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II. — Étiologie de la néphrite métastatique

Les causes de la néphrite métastatique sont celles si nombreuses et si variées qui produisent l’infection purulente, ou la diathèse purulente. Aussi en trouvons-nous des exemples dans les phlébites, dans les accidents consécutifs aux grandes opérations, dans l’anthrax (1), dans la gangrène, et en particulier dans la gangrène de la bouche, dans la fièvre puerpérale, la morve.

Dans la fièvre typhoïde, les foyers purulents miliaires ne sont pas très-rares. Rayer en cite sept observations, et j’en ai moimême observé plusieurs cas.

Ce processus est plus rare dans la variole (2); j’en ai publié un cas relatif à des accideuts consécutifs à la scarlatine (3).

La néphrite est dans tous ces cas consécutive, et ses symptômes propres sont masquées par les phénomènes gravesd’une pyémie. Dans le fait suivant que nous devons à l’obligeance de M. Charcot, on ne saurait dire quelle est l’affection primitive, ou de la parotidite, ou de la néphrite, que présentait la malade.

Obs. II. — Parotidite supputée . — Abcès métastatique du rein.

N., âgée de soixante-dix-neuf ans, couchée au n° 4, salle Saint- Jacques (Salpêtrière, service de M. Cazalis), entre a l'infirmerie le 1 4 mai 1 8oâ.

Cette femme est dans un étal de stupeur très-manifeste; elle ne répond pas aux questions qu’on lui adresse, elle se plaint vaguement de l'abdomen, et beaucoup de la tête ; elle y porte souvent la main.

Les jours suivants la somnolence augmente, ainsi que le subdélirium.

Enfin, au bout de trois jours, on voit la région parotidienne se gonfler et devenir des plus douloureuses ; en même temps la déglutition est très-difficile.

(1) Fischer a produit expérimentalement chez le chien des néphrites hémorrhagiques parenchymateuses et intertubulaires, en injectant du sérum de pus putride dans le sang. Il est arrivé au même résultat en injectant un acide gras, l’acide butyrique, mais dans ce cas il n’y avait pas de fièvre, ni d’élévation de la température comme dans l’injection du sérum de pus putride ( Centralblatt , 1808, n° 56, p. 890).

(2) M. Gendrin en donne une observation ( Histoire nnatom. des infl., t. Il, p. 256).

(3) Société anatomique , 1864.

Le 20 mai : pouls fréquent, irrégulier, mou, soubresauts des tendons, paroles inintelligibles, selles naturelles, pas de pus dans les urines.

Mort dans la nuit.

Autopsie. — Le tissu cellulo-graisseux qui entoure la parotide est rouge, friable, imprégné de sang et de pus.

La glande elle- même présente une coloration d'un rouge fonce, et des granulations de volume variable, les unes violacées, les autres d’un jaune verdâtre ; le canal de Sténon est très-développé et renferme dans toute son étendue une couche de pus manifeste.

La glande parotide de l’autre côté n’a pas été examinée ; les autres glandes salivaires ainsi que les amygdales sont saines.

Le cerveau offre seulement quelques ecchymoses sous-arachnoïdiennes.

Le cœur et les poumons sont normaux.

La rate, le foie, les intestins ne présentent aucune lésion.

Le rein gauche est doublé de volume, il est de couleur lie de vin. mou et très-friable. A la coupe, on reconnaît que la substance corticale est augmentée de volume et infiltrée de pus par places. Les pyramides paraissent peu altérées, elles sont seulement gorgées de sang noir. Les bassinets sont congestionnés ainsi que les uretères. Les veines émulgenles sont remplies par un caillot qui se continue dans les principales ramifications de ces veines.

Le rein droit présente à peu près les mômes lésions, mais beaucoup moins avancées ; les veines ne contiennent pas de caillots.

Dans la veine cave, on trouve un caillot peu organisé et entouré de sang noir et fluide.

La vessie est remplie d’une urine trouble, ses parois sont tapissées par une couche glaireuse, sa muqueuse est d’un rouge vineux.

L'utérus lui-même présente cette coloration lie de vin.

Dans tous les cas où des fragments emboliques, de quelque origine qu’ils viennent, peuvent être lancés dans la grande circulation, ils peuvent s’arrêter dans le rein et produire des abcès si le malade est placé dans les conditions prédisposantes à la suppuration, ou seulement des infarctus simples. Ces derniers sont plus fréquents que les abcès dans les endocardites rhumatismales et dans les athéromes artériels.

