‹ Des Différentes Formes d'Ostéo-Arthrites Tuberculeuses De Leur TraitementChapitre 10 sur 55 · REVERS · texte numérisé non relu

REVERS

les autres, le malade peut ressentir ou non de la douleur, mais qui donne quand on la presse la sensation d’un tissu spongieux analogue à la rate, au placenta. Lisfranc dit n'avoir jamais pu guérir ces sortes de tumeurs. Lorsqu'on les ouvre on les trouve formées par un tissu rougeâtre semblable à du tissu érectile et dans lequel existent des granulations qui semblent avoir beaucoup d'analogie avec les tubercules pulmonaires. Ces tumeurs s’abcèdent facilement et laissent sortir d’abord une sorte de caséum peu abondant, puis un pus sanieux, enfin des flocons de tissu anormal érectile qui le compose. Malheureusement ces abcès étant forts petits, ne peuvent entraîner la fonte de la tumeur ». De plus, Lisfranc entrevoit l'alternance d’évolution qui existe entre les lésions de l'articulation et celles des viscères, quand il dit : «Il faut bien s'assurer de l’état des viscères, car dans le cas où il existe quelque altération à mesure que la tumeur blanche marche vers la guérison, on voit la maladie nouvelle augmenter et même quelquefois finir par emporter le malade », etil donne le nom de tumeur rouge à cette variété.

Parlant de l’étiologie des tumeurs blanches idiopathiques, il dit :

« Ces faits sont incontestables, il faut reconnaître que dans un grand nombre de cas la violence extérieure n’est qu’une cause déterminante qui fixe sur l'articulation un principe morbide qui existait déjà dans

l’économie. » | * Lisfranc ajoute que ces malades doivent garder le repos le plus absolu ; — il serait presque tenté de ne pas chercher à guérir leur tumeur blanche, car c'est une sorte d’exutoire. — Le traitement par l'iode ne lui a pas donné de bons résultats, il préfère la compression par l’enroulement, les frictions mercurielles, les pointes de feu, les douches de Barèges, etc. »

Cette citation nous prouve que Lisfranc connut bien les tumeurs

blanches tuberculeuses, et je pense que ce fut le premier qui décrivit dans cette affection les granulations T. dans les O. A. T. des membres.

Dans une thèse bien intéressante quand on sait lire entreles lignes, Sanson (1) considère la T. comme cause de carie puisqu'il dit qu’on observe souvent dans les os des tubercules scrofuleux isolés ou ramollis, et il ajoute que dans la carie articulaire on trouve les syno-

(1) Thèse pour le professorat. Paris, 1833.

eu Th bee

viales fongueuses. Plus loin il décrit des caries qui n'aboutissent pas à la suppuration.

Rufz, en 1832, présenta à la Société anatomique une articulation fémoro-tibiale d’un enfant. scrofuleux dans laquelle il montra une éruption de points blanchâtres allongés semblables aux pustules d'une varioloïde et se rapprochant enfin des tubercules des grandes séreuses.

Lebert décrivit : 1° la T. des parties molles qui, après avoir contracté des adhérences intimes avec la surface de l'os, s'y creuse une cavité et perfore complètement l'os ; 2° la T. du centre de l'os; 3 la T. de la moelle osseuse ; 4° la T. à la surface de la zone cartilaginienne de l’épiphyse.

En 1834, Nichet, de Lyon, publia un mémoire important sur la nature et le traitement du mal de Pott. |

Enfin parut la thèse de A. Nélaton (1), qui donna de la tubereulose osseuse et ostéo-articulaire une description restée classique et que nous verrons adoptée plus tard en grande partie par les chirurgiens anatomo-pathologistes. Il décrivit: 1° Le tubercule enkysté d’abord caché au centre des tissus spongieux épiphysaires, non loin de la cavité articulaire se développant dans tous les sens et se rapprochant tantôt de la surface osseuse intrasynoviale, tantôt de la périphérie de l'os situé en dehors de la cavité. S'il fait plus de progrès vers la face externe de l'os, il se vide dans le tissu cellulaire ambiant ; s’il marche plutôt vers la cavité articulaire, il détermine une arthrite aiguë, A. Nélaton en décrit et en figure un exemple. 2° Dans la forme infiltrée le tubercule est infiltré dans les mailles du tissu spongieux successivement à l'état d'infiltration grise et d’infiltration puriforme et aboutit à la formation d’un séquestre condensé qui doit être éliminé.

Il y avait donc lieu, d’après À. Nélaton, de retrancher de la carie un groupe de faits appartenant légitimement à l'affection T. La carie était conservée avec un domaine encore très étendu et assez vague ; c'était une lésion diffuse des os spongieux, un ramollissement dû à des causes diverses et aboutissant à l’ulcération.

