estéarose du rein ne conviennent qu’à certaines formes de la maladie, en particulier à la néphrite albumineuse par empoisonnement phosporé. Le terme de cirrhose, employé quelquefois dans des cas de néphrite albumineuse, n’est justifiable que lorsqu’il s’agit d’une complication par une néphrite interstitielle.

Division des néphrites albumineuses. — A la suite de la découverte faite par Bright (1827) d’une lésion parfaitement caractérisée du rein dans l’albuminurie, les pathologistes eurent en tous pays de la tendance à rapprocher les unes des autres toutes les altérations du rein trouvées à l’autopsie des albuminuriques pour en faire une maladie unique. De ces recherches, où l’on comparait le symptôme albuminurie aux lésions étudiées à l’œil nu, résulta l’anatomie pathologique de la néphrite albumineuse telle qu’elle est décrite par Rayer. Ces lésions présentent, d’après Rayer, six formes distinctes, les deux premières appartenant à la néphrite albumineuse aiguë, les dernières à la néphrite albumineuse chronique. Le tort d’une pareille synthèse des néphrites albumineuses serait de laisser croire que ces divers états anatomiques du rein se succèdent régulièrement les uns aux autres, tandis qu’en réalité plusieurs des lésions précédentes répondent à des états bien distincts par leur cause, leur anatomie pathologique, leur symptomatologie, leur pronostic et leur traitement.

Lorsque plus tard Virchow (1), Reinhardt (2) et Frerichs(3) eurent étudié au microscope la lésion rénale et montré qu’il s’agissait dans tous les cas légers ou graves d’albuminurie

(1) Virchow, cité par Nieman (De inflammàtione renum parenchymatosâ , Berlin, 1848, et Virchow’s Archiv, t. IV, 1852, p. 261-325).

(2) Reinhart, Deutsche Klinik, 1849, n° 5 ; Annalen der Charité zu Berlin, 1850.

(3) Frerichs, Bright' s Krankheit, 1851.

d’une lésion essentielle des cellules épithéliales (voy. p. 20), la synthèse histologique des formes de la néphrite albumineuse parut encore plus simple et se borna aux trois degrés décrits par Frerichs.

Nous avons déjà indiqué d’une façon générale cette évolution histologique de la lésion des néphrites albumineuses, et nous devons ici nous efforcer maintenant de décrire les types anatomiques qui répondent à des formes bien distinctes par leurs causes et par leur ensemble symptomatique. L’anatomie pathologique doit être avant tout l’introduction à la partie clinique de ce travail.

Plusieurs auteurs anglais se sont élevés contre la prétendue unité de la maladie de Bright.

Ainsi le docteur Todd (1) admet : 1° une forme aiguë avec hypertrophie du rein et hydropisie aiguë (fièvre scarlatine) ; 2° une forme dans laquelle l’hydropisie est très-variable, et la marche chronique, et qui comprend : la dégénérescence graisseuse (rein de Bright), la dégénérescence cireuse, et la néphrite chronique avec atrophie du rein, rein goutteux (gouty kidney (2).

Johnson (3) adopte les divisions suivantes : néphrite desquamative aiguë, chronique ; cireuse; néphrite sans desquamation-, dégénérescence graisseuse ; suppurative. Cette dernière appartient aux néphrites du chapitre précédent.

Grainger Stewart (à) reconnaît les trois formes suivantes : nflammaloire, cireuse ou amyloïde, cirrhotique ou atrophique. — Dickinson (5) donne une classification très-voisine de celle-ci.

(1) Robert Bently Todd, Climcal lectures on certain diseases of tlie urinanj organs. London, 1857.

(2) Le rein goutteux de Todd n’est autre chose que la néphrite interstitielle chronique.

(3) Johnson, Forms and stage of Bright’s diseuse (Medico-chirurg . T r an-

sac t.). London, 1859, vol. XLII.

(4) Grainger Stewart, Practical treatise of Bright’s diseuses of the Kidney,

Edimburg, 1868.

(5) Dickinson (On the pathology and treatnient of alhuminuria} London, 1868) s’appuyant également sur l’anatomie, distingue : 1° 1 altération du rein avec altération de l’épithélium des tubes urinifères {tuba! nephritis ) ; 2" 1 al-

Le professeur Sée, dans ses leçons faites à l’hôpital des Enfants malades, en 1860 et 1861, a rattaché les groupes symptomatologiques de l’albuminurie à leurs lésions de façon à constituer autant d’espèces bien distinctes, qui sont les suivantes :

a. La forme aiguë inflammatoire (catarrhale) caractérisée par la desquamation épithéliale, etc.

b. Les formes chroniques de la maladie de Bright qui sont : la dégénérescence graisseuse , la dégénérescence amyloïde et V atrophie.

La classification des variétés de néphrites albumineuses que nous proposons concorde avec la précédente dans toutes ses parties essentielles. La voici :

1° Néphrite albumineuse passagère (catarrhale);

2° Néphrite albumineuse subaiguë et chronique;

a. Avec prédominance de la dégénérescence graisseuse.

b. Avec dégénérescence amyloïde.

c. Avec granulations de Bright.

d. Avec atrophie.

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