Cependant, dans l’atbérome des artères, les embolies peuvent être le point de départ des abcès rénaux. C’est ce qui est arrivé dans l’observation suivante, recueillie par M. Charcot, et remarquable autant par l’origine des fragments emboliques provenant de l’ouverture d’un foyer athéromateux de l’aorte, que par la localisation des abcès dans le rein seulement.

Obs. III. — Aorlite ulcéreuse. — Abcès du rein — Symptômes typhoïdes.

Calard, Anne-Charlotte, âgée de soixante seize ans, fille de service, couchée au n° 1 4, salle Saint-Alexandre (Salpêtrière, service de M. Charcot).

Depuis l'époque de son entrée à l’infirmerie (12 mai 1 866), cette malade présente un état de langueur générale, sans qu'on puisse en préciser la cause, lorsque dans la journée du 6 juin 1 866, elle est prise de vomissements et d’une grande agitation qui dure toute la nuit. Le lendemain matin elle éprouve un violent frisson qui se continue encore au moment de la visite.

La face est livide, les extrémités sont froides, tandis que la peau du tronc est sèche et brûlante (température du rectum 40° 3/5). Rien a l’auscultation. Les urines sont peu colorées, et ne présentent pas d’albumine. La malade a l’air hébété, mais elle n’est pas prostrée, car elle peut se lever et marcher.

9 juin. Carphologie très-prononcée. La tête est portée à droite, et si l’on essaye de la tourner du côté opposé on éprouve une certaine roideur ; elle porte sans cesse la main à la tête. Les pommettes sont rouges, la langue sèche. Elle ne répond pas aux questions qu’on lui pose, Aien qu’elle n’ait aucun embarras de la parole. La poitrine est sonore partout: râles sous-crépitants des deux côtés, mais pas de souffle; sous les aisselles la respiration est pure; 32 inspirations à la minute. Peau fraîche, pouls à 104 pulsations. Température du rectum à 39° 2/5. Les urines sont louches et de couleur jaune d’or ; traitées par la chaleur, elles donnent un dépôt qui se redissout par l’acide nitrique.

Le soir, vomissements, frisson durant une heure et mort.

Autopsie le 11 juin.

Poitrine. — Poumons sains, cœur volumineux, flasque ; les parois du ventricule gauche sont minces, pâles, friables ; pas de caillots intraventriculaires. Les valvules aortiques et auriculo-venlriculaires sont saines. L’aorte est dilatée à son origine, elle présente plusieurs abcès athéromateux : les uns sont recouverts de fibrine lisse et molle, les autres sont ulcérés et renferment de la fibrine mélangée à de la cholestérine. Au sommet de la crosse de 1 aorte existe un petit anévrysme du volume d’une noisette, rempli de fibrine mêlée à la matière athéromateuse, et sur les bords de l’ulcération on voit des végétations fibrineuses. Dans l’aorte descendante existent deux ou trois abcès athéromateux de même naLure. Les artères humérales et radiales ne sont pas ossifiées, les fémorales sont indurées, les poplitées ne le sont pas.

Crâne. — Les artères de la base du crâne présentent une sclérose au premier degré, sans ulcération; une des branchos de I artère syl-

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vienne renferme un petit thrombus décoloré et de date ancienne. Le cerveau n'offre pas de lésions.

Abdomen. — Foie normal, pas de calculs de la vésicule, rate volumineuse, molle, sans infarctus. Les intestins ne sont pas ulcérés. Les reins sont remplis de petits abcès; ils sont au nombre de 30 à 40 environ, et siègent pour la plupart dans la substance corticale; quelques-unes font saillie du côté de la surface du rein, ce qui lui donne un aspect mamelonné ; ils ont en moyenne le volume d’une tête d’épingle; quand on les pique, il sort un pus verdâtre et muqueux. Autour d'eux est un tissu violacé semblable à celui qu’on rencontre dans les infarctus proprement dits. Quant aux autres parties du rein, elles paraissent normales. Les artères rénales ne sont pas athéromateuses. Les bassinets sont injectés. La vessie est saine, on ne trouve pas d’abcès métastatiques dans d’autres organes.

Sang. — Le sang est fluide; examiné au microscope, on a trouvé dans celui des artères humérales et fémorales un certain nombre de corps granuleux et des gouttelettes d’huile : dans l’artère radiale se montrent beaucoup de ces gouttelettes, mais pas de corps granuleux; dans l’artère sylvienne des corps granuleux existent en grand nombre.

En somme nous avons ici un cas d’aortite athéromateuse ulcéreuse, avec symptômes typhoïdes, déterminés par la présence de corps granuleux dans le sang, et n'ayant causé d’abcès métastatiques que dans un seul organe, le rein.

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