Velpeau (2) après avoir classé les tumeurs blanches en deux

() Thèse, Paris, 1836.

(2) Arehives de Médecine, 1837.

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grandes catégories : 1° arthropaties des parties molles; 2° arthropathies des parties dures, admet que toutes ces arthropathies peuvent être rhumatismales, scrofuleuses, tuberculeuses, syphilitiques, cancéreuses où simplement inflammatoires. On le voit, c'est un chaos étiologique. |

En 1839, Gueneau présenta à la Société anatomique une tête de fémur au centre de laquelle se trouvait une portion d’un blanc mat considérée par Burguiere comme une nécrose tuberculeuse, tandis que Cruveilkier soutient qu'il suffisait que les aréoles osseuses soient remplies de pus pour donner au tissu cette apparence et en déterminer la nécrose.

Gerd y (1) ne dit rieu de nouveau sur la question au point de vue étiologique, mais il insista beaucoup sur les abcès circonvoisins.

À. Richet dans sa remarquable thèse (1844) insista beaucoup sur la formation des fongosités dans l’arthrite {raumatique. Il décrivit

la dégénérescence graisseuse que présentent les extrémités osseuses

dans certains cas d’O. À. T. Cette variété intéressante est très douloureuse et nécessite souvent l'amputation. Il montra bien nettement

l'ostéomyélite T. du canal médullaire et expliqua ainsi la douleur.

du genou dans la coxalgie. Mais parlant de la nature des tumeurs blanches, il dit qu’elles sont dues à l’inflammation, rarement au T. ou au cancer ou autres dégénérescences. Il décrit enfin un cas intéressant de coxo-tuberculose greffée sur une luxation traumatique ancienne. s |

Parise (2) reprit de nouveau les descriptions des lésions T. des épiphyses voisines des tumeurs blanches et il insista sur les lésions F. concomitantes dans d’autres organes.

Rokitansky (3) décrivant les lésions de la tumeur blanche considère les produits caséeux tantôt comme le produit d'une inflammation, tantôt comme de véritables tubercules caséeux, il décrit les fongosités de la synoviale mais il ne mentionne pas la granulation grise.

Bonnet (4) fut le premier à prononcer nettement le mot d'arthrite tuberculeuse, car pour lui les tumeurs blanches se divisent en trois

(1) GERDY. Archives de méd., 1840.

(2) Arch. gén. de médecine, 1843.

(3) ROKITANSKY. Handbuch der pathologischen Anatomie, 1845. (4) Traité de maladies articulaires.

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catégories ; 1° fongueuse ; 2° arthrites tuberculeuses ; 3° abcès froid articulaire. Les tumeurs fongueuses ont les fongosités pour lésoin anatomique et la scrofule comme cause, tout au moins dans la généralité des cas. Les abcès froids des articulations sont caractérisés par la transformation de-la synovie en une membrane pyogénique et un épanchement de pus analogue à celui des abcès froids proprement dits. Ils sont dus à la diathèse purulente. Les arthrites tuberculeuses sont sous la dépendance de la diathèse T. et il établit iei pour les articulations ce que Nichet et A. Nélaton avaient avancé pour les os ; il y considère comme d'origine T. les lésions où se rencontrent des masses. caséeuses ou des granulations aussi bien à la surface des synoviales que dans l'existence des fongosités, ce sont là les idées de Bonnet qui ont été généralement appréciées d’après le seul chapitre de son deuxième volume, sans tenir compte de ce qu'il dit dans les pages précédentes.

Crocq déerivit assez bien les lésions des tumeurs blanches mais il se perdit dans l'étiologie.

Ici s'arrête la première période dans l'historique anatomo-pathologique de. la tuberculose ‘articulaire, car à peine démontrée, elle fut aussitôt miée. |

Avec Virchow en effet commence une deuxième période pendant laquelle la question recula. Un exigea la granulation grise comme étiquette pour toutes les lésions T: Or, pour lés articulations la forme articulaire à granulation grise est rare, aussi dans cette 2° phase qui s'étend jusqu’à l'époque où le follicule T: fit son apparition sur la scène de la F. articulaire, on n'étudie plus comme T. que la granulie ou . miliaire des synoviales : les dépôts caséeux et l'infiltration puriforme des.os furent considérés’ comme du pus infiltré et rapporté à l'ostéite caséeuse, et la dualité entre la carie et la T. des os dura de longues années. 3 (

Aussi en. France, après Bonnet, la T. articulaire resta douteuse pendant 20 ans. Bien des auteurs écrivent cependant sur lès tumeurs blanches ; mais les uns passent complètement sous silence.la question de-l'arthrite ‘T.; les autres émettent les plus grands doutes sur son existence. | er

Lebert, 1849, cite dans son Traité des maladies scrofuleuses et

tuberculeuses un cas d'arthrite chronique du genou dû au dévelojipe-

ment d’un tubercule dans la tête du tibia et communiquant avec l'articulation.

En 1851, Brocaet Verneuil présentaient à la Société anatomique, le premier un coude, le deuxième un pied dont la cavité était recouverte d'une nappe tuberculeuse ayant des couleurs microscopiques de tubercules et assez adhérentes aux parties sous-jacentes pour qu'on ne puisse pas supposer qu'il n’y avait là qu'un simple épanchement de matière tuberculeuse provenant d’un foyer voisin.

A. Richet (1) découvrit de nouveau les fongosités articulaires avec soin. Bazin (2) vit parfaitementles lésions T. des articulations qu'il signale dans un chapitre spécial consacré aux tumeurs blanches lÿmphatiques de la surface.

M. le professeur Ranvier, 1865, décrivit des lésions des cartilages articulaires dans les tumeurs blanches et les regarde comnie primitives. Paquet (thèse, Paris 1867) insiste sur la dégénérescence graisseuse des cartilages des os.

M. Panas (1865) (3), ne fait pas mention dela granulation miliaire de la synoviale. Quant à la formation directe de la matière tuberculeuse dans la cavité articulaire, il ne l’admet pas à cause de l'impossibilité de différencier le pus caséifié et le tubercule caséeux, elle pourrait donc n'être que purulente. Il admet cependant avec A. Nélaton que la tuberculose articulaire secondaire ou du tubercule contenu primitivement au centre d’une épiphyse se ramollit et se déverse dans l'articulation à travers une perforation de l'os.

En 1866, Lediberder présenta à la Société anatomique un cas de tubercule développé dans le cartilage d’encroùtement d'un condyle de fémur et ayant donné lieu à une arthrite aiguë.

Villemin (4) décrivit les lésions anatomiques et se trouve très porté à les considérer comme T. à

Plus tard, M. Choyau présenta un cas où l’on voyait à la face interne de la synoviale de petites taches blanchâtres légèrement brillantes d'un millimètre de diamètre environ, plus pâles que le reste de

(1) Recherches pour servir à l'histoire des tumeurs blanches. Mémoire à l'Académie de médecine, 1853.

2) BAZIN. Lecons sur la scrofule, 1861.

3) PANAS. Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, 1865. 4)

4) Étude sur la T. Preuves rationnelles de sa spécificité et de son inoculabilité

la synoviale et ayant une très grande ressemblance avec les granulations grisâtres trouvées dans la pie-mère.

En 1869, Kôüster (1) décrivit son fameux follicule dans les fongosités des synoviales et des os. En 1870, Cornil (2) décrivit la granulation tuberculeuse dans une tumeur blanche du coude.

M. Lancereaux cite dans ses atlas d'anatomie pathologique deux cas dans lesquels il constata la présence de granulations tuberculeuses à la surface de la synoviale et dans les fausses membranes.

M. Debove, en 1873, rapporte une observation dans laquelle une arthrite T. du poignet coïncidait avec une T. pulmonaire et péritonéale.

En 1875, M. Roux (3), élève d'Ollier, décrit au point de vue anatomique deux formes dans l'arthrite tuberculeuse, Dans la première forme la synoviale est transformée en une membrane pyogénique et infiltrée de tubercules. Dans la forme fongueuse la synoviale et les épiphyses présentent tous les caractères de la tumeur blanche ordinaire avec cette différence que les fongosités sont infiltrées de produits caséeux dont le caractère spécifique est démontrable par l’inoculation chez les animaux. Il essaya l’inoculation des produits T. aux animaux.

En 1876, M. Laveran (4) publia une observation de tuberculose aiguë à forme asphyxique avec localisations morbides sur les articulations et l’année suivante une autre observation d’arthrite tuberculeuse secondaire coïncidant avec une éruption granuleuse sur les grandes . séreuses.

En 1878, Max Schuller publia le résultat de ses recherches expérimentales sur la pathogénie des arthrites scrofuleuses et tuberculeuses bien connues maintenant.

La même année, M. Lannelongue dans une communication à la Société de chirurgie tentait d'établir la symptomatologie spéciale de l'arthrite tuberculeuse. Il montre l’évolution totale et les caractères propres de la synovite articulaire tuberculeuse ou granulie articulaire.

Peu de temps’après M. Priou dans sa thèse (Paris, 1878) sur la T. des synoviales articulaires établit d'une façon catégorique une distinction entre la T. primitive et secondaire des synoviales articu-

(1) KôsTer. Archiv. Virchouw, 1869.

(2) Corniz. Archiv. de physiologie, 1870.

(3) Roux. Thèse. Paris, 1875.

(4) LAVERAN. Progrès méd., 28 oct. 1876 et Union méd., 1877.

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